‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 34 sur 360 · En marge sont écrits les mots : « Savoir en · texte numérisé non relu

En marge sont écrits les mots : « Savoir en

veuve de Scarron, firent d'abord considérer cet attachement plutôt comme un commerce d'amitié, de confidence, et d'une estime particulière pour la dame, que pour l'effet d'une passion plus tendre qui pût venir de ses charmes et être compatible avec son âge ou avec celui du Roi. Cependant, comme il ne passoit plus aucun jour sans de longs et particuhers entretiens avec elle, sans la mettre de toutes les parties de promenade et de voyage, comme j'ai été témoin dans le voyage du Roi en 1683, en Alsace, et en 1684, à Valenciennes, durant le siège de Luxembourg, où il lui faisoit donner place dans son carrosse quand il y étoit avec la feue Reine, ou avec Madame la Dauphine, Mme la duchesse d'Orléans et quelqu'autre princesse, et sans y admettre plus, comme autrefois, Mme de Montespan, aussi la jalousie de cette dernière dame contre une personne qui lui étoit en tout inférieure, dont elle avoit fait l'établissement, et pour ainsi dire la fortune, ou au moins les acheminements de sa faveur, ne put qu'éclater en plusieurs rencontres ; mais on aperçut, en même temps, que cela ne servoit qu'à faire d'autant plus paroître le crédit de sa rivale, dont la faveur, par là, brilloit toujours davantage, et qui sa voit s'y maintenir par l'assiette d'une humeur plus égale, plus réfléchie et plus soumise. Et, comme on vit le Roi même, depuis la mort de la Reine, dans la vigueur, on peut dire, de l'âge, renoncer à ses inchnations passées pour les belles de sa cour, et malgré les avances qu'on ne manquoit de lui en faire, éloigné d'ailleurs de toute pensée d'en venir à un second mariage qui donnât une nouvelle reine, et, outre cela, dans un grand penchant à la dévotion, tout cela,

dis-je, ne put que faire réfléchir davantage sur la nature et sur les suites de cette conduite qu'il gardoit et redoubloit de plus [en plus] pour Mme de Maintenon. Enfin ce commerce, qu'on n'attribua longtemps, comme j'ai dit, qu'à une pure estime et aux seuls agréments de l'esprit et de l'humeur de la dame, a paru si grand et si particulier dans la suite, que le bruit sourd se répandit que le Roi l'avoit épousée secrètement, sans autres témoins que le père La Chaise, son confesseur, et l'archevêque de Paris. Cette créance, qui fut prise d'abord pour des chimères de cour à tourner en ridicule un attachement aussi extraordinaire, dans la suite n'a point paru mal fondée à la plupart des gens, mais d'avoir même d'assez grands préjugés pour l'affermir. Ceux qui en sont persuadés, et qui ne peuvent l'attribuer ni à la jeunesse , ni à la beauté, ni à la grande naissance de la dame, et qui y trouvent d'ailleurs tant de raisons opposées à un pareil engagement d'un grand roi, et si jaloux d'ailleurs de sa gloire, ceux-là, dis-je, ne peuvent que l'imputer au penchant susmentionné du Roi à la dévotion, à une mortification de ses sens, à une pénitence de ses amours criminelles, et à une conduite particulière par où elle a su engager en premier lieu toute l'amitié et la confidence de Sa Majesté, et ensuite par crainte de retomber en ses foiblesses passées, ou par la considération même de ses infirmités suivies, le porta enfin^ si ces bruits sont véritables, à en faire non seulement sa confidente, mais sa femme légitime : à quoi j'ajouterai, pour ne rien taire sur le sujet d'une aventure

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