‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 330 sur 360 · Spanheim écrit : « le duc de Rochefoucault · texte numérisé non relu

Spanheim écrit : « le duc de Rochefoucault

homme pour un courtisan. C'est le protecteur des malheureux, qui en recevroient toute sorte de secours s'ils trouvoient un prince autant disposé à leur faire du bien qu'il l'est lui-même à leur en procurer ; mais sa bonne volonté l'a fatigué, et il n'a pu se conserver que la liberté de parler, sans avoir, le plus souvent, la satisfaction de réussir. Les injustices n'ont pas de plus cruel fléau que lui ; il les reproche même à son maître. Ce noble et généreux caractère lui a plus attaché des malheureux, qu'il ne lui a acquis les bonnes grâces de son prince, qui l'estime à la vérité, mais qui l'évite. Il est aisé dans ses manières, grand dans ses discours, plus qu'aucun des courtisans. On remarque bien en lui le respect qu'il a pour son maître ; mais on n'y voit point cet air de domesticité qui se rencontre dans tous les autres. Il est facile à servir, à aborder, plus qu'il n'est ordinaire dans un homme de cour. Il ne fait point essuyer de mauvais moments à personne, et, toujours l'esprit porté au bien, il voudroit toujours en faire. Il est d'un grand goût pour toutes choses. Il conserve son bien par raison-, il le prodigueroit par inclination. Son esprit répond à son cœur, et, jugeant de tout sainement, il en est capable. Il est estimé, aimé ou indifférent à tout le monde ; il n'est envié ni haï de personne. C'est peut-être l'unique.

M. DE Raciive a passé du théâtre à la cour, où il est devenu habile courtisan, dévot même. Le mérite de ses pièces dramatiques n'égale pas celui qu'il a eu l'esprit^ de se former en ce pays-là, oiiilfaittoutessortes^de personnages. Ou^il complimente avec la foule, ou il blâme et crie dans le tête-à-tête, ou il s'accommode à toutes les intrigues dont on le veut mettre 5 mais celle de la dévotion domine chez lui : il tâche toujours de tenir à ceux qui en sont le chef. Le jansénisme, en France, n'est plus à la mode ; mais, pour paroître plus honnête homme et pour passer pour spirituel, il n'est pas fâché qu'on le croie janséniste. On s'en est aperçu, et cela lui a fait tort. Il débite la science avec

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