Pages 297 et 301. — 2. Peut-être pour qu'ils
restés en France sans y être satisfaits de leur condition, et plutôt avec des vues qui y sont bien opposées ; mais à quoi ne peuvent* surtout que contribuer, je veux dire aux dépenses prodigieuses de ce règne, les conjonctures de la guerre présente et la conduite ^ que la France y a tenue à se faire autant d'ennemis de toutes les puissances presque de l'Europe ; et ainsi ce qui en résulte nécessairement ou en a suivi , d'un côté des frais immenses qui sont indispensablement requis pour soutenir la guerre qu'elle a engagée par mer et par terre contre les nations les mieux armées ou les plus redoutables dans l'un et dans l'autre élément, ce qui ne peut que requérir des sommes et minières d'argent incroyables pour fournir à la longue à l'équipage et à l'entretien des grosses armées en campagne, d'un grand nombre de places à garder, de grandes flottes sur les deux mers et des secours à faire passer de fois à autre, au cas que cela vînt à durer, en Irlande, et, d'autre part, la diminution considérable des sources des finances ou revenus du Roi en France, qui ne peut que suivre de la défense du commerce avec les puissances voisines, et avec un préjudice aussi palpable, tant pour les particuliers du royaume à l'égard de la vente et du transport de leurs denrées hors de France, comme des vins, des laines, des toiles, des grains, des fruits, des manufactures de toutes sortes, et de l'entretien du commerce et du négoce du dedans, qu'à l'égard du Roi au sujet des droits d'entrée et de sortie hors du royaume, du maintien au dedans des établissements du commerce et des
1. Peut, au singulier. — 2. A la conduite, dans le manuscrit.
manufactures, et aussi des grands droits qu'il en tire ; et ce encore sans toucher au besoin des denrées qu'il y faut avoir des pays étrangers, et surtout de l'or et de l'argent qu'on y tire par le commerce en Espagne et le retour à Cadix des galions qui en sont chargés, et en quoi le Conseil de Madrid pourroit prendre d'autres mesures qu'on n'a pas prises dans les guerres passées. En sorte qu'on peut recueillir que les sources des finances ou des revenus du Roi et de la couronne, quelque abondantes qu'elles soient, ne peuvent que tarir peu à peu, ou au moins diminuer considérablement au cas d'une continuation de quelques années de la guerre présente, les charges de l'État s'augmenter, le moyen d'y fournir s'épuiser, et les particuliers du royaume s'appauvrir de plus en plus, surtout au cas que les succès d'une ou deux campagnes ne répondissent pas aux grands efforts qu'on fait du côté de la France par terre et par mer, que ses ennemis vinssent à avoir de l'avantage sur elle, que l'affaire d'Irlande se terminât bientôt, comme il y a lieu d'espérer, en faveur du roi d'Angleterre, que, par là et par la jonction des forces maritimes de l'Angleterre et de la Hollande, les François vinssent comme à être bannis de la mer, et qu'on pût enfin disposer les deux couronnes du Nord à se passer du commerce de France.