PRÉLIMINAIRES
juoiQUE la Notice de M. de Gaic gfnières, imprimée dans le Sup- ;plëment à la première partie du Catalogue de La FaJlUère, et reproduite dans la jolie édition de la Guirlande de Ja/ie (Didot), 1784, in-8®, soit rédigée d'une manière assez confuse, j'ai pensé qu'il y auroit quelque pédantisme à la remplacer par une autre. Tous les faits importants sont recueillis dans cette espèce de préface, et la préface d'un pareil livre ne pouvoit offrir d'autre intérêt que celui des
faits, n me restera peu de chose à y ajouter.
tt Ces petites pièces de poésie ont un a mérite assez l^er,» dit un. bibliog[raphe judicieux, « quand on les conu sidère séparées des charmantes peinutures pour lesquelles elles ont été M faites, et privées du mérite singulier u d'une circonstance unique dans Fhis- « toire de la galanterie. » Il me semble toutefois que le concours de tant de brillants poètes sur un sujet si gracieux ne sera jamais sans attrait pour la curiosité. D est convenu de ne citer de la Guirlande de Julie que les quatre ▼ers de Desmarets au nom de la Fïolette. Ce quatrain est fort joli en e£Fet, mais on doit peut-être le même éloge aux madrigaux dUabert sur le Narcisse, p. 3a, de Malleville sur la fleur
qui avoit si bien inspiré Desmarets, p. 4^, et à quelques autres encore.
Montausier lui-même a lutte, sans trop de désavantage, avec ses complaisants émules. Le dizain intitulé les Lys, p. 45, est digne d'un poète de profession , sans être tout-à-fait exempt de cette affectation que l'Alceste de Molière auroit blâmée; mais PAlceste de l'hôtel de Rambouillet jugeoit moins sévèrement les vers. Oronte auroit trouvé place dans son recueil.
L'orthographe de la Guirlande de Julie est extrêmement surannée , même pour l'époque où ce volume fut écrit par l'habile Jarry. Nous n'avions pas le droit de la rajeunir. Dans une réimpression faite sur des réimpressions, il faut subir avec une religieuse réserve les lentes modifications des langues;
mais il n'est pas permis d'en adopter une seule quand ce livre n'est que la copie fac-similaire d'un manuscrit monumental, et surtout d'un manuscrit qui est sorti du pays pour n'y reparoitre jamais. Le seul office de' l'imprimeur est alors de conserver les traditions du calligp*aphe. Ceci nous fournit l'occasion de remarquer en passant que la langue écrite est presque toujours fort en arrière avec la lang^ue imprimée, et qu'il arrivera nécessairement une époque, où elle sera la seule autorité des orthographes anciennes , et par conséquent le seul témoin de la prononciation et de l'étyinolog^e. Voltaire lui-même, qui a donné son nom à la plus puérile des innovations en orthographe, ne s'en est presque jamais servi en écrivant.
Notre édition de la Guirlande de Julie sera exactement conforme à cette édition de M. Didot que nous avons déjà citée, et dont la fidélité paroit reconnue. M. Renouard la dit tirée à quatre-vingt-dix exemplaires, et M. Brunet à deux cent cinquante. Quoi qu'il en soit, ce n'est plus un livre commun, et son prix aug^entoit de jour en jour dans les ventes. Une autre réimpression moderne, beaucoup plus facile à rencontrer, est ornée de gravures assez médiocrement coloriées. Cette espèce d'ornements, qui exigeroitune grande perfection d'exécution, n'est pas du goût des amateurs, et il est douteux que ce petit volume passe jamais du boudoir des dames dans le cabinet des bibliophiles.