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soient déjà, et l'armée Françoise auroit achevé de passer avant qu'il: eût pu assembler ses quartiers. Néanmoins, s'il eût voulu faire de bonne heure tout ce qui dépendoit de lui pour s'opposer à ce passage, le duc d'Enghien auroit eu peine à le forcer, parce qu'il n'y a rien de si difficile dans la guerre que de sortir d'un long défilé de bois et de marécages , à la vue d'une puissante armée postée dans une plaine. Quoi qu'il en soit, on voit bien que Melos s*étoit préparé à un combat général, puisqu'il avoit pris soin de ramasser toutes ses forces, et mandé à Beck, qui étoit vers Palaizeux, de le venir joindre en toute diligence.
Le duc d'Enghien marchoit en bataille sur deux colonnes depuis Bossu jusqu'à l'entrée du défilé. Gassion alloit devant avec quelque cavalerie pour reconnoître les ennemis ; et n'ayant trouvé le passage
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défendu que d'une garde de cloquante chevaux, il les poussa, et vint rapporter au duc d'Enghien la facilité qu'il y avoi| à s'emparer du défilé.
Ce fut en ce lieu que le prince crut devoir parler plus ouvertement au maréchal de L'Hospital, parce que le maréchal voyoit bien qu'en poussant plus avant dans la plaine il seroit impossible d'éviter de donner bataille. Gassion faisoit tout son possible pour l'engager, et le maréchal s'opposoit toujours à ses avis ; mais le duc d'Enghien finit leur dispute, et dit d'un ton de maître qu'il se chargeoit de l'événement.
Le maréchal ne contesta plus et se mit à la tête des troupes qu'il devoit commander. Le duc d'Enghien fit défiler l'aile droite, logeant de l'infanterie aux endroits les plus difficiles pour assurer le passage du reste de l'armée. En même temps il s'avança avec une partie de la cavalerie jusque
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sur une petite éminence a demi^portée du canon des Espagnols. Si Melos eût chargé d*abord le duc d*Enghien, il l'eût défait infailliblement; mais ce prince couvrit si bien le haut de cette éminence avec ce qu'il avoit d'escadrons, que les Espagnols ne purent voir ce qui se faisoit derrière lui.
Melos ne put s'imaginer qu'un si grand corps de cavalerie se fût avancé sans être soutenu par l'infanterie. C'est pourquoi il se contenta d'essayer par des escarmouches s'il pourroit voir le derrière de ces escadrons; mais, n'ayant pu se faire jour au travers , il ne songea plus qu'à ranger ses troupes en bataille.
Ainsi les deux généraux concouroient à un même dessein : le prince s'appiiquoit uniquement à achever de passer le défilé, et Melos ne travailloit qu'à rassembler ses quartiers. Le lieu où lé duc d'Enghien avoit pris son champ de bataille étoit assez
spacieux pour y ranger toute son armée dans Tordre qu'il avoit projeté. Le terrain y étoit plus élevé qu aux environs et s*étendoit insensiblement dans toute la plaine. Il y avoit un grand marais sur la gauche, et les bois, n'étant pas épais en cet endroit, nempéchoient point les escadrons de se former. Vis-à^vis de cette éminencc, qu'oceupoit le duc d'Enghien, il y avoit une autre hauteur presque semblable, où les Espagnols se postèrent et firent le même front que les François, et entre les deux batailles on voyoit un enfoncement en forme de vallon.
Il est aisé de juger par cette situation qu'aucun des deux partis ne pouvoit aller attaquer l'autre qu'en montant. Néanmoins les Espagnols avoient cet avantage que sur le penchant de leur hauteur, et au-devant de leur aile gauche, il y avoit un bois taillis qui descendoit assez avant dans le val-
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Ion, et il leur étoit aisé d*y loger des mousquetaires pour incommoder le duc d*Enghien quand il marcheroit à eux.
Les deux généraux travailloient avec une diligence incroyable à mettre leurs troupes en ordre à mesure qu elles arrivoient; et au lieu d'escarmoucher comme Ton fait d'ordinaire à Tapproche de deux armées, ils se donnèrent tout le temps nécessaire pour se mettre en bataille.
Cependant le canon des Espagnols incommodoit beaucoup plus les François que celui des François n* incommodoit les Espagnols , parce qu'ils en avoient un plu3 grand nombre, et qu'il étoit mieux posté et mieux servi. A mesure que le duc d'Enrgbien étendoit les ailes de son armée , les ennemis faisoient de si furieuses décharges d'artillerie que, sans une constance extraordinaire, les troupes françoises n'auroient pas pu conserver le terrain qu'elles
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avoient occupé. Il y eut ce jour-là plus de trois cents hommes de tués ou de blessés d*un coup de canon, entre lesquels le marquis de Persan, raestre-de-camp d*un régiment d*infanterie, eut un coup dans la cuisse.
A six heures du soir l'armée de France avoit passé le défilé. Déjà le corps de réserve sortoit du bois et venoit prendre sa place dans la plaine. Le duc d'Enghien, ne voulant pas donner aux Espagnols le temps d'assurer davantage leurs postes, se préparoit à commencer le combat. L'ordre de marcher étoit donné par toute son armée, quand un accident imprévu pensa la jeter dans un désordre extrême et donner la victoire à Melos.
La Ferté-Senneterre commandoit seul l'aile gauche en l'absence du maréchal de L'Hospital qui étoit auprès du duc d'Enghien. Ce côté de l'armée étoit bordé d'un
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marais , et les Espagnols ne pouvoient l'attaquer; ainsi La Fcrté n'avoit rien à faire qvk'k se tenir ferme dans son poste en attendant le combat. Le duc d'Enghien n avoit point quitté l'aile droite, et, pendant que les troupes se mettoient en bataille, il s'étoit attacbé principalement à reconnoître la contenance des Espagnols , et les endroits les plus propres pour aller à eux.
Alors La Ferté, peut-être par quelque ordre secret du maréchal, peut-être aussi pour se signaler à l'envi de Gassion par quelque exploit extraordinaire, voulut essayer de jeter un grand secours dans la place, et fit passer le marais à toute sa cavalerie et à cinq bataillons de gens de pied ; par ce détacbement l'aile gauche demeura dénuée de cavalerie et affoiblie d'un grand corps d'infanterie.
Aussitôt qu'on en eut donné avis au duc d'Enghien, il fit faire halte, et courut
promptement où un si grand désordre Fappeioit. L'armée espagnole marcha en même temps, ses trompettes sonnant la chaîne, comme si Melos eût voulu se prévaloir de ce mouvement. Mais le prince ayant rempli le vide de la première ligne avec quelques troupes de la seconde, les Espagnols s'arrêtèrent et firent voir qu'ils n avoient eu d'autre dessein que de gagner du terrain pour ranger leur seconde ligne.
Il y a des moments précieux dans la guerre, qui passent comme des éclairs, si le général n'a pas l'œil assez fin pour les remarquer et assez de présence d'esprit pour saisir l'occasion, la fortune ne les renvoie plus et se tourne bien souvent contre ceux qui les ont manques. Le due d'Enghien envoya dire à La Ferté de rêve* nir sur ses pas ; les ti'oupes qu'il avoit détachées repassèrent le marais en diligence, et avant la nuit l'armée se trouva remise