‹ Relation des campagnes de Rocroi et de FribourgChapitre 10 sur 18 · LIV J@^^S · texte numérisé non relu

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ment du camp. L*armée passa toute la nuit sous les armes sans apprendre aucunes nouvelles des Espagnols. A la {Jointe du jour, on vint dire au duc d'Enghien qu un secours de près de deux mille hommes étoit entré dans la place par le quartier du comte de Grancei.

Néanmoins, le comte avoit disposé ses corps-de-garde avec tout le soin possible, parcourant lui-même tous les postes avec une extrême vigilance. Pendant la nuit, il n'avoit eu aucune alarme; mais une heure devant le jour, un de ses partis lui amena deux paysans qui dirent que quelques troupes des Espagnols avoient passé la rivière à Sierck, et qu elles marchoient le long du bord pour se jeter dans ThionviUe. Ces paysans en dirent tant de particularités , et avec tant de vraisemblance, que le comte de Granoei les crut. En même temps il changea Tordre de ses gardes, et, portant

toutes ses forces vers Fendroitque ces paysans lui avoient marqué, il ne laissa du côté de Metz qu un ou deux régiments pour garder ce poste.

En effet, deux mille hommes des ennemis avoient passé la rivière à Sierck, mais ils avoient tenu un autre chemin que les paysans ne disoient ; car, au lieu de suivre la rivière, ils avoient pris autour des hois pour entrer dans la plaine du côté de Metz.

Les Espagnols exécutèrent leur entreprise avec beaucoup de diligence et de courage ; on les vit marcher à la petite pointe du jour droit à une demi-lune. La garde françoise, étonnée de cette alarme qu'elle n'at^ tendoit point, chargea œ secours trop tard tt avec désordre. Soit que lefibrt des Espagnols fut trop grand, ou que la garde ne fh pas son devoir, ces troupes entrèrent sans aucune perte dans Thionville.

Le duc d*Enghien apprit cette nouvelle

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avec beaucoup de déplaisir. Il voyoit la prise de la place fort reculée, et jpar conséquent toutes les conquêtes dépendantes de celles-ci fort éloignées et peut-être manquées pour cette campagne. Une place comme Thionville, bien munie, et défendue par une forte garnison, ne pouvoit être emportée sans beaucoup de temps et sans une grande perte d'bommes. Au lieu quelle n'auroit duré que trè&-peu de jours en l'état où le prince Tavoit investie. Néanmoins , cet inconvénient ne Fempécba pas de continuer le siège; au contraire, il s'y appliqua avec d'autant plus dé soin qu'il y àvoit plus de péril et plus de difficultés à surmonter. Il passa la rivière à gué pour disposer lui-même les quartiers de ce côtélà, et fit faire deux ponts de bateaux audessus et au-dessous de la place. Après qu'il eut logé ses troupes dans deux petits villages du côté de la Lorraine , il ordon-

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na les gardes et marqua les endroits par où il vouloit conduire la ligne de circonvallation; et ensuite il repassa la rivière pour aller donner les mêmes ordres du xôté du Luxembourg.

D abord il fit séparer son armée en cinq

lartiers ; le plus grand corps de sa cavar

prie se campa dans une prairie le long de

rivière du côté de Metz. Gassion y de-

îura pour la commander. Le quartier-

méral fut établi auprès de celui de Gas-

i, dans un petit village presqu au milieu

plaine, sur le bord d'un ruisseau qui

iverse et qui se va jeter dans la Mo-

[U pied de la contrescarpe de Thion-

Juc d'Engbien s'y logea avec le principalkprps de Finfanterie, et il étendit son oq^ dans la plaine jusqu'au pied des montagB|. Les régiments de Rambure et les SuisaBde Molondin se postèrent sur

qu'ils vinrent jusque dans le camp du duc d'Enghien. Le comte de Tavanes eut le bras cassé d*un coup de pistolet dans cette rencontre. La plaine étoit toujours remplie d escarmoucheurs, et il s'y faisoit quelque^ fois des combats si opiniâtres qu'on y perdoit autant de gens qu'en des occasions plus éclatantes. Mais la dernière fut la plus vigoureuse de toutes; car dans le temps que le duc d'Enghien faisoit un grand amas de gabions et de fascines auprès d'une chapelle dans le milieu de la plaine, les assiégés, voulant reconnoitre ce que c'étoit, firent sortir la meilleure partie de leur cavalerie, afin de voir de plus près ces préparatifs qu'ils ne pouvoient bien discerner de loin.

L^après-dinée s'étoit presque passée en escarmouches, quand le duc d'Enghien^ ennuyé de voir si long-temps les ennemis dans la plaine, commanda à Dandelot de

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îes faire pousser. Dandelof exécuta cet ordre avec beaucoup de valeur, mais avec trop de jprécipitation ; car il ne put être suivi que d*un petit nombre de volontaires; néanmoins , les escarmoucheurs plièrent à la première charge qu'il leur fit jusque sur la contrescarpe de la ville, mais les esca-^ drons qui les soutenoient ayant avancé, Dandelot se trouva enveloppé de tous cotés, et il auroit été pris sans une petite garde de trente maîtres, conduite* par La Moussaye, qui le dégagea du milieu des ennemis.

Ces escadrons poussèrent Dandelot et La Moussaye avec tant de vigueur qu'ils n auroient jamais pu faire leur retraite si le duc d'Enghien neût couru à la grand'garde et ne Teût menée lui-même en diligence pour les soutenir. Gerzé et Dandelot y furent blessés , et les Espagnols se retirèrent après un combat fort opiniâtre.

On ne laissoit pas d'achever la circonvallation et de munir le camp de toutes les choses nécessaires : le duc d*£nghien étoit présent à tout, et reconnoissoit soigneusement les lieux les plus propres pour faire ses attaques. Il résolut d'en faire deux ; chacune devoit s'attacher à la face d'un des deux bastions qui regardent le milieu de la plaine, afin qu'étant proches l'une de l'autre elles se pussent soutenir avec phis de faciëté.

On laissa un grand espace entre les deux ouvertures des tranchées, et cet espace diminuoit à mesure qu'elles s'avançoient vers la place. Une des tranchées se couvroit sur la droite, l'autre se couvroit sur la gauche. Les régiments de Picardie et de Navarre y firent la première garde.

Pendant la nuit ils élevèrent deux grands épaulements de gabions qui convroient deux places d'armes assez spacieuses pour

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contenir chacune cent chevaux, parce que Ton avoit besoin de cavalerie à la queue de la tranchée pour l'appuyer contre les grandes sorties des assiégés. Cette même nuit, le duc d'Enghien fit tirer une ligne assez longue et commencer deux redoutes capables de loger cent hommes. Dans tous les retours des lignes, il fit faire de grandes places d*armes, et pousser le travail de la tranchée avec tant de diligence que, malgré le feu continuel des assiégés , elle fut avancée la quatrième nuit jusqu'à deux cents pas de la contrescarpe.

En cet endroit, le duc d'Enghien voulut donner une communication à ses deux attaques qui s'étoient déjà fort approchées; et , au lieu de les communiquer par une ligne ordinaire, il les joignit par une grande batterie de vingt-quatre pièces de canon.

La diligence des officiers fut si grande que le sixième jour de l'ouverture de la tran-

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chée le canon commença à battre la place.

En ce même lieu de communication, les deux attaques prirent chacune un chemin différent, et s'éloignèrent l'une de l'autre pour se tourner vers la face des deux bastions qui leur étoient opposés.

A la droite de la tranchée du duc d'Ençhien, il y avoit un moulin sur ce petit ruisseau dont on a déjà parlé. Il étoit fortifié avec une bonne palissade, et les assiégés y avoient jeté quelques mousquetaires.

Ces gens incommodoient fort le travail de la tranchée, parce qu'ils la voyoient à revers. Le duc d'Enghien résolut de les chasser de ce poste, et la nuit même, qui fut la septième de tranchée ouverte, ils furent emportés l'épée à la main, malgré la résistance opiniâtre des assiégés et le feu continuel du rempart et de la contrescarpe.

Avant le jour, ce logement fut joint à la tranchée par une ligne, et ce moulin ser-

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vit aux assiégeants comme d une redoute contre les sorties de la porte de Metz.

A l'autre attaque, la ligne se poussoit également. Mais le huitième jour les assiégés firent une furieuse sortie sur Dandelot qui étoit de garde avec le régiment d'Harcourt. Pendant que toute la cavalerie des assiégés combattoit contre celle qui soute^ noit la tranchée, leur infanterie fondit sur la tête du travail et fit reculer la garde avancée jusqu'auprès de la batterie. Dandelot, qui se trouvoit dans Tautre attaque auprès du prince, marcha le long de la contrescarpe au secours de la tranchée.

Les assiégés se voyant coupés se retirèrent en diligence. La garde à cheval, fortifiée de quelque cavalerie du camp, poussa celle dé la place jusque dans la barrière de la porte, et Tinfanterie fut renversée par Dandelot jusque dans la contrescarpe.

Plus le duc d'Ënghien s appliquoit à faire

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avancer les travaux, plus les assiégés rc> doubloient leurs efforts. Avant qu'on fût à leur contrescarpe, ils eurent coupé au pied du glacis un second chemin couvert bien palissade, qui étoit plus difficile à prendre que celui de la contrescarpe, parce que la défense qu il tiroit de la place étoit plus proche et plus rasante. Néanmoins la neuvième nuit ce nouveau chemin couvert fut emporté des deux côtés.

On y perdit beaucoup de gens , et il est impossiUe de n'en pas perdre beaucoup, quand il faut se loger au pied du glacis d'une contrescarpe vue de tous côtés par les défenses des bastions. Perseval, qui avoit la conduite de l'attaque du duc d'Enghien, fut blessé à mort dans cette occasion. Après avoir fait un logement si important, on travailla à celui de la continscarpe, et la dixième nuit on logea des mousquetaires à droite et à gauche pour

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appuyer cette entreprise, qui fut exécutée le onzième jour. Ceux qui savent la guerre conviennent qu*il n y a rien de plus diffi^cile dans les sièges que les logements des contrescarpes quand on veut les emporter d emblée, au lieu de s y loger peu à peu par des sapes et des fourneaux. Celle de Thionville étoit forte par sa largeur et par les traverses que les assiégés y avoient faites. Il étoit même très-malaisé de choisir un lieu propre pour faire ce logement; car, soit qu on le fît vis-à-vis de la face de la dem^lune ou du bastion, Fun des deux ouvrages voyoit le travail à revers.

Malgré toutes ces difficultés, il fut résolu que Ton forceroit le chemin couvert aux endroits qui regardoient la face du bastion. Le duc d'Enghien crut que les deux tranchées faisant leurs attaques tout à la fois, ceux qui défendoient la contrescarpe lâcheroient le pied, de crainte d'être

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