Relation des campagnes de Rocroi et de Fribourg
' sieur de La Chapelle-Milon, ne tiendroit aucune place dans les biographies si on ne lui avoit attribué, d'une manière fort plausible, l'ouvrage dont nous donnons une nouvelle édition au public. Tout ce que nous sa* vons de lui , c'est qu'il occupoit un emploi assez distingué dans l'administration des bâtiments royaux. Tout ce que nous pouvons en dire, c'est qu'il faut bien se garder de le confondre avec un autre La Chapelle,
Celui cpi si maussadement Fit parler Catulle et Lesbie.
On ne connoît de La Chapelle-Milon que cette Relation de ce qui s'est passé dans la campagne de Rocroi en i643, et dans celle de Fribourg en i644- La première édition, qui est fort rare, fut imprimée à Paris, en lôyS, in-12. Depuis elle a été réunie à d'autres pièces choisies (fe Voyage de Chapelle et de Bachaumonty les Poésies de de Cailly, et la comédie des Visionnaires de Desmarets)^ à Amsterdam, Pierre de Coup, 1708, in-8°, par les soins de La Monnoye; recueil curieux réimprimé en 1714 avec des augmentations. Enfin cette relation fait aussi partie des Mémoires pour servir à ^histoire de M. le Prince y 1693, 2 vol. in- 12; mais nous n'en connoisspns qu'une édition séparée qui même n'est jamais tombée dans nos mains. Il seroit fort surprenant
toutefois que les Elzévirs eussent néglige un aussi joli volume.
La Chapelle est sans contredit un des bons prosateurs de son époque. Si on remarque qu'il écrivoit dix ou douze ans avant Pascal *, dans un temps où la langue poétique commençoit à la vérité à se fixer, mais où il n'existoit plus de modèles en prose depuis que les vicissitudes du langage avoient rendu Montaigne et Charron surannés, on sera surpris de la facilité de ses tours, du nombre et de la clarté de ses périodes, de la simplicité élégante de sa narration. Autant le style de ses contemporains est tendu, boursouflé, in-
* Je suppose que son ouvrage a été écrit du temps même des événements qui y sont racontés, et que des circonstances qui ne nous sont pas connues en ont retardé Timpression.
tempestivement oratoire, autant le sien est aisé, naturel et poli. On demanderoit maintenant à un historien des qualités plus élevées, mais non pas un esprit plus sain ni un goût plus judicieux.