CHAPITRE r
Influence des partages de la Pologne sur les destinées de l'Europe. — Les puissances copartageantes interviennent dans les affaires
. de la France. — Guerre. — Avènement de Napoléon au trône.— Il combat T Autriche, la Prusse et la Russie. — L'Angleterre est sa plus redoutable ennemie.—Efforts qu'elle fait pour organiser des coalitions contre la France.— Napoléon e^t victorieux.~Il lente d'entraîner Alexandre dans son système.— Conférence d*Erfurth. — L'Empereur veut reconstituer l'Europe sur une nouvelle base. — Son influence sur les peuples.— Une nouvelle coalition se prépare en 1809 contre lui.— Armements de l'Autriche, de l'Espagne et de l'Angleterre. — Menées secrètes des alliés. — La coalition recherche l'alliance de la Prusse et de la Russie ; elle échoue. — Forces des deux parties au commencement de la guerre. — Etat delà Pologne à cette époque.— Duché de Varsovie, organisation de son armée au commencement de 1809. —L'Autriche forme trois armées, en Allemagne, en Italie et en Pologne.— Ferdinand com<^ mande la dernière.— Force et composition de cette armée.— Examen des moyens de défense des deux parties.— Le gouvernement polonaisest informé des préparatifs de guerre de l'Autriche.— L'armée du duché est augmentée par une levéede conscrits.— Force de Tannée de Poniatowski au moment de l'entrée en campagne.— Description topographique du duché de Varsovie et des deux Galides.
L'édifice européen , assis sur une base solide en 1648 par le traité de Westphalie, fut, à partir de
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1772, fortement ébranlé par les. partages successife que la Pologne eut à subir. En 1795, l'impératrice Catherine II lui porta le dernier coup, en rayant d'un trait de plume ce royaume de la carte de l'Europe. La destruction de la Pologne^ qu'un publiciste célèbre a proclamée le plus grand crime politique des temps modernes, était une audacieuse violation des engagements les plus solennels ; elle faisait désormais de tous les traités une lettre morte, mettait en question la stabilité de tous les trôner, rompait l'équilibre des puissances, substituait la force au droit, et laissait au glaive seul à trancher les difficultés qui pouvaient surgir entre les Etats.
Il ne restait plus aux souverains qui avaient partagé la Pologne qu'à s'immiscer dans les affaires intérieures des peuples. L'occasion ne tarda pas à s'en présenter. Une révolution nationale venait de changer la constitution politique de la France ; les puissances copartageantes se liguèrent contre cette nation pour l'obliger à rétablir l'ancien ordre de choses et le pouvoir absolu de ses rois, et peut-être aussi pour lui faire partager le sort de la malheureuse Pologne. Mais la France courut aux armes ; la convention s'empara de la dictature, pour faire face, avec plus de succès, aux factions de l'intérieur, qui s'efforçaient de restaurer le régime aboli, et à l'étranger, qui menaçait les frontières. Une guerre terrible s'engagea, et la république triompha des entreprises des factieux et de la coalition des rois. Les français voulurent alors, à leur tour, subjuguer leur»
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voisins , et faire de la propagande républicaine à la pointe dé leur épée. L'Allemagne, l'Italie et la Hollande éprouvèrent, les premières, les rigueurs de la conquête, tandis que la Russie , tout en poussant ses alliés à combattre la nouvelle république, profitait du bouleversement européen pour étendre ses possessions en Suède et dans l'Orient.
C'est à la suite de ces événements que Napoléon fut placé, par son génie supérieur, à la tête de la nation française. Il réorganisa le gouvernement , releva l'autel et le trône , et posa hii-méme la couronne sur son front. Dès lors, il domina les destinées de l'univers. Ce génie audacieux, plein du sentiment de sa propre force,et commandant à une nation puissante et belliqueuse, devait nécessairement concevoir la pensée d'une domination plus étendue ; et les circonstances passées et présentes devaient favoriser ses projets, et leur prêter même le prestige de la justice.
Quelles étaient les puissances qui se présentaient dans la lice pour le combattre ? C'étaient l'Autriche , la Prusse et la Russie ; et celles-ci pouvaient-elles se plaindre de son ambition , et invoquer pour elles le bon droit? N'avaient-elles pas naguère donné le funeste spectacle du premier partage de la Pologne, consommé en pleine paix , et sans qu'aucune agression eût eu lieu de la part de cette malheureuse république, qui succomba enfin sous les coups de la force et de l'iniquité , sans qu'on pût lui reprocher d'autre crime que de combattre pour sa propre défense. C'étaient enfin les mêmes puissances
qui s'étaient liguées à Pilnitz contre la France, et avaient tenté de détruire ses libertés par la force des armes. Napoléon vainqueur leur fit éprouver toutes les humiliations et tous les maux de la défaite. C'était là sans doute une grande leçon morale et politique , et personne ne saurait en blâmer Napoléon, qui ne faisait qu'user du droit de la victoire envers d'injustes oppresseurs, et qui le fit avec générosité , puisqu'il conserva aux Etats vaincus une existence politique que leurs souverains avaient ravie aux Polonais.
Le sort des monarques ainsi humiliés par Napoléon n'excita pas de regrets et n'éveilla pas de sympathies parmi les nations derEurope,qui avaient appris à détester leur despotisme. Mais l'empereur avait un adversaire plus redoutable à combattre : c'était la Grande-Bretagne. Cette puissance avait à sa disposition une force matérielle formidable, et une influence morale non moins prépondérante. Ses flottes dominaient sur toutes les mers ; elle était pour ainsi dire inattaquable dans ses îles , tandis qu'elle pouvait porter la guerre sur tous les points du continent. Maîtresse presque exclusive du commerce de l'univers, par sa puissante marine et par le droit de navigation qu'elle s'arrogeait , elle disposait d'immenses richesses et d'un crédit presque illimité. La sâgeconstitution dont jouissaient les habitants des îles britanniques leur accordait plus de liberté individuelle et politique que n'en possédaient les citoyens d'aucun des grands États de l'Europe. Cette constitu-
tîon était admirée des publicistes , et servait de point de mire aux réformateurs. L'Angleterre , soulevant parmiles peuples une puissante inimitié contreNapoléon, et leur parlant de liberté, leur prêchait d'exemple. EJle ne manqua pas d'employer celte arme terrible pour combattre son redoutable ennemi.
Depuis la rupture du traité d'Amiens , l'Angleterre était devenue l'ennemie la plus acharnée de la France. La querelle s'envenima de plus en plus, et se changea bientôt en une guerre à mort : l'empire de Napoléon ou la Grande-Bretagne devait y succomber. A Paris et à Londres , étaient les cabinets qui dirigeaient les destinées de l'Europe. Le continent européen était le champ de bataille où allaitse vider la querelle .Napoléon, quoiqu'il menaçât l'Angleterre d'une invasion, ne pouvait en réalité l'atteindre sur son territoire. Elle trouvait son salut, comme les Athéniens , dans %^% forteresses de bqjs ; l'Empereur chercha donc à lui fermer le continent, et à détruire sa puissance en ruinant son commerce. Il frappa de prohibition toutes les marchandises anglaises ; mais , pour réaliser ses vues, il lui feUait nécessairement entraîner tous les Etats de l'Europe dans son système continental. Les puissances devaient se résigner, ou à se* conformer à sa volonté, ou à être conquises par ses armes. C'est l'exécution de ce grand projet, autantque l'ambition personnelle de l'empereur , qui le poussa à la domination universelle. Le nord de l'Allemagne, la Hollande, presque toute l'Italie , une partie de la
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Pologne, l'Espagne et le Portugal , furent^ succeasivement occupés par ses troupes, et le système continental y fut introduit. Mais , dans l'exécution de ce plan, se présentèrent d'immensea difficultés. Les intérêts des souverains, ceux des particuliers , furent froissés : les nations étrangères furent humiliées par un système de despotisme militaire.
De son côté, l'Angleterre fit de prodigieux efforts pour augmenter ses armements, susciter des ennemis à Napoléon, et les soutenir dans la lutte. Mais toutes les guerres entreprises jusqu'en 1808 contre la France se terminèrent à son avantage , ne fit qu'accroître la puissance du nouvel empire et sa prépondérance, sur le continent. La seule Russie , quoique affaiblie par «es défaites, ne put être entamée, et restait indépendante. Trop éloignée du centre de la puissance de Napoléon , et appuyée sur les glaces du Nord , elle pouvait encore se mesurer avec lui. Un prince jeune, actif, possédant de belles qualités, et affectant un libéralisme qui était l'effet des exigences du moment plutôt que de son caractère et de ses principes , régnait en Russie. C'était là un antagoniste que Napo-' léon devait encore ménager. L'empereur voulut gagner son amitié, et fonder , sur ses sentiments personnels , une alliance entre les deux Etats , dont la principale condition devait être la participation de l'empire russe au système continental.
Les deux souverains se réunirent à Erf uth , en 1 808, Là, devaient se discuter les plus grands intérêts ; les destinées de l'univers y étaient attachées. Napo-
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léon se réservait l'Occident, et faisait entrevoir à Alexandre Tespérance de dominer en Orient. Le tzar , craignant particulièrement la régénération de la Pologne, et l'établissement d'un puissant empire entre l'Oder et le Dnieper, qui eussent à jamais enchaîné ses vues ambitieuses sur l'Europe, demanda avant tout à Napoléon la promesse formelle de ne pas rétablir la Pologne. L'empereur dut feindre d'y consentir, et Alexandre ne s'opposa pas aux projets de conquêtes que Napoléon nourrissait contre la péninsule ibérique, voulant sans doute l'entraîner dans une guerre qu'il savait devoir paralyser la moitié de sa puissance militaire. Il portait par là une double atteinte à la prépondérance de l'empereur en le privant d'un allié puissant et fidèle et en lui suscitant un ennemi redoutable. C'est ainsi que les deux partis voulaient gagner du temps et se trompef mutuellement ; mais , il faut l'avouer, l'habileté diplomatique était toute du côté de l'autocrate.
Un puissant génie comme celui de Napoléon ne pouvait se contenter d'abattre , il devait édifier. Il méditait la régénération de l'édifice européen , et voulait lui donner une nouvelle organisation qui reposât désormais sur la base la plus solide , celle de la nationalité, si souvent méconnue par ses ennemis, n désirait réunir les peuples en corps de nations, et leur donner des gouvernements indigènes. Cependant , menacé sur tous les points par sa puissante rivale , l'Angleterre , il dut encore garder la
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dictature, ajourner l'entière exécution de son pkîi et 8e contenter de jeter les fondements d'un ordre politique nouveau en Allemagne par l'établissement de la confédération du Rhin ; en Pologne, par celui du grand duché de Varsovie ; enitahe, parla constitution d'un royaume, dont il ceignit lui-même la couronne. Ces grandes mesures politiques devaient sans doute faire espérer aux habitants de ces trois pays l'entier accomplissement de ses vues , dont elles étaient un commencement de réalisation ; mais elles ne pouvaient lui concilier des partisans qu'à un degré différent.
Les Polonais , qui avaient perdu leur indépendance et leur liberté sans perdre la force morale qui se perpétue chez une nation si longtemps libre , s'attachèrent avec enthousiasme au système de Napoléon qui leur faisait entrevoir la restauration de leur patrie , dans ses limites originaires. Les Italiens , qui avaient depuis des siècles vécu sous différents souverainetés , qui avaient même dû subir des monarques d'origine étrangère , sentaient le besoin de se réunir en corps de nation. Ce n'était qu'alors qu'ils pouvaient espérer de jouir d'une véritable indépendance ; mais, amollis par des gouvernements égoïstes et à vues étroites , énervés par les délices d'une vie indolente, leur patriotisme ne pouvait se ranimer assez tôt pour leur faire encore sentir tout leur abaissement.' La nation allemande , qui avait vécu depuis les temps les plus reculés sous des princes de sa propre origine , était à la vérité
courbée sous le poids du vieux système féodal et en éprouvait tous les inconvénients ; mais elle avait, sous ces mêmes princes, étendu sa domination sur des Etats voisins : du côté de l'Orient, en Bohême, eu Pologne et en Hongrie; du côté du midi, dans le nord de J'Italie ; du côté de l'Occident, dans l'ancienne Gaule. Son amour-propre devait être flatté de cette domination ; elle pouvait craindre de voir bientôt ses nombreuses acquisitions lui échapper. Déjà la France lui avait enlevé ses provinces d'au delà du Rhin, et le Milanais. Il n'y avait donc que des hommes à longue vue , et qui étaient convaincus comme Napoléon de la nécessité de restreindre les Etats aux peuples de mémeft origines , qui pouvaient goûter la reconstitution future que leur promettaient les projets de l'empereur.
Au commencement de 1809 , une nouvelle coalition se préparait contre l'empire français. L'Angleterre en était l'âme; l'Autriche devait y jouer le rôle principal ; l'Espagne et le Portugal la secondaient de leurs efforts. Depuis 1808, le gouvernement autrichien travaillait avec ardeur à la réorganisation de son état mihtaire ; il recrutait et organisait son armée, qu'il voulait appuyer par de nombreuses landvvers, ou milices nationales. L'archiduc Charles , qui joignait à une haute capacité une longue pratique du commandement , avait été placé à la tête des affaires militaires de l'empire. Il activait les armements avec ardeur. Dès le.
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commencement de 1809, l'Autriche comptait 330,000 hommes de troupes de hgne sous les arjnes, et 100,000 landwers. Les ressources ne lui manquaient pas; ses riches provinces lui fournissaient tout ce qui est nécessaire à l'organisation de la force armée , et l'Angleterre l'aidait puissamnxent par un subside de 4,000,000 de livres sterUng.
L'Espagne, qui avait vu son territoire envahi et ^ maison souveraine dépossédée sans déclaration de guerre, avait couru aux armes. Soutenue par l'or de l'Angleterre , et appuyée par une armée de débarquement de 20,000 Anglais , elle était parvenue à réunir , en 1808, 140,000 hommes de troupes, avec lesquelles elle lutta opiniâtrement contre les armées de Napoléon. Elle fut vaincue ; mais ses troupes débandées se rallièrent dans les montagnes ou trouvèrent un abri sous le canon des flottes anglaises. Quelques succès, qui eussent couronné leurs efforts en Espagne , les Français avaient besoin d'une nombreuse armée pour se maintenir dans le pays. De son côté, le Portugal, occupé par les troupes de Napoléon à la fiin de l'année 1807, avait été abandonné par sa famille royale , (jui s'était retirée au Brésil ; mais il fut délivré, en 1808, par une armée de débarquement anglaise , et devint depuis le point d'appui et pour ainsi dire la place d'armes des forces britan- 9iques qui opéraient dans la Péninsule.
Les armements de l'Angleterre étaient en proportion de la grandeur de ses desseins et du patf ich
t^gtie de 8e& habitants. PIub de cent vaisseaux de li^e Tui assuraient la domination sur toutes la^ m/^V&f et 100,000 hommes de troupes de débarquement pouvaient au prenaier signal se porter sur le crattinent au secours de ses allié&. A Vintèrieur, eljb eu^etenait 400,000 I^mmes sous le» armes. , prêts à défendre le sol britannique con-> tre^ Tagression dont le menaçait Fempereur deg Français. Ces immenses préparatife coûtèrent à lae Grande-Bretagne 35,0QO^0O0 de livrea sterling.
Telles étaient les forces ipilitaires de k noU'* v^le coahtioB. Mais ses vues ne s'arrêtèrent pas là t elle prétendit susciter diss ennerrû&àlNiipoléon, a^ nom d^ la.hberté etde Findépendance desr peuplea^ daja% le» pays mémesi occupés par ses années.
yÂUemagne était depuis longtesapst travaiBée p^ une sQciété secrète appelée Tugend-Bund ^ qui avait pour but de déhvrer le pays du jong étranger, ^ d'y ét^lir un régime libéral sous dea souverain^ iidtjk<«iaux; Lea che£» de cette, association étsd^t le duc de Brunswick» dépossédé de, ^d» St^ts par la France, et le mifiôstre Steia ; mais leurs noms élaient soigneusemeitt cachés aux adeptes des grades inférieurs. Organisée à la manière des carbonari , elle était enveloppée dans un profond mystère» Les raniifioatiQns de c^e société s'éte^dM^t; du loift et pénétrai^t dans tQiMes les. classes de la populatiQU ^rmanique. Mais cesdeux foyers pri^pauk d'action étaieapit^ dans fe «$>rd cfe l'4|l$£i^^'^^ î^ H^i^, ^, dan$ le iiûdi^ le Ty rel. Uao
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insurrection générale s'y préparait en silence. Ces deux pays étaient échus, par l'organisation de la confédération du Rhin, àdes puissances qui leur étaient ailtipathiques , et ilsbrûlaient du désir de rentrer soiis le gouvernement de leur ancien souverain. Les villes anséatiques,dontla prospérité se fondait principalement sur le commerce maritime, et qui du souf&aient le plus système continental y étaient aussi toutes disposées à embrasier la cause de la coalition.
En Italie, les alliés avaient moins de chances de succès. La majorité de la nation commençait à s'attacher à l'alliance française , et entrevoyait un heureux avenir. Cependant les intérêts matériels y avaient été tellement froissés dans les guerres précédentes , qu'il s'y trouvait bon nombre de mécontents qui murmuraient contre l'état de choses étaldi et regrettaient le passé ; et cette circonstance donnait quelque espérance à la coahtion de rallier à ses vues l'opinion pubhque dans ce pays.
Les Polonais voyaient avec peine les desseins de Napoléon se diriger d'un autre côté, etconséquemment la régénération de leur patrie retardée. Cependant ils avaient une foi entière dans le génie de Napoléon. Ils pensaient que son intérêt bien compris le déterminerait à réaliser bientôt les espérances qu'ils avaient mises en lui. Aucune suggestion, aucune menée des allié» ne pouvait donc avoir de chances favorables de ce côté.
La coalition recherchait aussi l'aUiance de la Prusse et de la Russie , et tendait à se créer des
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intelligences à Berlin et à Saint-Pétershourg ; mais «es intrigues ne purent alors être couronnées de succès. La Prusse , abattue par tant de revers et réduite à la moitié de son territoire , ne comptait plus qiie 40,000 hommes sous les armes. Ses places fortes étaient occupées par les troupes de Napoléon ; elle gémissait sous le poids des contributions de guerre, qui, bien qu'allégées sur la demande d'Alexandre , empêchaient les finances de l'État de se rétablir.
La Russie, entrée récemment dans l'alliance de Napoléon , ne pouvait se dégager sitôt de ses promesses ; elle voulait d'ailleurs terminer la guerre avec la Turquie et avec la Suède , avant de s'engager dans une nouvelle lutte contre la France.
Tels étaient, au commencement de 1809, les préparatifs et les espérances de la coahtion .
Une rupture prochaine *avec F Autriche devenait inévitable. A peine Najpoléon était-il revenu d'Espagne , après avoir vaincu les troupes anglo-espagnoles et rétabli son frère Joseph sur le trône de ce pays , qu'il tourna toute son attention du côté de TAutriche. Ne 'se fiant guère aux protestations d'amitié que lui réitérait cette puissance dans le but d'endormir sa vigilance, il observait tous ses mouvements, et rassemblait ses forces pour entrer en campagne au premier signal. Le détachement de 200,000 hommes qu'il entretenait en Espagne ne lui permettait pas d'opposer à TAu triche plus de 300,000 hommes de troupes françaises
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et alliées. Ses forces étaient ainsi réparties • 190,006 hommes en Allemagne, 55,000 en Italie , et 20,000 en Pologne , qui devaient être appuyées par une armée de 35,000 Russes*. Ainsi Napoléon s'efforçait de parer à tout événement ; mais ses préparatifc ne pouvaient pas être adievés et ses forces réunies au moment où il était probable que l'Autriche commencerait les hostilités.
La Pologne était soumise, en 1809, à différentes dominations. La Russie possédait les deux tiers de son étendue : la Russie-Blanche, la Kourlande, la Litvanie,la Wolhynie, la Podolie et l'Ukraine ; ces provinces contenaient une population de 1 ,000 ,000 d'âmes. L'Autriche régnait sur une grande partie de la Petite-Pologne, et sur la Russie-Rouge, qu'elle avait décorée des noms nouveaux de Vieille et de Nouvelîe-Galicie , voulant sans doute effacer par là jusqu'au nomade Pologne, qui rappelait son usurpation. Ces provinces comptaient 6,000,000 habitants. La Prusse né conservait plus qu'une partie du premier partage avec 800,000 de sujets. Enfin le duché de Varsovie , érigé , depuis la paix de Tilsit , en Etat indépendant , se trouvait sous le sceptre du roi de Saxe , qui portait le titre de grand-duc de Varsovie. Ce duché comptait 3 ,000,000 d'habitants et avait 1 ,^00' milles carrés d'étendue. Varsovie, sa capitale, la seule ville confédérale du pays , contait 75,000 habitants. Po-
* On ne parle ici que des forces disponibles et non des dépôts.
«en, Bromberg, Kalisz et Ploçk n'en avaient que 10 à 20, 000. Le grand-duché était divisé en six départements. Son territoire était séparé de la Saxe par la Silésie prussienne ; mais une route mibtaire était établie à travers cette province pour assurer les communications.
Le duché jouissait d'une constitution représentative. L'autorité souveraine était partagée entre trois pouvoirs : celui du grand-duc , qui était irresponsable ; celui du sénat, formé de palatins casteUans et d'évêques nommés par le souverain , et celui d'une chambre de représentants élus par la noblesse, les villes et les communes. Le pouvoir exécu^ tif était confié au grand-duc, qui habitait alternativement Dresde et Varsovie. Lorsqu'il était absent de la capitale du duché, le conseil des ministres, à la tête duquel était placé un président , le remplaçait dans ses fonctions souveraines. A Fépoque dont nous parlons, Stanislas-Kostaka Potoçki remplissait la charge de président du conseil ; le prince Joseph Poniatowski, qui était généralissime, était en même temps ministre de la guerre ; Dembowski était mini&" tre du trésor ; Lubienski , de la justice ; Luszczewski, de |l'intérieur ; Alexandre Potoçki , de la police. L'armée du duché portait le titre d'armée polonaise; ses drapeaux étaient aux*couleurs nationales et sur^ montés de l'aigle blanche : elle était pour ainsi dire le vrai représentant de l'ancienne Pologne, que les patriotes espéraient voir renaître et qu'elle devait conquérir. Cette armée était peu nonabreuse :
jamais , jusqu'à cette époque, elle n'avait atteint 32,000 hommes; mais, appelée à de si hautes destinées, elle était l'objet des soins et de la sollicitude du gouvernement. Toutes les autres branches judiciaires ou administratives n'étaient regardées que comme secondaires. Des 50,000,000 de florins de revenu dont jouissait le duché , les trois cinquièmes étaient affectés à l'entretien de l'armée ; mais, dans un pays ruiné par les guerres et les commotions politiques, les impôts ne rentraient que difficilement, et plus djune fois le gouvernement dut avoir recours au trésor impérial pour soutenir son état mihtaire , qui , depuis sa constitution , s'était accru de quelques mille hommes.
L'armée polonaise joua un rôle si important dans les guerres de l'empire, et principalement dans celle que nous nous proposons de décrire, que nous croyons devoir donner ici quelques détails sur sa formation primitive et sur son histoire.
Les premières troupes du duché furent formées à la fin de l'année 1806, lorsque Napoléon délivra la Pologne prussienne du joug sous lequel elle gémissait ; elles se composaient tout entières de volontaires qui étaient accourus sous les drapeau.^ des divers points du pays, et même de la Pologne autrichienne. C'étaient les plus ardents patriotes , l'élite de la nation, qui s'étaient empressés de venir verser leur sang pour la cause nationale. Différents corps s'organisèrent alors simultanément par les . $oins des officiers polonais qui avaient servi dans
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le« légions d'Italie et du Rhin, et y avaient rivalisé de gloire avec les troupes françaises. Parmi eux , se trouvaient les généraux Zaionczek et Dombrowski . Les vétérans de l'armée de la république de Pologne, qui étaient rentrés dans leurs foyers, vinrent aussi se ranger sous les drapeaux de l'indépendance. Le prince Poniatowski était au nombre de ces derniers, et, dès l'arrivée de Napoléon à Varsovie, il fut chargé du portefeuille de la guerre.
L'armée polonaise avait ainsi , dès sa première formation, trois cheft renommés : Zaionczek, Dombrowski et Poniatowski. Il y avait entre eux parité de mérite et d'ancienneté de service. Tous trois avaient eu des commandements importants : Zaionczek avait été mis à la tête de l'armée polonaise vers la fin de la campagne de 4794 , et était alors général de division de V armée française: Dombrowski avait commandé les légions d'Italie, et avait été promu au grade de général de division ; Poniatowski avait autrefois commandé en chef l'armée d'Ukraine , et ensuite servi sous Kosciuszko comme divisionnaire. Napoléon , voulant concilier les prétentions que ces trois généraux pouvaient avoir au commandement de l'armée, mit chacun d'eux à la tête d'une légion, qui toutes trois étaient sous la direction du ministère de la guerre. La première était aux ordres de Poniatowski , et se formait à Varsovie ; la deuxième , commandée par Zaionczek , s'organisait à Kalisz ; ' et la troisième , qui avait pour chef Dombrowski, se réunissait à Po$en.
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Chacune de ces légions était composée de quatre régiments d'infanterie de ligne, à deux bataillons ; de deux régiments de cavalerie légère, l'un de chasseurs et l'autre de lanciers, chacun de trois escadrons; de trois compagnies d'artillerie à pied servant chacune six pièces , avec un nombre proportionné de sapeurs et de troupes du train ; ce qui devait porter la force de chaque légion à environ 9,000 hommes*.
Dès qu'ils furent en pcJssession de leur commandement, les trois chefs rivalisèrent de zèle pour perfectionner l'organisation de leurs troupes ; mais le prince Poniatowski y contribua le plus puissamment comme ministre de la guerre. Pour parvenir à ce résultat , le prince avait plus d'une difficulté à vaincre. Une armée composée de volontaires pris dans les différentes classes de la société , la plupart indépendants, et dont le début dans la guerre avait été marqué par des succès, n'était pas facile à plier sous le joug de la subordination militaire. C'est sans doute cette circonstance qui porta le prince à adresser aux troupes polonaises, en 1807, à son retour de Dresde, où il s'était rendu** après la paix de Tilsit , la proclamation suivante , qui est trop caractéristique pour ne pas être rapportée ici.
« Je regarde comme un devoir de voUs répéter les propres paroles de l'empereur des Français : c< Je
* L*uDiroriue de ces légions était semblable , quant à la coiipreet aux couleurs, et ne différait que par les revers et lés passe-poiis. ** Pour prendre les ordres de l'empereur.
•BIT MMCMS* \&f
ff ixm tjontmtde îarmée polonaise ; elle a fait preuve A de courage; elle est vaillante et belliqueuse ; mais a elle n'a pas encore acquis l'esprit et la tenue mili- « taires j la subordination et l'ensemble, qui formetot « les traits caractéristiques d'un bon soldat; ce qu'elle ik «aura sahs doute acquérir sous de bons chefs et Y« pi^dantlapàix. »
Le prince continuait ainsi :
<t Soldats , vous avez acquis de la gloire dans les combats, et gagné Tiestihie de ceux à côté desquels vous combattiez ; mais vous n'avez pas encore assez fait pour vous-mêmes et pour la patrie , qui atteild de vous^ outre les vertus guerrières, l'unité, l'ordre, la subordination et l'obéissance. Le plus célèbreguertîer des siècles modernes, le grand Napoléon, a reconnu votre mérite > et vous avertit dé ce qui vous manque encore. Réjouissons-nous de ses louanges ; mais n^oublions pas ses réprimandes. En réalisant ses vues , nous mériterons un jour son entière approbation. »
Ces vérités, exprimées avec franchise, produisirent le meilleur effet , et FUrmée polonaise accompht bientôt ce que l'on attendait d'elle.
Bès le commencement de la guerre d'Espagne, l'armée du dudié fût appelée à seconder les effcwts de Napoléon dans Ja Péninsule, en envoyant en France trois régiments d'infanterie qui furent portés à trois bataillons et mis sur le pied de guerre. Une compagnie d'artillerie à pied et une de sapeurs les accompagnèreiit. Deux autres régiments
dln^nterie furent envoyés à Dantzig avec une batterie d'artillerie à pied ; un régiment de cette arme dirigé sur la Siléaie ; enfin un régiment de cavalerie détaché en Westphalie. A la fin de l'année 1808 , l'armée polonaise fut augmentée d'une compagnie d'artillerie à cheval *. Nous donnons ici un état exact de l'armée du duché, au 1" janvier 1809 , avec les lieux de stationnement des corps.
DOUZE RÉGIMENTS d'iNFANTEKIE DE LIGNE.
Numéro!
desrég. slalloos. Colonels. Effectif .
l*"* Praga Malachowski 1,934
2* Ivir^nviP (Stanislas Potocki. . 1,062 3- J ^a'^s^^vie jZoUowski 2,339
4* En France Félix Potocki .... 2,555
6* Lissa et Czenstochowa Michel RadziwiU . . 1,933
6* Sierock Sierawski 1,807
V En France Sobolewski 2,855