Ont, dans le manuscrit; peut-être : ont été
séries, en tableaux et portraits, en joyaux et pierreries, en autres bijoux et curiosités de valeur : ce qui tout ensemble n'a pu qu'aller à des sommes immenses, et dont on est aisément persuadé quand on a occasion de le voir, comme je l'ai eue assez souvent ;
III. En entretien des tables, écuries et offices de la maison du Roi ; en payement de gages et de pensions, tant de personnes royales que d'officiers, domestiques ou autres : en quoi on a aussi beaucoup enchéri sous ce règne, pour en faire éclater tout ensemble le bon ordre et la magnificence;
IV. Et pareillement en gratifications ou à des maîtresses, ou à des favoris, ou à des créatures, en fêtes fréquentes, et autres dépenses extraordinaires pour le divertissement ou pour la splendeur de la cour de France ;
V. En fortifications et entretien de places, de forts et de citadelles qu'on a faits sous ce règne, et surtout depuis vingt-deux ou vingt-trois années en çà, au nombre de plus de quarante, sans y rien épargner pour la sûreté, la force et l'embellissement ; les sommes qu'on n'a pu qu'y employer, et ce qu'on n'a point de peine à croire quand on voit ces mêmes places, sont incroyables ; on peut même juger par le seul Dunquerken, dont les ouvrages prodigieux qu'on y a faits, soit pour la fortification de la place, soit pour la sûreté ou la commodité du port, et y dompter, pour ainsi dire, les inconvénients ou les défauts de la nature qui s'y opposoient, montent, à ce qu'on assure, à plus de douze millions de livres ;
VI. En achat du même Dunquerken, qui coûte au Roi trois millions de livres ; d'ailleurs celui de Casai, dont
on paya deux millions au duc de Mantoue, pour ne point parler des sommes qu'on a employées en France pour le rachat des domaines du Roi qu'on avoit aliénés, ou pour rembourser les capitaux empruntés dans la guerre passée et en diminuer les rentes de l'hôtel de ville, comme il se fit après la paix [de] Nimeguen, en 1 680, par la réduction que M. Golbert trouva lieu d'en faire;
VII. Dans l'entretien des forces de terre ou de celles de mer, en troupes et en armées, vaisseaux de guerre, galères, arsenaux, et tout l'équipage ou allestement requis pour la construction ou pour l'entretien des uns ou des autres : ce qui n'a pu, entr'autres, que requérir et consumer des sommes immenses, surtout dans les conjonctures des guerres faites sous ce règne et depuis la mort du cardinal Mazarin. C'est aussi dont on peut tirer un assez grand préjugé de ce que, dans la guerre passée contre la Hollande, l'Empire et l'Espagne, et qui finit par les traités de Nimeguen et ceux qui suivirent bientôt après à Paris, les seules dépenses de l'extraordinaire des guerres de terre, qui comprend l'entretien de toutes les troupes (hors celles de la maison du Roi) et armées par terre, et ce qui peut y être requis en munitions, artillerie et autres frais, alloient à soixante millions de livres par année, et qu'il étoit question que feu M. Golbert fournît à M. de Louvois, qui en avoit la recette et la dépense.
VIII. A quoi on peut ajouter les dépenses en subsides et alliances avec des puissances étrangères, partie connues, partie secrètes, comme celles qui passoient en Angleterre sous le feu roi et sous le roi Jacques, ou d'ailleurs en correspondances secrètes qu'on peut
PAR EZEGHIEL SPANHEIM. 299
croire que la France ne manquoit pas d'entretenir ailleurs et en plus d'un endroit.
Ce qui tout ensemble, surtout sous un règne aussi fastueux et où on s'efForçoit en toutes rencontres de faire éclater le bon ordre, la pompe et la magnificence, n'a pu que consumer annuellement les plus clairs et plus certains revenus de la couronne, quelque grands qu'ils fussent, et vider, pour ainsi dire, le Trésor royal. Je toucherai dans la suite la conséquence d'autant plus grande qu'on en peut tirer dans la conjoncture de la guerre présente.