Grâce, au singulier, dans le manuscrit
comblé, il ménage comme le maréchal de ^ , et il
commence à négliger le payement de ses dettes. Pendant qu'il a servi, il s'est plus^ distingué par son équipage et par sa cantine que par ses actions. Je ne sais pas s'il entend la guerre ; mais je sais bien qu'on n'en est pas persuadé à la cour, et qu'on ne l'a jamais bien loué que pour être infatigable et parce qu'il sait établir des contributions. Deux choses l'ont gâté : le bâton, et ses conférences avec mylord Portland. Depuis qu'il a négocié avec lui, il se croit capable des plus importantes négociations, et il s'imagine que la paix auroit été faite plus avantageusement pour la France, si elle avoit roulé sur lui. En un mot, il se croit de l'esprit et il affecte même de le cacher en parlant peu, pour le mieux persuader au public ; mais ses amis et ses gens ne peuvent s'empêcher de publier le contraire. Il est bon gentilhomme -, mais il croit venir de quelque chose de plus : depuis qu'il est maréchal de France, il s'est fait une idée de la charge de Beauvoisis qu'avoit son père comme de celle de connétable, et il semble que ce soit Hugues-Gapet qui l'a fait duc. Il a une fierté et une ambition cachée qui deviennent insupportables à ceux qui ont le malheur de tomber sous sa coupe. Une néghgence envers sa personne lui paroît un attentat à sa dignité : il faut des amis pour l'apaiser. Il n'a pas moins de foible pour le faste que pour sa femme. Il n'est pas fâché que ses domestiques profitent, aux dépens d'autrui et de son crédit ; mais il les outre de travail, principalement ses secrétaires. La cour seroit un siècle à faire exécuter tous les avis qu'ils ont dirigés^ depuis huit ans. Il est à charge aux ministres, à qui il demande toujours ; mais, parce qu'il est en place, on ne lui refuse rien. Il est attaché au prince comme un vieux domestique l'est à son maître, et c'est son plus grand mérite que son assiduité.
Le maréchal de Gatinat est ce qu'on appelle un vrai homme
1 . Le nom est resté en blanc, et Spanheim a oublié de l'ajouter au crayon. Il s'agit sans doute du maréchal de Joyeuse, ci-dessus, p. 393.