XVI
pendant le Carême de 1818. Au Man^ , Mofé^ noyer f 1818 , in-%^ de 48 pages • , Kelation de la Mission donnée à la ville de Briançon , dans les mois d'octobre et de novembre 1818. Grenoble f Baratter , 1819, z/z-8o de ^2. pages.
Accourons à la Mi sision. Toulouse , Vieusseux, 1819, //2-8o de ^ pages.
Hommage rendu à MM. les Missionnaires (envers, parM' G.). Toulouse, Benichet cadet ^ lOT-80 de 3 pages.
Mission donnée à Valence , en novembre et décembre 1818 , par MM. les Missionnaires de France. Valence, Montai, 1819, inS^de 36 pages.
Relation de la Mission faite à Tarascon-Sur- Rhône, en janvier et février 1819. Avignon, Auhanel, 1819, in-%^ de id pages.
Mission de Royron (diocèse de Grenoble).
Grenoble, Baratter, 1819, /7î-8o de 2.0 pages.
Relation de la Mission d'Avignon , en loj 9 ; par un philosophe chrétien. Avignon, Aubanet, 1819, in- 12 de g6 pages.
Discours historique sur la Missîan d'Avignon j en 1 8 1 9 ; par M. Cn.-Ag. Fransoy , jurisconsulte et paroissien de Saint-Symphorien. Avignon, Alph. Be^nguier , 1819, /ff-8*> de !i^ pages.
Yers aux détracteuirs de» Missions, et particulièrement sur celle d'Autun. Paris, madame Jeunehomme^ Crémière, 1819, i>i-8o de ^pag.
Mission de Marsac, arrondissement d'Amfcert ( Puy-de-Dôme ) , 1819. Clermont-Ferrand, Jjandriot, 1 8 1 9 , />z-8o de 16 pages.
Relation de la Mission faite à Carpentras.
Metz, Pierre t, 1820, in-S^ deSpages.
Relation de la Mission donnée à Orange , en novembre et décembre (1819)9 par MM» Ie&
«t M. rÉvèque et quelques personnes pieuses 9 dont il y a bon nombi<e dans cette Ville, malgré la corruplion^u siècle, ayant <;oncerié depuis long- temps ce glorieux dessein , en Ont jCOnfié l'exécution aux PP. de la société dé Jésus. Le R. P. Raussiu, receleur du Collège de Dijon , pour répondre deson mieux à la nouvelle marque d'eslîme c|ont M. rÉvêque a honoré dans cette occasion ceux de sa Compagnie, a clioisi nonseulement dans sa maison , mais dans lèui*s cinq grandes provinces de France , les prédicateurs les plus propres pour une si sainte jSBtrepfise .
ce Le P» Perussault , de la province dé Bordeaux , et prédicateur du Roi.
Le P. Clialiilon, ) j^ i • j«'
Le P, ^« 1^^--«î« - V ^^ 1« jprovmce de
». aialiUon, 1
\ de Beauvais , V
P. Larivé, )
EtIeP. Larivé, ; *'*"^-
LeP. Fiêury , de la province de Toulouse.
Le P. Amey, 1 de la province de
Et le P. Roùs$elot, j Lyon.
Lesquels se sont associé les*"
RR, PP. Baudot, \
Noirot, 1 j î • j-
^ Bardot, l de la provmce de
Clevy, ( Chan^Pg»^- EtCuny, 1 « Plusieurs de ces Pères a voient fait les années précédentes la Mission à Lyon, & Aix, à Saint-Germain-en-Laye , et en d'autres villes considérables, avec des succès qui pouvoient leur répondre dé celle de Dijon.
ce Cette grande Mission , autant désirée , comme c'est l'ordinaire , par les gens de bien f
qu'elle avoit paru redoutée par les libertins 9: epmmença le 16 juin lySyj dimanche de la* Trinité, par uit^aermon du P. Perussault, dans la cathédrale de Sai nt^E tienne , à Pissue des Vêpres. Le lendemain lundi , Mg'. l'Eveque assista à une Messe du Saint-Elsprît, ainsi que cela avoit été annoncé par son man^* dément du 11 juin.
<c Voici la distribution des exercices qui se faisoient en différentes églises de Dijon :
1® A quatre heures du matin , un serra oir dans Péglise paroissiale et collégiale de Saint* Jean (dont M. le doyen a été aussi d'un grand iecours pour celte Mission , comme tous lesautres pasteurs des sept paroisses de Dijon} ;
2P A quatre heures et demie , un sermon^^ dans l'église de Notre-Dame ç
3® A dix heures , un autre sermon à Saint- Jean ;
'* 4*^ A onze hcnres , un sermon àrfe cathédrale de Saint-Etienne ;
5® A- deux heures après midi y la confé- Teuce à Saint- Jean 5
6" A craq heures , un troisième sermon flans la même église :
7^ A six heures , le dernier sermon à la cathédrale.
ce Ceux du matin et du soir éloient suivis de la bénédiction du très Saint-Sacrement.
<c Outre ces sermons et conférences or'f dinaires , les Missionnaires alloient souvent porter le pain de la divine parole daps les églises des Monastères de filles, qui auroient souffert d'être les seules qui n'auroient pu profiter de leurs salutaires instructions \ oo
MISSIOÎÎ DB 1737* 51*
dans le» hôpitaux « ou dans les prisons , our consoler Içs malades dans le» maisons particulières : ce sont là presque toutes les visite» qu^ils ont faites. Tout le monde leur rend cette }ustice y q^u^ils ont rempli leur Mission autant par leurs exemples que par la force et Ponction de leurs discours.
ce Quoiqu'il y eût j outre la conférence y six sermons par )Our dans les différentes églises ci-dessus dénommées y et qui étoient assez»
vastes , elles ont toujours été remplies malgré les chaleurs excessives de la saison ( d» 16 juin au 21 juillet). On a vu quantité de pers(Mines ^ après avoir entendu un sermoof dans une église , passer vite dans une autre pour ne potnt manquer celui qui alloit s'y faire.
<c Les peuples de la campagne s'y rendoient souvent aux portes ouvrantes ^ les^ dimanches et fêtes ^ et y passoient ces saint» jours à se nourrir de la parole divine. Des domestiques y que des maîtres , indisposés contre la Mission y avoient d'abord menacé^ de chasser de leur service , s'ils alloient aux instructions ^ étoient prêts à quitter leurs conditions.
<c Les conférences qui se faisoient tous les jours dans la vaste église de Saint- Jean , qui a été comme le centre de» différens exercices d'une Mission si générale ^ont été goûtées au-delà de ce qu'on peut dire. On y a expliqué avec précision les vérités les plus instructives , et les principaux devoirs de tous les états. Elles duroient ordinairement prés de deux heures j et on les trouvoit toa*
. 1 Ô MtSÔtON Ï)E 1
jours trop courtes : îl est -vrai que leP. Rouàselolauntalentetune grâce particulière pour ce saint exercice j qui est un des plus î mportans des Missions. Le petit discours qu'il faisoît a tt commencementetàla fin de chaque coTiférenfce', la solidité et la manière aisée avec laquelle il répondôit à toutes les demandes qu'on lui* fâisoit, les traits d'histoires curieuses et touchantes dont il assaisonnoit ses instructions familières , tout cela attiroit la fôuIe et l'attention ^ non- seulement du simple peuple / mais eîicore des personnes remarquables daii^ tous les états« Le concours étoit si grand ^ qu'on montoit ordinairement sur les bancs
Jour rnieu^ entendre ^ quelquefois sur les alustrades j et qu'on verioît à l'église plu* sieurs heures d'avance pour s'y assurer une ^lace.
' <c Avanl qu*on cômïnettçât la conférelice / des hommes et des garçons, pour contenir la ïhultitude dans le silence et le recueillement y chantoient l'es Litanies de la Mète de Dieu ^ Ou des Cantiques ^ et les recommençoient à plusieurs reprises j sans jamais se lasser d'une, si sainte occupation.
ce Plusieurs restoient dans l'église Saint-' Jean depuis quatre heures du matin , pour tous les exercices qui s'y faisoient j et n'en sortoieut qu'après la bénédiction du soir.
Un bon vieillard, entre autres, âgé de qua-' ti*e-vingt-sîx ans , à qui l'on représenta que sa santé en pourroit souffrir, répondit par cette sentence divine : L'homme fie vit pas seulement de pain , mais de toute patvle qui p/vcède de la bouche de Dieu.
liliSSlON DE 1737/ it
u Les enfans qui sotit instruits par le»
Frères des Ecoles chrétiennes, savent si bien leur Catéchisme , qu'ils répondent sans^ hésiter aux demandes les plus détachées et le»
Îhis difficiles. Il faut rendre cette justice à ces ons Frères , que dans la Mission de Dijon ils ont redoublé de zèle pour inculauer der plus en plus le Catéchisme , non-seulement à leurs écoliers , mais encoï*e à tons les garçons et hommes qu'ils avoient eu la charité d'attirer chez eux pour les disposer à la ré-' ception des divins Sacrendens.
ce Tous ces dehors de religion ont eu leutj réalité dans cette Mission : on en peut jtiger' plus sûren^ent par la multitude des confes-»
sioas j sur-tout des confession» générales f qui sont le principal fruit des Missions. Plusieurs de ceux qui n'étoïent venus aux pre-»
mières instruction» de celle-ci ^ que pour e» plaisanter, disoient-ils, pour les critiquer ou^ pour passer le temps , touchés de la grâce y ont été des plus empressés à venir faire de»
cpnfessions générales.
. ce Outre que les Missionnaires, au nombre' de douze, ont été aussi assidus aux pénibles fonctions du confessionnal qu'éloquens en chaire , ils se sont encore prêtés-à laus ceux quï^ se sontadressés à eux au sortir de leurs sermons' et loi'squ'ils étoiënt encore en sueur. MM.
les Curés et Vicaires des sept paroisses (1),
(j) Les sept paroisses de Dijoin étoient alors ,! i9 l'église Notre-Dame ; 20 l'église Saint-Jean ^ 30 l'église Saint-Michel 5 4° l'église Saint-Etienne? H S'.-Médard 5 5» l'église Saint-Nicolas -, 60 l'é^.
la MISSION t)E 1737*
d^autres zélés Ecclésiastiques et Relîgieul ^ leur ont été d'un grand secours pour les confessions < II n'y a que les Confesseurs qui sachent bien tout ce que le doigt de Dieu â opéré dans cette Mission. Hé! combien dé cboses demeurent cachées sous le sacré et inviolable sceau du sacrement!
a Ce qu'il y a eu de bien remarquable dans la Mission de Dijon , ce sont les communions générales des personnes de différent sexe. On commença le 3.® dimanche de la Mission, le 3o juin, par la communion Ipénérale des filles , que les Missionnaires firent précéder par une procession particulière de ces filles.
. ce On y a vu avec édification plus de sSod filles j de toiit état et condition , préparées pendant la semaine par quelques sermon^ particuliers que le P. Larivé leur avolt fait dans l'église des Ursulinés , se rendre au jour marqué dans celle du Collège , et de là lallèr en procession à la cathédrale de Saint- Etienne 5 et y recevoir la Communion avec un recueillement qui a touché les nombreux
dise Saint-Pierrè , et 70 l'église Saint-Philibert# De ces sept égHses il n en subsiste plus que deux pour le culte ; savoir 9 l'église Notre-Dame et l'église Saint-Micliel. Et les sept paroisses sont lAaintenant réduites à trois , 1 o Saint-Benigne | qui est en même temps cathédrale, 20 Notre- Dame , et 3o Saint-Michel. 11 faut espérer que le nombre de ces ' paroisses , dont l'insnfHsance se fait sentir sur- tout dans les quartiers éloignés des églises , augmentera par la suite»
MISSION DE 1737. . i3
-j^ssîstans que la nouveauté de ce spectaclç de religîoa a volt attirés.
<c Ua détadiement de la compagnie des Invalides du Cb&teau n^a pas peu contribua au bon ordre de cette cérémonie.
« Les femmes ont voulu imiter le boa exemple des filles ; leur procession et leur communion générale se sont faites le di* , manche suivant 7 juillet ^ à-peu-près dans le même nombre et avec les mêmes précautions et la même édification.
ce Le dimancbe 14 juillet, les hommes et les garçons ont fait aussi leur procession et leur communion générale , en plus grand nombre et avec une nouvelle ferveur.
ce Dans ces trois processions, la Croix a été portée par les personnes les plus distinguées de la ville, accompagnées d'autres personnes très considérâmes, qui, loin de rougir de l'Evangile , se sont fait honneur de glorifier Dieu le plus solennellement qu'il a été possible.
ce C'étoit un spectacle ravissant que ces communions générales ; on y entendoit , d'une part , un Missionnaire qui , du haut de la chaire, suggéroit les actes les plus fervens a une multitude déjà pénétrée de grands sentimens de religion ; et , d'autre part , on voyoitMg'.l'Evêque, une sainte joie peinte sur le visage, distribuer le sacré Corps de Jesus-Christ à ses ouailles , pendant que cinq il six de ses Prêtres exerçoient le même ministère^ Sans leur secours , le zélé prélat li'auroit pu suffire à cette multitude de com^ munians , dont il avoit fallu disperser uuo
i4 MÏSSTON BE 1737-
Îiarlie dans les cloîtres , pour les faire passer es uns après les autres à la Sainte Table^ -
<c La procession générale qui termine ordinairement une Mission^ s^est faite le 14 juillet. On peut bien dire qu'elle a été un spec- ■tacle digue des Anges et des hommes. Mg"", l'Evêque y a porté le très Saint-Sacrement -, ayant à côté du dais les douze Missionnaires , un cierge à la main. On y. a vu environ trois ^ille confrères du très Saint- Sacrement y tous le flambeau à la main ; les corps i*eli* ^ieux , le clergé des sept paroisses ^ et MM, Jes Chanoines de la cathédrale j tous en chape. La procession étoit fermée par une niultitude innombrable de messieurs j de dames et de peuple qui suivoient le Saint- Sacrement, Toutes les rues étoient tapissées j toutes les places etles fenêtres , iJepuis ia cathédrale jusqn'à Saint-Jean , terme de la procession , étoient remplies de monde 9 lOu plutôt de tout Dijon.
<c Elle étoîjt effectivement si nombrciuse ^ que la plupart des confrères y après avoir adoré le Saint- Sacrement dans Péglise de jSaint-Jean, furent obligés, pour faire place jau clergé séculier et régulier , de sortir aussb* 4tôt de Péglise, etrentroient déjà dans la ca:^ thédralc;, ou se mettoient à genoux da,ns Pinr itervalle des deux églises , quand Mg'. PE- :Vèque donna la preiiiièi*e bénédiction à Sain^ Jean.
ce M. le comte de Tavannes^ commandant 4e la province , précédé de ses gardes j et ac- X^ompagné d'autres seigneurs , se sont fait un Revoir de suivre la mpaesbiçu k sçn retouif
MISSION DE 1737^ l5
il, la cathédrale, hes illuminations des deux .%lises avoient quelque chose de frappant et de majestueux»
ce Mg'. l'Evéque a donné la confirmatioii aux filles 9 le 3o juin^ jour de leur commur jiion générale ; aux femmes , le dimanche 7 |uillet j et aux hommes le lundi i5 juillet^
<c Le zélé et infatigable Prélat ^ qui s'est Cait tout à tous dans cette Mission , alla j Te mardi 9 juillet , à la Conciergerie 9 descendit
enco;*e9 à cinq heures du soir ^ au sermon
Sue le P. Ghatillon fit dans la Ççur de la !onciergerie 9 aux prisonniers.
<c La lyiission , qui. ne dey oit durer que quatre semaines ^ a été prolongée de huit ' jours, d'après les vives instances que l'on fijt jaui: Missionnaires.
ce Le mercredi de la cinquième semaine a été choisi pour le service solennel des mo^ts : il s'est £ait avec un nouveau concours de mpnde , d^ns l'église de Saiut-Jean^ Au milieu de la Messe, le P. Perussault a prononcé 9 sur le Purgatoire | un sermon di^ £ne de son éloquence et de son onction.
fc Les écoliers du Collège ont eu une rer traite à laquelle ont présidé les Missionnair res j et qui a été terminée par Mg"* l'Evêque y qui a administré à ces jeunes gens le sacrer vaent de Confirmation.
<c II est inutiie de dire que les réconcih'a^ tiojEis et les restitutions, run des fruits le^ pla$ essentiels et les plus çhers dej^Mis^ioa^j.
fô TMrrssioN DE 1737.
se sont faites dans celle-ci en grand nombre; Des personnes offensées ont donné d^illùstres et mémorables exemples de ce que la charité de Jésus-Cbrist inspire dans les Missions. Les discours touçhans des prédicateurs ont procuré plus de restitutions que les molli louées et les censures de l'Eglise les plus foudroyantes et les plus respectables.
(c On a aussi admiré dans la Mission de Dijon un des fruits les plus remarquables qu'on pouvôit en attendre : c'est le généreux sacrifice des mauvais livres. On apportoit aux Missionnaires et aux autres Confes^ seurs ceux sur lesquels on avoit le moindre doute. Pour de mauvais livres^ les Missionr Baires en rendoîent de bons. ^ ' .'
ce Le dimancbe 21 juillet ^ dernier jour de la. Mission 9 fut choisi pour Id' procession! de la bénédiction de la Croix. Cette pieuse céi'émonie a excité une attention particttlière dans Dijon et mérite d'être racontée f quoîqu''élle ait été interrompue par la pluie* TVIg' 1 Evêque voulut bien honorer cette procession de sa présence , malgré la longueur du trajet 9 et malgré les chaleurs accablantes qui redoublèrent ce jour-là,
ce Le P. Perussault , après les vêpres de la cathédrale et >avant la procession , prononça un discours sur la Croix 9 convenable à la cérémonie qui alloit se faire ; lés religieux adieux <|uHl fit à son auditoire, et les justes louanges qu'il donna (comme avoient $aît les autres Missionnaires dans leurs derniers discours ) à la piété et au mérite de jMg*^ l'Evêque , du clergé , de la noblesse |
de Id magistrature ef de tous les dilTérens états d^une ville et d'une province si féconde de tout temt)s en grands hommes , dans PÉgHse^ dans le militaire et dans le civil ^ durent toucher les auditeurs les plus critiques et les plus prévenus.
• ce Cependant les filles qui s'étoîent assemblées depuis les deux heures dans Péglise du Collège 9 les femmes dans celle de Saint- Michel 9 les hommes et les garçons daps celle des Cordeliers ou dans les environs de ces églises qui ne pouvoient les coutemr tous ^ se rangeoient sous leurs croix particulières portées par les mêmes personnes qui avoient eu cet honneur les jours de leur communion, et précédoient le clergé de la cathédrale et des sept paroisses.
« Une procession aussi générale et aussi bien ordonnée formoit un coup d'œil des plus singuliers et des plus propres à inspirer îa dévotion. Tout le long espace qu'il y a depuis la cathédrale jusqu'à un tertre qui se présente au sortir de la porte Guillaume à côté du grand chemin de Paris , où la Croix avoit été plantée dés la veille ^ ce long es-
5 ace, dis-je , éloit rempli d'une multitude e spectateurs aussi empressés de voir défiler une procession si édifiante que d'autres l'étoîeat d'y avoir place. Plusieui's qui , par un reste de respect humain , ne s'étoient point trouvés aux processions particulières deleursexe , parurent des premiel's à celle-ci. Les écoliers au Collège , ne prenant d'ordi^ que de leur dévotion 5 se mêlèrent la plupart parmi les hommes et les garçons.
l8 MîSSf ON »Ê 1 y^^T
ce La multitude extraordinaire de fôu#> ceux qui alloient en procession sous leurs, croix particulières^ mais sans distiûction de rang, la plupart portant une petite croix à la main avec leur chapelet et cnantant à différens chœurs 5 la modestieavec laquelle cha-. cun y marchoit 9 et le temps quMl fallut pour* faire défiler une procession ^ peut-être de . douze mille personnes , non compris ceuxe qui la suivoient, furent cause qu^on.ne pût rachever. Quoique les laïcs eussent défilé depuis les quatre heures un quart 9 Mg' FEvêque et sou clergé étoient encore à six hjeures et demie à la cathédrale , attendant avec une sainte tranquillité leur tour pour avancer , et furent enfin obligés de se mêler
Krmi les derniers rangs. Us arrivoient seu- ment vers la porte Guillaume, quand la pluie survint et priva toute la ville qui étoit . accourue à ce pieux spectacle j de la consolation de le voir finir. Cela n'eût pu s'exécuter avant la nuit ( c'est-à-dire avant dix heures du soir). Plusieurs de ceux qulavoient marché processionnellement et une infinité d'autres personnes qui s'étoient assemblées autour .
de la Croix que Mg' l'Evêque alloit bénir ^ essuyèrent long-temps l'orage avec une cous* tance admirable, pour ne point quitter ce champ de dévotion ; les derniers , avec le ' clergé , entrèrent dans les maisons comme ils purent et en firent comme autantd'églises en continuant d'y chanter, comme faîsoieul les autres en pleine campagne , les Litanies delà Mère de Dieu , ou différentes hymnes.
« Lesliabitans de plusieurs villages voisins qui étoient venus en foule à la bénédiction de la Croix , annoncée le matin au prôné par MM. les curés de la "Ville , s'en relourtièrent avec douleur de n'avoir pu voir cette pieuse cérémonie et fort fâchés d'une pluie qui parois6^it d'ailleurs si nécessaire pour les biens de la terre et pdur apaiser les chaleurs insoutenables.
ce Après que l'orage fut un peu calmé j à l 'entrée de la nuit j plus de cinq cents personnes engagèrent lé P. Rousselot à retournera la Croix et à leur faire une petite exhortation , en^le conjurant avec larmes de ne pas* quitter Dijon.
«c La dernière conférence que ce Père avoit faîte la veille , fut une con^cration solennelle au culte sacré de Marie 5 il y àvoit bien huit mille âmes dans l'église de Saînt- Jèan j ou aux portes de ce grand vaisseau y ou dans ïeÈ avenues^ pour participer de cœur, fenèore plus que de bouche à une pratique de dévotion aussi re<iommandable.
<c Cependantonsouhaîtoittoujoursârdemment une béuédîctioli' solennel le de la Croix. Pour Satisfaire à un si louable empressement, Mg' l'Evoqué' commit M. le curé de Saint- Philibert pour en faire la cérémonie.
On Pavoit remise d'abord au mardi , mais on se détermina tout d'uh coup pour le lundi' soir, A peine les cloches de Saint-Philibert l'éùrent-ellès annoncée , qu'il s'y trouva bien huit niilte' personnes , ecclésiastiques, religieux et gens de toutes conditions. Les arti-.
àO MISSION DE I737.
sans quittèrent bien vite leur travail pour nç point manquer cette bénédiction ni l^exhortation que le P. Rousselot y renouvela, . ce A mesure que M. le curé de Saint-Philibert faisoit les .prières de la bénédiction f une infinité de particuliers s^empressoiestile baiser la Croix de ]a Mission et de faire bénir en même temps les petites croix qu^ils tenoient à la main et qu^us conservent précieusement dans leurs familles. Plusieurs ibndoient en larmes , et chacun est retourné de cette pieuse cérémonie avec des sentimens de componction comparables à ceux que les historiens ecclésiastiques nous rapportent des Fidèles^ de Jérusalem et de ton»
ceux qui s^y étoient rendus pour asâster i la fameuse !l^xaltation de la vraie Croix.
ce On revint processionnellement à Saîat- Philibert, en continuant de chanter^ les uns le F^exilla Régis, et les auti'es le l^eDeum, en action de grâces du bienfait d^une telle Mission j tous 9 en louant Dieu de ses miséricordes et donnant mille bénédictions aux Missionnaires et à tous ceux qui ont eu <^u«lque part à cette Mission 9 en particulier à Mg** rEvêque qui a accordé les indulgencesqui sont de son pouvoir^ à ceux qui visiteroient la Croix de Mission.
ce II seroit difficile d'exprimer la dévotion, que Pon a continué d'avoir à cette sainte Croix , et le concours extraordinaire de peuple et même de personnes distinguées qui alloient tous les jours faire leurs prières au pied de cette Croix où plusieurs s'assem* bloient le soir pour y chanter des Litanies et
MISSION DE 1737. SLt
des Hymnes. On assure qu^un illustre magistrat a fait décorer cette Croix d'une maiiièré digne de sa religion et de sa âiagnifi* céïitce en toutes choses. »
^elleest, mon cher ami ^ la relation abré^- , mais textuellement rendue y de tous les Faits essentiels de la Mission qui a eu lieu à Dijon en lySy, depuis le 16 juin jusqu^au aa juillet. La ville etoit alors bien différente de ce qn^elle est actuellement ; les rues étoient moins dégagées ^ les édifices moins apparens ; ils ont en très grande partie éié reconstruits. Les dehors de la porte Guillau- ^ me , ou la Croix de Mission avoit été plantée, éloient obstrués ; les routes de Paris y par Plombières et par le Val-Suzon , n'exis* toi en t pas telles qu^elles sont aujourd'hui ^ elles n'étoient ni aussi larges^ ni aussi bien entretenues j et cette élégante porte Candé(i) y ■' • ■ II.
(1) Cette porte 9 en forme cTarc de triomphe ^ fut élevée en 17B4 9 sur les plans et sous la direction de M. Maret , alors ingénieur-voyer de 1^ ville. Elle porte le nom de Condé , parce qu^elIe fut. érigée en llionneur du prince de Condé ^ gouverneur de la Bourgogne. Dès 1646 , le grand j Cojidé avoit le gouvernement de cette province ^ et dès-lors jnsqti^à la Révolution, ce gouvernement n^est plus sorti de cette illustre famille adorée des Bourguignons.
La porte Cond2 sVppeloit précédemment porte CruiLLAUME) uom qu OU liudonue encore assez souvent, parce que la rue qui aboutit à cette porte,, «^appelle également Guillaume , en llionneur d&
aà MISSION DE 1{^3^.
que nous admirons maintenant j a succède long-temps après à l'entrée soinbte, étroîté et fortifiée j qui sans doute existoit y comme
f)resque toutes les portes des Villes, depuis es terribles guerres civiles des xv® et xvi® siècles. Selon toute apparence 9 la première Croix de Mission, plantée à-peu-près dans, le même lieu où est la nouvelle , aura disparu ( il y a à*peu-pi*ês 5o à 60 ans ) au milieu des travaux qu'ont nécessités les l*econstructions des anciennes routes et le> déblaiement de tout le terrain depuis l'entrée de la ville jusqu^au grand tertre nomm^
iri^MMi^i^
dom Guillaume y 3g^ abbé de Saint-Bènignè^ qui au xie siècle , se rendit célèbre par totites les vertus qui peuvent bonorer la Religion etrbu-i manitéill réforma beaucoup de monastères, ré*tablit la discipline dans celui de Saint-Benigne | et fut placé au rang des Saints de son ordres C'est à lui que l'on doit le portail de Saint-Be-« nigne , estimé pour ses belles proportions , mais en partie mutilé pendant les orages de là Révolution. Il est gravé dans V Histoire de Bourgogne^ par dom Plancber. Le^ Dijjonnois conservent pi'écieusement la mémoire de l'abbé Guillaume ^
Sarce que , dans une année de famine générale , vendit jusqu'aux couronnes d'or , croix d'argent , vases précieux dont le roi Gontran avoit enrichi son abbaye ^ pour en distribuer le prix aux pauvres. Aussi la reconnoissance publique a maintenu jusqu'à nos jotirs , à la rue dont nous venons de parler, le nom de ce pieux bienfaiteur ' de rbumanité.
l^EsplauBde^. OÙ il y avoit sans doute quelques constructions.
Mais le plus grand cliangement qui auroit , surpris et sans doute afiligé nos bous aïeux ^ participant à la Mission de lySy^s^ils avoienf pu assister à celle de 1824 9 eût été le pelît nombre de monumens consacrés maintenant à la Religion dans la ville de Dijon ^ comparé > à la quantité de ceux qui existoient de leur, temps. Supposons uii instant qu^ils se fussent . trouvés parmi nous à Touverture de via dernière Mission :4e zèle qui les animoit leS"* auroit certainement fait se précipiter en-.
co;re vers leur ancienne cathédrale ( Téglisé; Saint-Etienne ) ^ où a comn^ncé leur Mis-'*., sîon. Qu'y auroient-ils trouvé? Une vaste so*. litude , où j le samedi ^ se tient le marché * au blé. Eussent-ils couru à l'église Saint- / Jean , qui étoit aussi un des principaux siégea . des exercices de leur Missidù 5 qu'y eussent*, ils vu? Les quatre murs 5 destinés à renferme!': de la paille et du foin. Leutdévotion eût-elle voulu se réfugier à Saint-Philibert, d'où ils"* sont sortis le 22 juillet 1787, pour aller bénir la Croix? Ils y eussent entendu le hennisse-* > ment des chevaux ; car ce lieu sert mainte* > nant à la cavalerie qui fait partie de la gar- • nisou de Dijon. Maïs, nous auroient-îls dît, la ville avoit sept paroisses 5 allons à Saint- Nicolas. — Saint-Nicolas est démoli 5 le seul clocher subsiste encore , pour attester la ^ place où cUoit l'église. — • Conduisez -nous ^ donc à Saiiit-Pierrc— Saint-Pierre? C'estune . auberge. — . Mais Dijon avoit au moins trente
a4 MISSION x)E 1737.
églîsës(i), parmi lescfuelles dn admifoît celles de la Chartreuse , de la Saînte-Chapelle ;allons-y. — - La Saîiïte-Chapelle? Elle a disparu : c'est le marché aux fruits. •*- Et la' Chartreuse? — Elle est convertie en jardin»
et en champs cultivés. Enfin , nos chers an« ciens, de tous les monumens religieux qni étoient autant de stations où votre foi alloit se réchauffer , il ne reste plus que les églises de Saint- Bénigne, de Notre-Dame et de Saint-Michel , à quoi il faut ajouter la cha« pelle de Sainte-Anne , celle dé l'Hôpital , et celle du Collège royal j qui n'est point l'église de l'ancien Collège, dont on a fait l'Ecole de dessin. — Mais , chers enfans , il y a donc eu un terrible incendie à Dijon, pour que tant d'édifices si anciens , si solides , si respectés, aient disparu? — • Oui , nos anciens , non-seulement à Dijon , mais par toute la France ; et cet incendie a été d'autant plus terrible, que le Démon en a long-
Ci) Ces églises étoient celles de Saint-Benigne^ de Saint>£tîeime , de la Sainte-Chapelle , de .la cliapelle au Riche ou Chapelotte , de Notre-Dame , de Saint-Jean , de Saint-Michel , de Saint- Nicolas , de Saint-tHerre, de Saint-Philibert, de la Madelaine , des Jacobins , des Cordeliers , des Carmes , des Jésuites (l'ancien Collège), des Minimes , des Pères de TOratoire, du petit Cîteaux^ du Séminaire , des Carmélites , des Ursulines ^ des Jacobines , de la Visitation , des Bernardines, du Refuge , de Saint- Julien , de Sainte-Marthe , du Bon-Pasteur , de Thospice Sainte- Anne , de Phôpital Saint-Fiacre et des Capucins,
teimps attisé la flamme. —«-Ah ! retournons TÎle dans nos tombeaux y et remercions Dieu dç nous avoir préserviJs d'un tel spectacle.
— ^Oui^ vous lui devez bien des actions de grâces pour un tel bienfait^ mais ^ nos chers anciens ^ emportez avec vous Tidée consolante que.tous nos maux commencent à se réparer sous le meilleur des Rois , que le CieljQOus a rendu j une paix profonde règne
1)»rmi les peuples, la France est florissante^ a tranquillité règne dans les familles, la Religion reprend son éclat , et bientôt nous jouirons de tous les avantages qu'elle procure à l'homme en particulier et à la société en général : la nouvelle Mission de Dijon est le garant de cet espoir.
Pardonnez-moi , mon cher ami , cette petite prosopopée ; ]e passe à la relation que . je, vous ai promise* Reprenons les choses d'un peu plus haut.
MISSION DE DIJOlSf,