‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 76 sur 360 · DU PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

DU PRINCE DE CONTI

Le prince de Conti d'aujourd'hui, troisième et dernier prince du sang, est le second fils du prince de Conti mort dès l'an 1666, et d'une Martinozzi, sa mère, nièce du feu cardinal Mazarin. Ce prince, né en 1 664, et qui portoit le nom de prince de la Roche- SUR-YON du vivant de son frère aîné, appelé prince de Conti, en prit aussi le nom et le rang dès la mort de ce dernier, décédé à Fontainebleau, en 1 686*, d'une maladie qu'il y prit à assister la princesse sa femme, fille du Roi et de la duchesse de la Vallière, alors atteinte des petites véroles. Le prince de Conti d'aujourd'hui, son frère, se trouvoit, au temps de cette mort, en disgrâce auprès du Roi, retiré à Chantilly auprès du prince de Condé, encore vivant, son oncle,

•I. Le 9 novembre 1685.

et sans avoir la permission de venir en cour et de se présenter devant le Roi : ce que ce même prince appelé alors, comme j'ai dit, duc de la Roche-sur- Yon, s'étoit attiré par la réputation d'un vice infâme auquel il s'étoit laissé entraîner par des débauches conformes, et qui avoient fait de l'éclat, avec de jeunes seigneurs et courtisans de même humeur, et d'ailleurs par des lettres interceptées, fort licencieuses et où le Roi même n'étoit pas épargné, non plus que Mme de Maintenon : ce qui tout ensemble avoit causé un grand éloignement du Roi pour ce prince, et avoit porté même Sa Majesté à s'en expliquer d'une manière à faire croire qu'il n'y avoit plus de retour pour lui. Aussi ce ne fut qu'en considération de la prière soumise et touchante que le feu prince de Gondé en fit en son lit de mort, par sa lettre au Roi, pour recevoir ce prince son neveu en grâce, que Sa Majesté ne crut ' pas le pouvoir refuser, et en voulut même faire assurer ce prince mourant par son fils, aujourd'hui prince de Gondé : ce qui fut en effet suivi du retour en cour de ce prince de Gonti, et peu après de son mariage avec sa cousine germaine, la petite-fille du même prince de Gondé son oncle, et fille du prince de Gondé d'aujourd'hui. On l'avoit destiné auparavant pour épouser l'infante de Portugal, du vivant de la reine sa mère, et ainsi dans la vue de lui voir un jour cette couronne sur la tête ; ce fut aussi le principal motif du choix et de l'envoi en Portugal de l'abbé Saint-Romain en qualité d'ambassadeur extraordinaire de France, personnage consommé dans les négociations et ambassades, et qui en avoit déjà fait autrefois en Portugal, mais ce qui après tout n'eut point de suite, par les

obstacles qu'on y trouva, et particulièrement par la mort suivie^ de la reine de Portugal, qui y changeoit l'état des affaires de la cour, et surtout la condition de l'infante, par les secondes noces qu'on prévoyoit déjà du roi son père. Au reste, le prince de Conti d'à présent est de belle taille et assez déliée, d'un esprit qu'on jugea d'abord plus vif et plus brillant que celui de son aîné, avec lequel d'ailleurs il vivoit dans une parfaite union et un commerce inséparable d'intérêts et de conduite, ce qui parut, entr'autres, par leur subite retraite hors de France en 1 687 ^ et leur voyage en Hongrie , à l'armée de l'Empereur , d'où ils ne revinrent qu'après être rappelés par des ordres sévères du Roi. Ce prince d'ailleurs, qui, de même que son aîné, en témoigna du courage et de la valeur, l'a fait encore paroître en d'autres rencontres, et voulut aussi accompagner le Dauphin dans l'expédition du siège de Philipsbourg, en automne 1688.

Page 1