‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 163 sur 360 · DE SA CONDUITE ET DE SES VUES DANS SON EMPLOI · texte numérisé non relu

DE SA CONDUITE ET DE SES VUES DANS SON EMPLOI

J'ai cru qu'il n'étoit pas hors de propos de toucher en passant ce que dessus, pour donner lieu d'en mieux connoitre un ministre qui est seul chargé de la direction et de l'expédition des affaires étrangères, et aussi avec lequel, de même que les autres ministres publics en France, je n'ai pu qu'avoir toutes mes relations durant le cours de neuf années de mon dernier emploi en ladite cour. On en peut aussi assez recueillir que la seule faveur du frère ne l'a pas élevé tout d'un coup à ce poste, et qu'il avoit passé auparavant par bien des emplois qui y pouvoient avoir le plus de rapport; aussi ne put-il qu'y apporter une information suffisante des affaires de l'Europe et de la constitution et des intérêts des États qui la composent.

et, comme son ministère se rencontra dans la conjoncture de la paix rétablie entre la France et les puissances alliées contre elle, en premier lieu par les traités de Nimeguen, en 1678, avec la Hollande, l'Espagne, l'Empereur et l'Empire, et après, par ceux qui se firent en 1 679, à Zell, avec la maison de Brunswick et Lunebourg, et enfin, à Paris, avec le Danemark et feu Son Altesse Électorale, il tira occasion des premiers traités, où il avoit été employé et avoit eu bonne part, de mettre sur le tapis et d'appuyer sur des clauses indécises qui y étoient restées le plan des réunions dans l'Alsace et les dépendances prétendues, tant de cette province que de la Lorraine et des trois évèchés, Metz, Toul et Verdun. Ce fut dans cette vue que la connoissance et la juridiction en fut attribuée partie au Conseil souverain d'Alsace, partie au parlement de Metz ; qu'on s'y servit, entre autres, du procureur général du roi audit parlement, jugé fort propre à pousser loin une telle affaire, et qu'outre cela M. de Croissy prit à son service et pour son premier commis M. de Bergeret, qui étoit avocat général audit parlement, et dont il se sert encore : ce que je touche ici comme une circonstance qui a eu le plus de part à engager du côté de la France ladite affaire des réunions dans l'Europe, et à la pousser et la soutenir dans la suite, vu celle que M. de Croissy y prit d'en faire le premier mérite de son ministère et de s'y croire suffisamment instruit ou autorisé par la part qu'il avoit eue, comme je viens de dire, aux traités de Nimeguen, et par l'explication et l'étendue qu'il se crut en droit d'y donner. Ce fut aussi dans cette vue principale, d'un côté, qu'il forma ou appuya le plan des

alliances plus étroites avec les puissances qu'il crut pouvoir le plus contribuer à y apporter de l'obstacle et à engager là-dessus une nouvelle guerre, et, de l'autre, qu'il se rendoit difficile dans les négociations ou conférences avec les ministres publics qui avoient des intérêts opposés à cette réunion ou d'ailleurs tâchoient de les arrêter et de les détourner. C'est dont je puis rendre quelque témoignage sur les occasions que je pou vois prendre de moi-même d'en parler à mesure qu'elles se présentoient ou que j'en étois chargé de la part de feu Son Altesse Électorale : ce qui particulièrement ne pouvoit que le brouiller de fois à autres avec le comte de Mansfeld, ministre alors de l'Empereur à la cour de France , et d'ailleurs avec celui de Suède, l'ambassadeur Bielke, au sujet de la réunion du duché de Deux-Ponts. Il y avoit encore, à l'égard de ce dernier et des intérêts de son roi, deux circonstances qui les mirent mal ensemble, et dont il y aura lieu de parler sur le sujet des intérêts présents de la France avec la Suède. Et comme ce que je viens de dire contribua^ peu à peu à porter les affaires sur le penchant d'une grande guerre avec l'Empire et l'engager d'ailleurs avec l'Espagne, et ensuite à en arrêter le cours par les traités de trêve qui suivirent avant l'été en 1 684, et où feu Son Altesse Électorale eut autant de part, aussi M. de Groissy, de son côté, y eut toujours deux vues : l'une, d'appuyer et d'assurer à la France les réunions faites, comme un ouvrage procédé de ses conseils et négociations susmentionnées; l'autre , de n'en détourner pas moins , et autant qu'il

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