Nièces à la mode de Bretagne
2. Mlle de Villette-Mursay, mariée en 1686, et auteur des Souvenirs.
3. Mlle de Saint-Hermine, mariée en 1687 : voyez les Mémoires de Saint-Simon, éd. 1879, tome I, p. 87-88.
4. On ne s'explique pas comment Spanheim a pu commettre une erreur aussi forte que de supposer trois nièces à Mme de Maintenon et de faire d'une d'elles la belle-fille de M, et de Mme de Montchevreuil. Ceux-ci avaient pour fils aîné Henri- Charles, comte, puis marquis de Mornay, que Mme de Maintenon maria en 1685 à Mlle de Coëtquen, riche héritière ; mais il fut tué trois ans après devant Mannheim. Les titres de marquis de Mornay et de Montchevreuil revinrent, par cette mort prématurée, à un fils cadet, Léonor, lequel ne se maria qu'en 1696, avec Mlle du Gué de Bagnols. Ces deux dames de Mornay, comme leur bellemère, étaient de l'intimité de Mme de Maintenon, mais non de sa famille. Quant au mariage de sa véritable nièce, Mlle d'Aubigné, avec l'héritier du duc de Noailles, il ne se fit qu'en 1698, et, à l'époque où Spanheim écrivait, cette nièce n'avait que six ou sept ans.
non, et par qui elle a aussi obtenu le cordon bleu pour son mari.
DE l'établissement DE LA MAISON DE SAINT-CYR PAR MADAME DE MAINTENON.
D'ailleurs, comme elle a eu en vue de se rendre considérable et au Roi même et à la France par un établissement qui eût de l'éclat, et fût en même temps une preuve de sa piété, de son zèle et de sa charité, elle porta le Roi de fonder la Maison de Saint-Gyr, dont elle seroit comme l'abbesse et la directrice, et à faire bâtir la maison, qui est très belle et très commode, et peu éloignée des jardins et du parc de Versailles, pour y recevoir et élever en toutes sortes d'exercices de piété, et convenables à une pareille jeunesse, deux cents jeunes demoiselles de sept à quatorze ans, dont les familles avoient besoin de ce secours, et qui ensuite, passé l'âge de vingt ans, en seroient tirées, suivant leurs diverses inclinations ou leur destinée, soit pour être mariées à des partis sortables qui se présenteroient, soit pour embrasser la vie religieuse et se retirer en des couvents, soit, à défaut de l'un et de l'autre, pour être renvoyées à leurs parents. Elle fit même ensuite que le Roi affecta les revenus de l'abbaye de Saint-Denis, qu'on tient de cent vingt mille livres de rentes , à l'entretien de ladite abbaye de Saint-Gyr, et en obtint les bulles de la cour de Rome, ainsi qu'elle en a obtenu du depuis la confirmation du nouveau pape.
Et comme elle a contribué et contribue par là au soulagement de plusieurs familles considérables par
la naissance ou par les services, elle a pris aussi d'ailleurs à tâche d'entretenir et de varier même les divertissements de la cour, en portant le Roi à y donner fréquemment des fêtes galantes magnifiques, accompagnées même de circonstances nouvelles, surprenantes et agréables, comme de loteries, de boutiques assorties de toutes sortes d'étoffes et de bijoux ou curiosités de prix, et données aux dames qui y étoient conviées, quelquefois en pur don, d'autres fois jouées par les dames et les courtisans, à plus bas prix de leur valeur, et dont le surplus étoit aux dépens du Roi.
C'est ainsi par où Mme de Maintenon a tâché et tâche de faire également deux personnages assez différents, mais tous deux conformes à son état, à sa fortune, et au dessein de s'y maintenir, avec approbation même d'une cour d'ailleurs aussi galante : à quoi on peut joindre encore l'adresse particulière avec laquelle elle a su balancer le crédit et l'ascendant du marquis de Louvois sur l'esprit du Roi, et empêcher qu'il ne restât seul maître des affaires et du gouvernement. C'est dans cette vue qu'elle a su relever la famille Colbert, qui parut d'abord déchue de considération par la mort du ministre de ce nom, soutenir le marquis de Seignelay, son fils, lui conserver la direction en chef des affaires de la marine, et le porter enfin au poste qu'il remplit aujourd'hui de ministre d'État; pour ne rien dire, ou de la duchesse de Chevreuse, sœur dudit Seignelay et sa bonne amie, d'ailleurs dévote, qu'elle a su mettre dans une considération particulière auprès du Roi, ou du duc de Beauvillier, mari d'une autre fille du ministre Colbert, lequel elle a su élever au poste de chef du
Conseil royal des finances, et récemment de gouverneur du duc de Bourgogne.
Je devrois ajouter ici gjuelques réflexions sur la part funeste qu'on lui attribue dans la malheureuse et cruelle persécution suscitée aux gens de la Religion en France : ce qui a paru d'autant plus étrange qu'elle, et toute sa famille, étoit née et élevée dans la même religion ; que son grand-père , dont il a été parlé , y a signalé son zèle, sa plume et son courage; que presque toute sa parenté s'y trouvoit encore, et qui n'a pas été à l'abri de ces mêmes persécutions. On n'en sauroit rien dire, ni deviner autre cause sinon qu'elle a tout sacrifié au penchant du Roi et à la résolution qu'il en avoit prise de longue main ; qu'elle a voulu s'en faire un mérite particulier auprès de lui ; qu'elle a pu même se flatter quelque temps qu'on viendroit à bout de ce grand dessein sans y employer des moyens aussi extraordinaires et aussi violents que ceux dont on s'y est servi dans la suite; qu'elle n'a pas eu alors ou le pouvoir ou la volonté de les détourner, et que la bigoterie enfin est venue au secours de la prévention, et d'ailleurs de son entière résignation aux volontés et à l'engagement du Roi . Voilà l'état où les choses s'en trouvoient à mon départ de France, il y a un an^ et en sont encore, autant qu'on sait, et qui, après tout, d'une simple demoiselle, vieille, pauvre, veuve d'un auteur burlesque, la suivante de la maîtresse du Roi, d'une cour d'ailleurs la plus galante de l'Europe, en a fait la confidente, la maîtresse, et, comme on croit, l'épouse même d'un grand monarque,
1. En marge sont écrits encore les mots : « Savoir en 1690. »
PAR EZECHIEL SPANHEIM. 3d
et lorsqu'il se trouvoit encore dans la vigueur de l'âge et dans le comble de sa gloire.