‹ Relation des campagnes de Rocroi et de Fribourg (volume 2)Chapitre 5 sur 36 · XLVII 5@^S · texte numérisé non relu

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l'Alletnaçne et la Flandre, et de disposer par cette conquête les affaires de la prochaine campagne à de plus grandes entreprises.

U étoit facile de faire subsister Tannée da c6té de la Champagne. Tous les préparatifs nécessaires pour un grand siège y ayoient été faits dès l'hiver. Le feu roi y avoit fait mener des munitions et des vivres , à dessein de faire la guerre dans la Franche-Comté. Le maréchal de La Meilleraye devoit exécuter cette entreprise. Mais la mort du roi ayant renversé tous ses projets, et l'armée d'Italie étant trop foible pour tenir la campagne, les troupes du maréchal de La Meilleraye furent séparées en deux corps. Une partie passa les Alpes sous le vicomte de Turenne; l'autre, commandée par le marquis de Gesvres , servit sous le duc d'Enghien. Néanmoins il falloit du temps pour faire venir de Bour-

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gogne et de Cliampagnc toutes les munitioDS et Tattiraii de l'artillerie. C^t pourquoi le duc d'Enghien ne voulut pas e^^ore marcher vers Thionville, de crainte que le général Reck n y jetât des troupes. Ce prince fit une marche dans le milieu de la Flandre pour donner lalarme aux principales villes et pour obliger les ennemis d'en fortifier les garnisons , son dessein étant de revenir sur ses pas à grandes journées et de tomber sur Thionville.

Pour cet effet, il dépêcha Saint-Martin, lieutenant de Fartillerie, avec ordre de conduire les munitions sur la frontière de Champagne, et il écrivit à Fintendant de cette province qu'il y fit un grand amas de blés pour la subsistance de l'armée.

Après avoir donné ces ordres, il prit sa marche vers le Hainaut par Landrecies.

Émeri et Barlemont se rendirent après quelques volées de canon , et Mauheuge ouvrit

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ses portes sans résistance. Il poussa jusqu'à Binch où les ennemis avoient jeté quelque infanterie; et, pour continuer sa feinte, il fit attaquer cette petite place, qui se rendit le même jour à discrétion. Le prince y demeura quinze jours sans rien entrepren-.

dre, afin de laisser achever les préparatifs du siège de Thionville. Les Espagnols ne manquèrent pas de faire ce qu'il avoit prévu. Leur cavalerie se retira sous les places, et le reste de leur infanterie fut dispersé dans les villes voisines de l'armée françoise; ainsi, il lui fut aisé de les prévenir en tournant tout d'un coup vers Thionville*

Il envoyoit de grands partis de Binch j usqu'aux portes de Bruxelles, et il portoit la terreur jusque dans les villes les plus éloignées. Enfin on lui vint dire que tout étoit . disposé en Champagne pour le siège, et que le marquis de Gesvres y étoit arrivé

avec le corps qu il commandoit. Le duc d'Enghicn partit de Binch et retourna sur ses pas par le chemin de Maubeuge et de Beaumont, rentrant dans la plaine de Rocroi par le même défilé que les Espagnols avoient pris pour se retirer après la perte de la bataille.

En partant, il détacha d'Âumont arvec douze cents chevauis pour aller joindre le marquis de Gesvres et pour investir ensemble Thionville. Sirot fut chargé de conduire la grosse artillerie par le chemin de Toul et de Metz, pendant que l'infanterie avec quelques pièces de campagne marche* roit vers Thionville.

Ces choses furent exécutées selon les ordres que le duc d'Enghien avoit donnés.

Néanmoins, d'Âumont et le marquis de Gesvres n'arrivèrent devant Thionville que deux jours avant le prince. Car, malgré l'incommodité des pluies et les fatigues

(pie Finfanterie soufFrit dans cette marche, il ne fut que sept jours depuis Binch jusqu*à Thionville. Il fit une partie du chemin par le pays de France pour couvrir davantage son dessein, et, passant la Meuse à Sedan , il traversa le Luxembourg et se rendit le septième jour devant Thionville.

Cette place est assise sur le bord de la Moselle du côté du Luxembourg. Elle n'est qu'à quatre lieues au-dessous de Metz. La plaine où elle est située est très-fertile. Des coteaux couverts de bois bordent cette plaine des deux côtés. L'avantage de ce poste et la beauté du lieu sont cause qu'on Ta fortifiée avec beaucoup de dépense et de soins. Elle a toujours été possédée par la maison d'Autriche, excepté depuis que le duc de Guise la prit sous le règne de Henri II jusqu'au premier traité de Vervins, par lequel on la rendit aux Espagnols.

Le malheur de Feuquières, arrivé en 1689,

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