‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 201 sur 360 · CARACTÈRE DU PÈRE LA CHAISE · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DU PÈRE LA CHAISE

Le Père la Chaise a fait trop parler de lui dans le monde, et a eu en effet trop de part dans l'affaire de la Religion, de même que dans les différends passés de la France avec la cour de Rome, pour n'en rien dire. On sait assez qu'il est jésuite et confesseur du Roi. J'ajouterai qu'il est Lyonnois, de bonne et ancienne famille, et qui, jusques à ce qu'il avoit été élevé à ce poste de confesseur du Roi, avoit fait paroitre un esprit doux, traitable et modéré. On peut même dire quec'étoitlà son caractère naturel, et dont son air et son extérieur pouvoit même donner quelque préjugé. D'ailleurs, il n'avoit ni le génie ni l'esprit fort élevé, ni beaucoup de science, ni le don de la prédication, ni enfin aucun talent éminent ou qui lui attirât une considération particulière dans son ordre. Cependant, comme il eut occasion d'être adjoint au dernier confesseur du Roi, le Père Ferrier, et par là de se faire connoître de Sa Majesté, il en fut aussi choisi pour

1. En marge : « Gela se lit dans la lettre du vicaire général de Pamiers, grand janséniste. »

2. Le manuscrit porte : Chaize, ce qui est conforme aux signatures du Père ; néanmoins, nous conservons la forme Chaise, qui a prévalu.

remplir le poste de son confesseur dès qu'il vint à vaquer par la mort dudit Père. Il y a même lieu de croire que la portée d'un esprit qui paroissoit avoir, comme j'ai dit, de la douceur, de la retenue, de la modération, et ainsi moins de hauteur, d'artifice ou de présomption que n'en ont souvent des Pères de cet ordre, y eut bonne part.

Page 1