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Louvois ne fut nommé ministre que le 4 février

Pomponne et la guerre qui suivit bientôt après contre la Hollande ne purent que donner d'autre occupation à M. de Louvois et l'attacher entièrement à la direction des affaires de la guerre, et ainsi de tout le grand détail qui y étoit requis. C'est de quoi le Roi se reposoit entièrement sur lui, savoir : pour tout ce qui pouvoit regarder la disposition, les préparatifs et les besoins requis pour une expédition de cette importance ; ce qui donna lieu aussi à M. de Louvois de faire un tour dans l'arclievèché de Cologne dès l'année 1671 , et s'y aboucher avec cet électeur et le feu évéque de Strasbourg, qui étoient entrés dans le complot de cette guerre ; de passer de là à Coblenz, pour y traiter avec le feu électeur de Trêves pour les mesures à prendre à l'égard du passage des troupes par son archevêché. Je ne m'arrêterai pas ici aux événements divers de cette guerre, qui commença dès l'été suivant 167^, et ne finit que par les traités de Nimeguen, sur la fin de l'été 1678, ni ainsi à toute la part que M. de Louvois ne put qu'y avoir par tous les endroits susmentionnés, et qui accompagna Sa Majesté dans toutes les campagnes et expéditions où elle se trouva. Je toucherai seulement là-dessus deux ou trois circonstances qui peuvent également servir à faire mieux connoître le génie et le crédit tout ensemble de ce ministre. L'une, c'est qu'il empêcha le Roi de conclure une paix aussi glorieuse pour la France que préjudiciable et honteuse pour les États, et que M. de Pomponne, qui étoit alors ministre et secrétaire d'État pour les affaires étrangères, conseilloit d'accepter sur les conditions qui en étoient offertes au Roi par les ambassadeurs des États, qu'ils lui envoyèrent à Utrecht, sur la fin de l'été en

1 672 : en sorte que la Providence divine de Dieu permit, pour le salut des Provinces-Unies et pour le bien général de l'Europe, que les conseils violents de M. de Louvois l'emportèrent sur d'autres plus modérés, et que l'envie et l'espérance de tout engloutir, fortifiée par la rapidité inespérée des premiers succès de cette campagne, donna lieu à voir changer bientôt après la face des affaires et à délivrer dans la suite ces provinces du joug sous lequel elles étoient partie déjà tombées, partie prêtes à tomber. L'autre considération est que, quoique le commandement des armées de France, durant le cours de toute cette guerre, fût confié à des généraux de la considération ou du prince de Gondé, ou de M. de Turenne, ou d'ailleurs des maréchaux de Créquy, de Schomberg et autres d'une capacité assez reconnue dans cette profession, que cependant ils n'étoient ordinairement chargés que du soin de l'exécution, et ainsi de ne faire des opérations et démarches que celles qui leur étoient comme prescrites par les ordres de M. de Louvois, qui se trouvoit autorisé^ par le Roi, et qu'il leur falloit attendre souvent avec perte des conjonctures dont ils auroient pu se prévaloir : ce qui aussi ne put que brouiller ce ministre, en premier lieu avec le feu prince de Gondé, et ensuite avec M. de Turenne, qui supportoient fort impatiemment l'un et l'autre cette subordination dans un métier qu'ils croyoient assez bien entendre pour n'avoir pas besoin de s'y régler par les avis de M. de Louvois et d'y dépendre de ses ordres ; à quoi se joignoient sou-

1. Trouvoient avait été écrit au pluriel, et est corrigé par Spanheim. Autorisés est resté au masculin pluriel.

vent d'autres dégoûts sur le détail de l'entretien et de la subsistance des armées qu'ils avoient à commander, et du choix des officiers généraux dont ils avoient à s'y servir : en sorte qu'à l'égard du prince de Gondé, il fallut que le chancelier [le] Tellier, père de M. de Louvois, fût l'entremetteur pour le raccommoder avec ce prince ; et pour M. de Turenne, comme il s'étoit plaint assez hautement de M. de Louvois, et en des conjonctures où on avoit le plus besoin de ce général, il fallut que ledit ministre prît aussi le parti de ployer devant lui et de l'aller voir à son retour à la cour, l'année qui précéda celle de sa mort. Mais, comme les choses ne laissoient pas de continuer d'aller leur même train, et que d'autre côté M. de Turenne ne se croyoit pas obligé à garder beaucoup de ménagements avec M. de Louvois pendant que la fortune se trouvoit comme appuyée à sa conduite, il est à croire que cela auroit pu avoir d'autres suites suivant le cours des affaires, et ainsi que la mort du premier délivra ce ministre d'un ennemi redoutable, ou qu'il pouvoit craindre pour tel ; et ce qu'il eut d'autant moins à appréhender dans la suite, qu'il en tira occasion de faire succéder à M. de Turenne des généraux qui étoient entièrement de sa dépendance, comme les maréchaux d'Humières et de Gréquy et le duc de Luxembourg : ce qui dura jusqu'à la paix de Nimeguen, après laquelle ce dernier se brouilla avec M. de Louvois, ne s'est pas bien remis depuis avec lui, et s'est aussi trouvé par là hors d'emploi pour quelque commandement d'armées. Il n'en fut pas de même des deux autres, et qui aussi en ont tiré l'avantage d'être employés dans les occasions qui s'en sont depuis présentées, comme le maréchal de

Créquy au siège de Luxembourg, en 1 684, et qui mourut deux ans après, en 1686, et le maréchal d'Humières, qui vient encore de commander en Flandres à la campagne dernière : c'est-à-dire que M. de Louvois a su s'établir et se maintenir maître absolu de son département des affaires de la guerre, que le Roi s'en rapporte entièrement à lui, et souvent^ il y aura lieu d'en parler encore dans la suite. Mais, comme M. de Louvois crut que, par la paix de Nimeguen, cet emploi lui donneroit moins d'occasion de se rendre nécessaire, ou même assez de loisir pour s'acquitter encore de celui de ministre des affaires étrangères, surtout par le rapport qu'il pourroity avoir aveccelui^ de la guerre, et que, dans ce dessein, il garda peu de ménagement avec M. de Pomponne, et contribua sous main à donner au Roi des vues de lui en ôter le poste, il fut bien surpris d'apprendre que M. Golbert, à son insu, et durant qu'il se trou voit à sa maison de Meudon, sut se prévaloir auprès du Roi d'une occasion qui s'en présenta pour ôter en effet subitement la charge à M. de Pomponne et la^ faire donner sur-lechamp à M. de Groissy, son frère, quoiqu'absent alors en Bavière : ce qui ne put que faire balancer davantage le crédit de M. Golbert avec le sien. Mais c'est de quoi il eut lieu de se venger, ou d'être récompensé par la mort dudit sieur Golbert, qui arriva, comme il a été dit, dans l'automne de l'an 1683, tant par le successeur qu'on lui donna dans la direction des finances, le parent et ami intime de la maison [le] Tellier, par le

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