Qui, dans le manuscrit
d'ailleurs par quelque penchant qui lui étoit resté pour Sadite Altesse Électorale depuis son premier envoi public et sa négociation à Glèves en 1 666, et au contraire avec peu d'inclination pour la Suède, et surtout pour le ministre qui commençoit à y paroître au timon des affaires, le comte Benoît Oxenstiern, depuis leur connoissance aux traités de Nimeguen. C'est aussi dans cette même vue susdite que, sur ce qu'il plut à feu Son Altesse Électorale, et avec des vues conformes, de me destiner de son mouvement pour son envoyé extraordinaire à la cour de France au commencement du ministère dudit marquis de Groissy et de l'année 1 680, celui-ci, que j'avois connu aux traités de Nimeguen en qualité que j'y avois de ministre palatin, prit quelque ombrage du choix ^ de ma personne sur ce que j'avois été obligé d'en venir quelquefois aux prises avec lui, durant lesdits traités, pour les intérêts du prince qui m'y avoit envoyé, outre d'ailleurs que j'avois eu le bonheur d'être honoré d'une confiance assez particulière des ministres du parti contraire à la France, comme du feu marquis de Grana, baron d'Isola et pareils, et aussi d'avoir été employé durant tout le cours de la dernière guerre contre la France, tant aux traités de Gologne que par deux envois en Angleterre, un aux États généraux, et ensuite auxdits traités de Nimeguen ; ce qui porta aussi le marquis de Groissy de le faire entendre ici, à Berlin, au nom du Roi, par le comte de Rebenac, et même de l'insinuer à Paris à M. de Depence ou à M. Ilgen, que M. de Meinder y
1. Ces deux mots : du choix sont ajoutés en interligne, de la main de Spanheim.
avoit laissé comme secrétaire correspondant, et en donnant pour motif de méjuger peu propre à contribuer aux liaisons et à la confiance réciproque du Roi et de Son Altesse Électorale, comme un ministre connu pour avoir été attaché jusque-là au service et nourri dans les maximes d'un prince qu'on jugeoit peu affectionné à la France, et pour lequel, en effet, on avoit inspiré au Roi beaucoup d'éloignement et de haine. C'est dont je ne fus averti que depuis mon arrivée en France, par la part que M. Fuchs^ qui m'avoit notifié les premières intentions de feu Son Altesse Électorale pour mondit emploi, crut à propos de m'en donner, et pour m'y régler au besoin. Je crus, après tout, n'en devoir faire aucun semblant à la cour de France, ou à M. de Croissy en particulier (surtout vu qu'on ne m'en fit rien paroître) , moins avoir besoin de faire aucune apologie sur mon sujet, et me contenter d'aller mon droit chemin, comme j'avois toujours fait, qui est de faire mon devoir et me conformer aux ordres et aux intentions de mes maîtres autant qu'elles m'étoient connues. Gomme c'est la conduite que je tins dans l'acquit de mondit emploi en France, et à laquelle je me suis uniquement attaché, sans y porter ni intérêts ni prévention particulière, j'ose dire aussi qu'on m'y rendit la justice due, et que j'en tirai occasion de trouver à ladite cour, et auprès de M. de Croissy en particulier, toute la créance et, s'il m'est permis d'ajouter, toute la considération qu'on pouvoit avoir pour un fidèle et désintéressé ministre de son
1. Ce nom, étant suivi de deux points séparés par une barre perpendiculaire . | ., n'est peut-être qu'une ai)rcviation.
maître. Aussi Dieu m'y fit la grâce de la maintenir et d'en sortir à honneur parmi toutes les révolutions différentes qui ne purent qu'arriver durant le cours de mondit emploi, et malgré même toute la chaleur et le zèle avec lequel je puis dire que j'embrassois, de moi-même ou sur les ordres que j'en recevois, toutes les occasions qui se présentoient de combattre ouvertement la conduite de la France, et au contraire de soutenir hautement celle de feu Son Altesse Électorale de glorieuse mémoire, ou de Son Altesse Électorale aujourd'hui régnante : ce que je n'ai pu me dispenser de toucher en cet endroit, et de le finir en même temps par la réflexion que j'ai toujours connu en M. de Groissy, parmi les inégalités de son procédé et la différence des conjonctures, un véritable penchant pour les intérêts de la sérénissime maison électorale, pour entretenir ou affermir des liaisons de la cour de France avec elle, et pour en détourner, autant qu'il dépendoit de lui, la rupture ou ce qui pouvoit donner de justes chagrins à la cour électorale, comme dans l'affaire du payement des subsides, dans les vexations passées de la principauté d'Orange, dans l'affaire du comte de Sohre, et, en dernier lieu, dans celle [de] l'exaction des contributions du pays de Glèves. Mais c'est dont il n'étoit pas le maître, ou même n'en étoit informé que lorsqu'il n'y avoit plus de remède. Après tout, il n'en sera pas moins ardent dans les conjonctures des affaires présentes et de toute espérance perdue de détacher Son Altesse Électorale d'un engagement aussi juste et aussi indispensable que celui où elle est entrée ; je veux dire à pousser, avec le Conseil du Roi, à toutes les mesures qui peuvent être les
plus contraires aux intérêts de Son Altesse Électorale et de sa sérénissime maison.
DE M. [le] PELETIER.
Je n'aurai pas de quoi m' arrêter de même sur les deux autres ministres d'État qui restent, et dont il n'y avoit même qu'un qui en occupât* le poste durant mon séjour en France et à mon départ, à savoir : M . [le] Peletier. Il n'y fut aussi appelé, comme je l'ai déjà remarqué ci-dessus^, qu'après la mort de M. Golbert, sur la fin de l'an 1683, et pour lui succéder dans les deux emplois de contrôleur général des finances et de ministre d'État. J'ai touché aussi qu'il en fut uniquement redevable au chancelier [le] Tellier, dont il étoit parent et l'ami intime, et qui se reposoit aussi sur lui du soin de ses affaires particulières ; aussi lui avoit-il procuré, assez longtemps auparavant, la charge lucrative de prévôt des marchands de Paris, qui lui fut même redonnée une seconde fois par le Roi, qui en dispose^, et dont il s' étoit acquitté avec une approbation fort entière et fort générale : ce qui aussi lui avoit donné lieu d'être connu de Sa Majesté, d'en avoir eu souvent audience suivant les occasions que cette charge en