Ce pronom est ajouté en interligne
Il y combat avec un sang-froid et avec une prudence dont peu de généraux sont capables. Les plus jeunes guerriers ne font pas paroître tant d'ardeur dans l'action. Son expérience surpasse celle des officiers les plus consommés. Il a gagné le soldat par sa bonté, et l'officier par son affabilité, et l'un et l'autre ont une entière confiance en lui, parce qu'il est toujours brave, toujours prudent, toujours heureux dans les occasions qui roulent sur lui. Il a su la guerre avant que de la faire, il en connoît le métier, il l'aime, il en fait toute son application. La pénétration d'un grand capitaine, l'activité et la vigilance d'un brave officier, le travail et la fermeté d'un bon soldat se rencontrent en M. de Gonti. Le jour d'une bataille, il voit clair dans un combat ; sans être présomptueux, il s'y expose avec une valeur incroyable, sans témérité ; il y est ferme sans être opiniâtre. Le gain de deux fameuses batailles^ qui lui est dû en font foi. Aimé de toute la France, estimé de toute l'Europe, il en fait l'admiration. Il est grand homme parce qu'il le veut. C'est un des plus savants princes qu'il y ait jamais eu , et il sait bien parce qu'il est incapable de rien faire de mauvais goût. Il est plein de probité, de zèle et d'attachement pour le Roi, dans les bonnes grâces de qui Monsieur le Prince le remit avant que de mourir : il le conduisit pendant un an et le mit dans les sentiments tels que Sa Majesté pouvoit le souhaiter avant que de lui proposer cette réconciliation. Je ne sais rien à reprocher à ce prince qu'un peu d'absence, et d'avoir une étoile malheureuse et peu de bien, ce qui l'empêche de faire paroître autant de grandeur d'âme qu'il en a. Les Polonois l'ont cru avec justice digne de les commander ; mais la couronne qu'ils lui ont offerte est au-dessous de lui, et, s'il lui a été glorieux de la mériter, il lui a été encore plus avantageux de la manquer.
Le duc DE NoAiLLEs a conquis une grande étendue de pays. Il a gagné de fameuses batailles, enlevé des places en aussi peu de temps qu'il en faut pour les investir et pour établir des
1. Spanheim avait commencé par écrire d'une b. — Il s'agit des batailles de Steinkerque et de Nerwinde.
quartiers. Il a conduit ces sièges avec prudence et avec vigueur; il ne désemparoit point de la tranchée ; il a fait lever des sièges par des marches difficiles et incroyables, et avec des armées de beaucoup inférieures ; il a toujours réussi sur le pays ennemi. En un mot, toujours victorieux et jamais vaincu, il a toujours marché en avant, sans craindre le feu et les fatigues, et cependant le public n'est pas prévenu en faveur de sa bravoure et de son savoir-faire, parce qu'il est fier, dévot, aimé du prince. II manque au public de l'équité et du bon sens -, qu'il examine sans passion et de près les qualités de ce général, il trouvera que, commissaire des vivres, commandant d'artillerie, intendant et général tout ensemble, il a si bien arrangé ses desseins dans sa tête, qu'on pouvoit les compter pour heureusement exécutés avant qu'ils fussent commencés. Des gens du métier, et bons connoisseurs^, en ont jugé ainsi avant moi. S'il s'étoit fait un revenu considérable de son emploi, s'il eût souffert que l'on eût pillé le pays où il a fait la guerre, et qu'il n'eût pas tenu le soldat et l'officier dans une exacte discipline, ce seroit un héros ; mais un grand désintéressement, une piété sincère, beaucoup de ménagement pour les habitants du pays ennemi et un attachement inviolable pour les intérêts de son prince, dans les petites comme dans les grandes choses, n'ont pas été du goût de l'officier : cela l'a révolté contre lui. Quand il a parlé de Lon général, il n'a songé qu'à s'en plaindre. Il veut trouver son compte à la guerre, il veut être traité doucement : sans ces deux agréments, le plus grand héros ne le conduiroit pas. Gela manque à M. de Noailles. Cependant, si l'on fait réflexion que sa pohtique pour les habitants de ^ lui a donné les
moyens d'y faire la guerre longtemps en sûreté et avec honneur, quoiqu'avec des armées inférieures et peu nombreuses, que sa piété et que son affection pour la personne du Roi lui en ont gagné les bonnes grâces, on trouvera autant d'esprit que de bonheur dans sa conduite. Il a besoin pourtant des grâces et de l'estime de Sa Majesté pour soutenir sa réputation, que ses actions n'auroient pu garantir de l'envie de ses ennemis. Sa dévotion est