Contribue, dans le manuscrit
dépendoit de lui, les engagements de guerre qui en pouvoient résulter : à quoi il étoit porté, tant par la considération des événements douteux qui en pouvoient naître, que pour y trouver mieux* son compte par le crédit et l'autorité du gouvernement qui en redoubloit pour M. de Louvois en temps de guerre. C'est aussi dans cette dernière vue que, dès le commencement de son ministère, il s'appliqua à appuyer le dessein de procurer à la France des alliés qui pussent concourir au même but d'éloigner la guerre : à quoi il ne jugea rien de plus convenable qu'une alliance plus étroite avec feu Son Altesse Électorale, et d'en faire commettre, comme on fit, toute la négociation au comte de Rebenac, envoyé de France auprès d'elle ; ce qui donna lieu ensuite, et dans la même vue, d'y faire entrer le roi de Danemark. Il travailla de même pour traiter avec la maison de Lunebourg ; mais ce qui trouva des obstacles au sujet des engagements que le duc d'Hanover a voit déjà pris avec le prince d'Orange, et même avec la cour impériale. La conduite de la Suède, par le traité d'association qui fut fait bientôt après à la Haye, ne put que donner à ce ministre et à la cour de France tant plus d'éloignement pour ladite couronne, et à tâcher à s'y précautionner par toutes sortes de moyens. On crut dans la suite y avoir assez pourvu par le traité de trêve ^, qui assuroit à la France, pour le terme de vingt ans, les réunions faites dans l'Empire, sans parler de la possession de Luxembourg,
1. Mieux a été corrigé d'abord, puis récrit en interligne, par Spanheim.
2. Le manuscrit porte ici et plus loin : Trêves. Il s'agit, comme plus haut, de la trêve signée àRatisbonne le 15 août 1684.
qu'on venoit d'enlever aux Espagnols. D'ailleurs, comme cette affaire des réunions tenoit fort à cœur à M. de Groissy pour les raisons que j'en ai déjà touchées, aussi prenoit-il aisément ombrage de tout ce qu'il crut en pouvoir traverser un jour la possession à la France. C'est dont il crut qu'on ne pouvoit mieux s'assurer qu'en tâchant de faire convertir la trêve en paix et d'en prendre prétexte, tantôt de la ligue d'Augsbourg, tantôt des vues et des menaces qu'on affectoit d'attribuer à la cour impériale, et à mesure de ses grands progrès en Hongrie, à savoir : de vouloir conclure la paix avec le Turc pour tourner ses armes contre la France. Et c'est aussi là-dessus qu'il en fit entamer la négociation à la cour de Rome, par le cardinal d'Estrées, dès la fin de l'année 1 686, qu'il eut quelque chagrin que l'atfaire y fut négociée autrement qu'il ne s'attendoit, et de tout l'éclat qu'elle fit. C'est dont j'essuyai aussi ma part sur les remontrances que je me crus en droit de lui en faire dès que je l'appris ; et qu'enfin, ce coup ayant manqué, on ne perdit pas cependant le dessein de le faire réussir dès les premières ouvertures qu'on en trouveroit. Je n'en parle ici que par la part que M. de Croissy prenoit en tout cela et pour en faire mieux connoître sur quoi rouloient en effet toutes ses vues : l'une, d'assurer, comme j'ai déjà remarqué, les réunions à la France ; l'autre, d'en venir à bout par la voie des traités et des conjonctures à y donner lieu, plutôt que par celle des armes. Ce fut aussi dans la même pensée qu'il appuya, dans la suite, d'un côté l'affaire de l'élection du cardinal de Furstenberg pour l'électorat de Cologne et pour l'évêché de Liège, et d'ailleurs que, l'un et
l'autre ayant manqué, quelque déplaisir qu'il en eut, il ne fut pas cependant d'avis d'y faire engager plus avant l'autorité royale et d'entamer là-dessus une guerre, mais bien d'employer tous les offices, et les menaces au besoin, à la cour de Rome et envers le pape, pour le porter à y changer de conduite ; ce qui d'abord fut d'autant plus facile à ce ministre, savoir : qu'on s'en tînt encore là du côté de la France, que M. de Louvois se trouvoit alors absent, aux eaux de Forges, mais qui, à son retour, prit l'affaire sur un autre ton et vint aux prises là-dessus, et devant le Roi, avec M. de Croissy, porta Sa Majesté à y prendre d'autres mesures et à soutenir de vive force l'élection de Cologne en faveur du cardinal susdit, aussi bien que par la négociation à la cour de Rome , et ainsi à envoyer des troupes dans les places de l'archevêché sur le Rhin et s'en rendre maître ; ce qui ensuite est allé plus loin par les conseils du même M. de Louvois, sans que M. de Croissy ait eu le crédit ou la force de l'empêcher, ou même dans les vues, dont il a pu se flatter, que la conjoncture de la guerre qui duroit encore avec le Turc pourroit faire accepter au Conseil de Vienne le parti porté dans le manifeste qui fut publié par la France en même temps du siège de Philipsbourg, et qui fut dressé dans le bureau de M. de Croissy. Aussi me parut-il assez aheurté là-dessus dès la première fois que je lui en parlai et que je venois d'apprendre la résolution susdite, que je tâchois d'un côté de lui remontrer tous les justes griefs qui s'y trouvoient, et de l'autre de combattre les vues dont il pouvoit s'y flatter. Mais, comme le Rubicon en fut franchi, qu'on ne s'en tint pas même, du côté de la
France, au projet du manifeste, et que les choses furent bientôt portées à de plus grandes extrémités par le même génie et la conduite du ministre qui les avoit engagées, savoir : M. de Louvois, et qui en donnoit seul les ordres, aussi M. de Croissy ne fut plus en état d'y garder de son côté beaucoup de mesures, et, de gré ou de force, a suivi le torrent où elles ont été entraînées.