‹ Relation des campagnes de Rocroi et de Fribourg (volume 2)Chapitre 6 sur 36 · S^!^ LU · texte numérisé non relu

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Tavoit rendue célèbre dans ces dernières guerres, et chacun la regardoit conune une conquête importante, mais difficile.

La Moselle Tassure entièrement d*un côté ; elle n a aussi de ce côté-là qu*un rempart revêtu en ligne droite. Le reste de son enceinte est fortifié de cinq grands bastions revêtus de pierre de taille, et de deux demi-bastions aux deux bouts qui se vont rejoindre à la rivière. Son fossé est large, profond, et plein d'eau; sa contrescarpe est fort grande, ses courtines sont couvertes de cinq demi-lunes, et devant la porte du côté de Sierck il y a un grand ouvrage à corne. La campagne y est si rase et si unie de toutes parts qu'on ne peut aborder la ville qu a découvert. Les montagnes voisines commandent la plaine en beaucoup d'endroits et en rendent la circonvailation très-difficile. Il y avoit huit cents hommes de pied et assez de munitions et de vivres

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dans cette place cpiand le dac d'Enghien y arriva.

Aussitôt que ses premières troupes commencèrent à entrer dans la plaine, il fit passer en diligence le comte Grancei avec de la cavalerie au-delà de la rivière pour empêcher qu'il n entrât du secours avant que les quartiers fussent séparés. Grancei avoit servi au premier siège en 1639, ^^ étoit instruit de la situation des lieux et des passages par où les Espagnols pouvoient venir. Mais il arrive bien des choses à la guerre que toute la prudence du général et des principaux ofEciers ne peut empêcher.

• Pendant que Grancei passoit la rivière, le prince étoit demeuré dans la plaine, et à mesure que ses troupes y arri voient, il les faisoit poster aux lieux qui donnoient le plus de jalousie. Il remit au lendemain la séparation des .quartiers et rétablisse-

dn ciBip. L'armée pissa tonte la nuit fons les annes sans ^^irendre aucunes iKNnrcUes des Espagnols. A la pointe du jonr, on Tint dire au duc d*Ençhien qu'un secours de près de deux mille hommes étoît entré dans la place par le quartier du comte de Granœi.

Néanmoins, le <x>mte aYoit disposé ses corps<-de-garde avec tout le soin possible, parcourant lui-même tons les postes avec une extrême vigilance. Pendant la nuit, il n'avoit eu aucune alarme; mais une heure devant le jour, un de ses partis lui amena deux paysans qui dirent que quelques troupes des Espagnols avoient passé la rivière à Sierck, et qu'elles marchoient le long du bord pour se jeter dans Thionville. Ces paysans en dirent tant de particularités , et avec tant de vraisemblance, que le comte de Grancei les crut. En même temps il changea l'ordre de ses gardes, et, portant

tontes ses forces vers lendroit que ces paysans lui avoient marqué, il ne laissa du côté de Metz qu un ou deux régiments pour garder ce poste.

En efFet, deux mille hommes des ennemis avoient passé la rivière à Sierck, mais ils avoient tenu un autre chemin que les paysans ne disoient ; car, au lieu de suivre la rivière, ils avoient pris autour des bois pour entrer dans la plaine du côté de Metz.

Les Espagnols exécutèrent leur entreprise avec beaucoup de diligence et de courage ; on les vit marcher à la petite pointe du jour droit à une demi-lune. La garde Françoise, étonnée de cette alarme qu elle n attendoit point, chargea ce secours trop tard et avec désordre. Soit que lefFort des Espagnols fût trop grand, ou que la garde ne fit pas son devoir, ces troupes entrèrent sans aucune perte dans Thionville.

Le duc d*Enghien apprit cette nouvelle

avec beaucoup de déplaisir. Il voyoit la prise de la place fort reculée, et par conséquent toutes les conquêtes d^endantes de celles-ci fort éloignées et peut-être manquées pour cette campagne. Une place comme Thionville, bien munie, et défendue par une forte garnison, ne pouvoit être emportée sans beaucoup de temps et sans une grande perte d'hommes. Au lieu qu elle n'auroit duré que très-peu de jours en Fétat où le prince Favoit investie. Néanmoins, cet inconvénient ne lempécha pas de continuer le siège; au contraire, il s*y appliqua avec d'autant plus de soin qu'il y avoit plus de péril et plus de difficultés à surmonter. Il passa la rivière à gué pour disposer lui-même les quartiers de ce côtélà, et fit faire deux ponts de bateaux audessus et au-dessous de la place. Après qu'il eut logé ses troupes. dans deux petits villages du côté de la Lorraine > il ordon-

na les gardes et marqua les endroits par où il vouloit conduire la ligne de circon-* vallation; et ensuite il repassa la rivière pour aller donner les mêmes ordres du côté du Luxembourg.

D'abord il fit séparer son armée en cinq quartiers ; le plus grand corps de sa cavalerie se campa dans une prairie le long de la rivière du coté de Metz. Gassion y denaeura pour la commander. Le quartiergénéral fut établi auprès de celui de Gassion, dans un petit viUage presqu au milieu de la plaine, sur le bord d'un ruisseau qui la traverse et qui se va jeter dans la Moselle an pied de la contrescarpe de Tbionville.

Le duc d'Engbien s'y logea avec le principal corps de l'infanterie, et il étendit son camp dans la plaine jusqu'au pied des montagnes. Les régiments de Rambure et les Suisses de Molondin se postèrent sur

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les hauteurs proche des hois dont ces montagnes sont couvertes.

Il y en a une beaucoup plus haute que les autres qui domine non-seulement sur toute la plaine de Thionville, mais encore sur tous les coteaux d'alentour. L*importance de ce poste obligea le duc d'Ënghien d'y établir un puissant quartier. Le camp en fut marqué au milieu de la hauteur, et d*Aumont en eut le commandement. Dandelot commanda l'autre quartier. Le marquis de Gesvres se chargea de garder avec sa petite armée le côté de Sierck depuis la rivière jusqu'aux hauteurs. Palluau et Sirot eurent le soin de tout ce qui étoit au-delà de la rivière, parce que Grancei étoit tombé malade et s'étoit retiré du camp.

Aussitôt que les quartiers furent disposés , le duc d'Enghien fît travailler à la circonvallation et tracer de grands forts sur les hautjeurs qui commandoient le plus

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dans la plaine. Il assura en même temps sa. ligne par de bonnes redoutes, garnissant les endroits foibles avec des fraises et des palissades.

Cependant les convois des vivres et des munitions arrivoient de toutes parts; et pendant vingt jours que dura le travail de la circonvallation, le duc d'Enghien 6t amener de Metz trente pièces de batterie et fit faire un grand amas de planches , de madriers, de sacs-à-terre, et de fascines, pour l'avancement de la tranchée et pour le service de lartillerie. Les assiégés préparoient de leur côté tout ce qui étoit nécessaire pour leur défense; et pendant que leur infanterie étoit employée à faire de nouveaux travaux et à rétablir les vieux, leur cavalerie faisoitàtoute heure des sorties pour incommoder les assiégeants.

Cdle qu*ils firent deux jours après la séparation des quartiers fut si vigoureuse

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qu ils vinrent jusque dans le camp du due d'Enghien. Le comte de Tavanes eut le bras cassé d*un coup de pistolet dans cette rencontre. La plaine étoit toujours remplie d'escarmoucheurs, et il s'y faisoit quelquefois des combats si opiniâtres qu'on y perdoit autant de gens qu'en des occasions plus éclatantes. Mais la dernière fut la pins vigoureuse de toutes; car dans le temps que le duc d'Enghien faisoit un grand amas de gabions et de fascines auprès d'une chapelle dans le milieu de la plaine, les assiégés, voulant reconnoître ce que c'ét<Ht, firent sortir la meilleure partie de leur cavalerie, afin de voir de plus près ces préparatifs qu'ils ne pouvoient bien discerner de loin.

L après-dlnée s'étoit presque passée en escarmouches, quand le duc d'Enghien, ennuyé de voir si long-temps les ennemis dans la plaine, commanda à Dandelot de

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les faire pousser. Dandelot exécuta cet ordre avec beaucoup de valeur, mais avec trop de précipitation ; car il ne put être suivi que d*un petit nombre de volontaires ; néanmoins , les escarmoucheurs plièrent à la première cbarge qu'il leur fit jusque sur la contrescarpe de la ville, mais les escadrons qui les soutenoient ayant avancé, Dandelot se trouva enveloppé de tous cotés, et il auroit été pris sans une petite garde de trente maîtres, conduite par La Moussaye, qui le dégagea du milieu des ennemis.

Ces escadrons poussèrent Dandelot et La Moussaye avec tant de vigueur qu'ils n auroient jamais pu faire leur retraite si le duc d'Enghien n'eût couru à la grand'garde et ne l'eût menée lui-même en diligence pour les soutenir: Gerzé et Dandelot y furent blessés , et les Espagnols se retirèrent après un combat fort, opiniâtre.

On ne laissoit pas d'achever la circon- ▼ailation et de munir le camp de tontes les choses nécessaires : le duc d*£nghien étoit présent à tout, et reconnoissoît soigneusement les lieux les plus propres pour faire ses attaques. Il résolut d'en faire deox ; chacune devoit s'attacher à la face d'un des deux bastions qui regardent le milieu de la plaine, afin qu'étant proches Tune de l'autre elles se pussent soutenir avec plus de facilité.

On laissa un grand espace entre les deux ouvertures des tranchées, et cet espace diminuoit à mesure qu'elles s'avançoient vers la place. Une des tranchées se couvroit sur la droite, l'autre se couvroit sur k gauche. Les régiments de Picardie et de Navarre y firent la première garde.

Pendant la nuit ils élevèrent deux grands épaulements de gabions qui couvroient deux places d'armes assez spacieuses pour

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