‹ Relation des campagnes de Rocroi et de FribourgChapitre 9 sur 18 · J^ XLV · texte numérisé non relu

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dessein de porter ses armes , rien ne s*ppposoit à son passage. Il pouvoit attaquer ou les villes de la mer, ou les places de l'Escaut, ou celles de la Moselle.

Toutes ces entreprises pouvoient apporter beaucoup d'utilité. La conquête des places de la mer paroissoit la plus avan^ tageusie, parce qu'on prétoit la main aux Holiandois , et qu'on otoit en même temps aux Pays-Bas les plus prompts secours qu'ils reçoivent d'Espagne. Mais le duc d'Enghien savoit que les Holiandois ne craignent rien tant que d'avoir les François pour voisins, et qu'ils feroient la paix et s'allieroientméme avec les Espagnols, quoique leurs ennemis naturels, plutôt que de souffrir que la France étendit ses conquêtes sur les places qui servent de barrière entre ses frontières et celles des Provinces- Unies. D'ailleurs, il étoit impossible de prendre ni Graveline ni Dunkerque sans

une armée navale. Les flottes du roi nétoient pas en état de tenir la mer; il falloit beaucoup de temps, d'argent, et de négociations, pour vaincre la défiance des États- Généraux et pour les obliger d'y envoyer des navires ; ainsi le duc d'Engbien ne pensa plus à ce dessein.

Il en restoit deux autres : celui de l'Escaut et celui de la Moselle. Le premier étoit très-difficile, tant parce que le débris de l'armée des ennemis s'y étoit retiré, qu'à cause que l'on n'avoit aucun magasin de ce côté-là. Le dernier dessein étoit trèsimportant pour la conquête de la Flandre, parce. que Tbionville et les autres places de la Moselle donnent l'entrée aux armées d'Allemagne dans les Pays-Bas. Le duc d'Enghien , n'étant pas en état de prendre des places du coté de la mer, ne pouvoit mieux faire que d'attaquer Tbionville ; afin de couper ce lieu de communication entre

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rAllemagne et la Flandre, et de disposer par cette conquête les affaires de la prochaine campagne à de plus grandes entreprises.

U étoit facile de faire subsister l'armée du côté de la Champagne. Tous les préparatifs nécessaires pour un grand siège y avoient été faits dès Thiver. Le feu roi y avoit fait mener des munitions et des vivres , à dessein de faire la guerre dans la Franche-Comté. Le maréchal de La Meilleraye devoit exécuter cette entreprise. Mais la mort du roi ayant renversé tous ses projets, et Tarmée d'Italie étant trop foiblc pour tenir la campagne, les troupes du maréchal de La Meilleraye furent séparées en deux corps. Une partie passa les Alpes sous le vicomte de Turenne; l'autre, commandée par le marquis de Gesvres , servit sous le duc d*Enghicn. Néanmoins il falloit du temps pour faire venir de Bour-

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gogne et de Champagne toutes les mum»

tioDS et Tattirail de Tartillerie. C'est pourquoi le duc d^Enghien ne voulut pas encore marcher vers Thionville, de crainte que le général Beck n y jetât des troupes. Ce prince fit une marche dans le milieu de la Flandre pour donner Falarme aux principales villes et pour obliger les ennemis d en fortifier les garnisons , son dessein étant de revenir sur ses pas à grandes journées et de tomber sur Thionville.

Pour cet effet, il dépécha Saint-Martin, lieutenant de Fartillerie, avec ordre de conduire les munitions sur la frontière de Champagne, et il écrivit à l'intendant de cette province qu'il y fit un grand amas de blés pour la subsistance de l'armée.

Après avoir donné ces ordres, il prit sa marche vers le Hainaut par Landrecies* Émeri etBarlemont se rcndirentaprès qucl- (jues volées de canon , et Maubeuge ouvrit

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ses portes sans résistance. Il poussa jusqu'à Binch où les ennemis avoient jeté quelque infanterie; et, pour continuer sa feinte, il fit attaquer cette petite place, qui se rendit le naéme jour à discrétion. Le prince y de* meura quinze jours sans rien entreprendre, afin de laisser achever les préparatifs du siège de Thionville. Les Espagnols ne manquèrent pas de faire ce qu il avoit prévu. Leur cavalerie se retira sous les places, et le reste de leur infanterie fut dispersé dans les villes voisines de l'armée françoise ; ainsi , il lui fut aisé de les prévenir en tournant tout d'un coup vers Thionville.

Ilenvoyoit de grands partis deBinch jusqu'aux portes de Bruxelles, et il portoit la terreur jusque dans les villes les plus éloignées. Enfin on lui vint dire que tout étoit disposé en Champagne pour le siège, et que le marquis de Gesvres y étoit arrivé

avec le corps qu*il commandoit. Le duc d*EDghieii partit de Binch et retourna sur ses pas par le chemin de Maubenge et de Beaumont, rentrant dans la plaine de Rocroi par le même défilé que iea Espagnols avoient pris pour se retirer après la perte de la bataille.

En partant, il détacha d'Aumont avec douze cents chevaux pour aller joindre le marquis de Gesvres et pour investir ensemble Thionville. Sirot fut chargé de conduire la grosse artillerie par le chemin de Toul et de Metz, pendant que Tinfanterie avec quelques pièces de campagne marcheroit vers Thionville.

Ces choses furent exécutées selon les ordres que le duc d'Enghien avoit donnés.

Néanmoins, d'Aumont et le marquis de Gesvres n arrivèrent devant Thionville que deux jours avant le prince. Car, malgré l'incommodité des pluies et Jes fatigues

que Tinfanterie souffrit dans cette marche, il ne fat que sept jours depuis Binch jusqu'à Thionville. Il fit une partie du chemin par le pays de France pour couvrir davantage son dessein, et, passant la Meuse à Sedan , il traversa le Luxembourg et se ren^ dit le septième jour devant Thionville.

Cette place est assise sur le bord de la Moselle du côté du Luxembourg. Elle n est qu'à quatre lieues au-dessous de Metz. La plaine où elle est située est très-fertile. Des coteaux couverts de bois bordent cette plaine des deux côtés. L'avantage de ce poste et la beauté du lieu sont cause qu'on l'a fortifiée avec beaucoup de dépense et de soins. Elle a toujours été possédée par la maison d'Autriche, excepté depuis que le duc de Guisé la prit sous le règne de Henri II jusqu'au premier traité de Vervins, par lequel on la rendit aux Espagnols.

Le malheur de Feuquières, arrivé en 1 689,

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l'avoit rendue célèbre dans ces dernières guerres, et chacun la regardoit comme une conquête importante, mais difficile.

La Moselle Tassure entièrement d*un côté ; elle n'a aussi de ce c6té-là qu un rempart revêtu en ligne droite. Le reste de son enceinte est fortifié de cinq grands bastions revêtus de pierre de taille, et de deux demi-bastions aux deux bouts qui se vont rejoindre à la rivière. Son fossé est large, profond, et plein d'eau; sa contrescarpe est fort grande, ses courtines sont couvertes de cinq demi-lunes, et devant la porte du côté de Sicrck il y a un grand ouvrage à corne. La campagne y est si rase et si unie de toutes parts qu on ne peut aborder la ville qu'à découvert. Les montagnes voisines commandent la plaine en beaucoup d'endroits et en rendent la circonvallation très-difficile. Il y avoit huit cents hommes de pied et assez de munitions et de vivres

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dans cette place quand le duc d'Enghien y arriva.

Aussitôt que ses premières troupes commencèrent h entrer dans la plaine, il fit passer en diligence le comte Grancei avec de la cavalerie au-delà de la rivière pour empêcher qu*il n'entrât du secours avant que les quartiers fussent séparés. Grancei avoit servi au premier siège en 1639, et étoit instruit de la situation des lieux et des passages par où les Espagnols pouvoient venir. Mais il arrive bien des choses à la guerre que toute la prudence du général et des principaux officiers ne peut empêcher.

Pendant que Grancei passoit la rivière, le prince étoit demeuré dans la plaine, et à mesure que ses troupes y arri voient, il les faisoit poster aux lieux qui donnoient le plus de jalousie. Il remit au lendemain la séparation des quartiers et l'établisse-

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