‹ Relation des opérations de l'armée aux ordres du prince Joseph Poniatowski pendant la campagne de 1809 en Pologne contre les Autrichiens;Chapitre 9 sur 37 · SUR LB PRINGB PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

SUR LB PRINGB PONIATOWSKI

prince Joseph , certain qu'il opposerait à l'ennemi la plus vigoureuse résistance.

Le prince n'avait pour défendre une ville ouverte que 20,000 hommes dont 2,500 Polonais*, tandis qu'une armée de près de 300,000 hommes se trouvait aux portes de Leipzig. On ne pouvait espérer de repousser l'ennemi ; tout ce qu'il était possible de faire c'était d'arrêter ses progrès, et de couvrir momentanément la retraite de l'empereur , qui se rephait surlaSaaIe. Sur les ponts, l'encombrement était extrême ; l'empressement qu'on mettait à franchir les deux rivières augmentait le désordre de la retraite **.

La résistance des défenseurs de Leipzig se prolongea k 19 octobre jusqu'à midi ; alors une porte de la ville fut livrée par les Badois , qui firent défection. Il faUut céder à la trahison et à la supériorité du nombre , et nos troupes se rephèrent lentement vers le centre de la ville.

Le prince eut encore ici l'occasion de signaler son héroïsme. Voulant arrêter les progrès de l'ennemi, et n'ayant de disponible qu'un faible escadron de cuirassiers polonais, qui composait son escorte, il se mit à sa tête, et, le sabre au poing, il se précipita gur uîie colonne d'infanterie prussienne , l'enfonça et la mit en déroute, sabrant lui-même les fantas-

* La cavalerie polonaise s'était déjà retirée sur Wesserids.

** A côté du pont en maçonnerie qui se trouvait sur TElster, il y en avait un sur chevalets.qui s*enronça sous le poids des voitures et qui UjX roDopu*

86 NOTIGB HiSTORiQUB

sins ennemis. C'est alors qu'il fut atteint d'une balle au bras. H se fit panser, remonta à cheyal 5 et , le bras en écharpe , il continua de combattre. Les tirailleurs ennemis avaient tourné la ville ; ib ^'avancèrent vers le pont en maçonnerie. Un sousofficier de sapeurs, le croyant sérieusement menacé, mit le feu à la mine et le fit sauter. La retraite était alors devenue presque impossible. Pour fi^anchir TElster , il fallait la traverser à la nage , car sfes eaux s'étaient accrues par les pluies, et débordaient de leur lit. La Pleiss, quoique moins considérable, formait néanmoins un obstacle fatal. Le prince, à la tête d'une poignée de braves , se trouvait acculé à cette rivière. On lui proposa de regagtier l'autre rive ; mais , quoiqu'il n eût pas egpoir de vaincre , il voulut encore continuer le combat , et répondit au général qui lui donnait ce conseil *, qu'il fallait mourir en braire, II commanda une dernière charge, qui n'arrêta qu'un moment les progrès des assaillants. Refoulés vers la Pleiss , entourés d'ennemis , Poniatowski et son état -major étaient exposés au feu des tirailleurs. Il n'y avait plus de temps à perdre ; le prince , qui attendait une mort glorieuse , allait tomber au pouvoir des alliés. Dans cette extrémité, Joseph se décida enfin à traverser la rivière à la nage. Les eaux étaient hautes, et son cheval fut emporté par le courant ; mais le dévoûment d'un officier d'état-major, lé ca-

"C'était le général BroDikowski, qui avait longtemps secvi »om |uiy et qui lui portait une grande affection.

SUR LE PRIKCB POlfUTOWSKI. ^7

pitaineBléchamp*, lui sauva encore la vie. Ce brave jeune homme, excellent nageur, se précipita à la suite du prince dans la rivière, et F aida à gagner la rive opposée. Mais ses jours précieux n'étaient pas pour cela hors de danger : l'Elster séparait encore Poniatowski du gros de l'armée. Il s'avançait à pied à travers les jardins qui se trouvaient entre la Pleiss et l'Elster, lorsqu'il fut frappé d'une balle au côté , et tomba dans les bras des officiers qui l'entouraient. Il reprit bientôt connaissance. On l'aida à monter un cheval qu'on lui présenta ; mais il se soutenait à peine. On le pressa alors de toutes parts de «e feire panser , de remettre le commandement à un autre général, et de se conserver pour la patrie ; mais son courage s'accroissait en raison du péril , et il répondit avec véhémence : « Non , non , Dieu m'a <( confié l'honneur de la Pologne ; je ne le remettrai « qu'à Dieu ! » Un officier du génie accourt ; il connaît, dit- il, un point où l'on peut passer l'Elster à la nage. Le prince suit le bord de la rivière, et se dirige de ce côté ; mais il aperçoit une troupe ennemie qui l'avait devancé et qui lui barre le passage. Il s'écrie : « Les voilà! » détourne son cheval et se précipite dans l'Elster . Mais , affaibli par ses blessures , il ne peut plus le diriger , celui-ci lutte pourtant contre le courant, et atteint l'autre rive ; mais le bord opposé est escarpé , et il ne peut le gravir. Tout cela s'est passé au milieii d'une

1^ W était beau-frèré de Lucien Bonaparte.

88 NOTICE HlflTOAIQUB SUR LE PRINGB POlflATOWSlLI.

grêle de balles. En ce moment fotal, le prince est frappé d'un troisième coup. Il tombe de son cheval , et le courant l'emporte. Le brave Bléchamp se trouve encore là pour le secourir. Dans son noble dévoûment, il se précipite dant l'Elster; il l'atteint; ùïi le voit une fois encore reparaître à la surface de l'eau tenant Poniatowski à mi-d)rps ; mais bientôt ils disparaissent tous deux. Ainsi périt ce héros, qui , dans une lutte tiésespérée , préféra la mort à

la captivité.

Le corps du prince fut retrouvé deux jours

après par des pêcheurs. Ses traits ne présentaient aucune altération : l'expression d'une résignation céleste y était empreinte. Le prince Schvvartzenberg , son ancien compagnon d'armes , alors généralissime de l'année alliée , lui fit rendre les honneurs funèbres. Les officiers polonais prisonniers le déposèrent dans la tombe. Plus tard, ses dépouilles furent exhumées et portées à Varsovie ; elles furent placées dans l'église de Sainte-Croix , où le peuple de la capitale vint les entourer en foule et leur rendre ses derniers hommages. De là , son corps fut transporté à Krakovie, où il repose dans le même Caveau que les restes mortels de Sobieski et de Kosciuszko.

DËHPÉRâTIONSDëL'ÀMËE

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PMCEJ.POMTOWSRI,

Pendant la Campagne de 1809. en Folipe.

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