DES ENGAGEMENTS DU PÈRE CONTRE LES JANSÉNISTES ET LE DÉFUNT PAPE
Aussi seroit-il peut-être toujours demeuré dans cette assiette, si d'un côté l'esprit ou l'intérêt de la Société, et de l'autre la nature et les obligations de son poste, ne lui avoient fait prendre d'autres mesures. Par le premier, il lui fallut entrer dans le parti d'abattre et de ruiner les Jansénistes, les ennemis jurés des Jésuites, et qui ne perdoient aucune occasion de décrier la morale et la doctrine de ces Pères. Et comme ces mêmes Jansénistes se trouvèrent dans la suite les partisans déclarés contre le droit de la régale prétendue du côté de la cour, et les avocats du pape et de son autorité dans cette affaire contre les procédures du Conseil du roi ou les parlements, cela ne put aussi que faire prendre le parti contraire aux Jésuites, et par conséquent porter le Père la Chaise à les y appuyer de tout son crédit : à quoi contribuoit d'ailleurs le peu de penchant que le défunt pape témoignoit pour les Pères de la Société, et au contraire l'estime et la considération qu'il faisoit paroître pour les Jansénistes, surtout depuis qu'ils [s'Jétoient déclarés pour son droit et pour son pouvoir dans l'affaire susdite de la régale. Il s'y
PAR ÉZÉGHIEL SPANHEIM. 253
joignit encore dans la suite une affaire ou deux, comme celle des religieuses Urbanistes à Toulouse, et celles de l'abbaye de Gharonne^ proche de Paris, où les Jésuites, et ainsi le Père la Chaise, se rendirent autant que parties contre les bulles ou brefs du défunt pape. Tout cela engagea insensiblement le Père la Chaise dans les intérêts opposés à ceux du défunt pape et de la cour de Rome, tant par l'intérêt susdit de la Société, et surtout des jésuites françois, que d'ailleurs par les attachements de son poste auprès du Roi, et ainsi par ses ménagements ou son penchant à s'y conformer aux volontés de la cour.