DE LA CONSTITUTION DU ROI
« Le roi Louis XIV aujourd'hui régnant, et qui se trouve dans la cinquante-deuxième année de son âge et dans la quarante-sixième de son règne, pourroit fournir une ample matière aux réflexions qu'il y auroit lieu d'en faire; mais, comme je ne prétends pas de faire ici son histoire, il me suffira d'en remarquer les traits qui ont tant de part aux révolutions de nos jours et aux conjonctures présentes.
a Aussi sa naissance assez extraordinaire, et qui lui attira le nom de Deodatus ou de Dieudonné, pour être venu au monde après la stérilité d'un mariage de vingt -trois années de Louis XIII et de la feue reine sa mère, sembla déjà être un présage des événements divers dont elle seroit un jour suivie.
« Cette même naissance parut heureuse par les avantages extérieurs de sa personne, qui redoublèrent avec l'âge et parurent avec tout l'éclat qu'on peut tirer de la taille, du port, de l'air et de la bonne mine, enfin d'un dehors plein de grandeur et de majesté,
a A quoi se joignit la constitution d'un corps qui parut propre à soutenir les fatigues et le poids d'un si grand poste, et à fournir aux diverses fonctions oii elles pourroient l'attirer ou l'engager, soit par les besoins des affaires, soit par le penchant de son tempérament. Le régime de sa vie assez réglé et uniforme, auquel il s'accoutuma, ou qu'il s'imposa dès^ sa jeunesse, ne put encore que contribuer à entretenir ou affermir la bonté de sa constitution ; ensuite , qu'on l'a toujours vu réglé dans son manger et dans sa boisson, modéré dans les divertissements et sa conduite particulière, hors des attachements connus à quoi il s'est laissé entraîner par l'âge, le tempérament, les mauvais exemples et les occasions, qui ne pouvoient^ lui en manquer dans une cour aussi galante et aussi soumise à la volonté de son roi. Mais c'est de quoi il y aura heu de faire des réflexions dans la suite.