PAR M. DE GAIGNIÈRES
QUI KM À ÈrÛ. UN DES POSSESSEURS.
'E dessein de cet ouvrage est un Ides plus ingénieux et des plus ^ galants qu'on pût imaginer en ce genre. M. Huet Ta appelé le chef-d'œuvre
* Cette Notice est extraite du sapplément à la première partie du Catalogue des livres rares et précieux de feu M. le duc de LaVallière, rédigé par Guillaume Debubk 6Is aîné, qui en a feit la vente depuis le 12 jan< vier jusqu'au 5 mai 1784.
de la galanterie, et a vaDté la magnificence de son exécution : l'on peut dire qu'elle n'a été en rien inférieure au projet
U a pour auteur feu M. le duc de Montausier, qui Fenvoya, le jour de la fête de Julie-Lucine d*Angennes de Rambouillet, à cette charmante personne, dont U devint enfin Fépoux (en 1644)9 auprès en avoir été long-temps Tamant.
Comme cette fête arrivoit dans un temps où la terre ne produit pas assez de fleurs au gré des amants , celui-ci suppléa à la stérilité de la saison par cette Guirlande.
Ce manuscrit commence par huit feuillets.
Les trois premiers sont en blanc. On lit au haut du recto du second le billet que Tabbé de Rothelin écrivit de sa main à M. de Boze, en lui faisant présent de ce beau livre :
« Je pne M. de Boze de vouloir bien
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« accepter le présent livre^ et le placer « dans son magnifique cabinet, comme •< une marque de ma tendre amitié.
« L'abbé de Rothelin. »
Le quatrième feuillet contient le titre.
Sur le cinquième est peinte une guirlande superbe, au milieu de laquelle on lit ces mots :
LA
GVIRLANDE
DE
IVLIE.
Le sixième est encore en blanc.
Il y a sur le septième une miniature où Ton voit Zéphire entouré dun nuage, et représenté du côté gauche au côté droit du spectateur. Il tient dans sa main droite une rose, et dans sa gauche la Guirlande de fleurs , au nombre de vingt-neuf, qu'il
soafifle légèrement sur ia terre pour qu'on puisse les reconnoitre aisément.
Le huitième contient un madrigal intitulé : Zéphire à Ivlie.
Le corps de Fouvrage vient ensuite. Il est de quatre-vingt-dix feuillets , dont le premier est coté 6, et le dernier 9 5.
De ces quatre-vingt-dix feuillets, il y en a vingt-neuf qui contiennent chacun une fleur, et soixante-un qui contiennent chacun un madrigal.
Ce volume est terminé par une Tahle alphabétique qui n'est point du tout commode. Elle est dressée selon Tordre des premières lettres de chaque madrigal ; de là vient que le nom de la même fleur y est répété plusieurs fois, et qu on n y voit pas d'un seul coup d'oeil toutes les pièces qui ont été faites sur elle.
Nous ayons corrigé ce défaut en substi-
tuant à cette Table défectueuse celle qui a été faite par M. l'abbé Rive.
Sans vouloir enrichir le passé aux dépens du présent, il faut avouer qu il seroit difficile aujourd'hui d'assembler un aussi grand nombre de beaux esprits et de poètes célèbres qu'il s'en trouva alors pour aider à M. de Montausier à immortaliser le nom de Julie.
lia Table, qui contient les noms de tous ces poètes, et que nous avons ajoutée à celle de l'abbé Rive, ne présente que les illustres fondateurs de l'Académie françoise, qui s'élevoit à Thôtel de Rambouillet, en attendant qu elle reçût et sa forme et sa gloire du cardinal de Richelieu.
Mais, quand on n'auroit pas appris parlà qui sont ceux qui aidèrent à M. de Montausier à célébrer mademoiselle de Rambouillet, il seroit toujours facile déjuger, par tant de poésies diverses et ingénieuses,
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que des esprits d'un ordre sapériear y ont eu part.
Ces Poésies ou Madrig^aux ont été imprimés à Paris en 1729, à la suite de la Vie de M. le duc de Montausicr, rédigée par Nicolas Petit, jésuite, qu on a confondu avec d'antres auteurs du même nom, dont les ouvrages sont annoncés dans la France littéraire, tome r*", p. 36i ; tome II, p. 92; et Supplément, part. r% p. 167. L'on vient de réimprimer totot récemment ces Madrigaux avec la Vie de M. le duc de Montausier.
L'on apercevra aisément, à la Table des noms des auteurs, que M. de Montausieri comme amant, a composé un très-grand nombre de ces Madrigaux. On ignore les raisons pour lesquelles il s'est cacbé quelquefois sous ces lettres, M. le M. de M., ainsi que le marquis de Racan par celles de M. le M. de R. M. Conrart, que l'on
peut appeler le père de rAcadémie Françoise, n'y est désigné que par M. G. L'on a restitué tous ces noms dans cette édi-* tion, d'après la notice de M. deGaignières^ qui se trouve écrite de sa main à la Bibliothèque du Roi.
Gomme la baronnie de Montausier ne fut érigée en marquisat qu'en 1 644 ) ^^^^^ ans après que la Guirlande de Julie fut présentée à mademoiselle de Rambouillet, l'on sera sans doute étonné que M. de Montausier ait pris le nom de marquis avant de l'être effectivement; mais on ne doit pas ignorer qu'il étoit très-commun que les gens de qualité prissent dans le monde le titre de marquis avant que la terre de leur nom fût érigée en marquisat.
Le frère aine de M. le duc de Montausier, qui mourut en 1 633 , avoit aussi porté le titre de marquis de Montausier,
Ghapelain, fameux par l'attente de sa
Puceliey qui lui avoit fait par avance ud nom qu elle n'a pu soutenir quand elle a été au grand jour , fut un de ceux qui brilla le plus en cette occasion*
La fleur impériale dont il fit choix donna lieu à une allégorie fort spirituelle sur laquelle roule toute la finesse de son madrigal : en voici l'explication en peu de mots.
Le grand Gustave étoit alors au plus haut période de sa gloire, et il en jouissoit sans rivaux^ puisque personne ne pou voit lui disputer celle d'être le plus fameux conque* rant de son siècle. Mademoiselle de RamhouiUet, juge très-capable du vrai mérite, ne parloit de ce prince qu'avec éloge; elle avoit même son portrait dans sa chambre»
et disoit toujours qu'elle ne vouloit point d'autre amant que ce héros*
Cela donna heu à Chapelain de choisir pour sujet de son madrigal la fleur qu'on
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nomme impériale, qu'il supposa être Gustave, ainsi métamorphosé, qui vient lui rendre hommage et lui offrir de la couronner. Voiture, à qui cette fiction avoit sans doute paru très-noble, y fait allusion dans la lettre qu'il écrivit à mademoiselle de Rambouillet, au nom du roi de Suède, et qui commence : Voici le Lion duNord, etc.
On a cru devoir cette explication en particulier à ceux qui verront ce livre, sans entrer dans le détail du reste qui s'entend facilement; et l'on se contentera d'ajouter ici que Rob«rt , célèbre peintre d'alors , fut chargé de peindre les fleurs dont il est enrichi, etque Jarry, le plus fameux maître d'écriture de son temps, a écrit de sa main les Madrigaux et la Table des Madrigaux.
Afin que rien ne manquât à l'embellissement de cet ouvrage, il fut relié par le Gascon, qui n'avoit point d'égal en son art, et enrichi par le dehors et le dedans
des chifFres de Jalie-Ludne, à cpii il étoit destiné.
• Tant que madame de Montausier a vécu, elle a conservé précieusement ce gage de la galanterie et de l'amour de son mari.
A sa mort, M. de Montausier en devint le dépositaire, et le montroit avec plaisir à ses amis. Après lui, il passa dans les mains de madame la duchesse d'Uzès sa fille, qui savoit trop ce qu*il valoit pour ne le pas garder avec soin ; aussi ce ne fut qu après sa mort que cet ouvrage fut vendu par ses héritiers , comme une pièce qui ne méri-* toit pas leur attention. Un particulier, qui se trouva heureusement avoir du goût, l'acheta quinze louis dor, valant alors deux cents livres; et, l'ayant depuis revendu à M. Moreau , premier valet de chamhre de monseigneur le duc de Bourgogne, ce dernier a eu l'honnêteté de m'en faire présent, et de me le faire prendre, croyant avec rai-
son enrichir par-là mon cabinet ( celui de M. de Gaignières , auteur principal de cette Notice ).
Nicolas Jarry, écrivain inimitable .du dernier siècle, fit trois manuscrits de la Guirlande de Julie dans la même année 16419 savoir: un in-folio, un in-4S ^^ un in-80.
. Le premier, annoncé dans le Catalogue des livres de M. le président Grozat de Tugny, Paris, i75i,page 119, n® i3i6^ n*étoit pas imprimé. G est une erreur de ne lavoir pas annoncé manuscrit. Il est de la propre main de Jarry, sûr papier in-4^ à longues lignes, et contient cinquante-trois feuillets très-bien écrits, en lettres bâtardes •* il paroit avoir été Tesquisse et le modèle de celui in-folio, présenté à mademoiselle de Rambouillet. M. le ma^^quis de Gourtanvaux en a été ensuite pos* sesseur. Il est passé à sa vente entre les
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maÎDS de P. Fr. Didot, imprimear de Monsieur.
Le second, très-précieux, sur vélin infolio , qui a donné lieu à cette Notice, est supérieurement écrit en lettres rondes; les figures de toutes les fleurs, peintes par le famevx^ Robert, et la reliure magnifique en maroquin rouge de ce livre, orné en dehors et en dedans du chiffre entrelacé de J L ( Julie -Lucine), ajoutent un trèsgrand mérite à cet ouvrage, unique dans son genre.
Il paroit qu'après M. de Gaignières, ce manuscrit passa entre les mains de M. le chevalier de B***; il fut acheté en 1736, à la vente de ses livres, par M. l'abbé de Rodielin , qui, comme on la vu plus haut, en fit présent quelque temps après à M. de Bfoe. M. de Cotte Tacheta des héritiers de M. de Boze, avec une partie de sa bibliothèque, et le céda à M. Gaignat, à la vente
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duquel il fut acheté par M. le duc de La Vallière. M. Peyne, libraire de Londres, Ta payé, àla vente de ce dernier, quatorze mille cinq cent dix livres. Nous ig^norons entre les mains de qui il est passé. ( Voyez les Gatalo^es de ces différentes ventes. ) - Le troisième et dernier manuscrit de la Guirlande contient quarante feuillets sur vélin in-8°, écrits en lettres bâtardes. Il ne renferme que les madrigaux seuls, sans aucune peinture. La reliure est la même que celle du manuscrit précédent, parce qu'ils furent présentés tous les deux en même temps à mademoiselle de Rambouillet par M. le duc deMontausier. L'on ignore absolument comment il est passé dans la bibliothèque de M. le duc de La Vallière.
M. 6. Debure fils atné, chargé de la vente de cette bibliothèque, l'a payé quatre cent six livres, et en est actuellement le possesseur.
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Ce manuscrit peut être regardé comme le chef-d'œuvre de N. Jarry, parce qu'il excelloit encore plus dans les lettres bâtardes que dans les lettres rondes.
Nous croyons ne pouvoir mieux finir cette Notice qu'en rapportant le Sonnet de Gilles Ménage, imprimé dans ses Miscellanea, Parisiis, i652, in-4S p. I34«