‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 16 sur 30 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Gouvernement ecclésiasticjue des réductions .

Ce qui me reste à dire sur la forme de gouvernement qui s’est établie dans les réductions attirera sans doute une attention particulière de la part des lecteurs. Comme on a parlé si diversement, et selon qu'on étoit affecté pour ou contre ces missionnaires, de la conduite qu’ils tenoientdans les réductions et de l’autorité qu ils s’arrogeoient , cette considération m’a engagé à faire à cet égard les plus exactes recherches. Je commence par protester que je ne dirai rien soit dans ce chapitre, soit dans les suivants, dont je ne me sois bien assuré.

Les néophytes du Paraguai sont soumis, comme tous les autres iidèles, à la juridiction des évêques, dans les diocèses desquels ont été fondées les réductions. Ces diocèses sont ceux de Y Assomption, de Buenos-Ayres , de Cor doue , et encore deux ou trois autres, les seuls qui se trouvent en ces vastes contrées. Mais cette partie de leur diocèse n'est pas fort difficile à gouverner. L’église de chaque réduction est desservie par deux jésuites, dont l’un est le curé et l’autre le vicaire. Du reste il n’y a dans les réductions ni clercs tonsurés, ni prêtres séculiers, ni monastères, ni confréries.

comme nous en voyons en Europe. Chaque évêque n a donc d’autre soin que celui d’y envoyer ses mandements, les décrets et les brefs qui viennent de Rome, ses conseils salutaires dans diverses occasions, ses aumônes et celles qu'il fait recueillir de la libéralité des Espagnols les plus riches et plus zélés pour la propagation de l’Evangile.

Lorsque les missionnaires venus d'Europe ont acquis une connoissance sufiisante des langues du pays, et qu’on a reconnu dans eux la capacité dont il est besoin pour bien remplir les fonctions d'un si laborieux ministère, ils sont présentés par le provincial au gouverneur de la province, qui les nomme, de la part du roi, aux places vacantes; c’est l’évèque qui leur confère 1 Eglise avec tous ses pouvoirs. Ces curés missionnaires jouissent d'une infinité de privilèges qui leur ont été accordés par les évêques, ou par le Saint Siège, soit pour faciliter la conversion des infidèles, soit pour l’avantage dos fidèles même.

Les évêques ont cependant quelquefois le zèle de visiter les réductions , principalement afin d’administrer le sacrement de confirmation aux néophytes qui ne l’ont point encore reçu. L’objet de ces longs voyages est moins d exercer le droit des visites, que de s’édifier ; et d’imiter los excursions des premiers apôtres.

Quand levêque de Buenos-Ayrcs veut visiter les réductions de son diocèse, il faut qu'il fasse des provisions qui le mettent en état de subsister avec toute sa suite pendant un voyage de 200

lieues. C'est ce qu on compte ordinairement depuis la ville épiscopale jusqu’aux premières peuplades chrétiennes de lüraguai. Pendant cette traverse, on ne trouve en chemin ni habitation, ni village où l’on puisse se pourvoir des choses les plus nécessaires. On est obligé de passer la nuit sous des tentes ou sous des baraques qu’on porté avec soi. Tout le pays est absolument inculte jusqu'aux réductions. II est encore à remarquer que ce prélat na que 3,ooo piastres de revenu, au lieu que 1 archevêque de la Plata, dont il est subira gant, jouit de plus de soixante mille piastres par année.

11 faut convenir aussi que ces charitables prélats sont amplement dédommagés des fatigues et des incommodités auxquelles iis s’exposent, par la consolation qu ils éprouvent lorsqu ils sont arrivés au terme de leur voyage. Les Indiens ne conuoissent point de plus grand bonheur que celui de pouvoir une fois dans leur vie recevoir et contempler leur premier pasteur. Ils Y 'invitent de la manière la plujs pressante à venir les visiter. Aussitôt qu’ils apprennent que leurs prières seront exaucées, ils lui préparent le meilleur accueil qu’il est possible. Tous demandent avec empressement 1 honneur de le servir. Les uns se chargent d’aplanir les chemins par où il doit passer; les autres veulent lui servir tout à la fois de guide, d escorte et de défense contre les entreprises des Indiens sauvages A et les attaques des bêtes féroces.

') *" 1 ij.)

DU PABAGUAI.

Quelques-uns sc chargent de lalre-trouj» rv J. tris les lieux les plus déserts des provisions et des ra fraîchissements', et afin que ces Indiens, gens la plupart fort grossiers, s acquittent bien de leur commission, on nomme pour les accompagner cl les commander des corrégidors, efr quelques autres des principaux habitants de la réduction, pl us entendus et plus façonnés que le commun du peuple Enfin le prélat est reçu par les néophytes avec tout l’appareil et tous les égards imaginables. Jamais aucun évêque n n visite les réductions sans verser des larmes de tendresse, envoyant la ferveur de ces bons chrétiens, la régularité de leurs mœurs, leur respect dans les enlises, docilité envers ceux qu ils regardent comme les pères et les pasteurs de leurs âmes.

Mais ce que je dois surtout observer, cest que les jésuites du Paraguai ont toujours souhaité plus que personne la visite des évêques; afin que ces prélats vissent par eux-mêmes avec combien peu de fondement on calomnie la conduite des missionnaires. En effet tous les évêques qui ont parcouru le Paraguai ont rendu les témoignages les plus honorables â ces excellents ministres cie 1 Evangile, et spécialement dans les lettres qu ils ont écrites sur ce sujet aux souverains pontifes et aux rois catholiques : ils se sont toujours fait un devoir de publier par toute la terre les vertus de ces hommes apostoliques.

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