‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 105 sur 360 · DU DUC DE BOUILLON · texte numérisé non relu

DU DUC DE BOUILLON

Le duc DE Bouillon d'aujourd'hui est revêtu depuis l'an 1 658 de la charge de grand chambellan de France, qui est la seconde de la maison du Roi,^ savoir : après celle de grand maître, qui l'approche de plus près de sa personne, et est au-dessus des gentilshommes de la chambre et des officiers de la garde-robe du Roi. Ce duc, qui n'a pas l'extérieur fort avantageux, ni la mine fort haute, ni d'ailleurs les qualités du côté de l'esprit fort éclatantes ou qui répondent à celles des ducs son père et grand-père, ou de son oncle le feu prince de Turenne, cependant ne laisse pas d'être assez considéré par Sa Majesté, comme ayant celle d'un bon sujet, affectionné à son Roi et à sa patrie ; aussi a-t-il recou-

vert* par le crédit et les offices du Roi la ville et terre de Bouillon en l'an 1679, et qu'il possède en souveraineté. Ce fut déjà en vertu de ce droit, et avant que d'en avoir l'entière possession, que, dès l'an 1677, on y vit paroître une déclaration de guerre dudit duc de Bouillon contre l'Espagne, et par laquelle il ordonnoit à ses sujets de ladite principauté de courir sur ceux du roi d'Espagne : ce qui donna plus de matière d'en rire, que d'en craindre de fâcheux effets contre cette monarchie. Au reste, comme la disgrâce de la duchesse sa femme, qui est une des Mancini, nièce du cardinal Mazarin, celle de son fils le prince de Turenne et du cardinal de Bouillon, son frère, qui arriva en 1685, a contribué à tenir ce duc éloigné de la cour, aussi n'y est-il pas retourné depuis. Ce n'est pas que le Roi, en faisant donner l'ordre de l'éloignement susdit, ne fît en même temps dire à ce duc que ce n'étoit pas pour aucun sujet de mécontentement particulier à son égard, mais uniquement pour celui que Sa Majesté avoit de la conduite de sa femme et de son fils , et d'ailleurs de son frère le cardinal. On ne se déclara point même du véritable sujet de leur disgrâce, si ce n'est qu'on l'attribua à l'humeur, aux discours et aux lettres trop libres et hautaines de la duchesse et du prince son fils, qui, sans cela, n'étoient déjà pas bien en cour, et où cette duchesse, qu'on tenoit du même caractère de ses trois sœurs, la comtesse de Soissons, la connétable Colonne et la duchesse Mazarin , où , dis-je, elle venoit très rarement avant cette dernière disgrâce.

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