Fait, dans le manuscrit
travail l'ennuie, le changement l'anime. Rien n'égale son exactitude, son détail, sa mémoire ; tout lui est toujours présent, et, si l'on doit craindre quelque chose de lui, c'est qu'il est trop occupé des petites choses pour qu'on le croie capable des plus grandes quand on les lui confiera. Cependant on doit tout espérer de son zèle et de son affection pour le bien de l'État : ils prévalent à sa gloire, à son intérêt, et même à son honneur ; tout le monde l'a vu. Si la guerre revient, on le verra à la tête de plus grandes affaires, si sa faveur continue. Il s'en tirera honorablement, quand il n'auroit que le seul talent de se choisir d'habiles gens pour le secourir dans l'exécution de ses desseins. Si l'on peut reprocher positivement quelque chose à M. de [Noailles'], c'est qu'il se tâte un peu trop. Il iroit volontiers au combat et sur la brèche en robe de chambre et bonnet de nuit, pour être plus à son aise. Les médecins et les apothicaires ont l'accès plus libre dans sa chambre que ses amis et que les officiers. Il prend la peine et la fatigue sans hésiter ; mais, si l'on l'en croit, personne n'en a tant eu que lui, et ses peines sont toujours les plus violentes parce qu'il le croit.
Le maréchal de Villeroy est homme de médiocre valeur, si l'on en croit les apparences. Comptant pour beaucoup les moindres périls, où il ne s'expose qu'avec ostentation, il sait éviter les actions d'éclat ; il exécute mal les petites, oîi le sangfroid et la tranquillité lui manquent. On ne sait point s'il dispose bien un combat, puisqu'il n'en a jamais donné 5 mais il paroît se tirer passablement de la suite d'une campagne. Il sait mieux qu'un autre manquer par sa lenteur et par son incertitude les occasions de nuire à un ennemi. Il entre un peu dans le détail ; mais il n'y est point naturel, et, s'il n'y étoit point secouru par des gens d'une trempe au-dessus de la sienne, il auroit de la peine à s'abaisser jusqu'aux menuités, ou bien il les prendroit pour de grandes choses. Ses vues sont très courtes et son discernement assez grossier, et, si l'on doit juger de sa capacité par l'événement, il n'y a point d'officier qui ne le trouve plus propre à briller dans une fête qu'à la campagne. La pre-