Cette phrase a été ajoutée après coup, en marge
PAR ÉZÉCHIEL SPANHEM. 17
sont arrivés sous le règne de ce roi et les précédents , par le livre des Aventures du baron de Fœneste, qui est une satire contre le vieux duc d'Épernon, et qui enfin, durant ce cours de guerres civiles pour la religion, se retira à Genève, s'y maria en secondes noces, et y mourut. Son fils d'un premier lit, resté en France, mais assez mal partagé des biens de la fortune, et d'ailleurs embarrassé en de mauvaises affaires, prit le parti, pour s'en mettre à couvert, de s'aller établir en Canada, dans l'Amérique, où il mena sa famille , et ainsi dont sa fille, encore enfant, qui est aujourd'hui Mme de Maintenon, étoit du nombre. Étant revenu en France, et sa fille, depuis sa mort, conduite à Paris, avec beaucoup de beauté et beaucoup d'esprit, mais sans bien et sans fortune, s'y vit réduite à épouser le poète Scarron, célèbre par ses ouvrages burlesques, de même que par ses infirmités, qui l'attachoient comme cloué dans un lit, en cul-de-jatte, comme il s'appela lui-même et en porta aussi le nom. Gomme d'ailleurs il ne subsistoitquepar des pensions et des revenus de sa poésie, sa veuve, depuis sa mort, se trouva réduite à de grandes extrémités et à avoir besoin de l'assistance des personnes de sa connoissance. Mme deMontespan, qui étoit alors dans le comble de sa faveur et à qui on la fit connoître dans la suite, la prit en amitié, et la retint chez elle pour gouvernante des enfants qu'elle avoit du Roi : ce qui donna lieu au Roi de la connoître, de se plaire à son entretien, de s'accoutumer dans les visites qu'il rendoit tous les jours à l'appartement de Mme de Montespan, et, peu à peu, d'en faire une considération particulière. Gela augmenta à mesure que son inclination pour Mme de Montespan s'affoiblissoit de
plus en plus, et que l'humeur fière et les manières hautaines et artificieuses de sa maîtresse commencèrent à le fatiguer et à se joindre, comme j'ai dit, au dégoût et au remords de la jouissance d'une maîtresse qu'il avoit enlevée à son mari, qui en avoit témoigné beaucoup du ressentiment, qui vivoit encore, et dont elle avoit un fils. Le duc du Maine S fils du Roi et de cette dame, et élève de Mme de Maintenon, étant venu en âge d'avoir plus besoin de gouvernant que de gouvernante, le Roi, déjà fort prévenu en faveur de Mme de Maintenon, et dans la vue, comme il a paru depuis, de la faire éclater davantage, sous prétexte de récompense de ses services, lui fit donner un appartement dans le château de Versailles, séparé de celui de Mme de Montespan. Il l'éleva même peu à peu au rang d'une des deux dames d'atour de Madame la Dauphine, qui vint alors en France, et dont l'autre étoit Mme la maréchale de Rochefort. Sa faveur commença à s'établir et à éclater de plus en plus, par l'attachement et la considération particulière que le Roi témoigna ouvertement d'avoir pour elle, par les visites assidues qu'il lui rendoit et les longs entretiens qu'il avoit avec elle, par le dégagement entier de ses habitudes passées avec Mme de Montespan, et même de tout autre attachement pour le sexe, depuis la maladie et la mort suivie de la duchesse de Fontanges. L'âge d'ailleurs de Mme de Maintenon, qui passoit déjà les cinquante ans et en doit avoir présentement ~ soixante ou environ ; d'autre part, son esprit solide, doux, agréable, et enfin sa qualité de
] Il écrit : « Le duc de Maine. »