De la, dans le manuscrit
refus fait à M. de Seignelay de succéder à son père dans la charge de ministre d'État, parcelle de surintendant des bâtiments ôtée au fils de M. Golbert qui l'avoit eue en survivance, et que le Roi donna à M. de Louvois immédiatement après la nouvelle de la mort de M. Golbert, moyennant quelque remboursement pour le fils susdit, et de laquelle nouvelle charge M. de Louvois tiroit deux grands avantages : l'un, des profits considérables qui y étoient joints ; l'autre, d'avoir une occupation par là, en temps de paix, qui l'attachoit auprès du Roi, et même qui lui donnoit lieu, par les grands et continuels ouvrages qu'il étoit question de faire encore à Versailles sous les yeux de Sa Majesté, de lui faire valoir son industrie, sa vigilance et son économie au delà de celle que M. Golbert y avoit pu apporter ; d'autant plus qu'en effet ce dernier ne s'y étoit pas autant appliqué qu'en d'autres fonctions de ses charges, qui d'ailleurs ne lui en laissoient pas du loisir de reste, et s'en étoit souvent rapporté à des entrepreneurs malhabiles ou trop intéressés. En sorte que toutes ces conjonctures ensemble firent croire quelque temps que M. de Louvois alloit être chargé lui seul de toute la faveur, mais encore de tout le faix du gouvernement de l'État, et que les affaires étrangères, de même que celles de la marine, qui étoient encore entre les mains de la famille Golbert, savoir : de MM. [de] Groissy et de Seignelay, passeroient dans les siennes ; mais ce qui n'arriva pas néanmoins à l'égard de ces deux derniers postes, qui demeurèrent à ces deux messieurs : à quoi se joignit dans la suite le recours que cette famille Golbert eut à Mme de Maintenon, qui crut aussi de son intérêt, comme il a été déjà touché
ci-dessus^ en parlant de cette dame, de soutenir ladite famille, de balancer par là le pouvoir déjà bien grand de la famille [le] Tellier, et en particulier celui de M. de Louvois : ce qui néanmoins n'a pas empêché que ce dernier, et même depuis la mort du chancelier son père et jusques à mon départ de France, ne continuât d'avoir, sinon l'entière, au moins la principale part dans la direction des grandes affaires, que surtout il ne demeurât encore maître de son département des affaires de la guerre et de ce qui y a du rapport, et qu'il ne l'exerçât avec bien plus d'autorité et d'indépendance que M. de Croissy n'en usoit dans le sien des affaires étrangères; et ce qui, entre autres, n'a que trop paru dans les fatales résolutions qu'il fit prendre au Roi, contre l'avis de M. de Croissy, sur la fin de l'été en 1 688 et à son retour des eaux de Forges, je veux dire de soutenir de vive force l'élection du cardinal de Fiirstenberg à l'électorat de Cologne, ensuite d'entreprendre le siège de Philisboùrg, et par là de rompre la trêve avec l'Empire, et enfin de pousser en même temps les choses à toutes les extrémités qu'on a vu, soit dans le Palatinat, soit dans l'électorat de Trêves, et enfin dans tout le haut et le bas Rhin, dans la Franconie même et dans la Souabe. Je n'entrerai pas ici dans le détail des considérations dont M. de Louvois se servit pour engager si avant les affaires et y porter le Roi, et dont il y aura lieu de parler plus à fond dans un endroit particulier de cette relation ; je me contenterai seulement de remarquer ici qu'il est constant, que personne aussi ne révoque en doute, à la cour