‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 23 sur 360 · DE SES QUALITÉS PERSONNELLES · texte numérisé non relu

DE SES QUALITÉS PERSONNELLES

Les qualités du Roi se développèrent avec surprise après la mort du cardinal Mazarin, qui arriva en 1 661 , auquel temps il commença à régner par lui-même. La conduite qu'il tint à l'égard de M. Fouquet, qui disposoit des finances en maître plutôt qu'en surintendant, surprit le monde, et fit voir qu'il étoit maître de son secret quand il vouloit, et que sa première application alloit à redresser les finances et à remplir son Trésor, qu'il trouvoit vide, à établir son autorité, et à abaisser celle des grands et des cours souveraines, dont il avoit été insulté durant sa minorité ; enfin, de ne vouloir plus vivre dans la dépendance d'un premier et absolu ministre. Il y joignit en même temps, et dans un âge peu avancé comme celui de vingt-trois ans, une grande application aux affaires, une assiduité aux Conseils, un secret dans les délibérations, et beaucoup de fermeté dans l'exécution des résolutions prises : ce qui a paru, entre autres, par celle avec laquelle il a maintenu jusques ici la défense des duels, et [a] été inflexible à faire grâce à ceux qui en étoient convaincus, malgré le poids et la considération des intéressés,

OU les sollicitations pressantes, et de la part des plus grandes puissances de l'Europe, en leur faveur. On peut dire qu'il fut aidé à tout cela par un tempérament naturellement rassis, qui n'avoit rien de brusque ni d'emporté, qui le rend assez maître de soi-même et de ses mouvements, qui tient plus d'un naturel grave, sérieux et réservé, que d'une humeur libre, enjouée et ouverte. C'est par là que son génie, qui, naturellement, n'a rien de fort brillant ni de fort élevé, dont les connoissances d'ailleurs étoient fort bornées, par le peu de soin qu'on avoit pris de les cultiver dans sa jeunesse, et par la dépendance dans laquelle on l'avoit tenu, ou il s'étoit tenu lui-même durant la vie du Cardinal, que ce génie, dis-je, prit de nouvelles forces et parut assez grand dans la suite pour soutenir par luimême le poids des affaires et du gouvernement, ou au moins pour s'en conserver au dedans et au dehors tout l'éclat et toute l'autorité. C'est par là que toutes les factions passées se dissipèrent, que les grands rentrèrent dans leur devoir, les cours souveraines dans la dépendance, les peuples dans l'obéissance, et que les prétextes des désordres et des troubles passés contre le gouvernement furent retranchés. C'est dans cette même vue qu'il se rendit véritablement maître de toutes les grâces, qu'il sut les dispenser sans profusion, en surprendre même agréablement ceux qu'il en honoroit, et enfin les ménager avec adresse. Aussi affecta-t-il, sans parler ici des ministres et des généraux, dont il sera fait mention ci-après, de n'avoir de favoris ou de maîtresses que pour s'en délasser l'esprit ou satisfaire à sa passion, sans leur donner plus d'empire sur ses volontés ou de part dans le gouvernement.

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