‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 191 sur 360 · DU SECRÉTARIAT DU MARQUIS DE CROISSY · texte numérisé non relu

DU SECRÉTARIAT DU MARQUIS DE CROISSY

Le marquis de Croissy, comme secrétaire d'État, a dans son département, outre celui des affaires étrangères, qui regardent le Conseil du Ministère et dont il a été assez parlé, celles de diverses provinces de France et dont il est obligé de faire rapport dans le Conseil des dépèches et d'en procurer l'expédition. Ces provinces sont la Champagne et Brie, la Bretagne, le Dauphiné, la Provence, le Berry, le Limousin, l'Angoumois, la Saintonge, le Navarrois, le Béarn, le Bigorre et la principauté de Sedan : ce qui ne peut aussi que redoubler les occupations de ce ministre, les audiences qu'il lui échoit de donner sur de pareilles affaires du dedans du royaume, les informations ou

4. Les sept derniers mots ont été ajoutés en marge par Spanheim. 2. M'ie de Tonnay-Gharente, fille de Marie Phélypeaux do la Vrillière.

, PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 241

dépêches qu'il en reçoit, et les résolutions qu'il est question d'en faire expédier dans son bureau en suite de celles qui en peuvent avoir été prises dans le Conseil des dépêches et sur son rapport. Il est vrai qu'il arrive de fois à autres que, par la nature des affaires ou exécutions militaires qui s'y trouvent jointes, M. de Louvois, par le département qu'il a de la guerre, s'attire celles des provinces ou des lieux qui sont d'ailleurs du département de M. de Croissy, et sans même qu'on lui en donne aucune part : ce que j'ai vu arriver, entre autres, dans les affaires de la principauté d'Orange, qui, par sa situation et autant que la France s'en mêloit, étoit une dépendance de celle ^ de la Provence, qui étoit du département de M. de Croissy; cependant, dès que le Roi prit le dessein d'y user de la même rigueur qu'envers ses sujets de la Religion et d'y employer, par le conseil de M. de Louvois, des gens de guerre pour en venir à bout et faire embrasser la religion romaine aux habitants de la ville et de la principauté d'Orange, et se saisir de ceux qui y apporteroient de l'obstacle, sans y garder plus aucun égard aux droits de souveraineté, la chose fut résolue et exécutée par l'envoi à Orange du marquis de Tessé avec deux régiments de dragons, et suivie de l'emprisonnement des ministres de ladite principauté, et, peu de temps après, du président Lubières, par les ordres seuls de M. de Louvois, concertés 2, comme on peut croire, avec le Roi, sans aucun su ou participation préalable avec le marquis de Croissy. J'en puis parler

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