Gazette de 1689, p
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a sède et par les obligations qui en résultent. Parmi cela, Sire, a S. A. É. n'en a point perdu de vue, ou ne souhaite avec a moins d'ardeur le retour de la tranquillité publique, et celle a de l'Empire en particulier, à se trouver en état d'y contribuer « par ses soins et par son zèle, enfin par ses vœux, à ce que « ces sombres nuages qui couvrent ou qui menacent la face de « l'Europe soient heureusement dissipés par des influences a bénignes et salutaires d'une Providence qui rend le crime et <i arrête les tempêtes quand il lui plaît. Ce sont, Sire, des a souhaits et des vues trop légitimes pour ne pas croire qu'elles « pourront non seulement mériter l'approbation de Votre « Majesté, mais même donner lieu encore à S. A. É. d'espérer, « comme elle le souhaite ardemment, le puissant et le favo- « rable concours de Votre Majesté à un si grand et si salutaire « ouvrage, à en frayer les chemins, à en aplanir les difficultés, « en un mot, Sire, à ce que l'Empire et la France y puissent « également trouver le repos pour le présent et la sûreté pour « l'avenir, et ainsi à ce qu'un règne aussi glorieux que celui de « Votre Majesté, une vie aussi abondante en actions héroïques, a se trouve heureusement couronnée par celle qui porte avec « soi le caractère le plus auguste des véritables héros, et surtout « des héros très chrétiens. Cependant, Sire, et vu la circonstance « de ce dernier devoir qui doit finir le ministère que j'ai eu « l'honneur d'avoir auprès de Votre Majesté depuis près de « neuf ans, il ne me reste qu'à rappeler l'agréable souvenir des « temps plus heureux et plus tranquilles qui l'avoient accom- « pagné jusqu'ici, qui m'y ont fait trouver des marques glo- <£ rieuses du support et de la bienveillance de Votre Majesté, qui a m'en laissent des ressentiments profonds, et qui, dans quelque « situation et éloignement où je puisse me trouver désormais, a ne pourront que redoubler l'ardeur de mes vœux pour la con- « servation de la sacrée personne de Votre Majesté et pour la « félicité durable et tranquille de son règne. »
« S. M., qui m'avoit écouté avec attention, y répliqua ensuite « qu'elle faisoit et avoit toujours fait la considération a due de la personne et de l'amitié de M. l'Électeur, et auroit « été bien aise de pouvoir le lui témoigner; qu'il n'avoit pas « aussi tenu à elle qu'elle ne fût entrée avec lui en de plus
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« étroites liaisons et utiles au bien public ; qu'elle croyoit encore « que M. rÉlecteur le reconnoîtroit quand il voudroit réfléchir a sur ses véritables intérêts ; qu'au reste, pour ce qui me regarc( doit, elle avoit toujours été fort satisfaite de la conduite que «j'avois tenue durant mon emploi par deçà -, » en y ajoutant encore d'autres expressions fort obligeantes de l'estime dont elle étoit prévenue sur mon sujet, et qu'elle seroit toujours prête à me le témoigner dans les rencontres, S. M. accompagna tout cela d'un air fort honnête et obligeant. Après quoi, je n'eus qu'à me retirer, comme S. M. fît de son côté, en paroissant, au dire de ceux qui le remarquoient , et contre sa coutume, fort réfléchie en elle-même. »
De là, Spanheim, passant chez le Dauphin, adressa à ce prince le compliment suivant, où les éloges sur la valeur qu'il venait de déployer dans la première campagne d'Allemagne étaient habilement tempérés, comme le demandait la politique :
« Ce devoir que j'ai l'honneur de vous rendre aujourd'hui, « Monseigneur, me fourniroit une ample matière à m'étendre en « des ressentiments ou en des souhaits conformes aux obliga- « tions qui pourroient m'y porter; mais, outre qu'il seroit assez « superflu de vous étaler à vous-même ce que vous venez de « faire éclater à la face de l'Europe, ou de prévenir par des a vœux ce qu'elle a déjà tout sujet d'en attendre, je dois être « dispensé d'en faire aujourd'hui pour les suites des mêmes « succès, qui d'ailleurs ont eu des commencements aussi glo- « rieux pour vous et aussi heureux pour la France. Que ne « puis-je, là-dessus, Monseigneur, mêler mes acclamations a toutes pures, ou plutôt que ne puis-je emporter avec moi ce cette douce espérance que cet heureux et ce rare assemblage « de valeur et de bonté, de courage et de douceur, de chaleur « et de modération, de maître et de père des soldats dès la pre- « mière campagne que vous venez de faire, que ces rares qua- « lités, dis-je, puissent trouver désormais une autre carrière à (c s'y déployer avec tous les succès qu'elles méritent! Après a tout, Monseigneur, quel moyen que je parte, aussi pénétré des
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« bontés du Roi, aussi accoutumé du passé à entrer dans les a sentiments de la gloire de son règne et du bonheur de la a France, sans lui souhaiter ardemment la conservation d'une a vie aussi précieuse et aussi importante que la vôtre, et en « qui elle voit déjà fort heureusement renaître un véritable des- « cendant des Bons et des Débonnaires, aussi bien que des « Lions et des Augustes, héros de sa race! »
Chez les trois petits-fils du Roi, l'audience ne fut que de pure formalité; chez leur mère, elle avait plus d'importance, et je regrette que la place me manque pour reproduire le discours de Spanheim et le compte rendu de la réponse qui lui fut faite. Mais il faut, tout au moins, donner ici quelques lignes d'une des dépêches relatives aux derniers entretiens qu'il eut avec le marquis de Croissy :
« Paris, 3i janvier ^689.
« .... Le marquis de Croissy prit occasion de me dire que, pour ce qui me regardoit en particulier, S. M., comme elle me l'avoit aussi témoigné elle-même, avoit toujours été très satisfaite de ma conduite et avoit aussi, à ce qu'il voulut bien ajouter, toute l'estime due de ma personne, et même de ma régularité au service de mes maîtres... ; qu'il est vrai que S. M. et son Conseil avoit cru qu'il n'étoit pas à propos pour le service du Roi qu'un ministre aussi éclairé (à ce qu'il lui plut de dire, et, suivant ce que je dois croire, pour dorer, comme on dit, la pilule] que moi, et informé des affaires et du dedans du royaume, y restât, pour donner lieu par delà à se prévaloir de mes informations et de mes avis....
« Je lui dis là-dessus qu'on m'avoit fait trop d'honneur d'avoir si bonne opinion de moi en ce qu'il venoit de me dire ; que j'y trouvois une consolation particulière, vu qu'elle portoit avec soi la justice qu'on m'y rendoit à l'égard de mon attachement que je devois au service de mon maître... ; que j'étois retourné exprès à Versailles dans le dessein, comme je faisois, d'avoir l'honneur de me hcencier de lui et de lui réitérer là-dessus les ressentiments particuliers que je remportois de toutes ses bontés et honnêtetés pour moi durant le cours de mon long
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emploi par deçà, et même de ma créance qu'il n'auroit pas tenu à ses insinuations et à ses offices que les choses fussent allées si loin, soit à l'égard des conjonctures publiques, soit à l'égard des particulières avec Votre Altesse Électorale. Après quoi, je me licenciai de lui.... »
Le 4 février, on lui apporta, selon l'usage, un présent du Roi : c'était une boîte au portrait de Louis XIV, ornée de diamants et semblable à celle que l'envoyé français avait reçue à Berlin.
Spanheim ne s'éloigna pas de la France sans regrets : le Roi lui avait constamment témoigné de l'estime et de la bienveillance; Madame, qui l'avait connu à Heidelberg *, avait recours à ses avis pour enrichir sa collection de médailles, et elle l'honorait de son amitié; il avait toujours eu avec M. de Croissy les meilleures relations, et la cour en général le considérait comme « le plus sage, le plus habile et le plus savant ministre qu'aucun prince étranger eût envoyé depuis vingt ans 2. » Dès son arrivée à Paris, il avait fréquenté les réunions savantes qui se tenaient chez le duc d' Aumont ^, et il s'était mis en rapport avec les érudits et les gens de lettres, dont il se plaisait à signaler les travaux à l'attention de l'Électeur^ Le P. La Chaise aimait à le consulter sur la numismatique et sur les sujets ayant trait à l'étude de l'antiquité; Spanheim nous apprend même que ce Père aurait désiré lui voir embrasser le catholicisme, et prétend qu'on avait promis un évêché à certain abbé dont il tait le nom, si celui-ci réussissait à obtenir cette conversion^.