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DES FORCES DE LA FRANCE PAR MER, ET EN QUOI ELLES PEUVENT MANQUER

La sixième considération peut avoir lieu au sujet des forces de mer dont il a été parlé ci-dessus, et d'où on

peut assez recueillir qu'en effet elles ne sont point à mépriser eu égard à l'avantage de la situation des ports, du nombre et de la qualité des vaisseaux, de la valeur et de l'expérience des officiers, capitaines, soldats, ou des généraux à les commander, et surtout du bon ordre et du grand soin qu'on y apporte ; en sorte que ces mêmes avantages de la marine n'ont jamais été en France, ni à beaucoup près, au point où on les a mis sous ce règne et où on s'efforce extraordinairement de les porter de plus en plus. Cependant il n'y a pas moins lieu de réfléchir :

1 . Qu'à l'égard de la construction des vaisseaux, la France n'a pas suffisamment de quoi fournir à tout ce qui est requis ; qu'elle a besoin, comme il a déjà été remarqué, du transport de bois de Norwegen, surtout pour les gros mâts, du chanvre qu'elle tire de Riga et par la mer Baltique pour les gros câbles, et des bonnes toiles d'Hollande pour d'autres usages ; qu'aussi, le transport pouvant lui en manquer ou se rendre plus difficile dans la conjoncture de la guerre présente , la France ne pourroit pas, avec la même facilité que l'Angleterre ou la Hollande, fournir à la longue de nouveaux vaisseaux et réparer la perte de ceux qui viendroient à manquer.

2. Qu'on peut dire la même [chose] à l'égard de l'armement maritime, comme, entre autres, de canons de fer, que la France a tirés de Suède jusques ici, puisque, bien qu'il y ait beaucoup de forges et de mines de fer dans le royaume, on a trouvé cependant que le canon n'en vaut rien; en sorte que plus de mille canons faits en France par un fondeur qu'on y a voit fait venir de Suède, n'y servent que de montre

dans les havres, sans que personne en veuille embarquer ; et , à l'égard des canons de fonte , on sait que le métal doit être porté pareillement en France. Quant à la poudre, quelque quantité qu'on en fasse, ou quelque grands magasins qu'on en ait dans le royaume, on a de la peine d'en avoir assez pour y fournir à ce qui y est requis pour les vaisseaux sans le secours de celles qu'on a tirées des pays étrangers , et surtout vu le salpêtre, dont le meilleur, comme on sait, et pour la poudre à canon, vient des Indes orientales. Aussi me souviens-je d'avoir ouï dire, et peu de temps avant mon départ de France, à un des intendants de marine, qui venoit de Brest et qui en rendoit compte, en ma présence et sans me connoître, au premier commis de M. de Croissy, savoir : que l'on hâtoit en diligence l'équipage des vaisseaux de guerre à Brest et qu'ils^ n'auroient faute de rien, hors qu'ils pourroient bien manquer de poudre, au moins qu'on auroit assez de peine d'y fournir.

3. Qu'il ne pourra qu'en arriver de même de bons pilotes et de matelots, surtout depuis, comme il a déjà été remarqué, la grande désertion qui s'en est faite sur les côtes de Poitou et de la Rochelle de ceux de la Rehgion, et que la persécution a chassé la plupart en Angleterre. C'est une perte qu'on regrettoit déjà fort en France assez longtemps avant la guerre présente ou qu'on la prévît, et qu'on auroit de la peine, à ce qu'on y avouoit dès lors, de réparer. Il n'en est pas de même non plus^ des puissances voisines et mari-

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