‹ Relation des campagnes de Rocroi et de FribourgChapitre 6 sur 18 · J^ XXX · texte numérisé non relu

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dans son premier poste ; ainsi cet accident ne fit que retarder la bataille et ne causa d'autre inconvénient que de donner aux Espagnols le temps de se mettre plus au large et en meilleur ordre qu'ils n'auroient fait.

La nuit étoit fort obscure ; mais la forêt étant voisine, les soldats allumèrent un si grand nombre de feux que toute la plaine en étoit éclairée. Les armées étoient enfermées dans cette enceinte de bois comme si elles avoient eu à combattre en champ dos. Leurs corps-de-garde étoient si proches les uns des autres qu'on ne pou voit distinguer les feux des François de ceux des Espagnols. Les deux camps sembloient n'en former qu'un seul. On n entendoit aucune alarme, et à la veille d'une très-sanglante bataille, il sembloit qu'il y eut entre eux une espèce de paix.

Dès qu'il fut jour, le duc d'Engbien fit

donner le signal pour marcher, il chargea d'ahord à la tête de sa cavalerie mille mousquetaires que le comte de Fontaines avoit logés dans le hois ; et bien qu ils combattissent dans un lieu retranché naturellement et avantageux pour de Tinfanterie, l'attaque fut si vigoureuse qu ils y demeurèrent tous sur la place. Mais de peur que les escadrons ne se rompissent en traversant le reste du bois oii cette infanterie venoit d'être défaite, le duc d'Enghien, avec la seconde ligne de cavalerie, tourna sur la gauche, et commanda à Gassion de mener la première ligne autour du bois sur la droite. Gassion étendit ses escadrons en marchant à couvert du bois, et prit la cavalerie espagnole en flanc pendant que le duc d'Enghien l'attaquoit en tête.

Le duc d'Albuquerque, qui commandoit l'aile gauche des Espagnols, ne savoit encore rien de cette première action et n'avoit

pas prévu (pi*il pouvoit être attaqué des deux côtés en mémo temps, li se reposoit sur les mousquetaires logés daus le bois qui couvroit sa première ligne; de sorte qu*il se trouva ébranlé de cette attaque et voulut opposer quelques encadrons à Gassion qui venoit l'envelopper. Mais rioi a est si périlleux que de faire de grands mouvenumts devant un ennemi puissmt sur le point d*en venir aux mains. Ces escadrons déjà ébranlés furent rompus à la première charge, et toutes les troupes d'Albuqucrque se renversèrent les unes sur les autres. Le duc d'Enghien, lear voyant prendre la fuite, commanda à Gassion de les poursuivre, et tourna tout court contre rinfanlerie.

Le maréchal de L'Hospital ne combattoil pas avec le même succès , car, ayant mené sa cavalerie au galop contre les ennemis , elle se mit hors d'haleine avant que de les

joitidre; Les Espagnols l'attendirent de pied ferme et la rompirent au premier choc. Lé maréchal, après avoir combattu avec une valeur extrême , eut le bras cassé d'un coup de pistolet, et vit en un instant toute son aile s'enfuir à vau-de- route. Les Espagnols la poussèrent vigoureusement, taillèrent en pièces quelques bataillons d'infanterie, gagnèrent le canon , et ne s'arrêtèrent qu'à la vue du corps de réserve qui s'opposa à leur victoire.

Tandis que les deux ailes combattoient avec un sort si inégal, l'infanterie françoise marchoit contre l'espagnole. Déjà quelques bataillons s'étoient choqués ; mais Espenan qui la commandoit ayant appris le malheur qui venoit d'arriver à l'aile gauche, et voyant que toute l'infanterie espagnole l'attendoit en bon ordre avec une fierté extraordinaire, se contenta d'entretenir le combat par de légères escarmouches, afin

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