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OU de détruire. L'expérience n'a que trop fait voir qu'il n'a pas balancé à prendre le premier parti, et ainsi qu'il a eu en effet grand'part à toutes les délibérations qui s'en sont faites et toutes les mesures qu'on trouva à propos d'y prendre dans ce Conseil de conscience pour y aller véritablement par degrés, mais cependant avec un ferme dessein d'en consommer tôt ou tard l'ouvrage. Aussi n'a-t-on pas ignoré ou les engagements que ce Père y a fait prendre à ceux qui pouvoient avoir besoin de son crédit ou de son appui auprès du Roi, ou les déguisements qu'il tâchoit d'apporter de fois à autre sur les rapports des faits capables d'exciter ou l'horreur ou la compassion de Sa Majesté, ou les promesses et les menaces dont il se servoit envers les personnes de la Religion pour les porter à l'abjurer, suivant qu'il croyoit les uns ou les autres plus capables de les y induire. On y peut joindre les correspondances qu'il entretenoit dans cette même vue par tout le royaume, les distributions des récompenses ou des bénéfices dont il se chargeoit, ou dont il pouvoit disposer par les facilités que son poste auprès du Roi lui en donnoit, et la dureté enfin qu'il a fait paroître dans toutes les suites de cette conduite, et à l'égard de tant de misérables sujets du Roi de l'un ou de l'autre sexe, je veux dire de ceux qu'on a condamnés ou à des cachots, ou aux galères, ou à des transports dans les îles de l'Amérique, ou même à mort, et quelquesuns à des morts même les plus cruelles, ou pour être demeurés fermes dans la profession de leur religion, ou pour s'être repentis de l'avoir abandonnée trop légèrement, ou pour avoir assisté aux exercices défendus de la même religion, ou enfin pour n'avoir pu
s'accommoder de la violence qu'on leur faisoit dans un état de mourant, ou réputé pour tel, à prendre l'hostie. Tous ces faits et toutes ces circonstances susdites ne sont que trop palpables pour ne charger le Père la Chaise d'une bonne partie de toute la mauvaise foi, de toute la violence et de toute l'inhumanité qui s'y trouve. Il en paroît même d'autant plus responsable qu'il avoit plus de moyens en main pour en détourner, ou au moins pour adoucir les résolutions ou les effets les plus funestes : maître comme il étoit de la conscience du Roi, et d'un roi d'ailleurs qui n'étoit naturellement ni tyran, ni cruel, ni injuste, ni malfaisant, qui ne doute qu'il auroit pu, sans lui faire même abandonner le gros du dessein, le porter à y tenir une autre conduite, à épargner au moins le sang et la vie de ses bons et fidèles sujets, et tous ces autres traitements barbares, impies, comme entr' autres celui des communions forcées, qu'on leur a fait souffrir? Ce qui sans doute paroîtrà d'autant plus étrange quand on réfléchira sur ce que j'ai avancé d'abord du caractère du Père la Chaise, qui sembloit ne point promettre de si terribles effets ; c'est-à-dire que la bonté appa- Irente ou la douceur même du naturel n'est pas à l'épreuve de la prévention de l'esprit, des maximes de la Société, en particulier de sa haine et de sa malignité contre la religion réformée et ceux qui en font profession, de son intérêt à les détruire et à en profiter, et enfin de la complaisance et des ménagements d'un confesseur jésuite et courtisan.