CHAPITRE VIII
Position des armées belligérantes au 4 Juillet.— L'archiduc se rend en Bohème. •— Mondet le remplace dans son oommandemeot en Galide. — Retraite de Tatmée autrichienne sur la haute Yistule.
— Poniatowski suit leurs mouvements. — Engagement de Pinczow. — Combat de Zarnowiec. — Rencontre de Xionz et Miechow. — Combat devant Krakovie. ^ Conveirtion pour \x reddition de cette ville. — Mouvement de l'armée russe. — Ils viennent en hâte occuper la ville. — Les Polonais y entrent de force, l'occupent conjointement avec les Russes. — Rapport de Poniatowski à Vei^ipereur. — Armistice de Znaym à la suite de la bataille de "Wagram. — Position des armées adverses. — Expédition de Strzyzewski en Podolie. — Marche sur Zaleszczyki. — Combat de Zaleszczyki. — Retraite de Strzyzewski sur Tarnopol. — Combat de Zagrobella. — Retraite de Biking sur Choroslkow; son arrière- garde est enlevée.
— Kessler à Brzezany. — Biking vient le rejoindre. — Il est poursuivi et attaqué à Winiaii?ka. — Capitulation. — Marche de Strzyzewski surMariampoI.— Canonnade à travers le Dniester.
— Les deux parties reçoivent la nouvelle de la conclusion de Tarmistice de Znaym. -— Strzyzewski marche sur Tarnopol et renvoie les régiments podoUens dans leurs cantonnements. — Séjour de Poniatowski à Krakovie.— L'armée du duché et celle franco-galicienne sont portées au grand complet. — Napoléon complète son armement. — Evénements qui se passent sur différents points du théâtre de la guerre. — Négociation pour la paix. — Envoi d*Ignace Potocki et de Thadé Matuszewiç au quartier général de l'Empereur. ~ Traité de Schœnbrunn, le 14 octobre. — Accroissement du duché de Varsovie. — Commission nommée parla délimitation. —Observations sur cette campagne.
Au 4 juillet , la positioii des trois armées qui agissent pn GalÎQie était la suivante : celle de Far-
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chiduc Ferdinand, forte de 24,000 hommes, était placée à cheval sur la Piliça, appuyait sa droite à la Nida, et couvrait Kxakovie. Poniatowski avait réuni 23,000 hommes aux environs de Radom , et porté son avant-garde à Kielce; l'armée russe aux ordres de Galytzine, suivait lentement la grande route de Léopol à Vienne , son avantrgarde était à Dembiça , son arrière-garde à Rzeszow et son quartier général à Sendziszow. Sçi force, non compris le détachement fait sur Léopol , s'élevait à 30,000 hommes.
Ferdinand venait de recevoir l'ordre d'aller prendre le commandement des troupes autrichiennes réunies en Bohême; Mondet, chargé de la direction de celles qui se trouvaient en Pologne , continua à se rapprocher de l'armée de l'archiduc Charles , en se repliant sur la haute Vistule. Ce mouvement rétrograde fut exécuté sur trois colonnes : la première suivait la grande route de Krakovie ; la seconde marchait sur Oswiecim , par la rive droite de la Piliça ; la troisième s'avançait par la rive gauche, sur le même point , où elles devaient franchir toutes deux la Vistule. De son côté, Poniatowski partit de Radom et se porta , le 5 juillet, sur Krakovie. Il avait d'abord à traverser les montagnes de Ste-Croix, par une route difficile et étroite. Arrivé le 8 à Kielce, il y établit son quartier général; le même jour, il remit ses troupes en marche sur trois jalonnes. Celle de droite, commandée par Kosinski , se dirigea sur Konieçpol ,
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et détacha, chemin faisant, uii escadron du 2* de cavalerie qui surprit à Przedborz , un poste d'infafnterie autrichienne , et lui fit 54 prisonniers. La colonne du centre , dirigée par Poniatowski en personne , marcha ^ur Chenciny. Celle de gauche, conduite par Rozniecki, se porta sur Pinczow , et s'en empara le 9, après un engagement assez vif avec la cavalwie ennemie.
Le 10 , Farmée polonaise continua son mouvement sur Krakovie dans le mêmeordre ; la colonne de droite s'avança sur Zarnowiec, qui était occupé par un détachement du général Mohr. Le Heutenant-colonel Szembek , qui commandait Tavantgarde de Kosinski, dut reconnaître la position de Zarnowiec. Emporté par son ardeur guerrière, il alla plu^loin, il en chassa les Autrichiens, et Toccupa vers midi; mais le soir, attaqué à Son tour par une colonne forte de 3,000 hommes d'infanterie , 500 cavaliers 'et 4 pièces, sous les ordres de Mbhr, il ne put se 'màiiïteûir et fut ramené. Cependant Kosinski se présenta devant la ville , le 1 1 , à 8 heures du matin , détacha un bataillon d'infanterie sur sa droite , et fit tourner la position, tandis qu'il l'attaquait de front. Cette manœuvre réussit ; après une résistance assez vive, Mohr abandonna Zarnowiec et se rétira sur Xionz, après avoir eu 100 hommes hors de combat et 200 prisonniers : Kosinski trouva dans la ville des approvisionnements considérables en vivres et en fourrages. Le 3* bataillon du 10* régiment d'infanterie , qui allait pour la
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première fois au ^u, se distingfia 4w^ ^tt? joqrr oee* ,
Après avoir accordé deux heures de r^po; à ses troupes ) Kosineki se mit à la poursuite de ^ohr ; il le .joignit 9 le battit encore dans la soirée et le chassa de Xionzy après lui avoir mis 100 hommes hors de coi^* bat et lui avoir fait 50 prisonniers. C^ rés^ltaf é^t dû à Tartillerie légère^etàlacavalei^equis'ét^iaii^t distinguées par leur bravoure dans le combat, Les Autrichiens, de ieur côté , firent preuve de constance ; dans les journées suivantes , ils défendirent le terrain pied à pied, et fqrcèrent les Polonais à se déployer à diverses reprises. Le prince étaUit son quartier général à Wodzislaw, le 12; le 13, il chassa Tennemi de Miechow; le 14, le ^pén^Ml Rozniecki arriva en vue de Kxakovie. Los Autrichiens eurent, dans ces différents engagenients, 500 hommes hors de combat et les Polonais leur firent 1 ,000 prisonniers
Mondet occupait Krakovie ; il avait dans les faubourgs de forts détachements d'in&nterie; sa cavalerie gardait les différentes avenues. Eo^niecld descendit , vers midi , dans la vaUée ; sa cavalerie fournit plusieurs charges et fii plier celle des Autrichiens. Un parlementaire, envoyé par Alphr, s^ présenta sur ces entrefaites , et demanda une suspaision d'armes. Une correspondance s'^igagea entre les deux généraux y et* à six heures du soir une capitulation fut signée *. Elle portait, en sub
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stance, qu'il y aurait une armistice de 12 heures ; que pendant ce temps , Farmée autrichienne éva* cuerait Krakovie et la remettrait aux troupes polonaises avec Podgorze ; que l'avant-garde de Ponia^wski ne pourrait dépasser cette dernière ville, que six heures après l'expiration de l'armistice, que Ciepe^dant les troupes autricl^iennes pourraient prendre position pour l'eippêcher de déboucher. Le pont de la Yistule , les magasins devaient être remis intacts aux Polonais ; les malades et les blçsses autrichiens rester prispaniers de guerre , et les employés administratifs devaient être traités avec égards.
Poniatowski reçut à Miechow, la nouvelle de la conclusion de cet arrangement. Quoiqu'il fût h^it heures du soir, il monta de suite à cheval et rejoignit rapidement son avant-garde. D arriva vers dix heures à Promnik-le-Rouge , village situé à un demi-mille de Krakovie; il y établit son quartier général. Chemin faisant , il avait rencontré le général Rozniecki qui se rendait à Miechow, afin de lui demander la ratification de la convention qu'il valait de conclure. Ce général félicita le prince de sa prochaine entrée à Krakovie, et l'assura que tout était convenu. .Malheureusement il ne s'était pas fait remettre une des portes. Cet oubli amena jjne suite d'incidents, dont le prince rendit compte à l'Empereur. Je produis, son récit :
« J'avais eu l'honneur de parler à Yotre Majesté, 4an$ m^ dernière dépêche , d^ l'attaque :que j'avais
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ordonnée 8ur Pinczow , ainsi que des dispositions faites pour tourner la position de l'ennemi sur la Nida : Tune et l'autre opération a eu le plus heureux succès ; la ville mentionnée ayant été emportée le 9, après une Ibrte résistance , par le général Rozniecki , tandis qu'un corps de troupes se portait sur Chenciny, et un autre, aux ordres du général Kosinski , débouchait par Koniecpol. Non-seulement, par cette manœuvre, la position de la Nida se trouva priée à revers , mais le corps de l'archiduc Ferdinand se trouvant par là également menacé sur un de ses flancs , y repassa en hâte la Vistule , aussitôt que la nouvelle lui en fut parvenue.
« Le mouvement rétrograde de l'ennemi fut alors entièrement décidé. Il essaya vainement de se maintenir près de Wodzislaw , Xionz , Zarnowice et MSechow : chacun de ces points fut forcé dans les journées des 10, 11, 12 et 13. L'ennemi fut également délogé des postes intermédiaires que lui offrait à chaque pas le pays très coupé des environs de Krakovie ; et , après une suite d'aflKaires dans lesquelles le succès fut constamment de notre côté, il se trouva totalement rejeté sous les murs de cette ville.
« Quoique les obstacles multipliés qu'offre la nature du terrain n'eussent pas encore permis la réunion d'une grande partie de nos troupes, je donnai l'ordre d'attaqner la position occupée par le corps du feld-maréchal Mondet. Il fut exécuté par le général Roznieeki avec autant de bravolire que d'in-
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tellîgencQ; les premiers postes qui couvraient cette position avaient été forcés avec la plus grande impétuosité. Le général Mohr proposa, au nom du feld-maréchal , une convention pour l'évacuation de la ville.
«Je n'étais guère porté à y donner la main; cependanty ayant considéré que la résistance de l'armée ennemie dans la ville pourrait se prolonger au delà de trente-six heures ; que pour l'attaquer avec succès il fallait attendre l'arrivée , au moins , d'une partie de nos troupes qui étaient encore en marche ; que ce délai donnerait aux Russes, qui jusqu'alors étaient restés dans l'inaction sur le Dunaieç , le temps d'arriver et de se concerter avec les Autrichiens , pour prendre possession de Krakovie, je pensai que ces raisons devaient prévaloir sur toute autre considération , quand il s'agissait d'un point militaire aussi important , et j'autorisai en conséquence le général Rozniecki à conclure la capitulation que j'ai l'honneur de soumettre à Votre Majesté. Elle nous assure, outre la possession de Krakovie, celle de Podgorze sur la rive droite.
«J'entrerai à Krakovie demain, 15 juillet, et, jour pour jour, trois mois après l'entrée de l'ennemi sur le territoire du duché de Varsovie. Les troupes polonaises , auxquelles Votre Majesté en a confié la défense, jouiront du bonheur d'avoir rempli son attente , en plantant ses aigles victorieuses dans cette capitale de l'ancienne Pologne, qu'elle a daigné rendre à leurs vœux.
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« Les Autrichiens ont perdu dans les ai^ires sus^ mentionnées, outre les tués eX blesses, environ 1 ,006 prisonniers ; les troupes polonaises qui y ont pris part , ont donné des preuves d'une valeur distinguée. La cavalerie a effectué dans la matinée d'aùjourd'hiii sept charges très brillantes ; l'affaire de Zarnowiec fait infiniment d'honneur au sang-froid et aux bonnes dispositions du général Kosinski.
<( J'allais faire partir le courrifer chargé de porter à Votre Majesté Impériale le rapport que j'ai Fhonheur de lui adresser, lorsque quelques incidents extraordinaires m'ont engagé à retarder son départ de quelques heures, pour être à même de lui en rendre compte. Dès 10 heures du soir (lé 14) uïi grand nonibre d'habitants de Krakovie, sortis de là ville pour témoigner aux troupes polonaises là joie que causait leur arrivée, avaient assuré à plusieurs officiers, qu'un piquet de Kosaks et un autre de dragons russes se trouvaient dans la vilte, Âjmiiiuit, un parlementaire autrichien se présenta : il était porteur d'une lettre , par laquelle le feîdmaréchal Mondet témoignait au général Rozniecki, commandant mon avant-garde* que l'officier chargé de conclure avec lui l'arrangement pour l'évacuation de Krakovie, avait outrepassé ses instructions et ses pouvoirs , en stipulant pour les troupes polonaises la possession de Podgorze , séparé de la ville par la Vistule ; il en appelait k la loyauté du géiiéral pour redresser à cet égard, là convention dpiit il m'a envoyé l'origifial. Etôniié de ce que , lEamgifé
que lé feld-maréclial Mondet, se trouvât à Krakovie y et le général Rozniecki à une portée de ftigiJ, une communication de cette nature n'arrivât que ^il heures après la signature , j'étais presque résolu à rompre l'armistice ; mais ayant réfléchi que tout, cela pouvait n'être qu'une ruse pour gagner du temps et donner aux Russes celui d'arriver ; et la possession de Podgorze ^ dominé entièrement par k ville, étaht absolument indifférente , j'ai cru , tu le peu d'heures qu'il restait encore jusqu'à l'expiration de l'armistice, devoir prendre im autre parti : j'ordonnai en conséquence à M. le directeur du génie, MaUet, de se rendre auprès du feld-màréchil Mondet; pour lui dire que je coii- Sétitais au chasgepient qu'il désirait. On fit faire â cet officier, sous divers prétextes, beaucoup de chemin, à travers plusieurs faubourgs situés de l'autre côté dei la ville, et ce ne fat qu'après quatre heures du matin qu'il parvint à voir le feM-maréchàl Mondet. Malgré la proximité du camp, il rie put être de retour qu'à cinq heures du matin; il m'apprit alors qu'il se trouvait dans la ville plusieurs régiments russes.
« Cette circonstance ne me permettant plus de douter d'une nouvelle perfidie , j'ordonnai aux tèûupès . de se mettre sur-le-champ en marche ; et à six heures précises, fe chef d'escadron comte Wlodimir Potoçki, à la tête d'un peloton, se présenta à la pcMPte de Krakovie. Il y trouva le gé- Mfû Sïévcîrt, qm lui dit : « J'ai ordre de vous dé*
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fendre l'entrée de la viUe. » Le chef d'eâcadron comte Potoçki lui répondit : « J'ai ordre -d'y entrer au noni de S. M, l'Empereur des Français; et j'espère que vous ne me forcerez point à faire croiser les lances pour m (en ouvrir le passage. >» Le général Sievers^ne jugea point devoir en venir là, et l'avant-garde polonaise entra dans la ville. Le général Rozniecki, qui la commandait, ayant appris que le général Sievers était à Krakovie, se rendit auprès de lui : il était muni de l'original de la convention, qu'il présenta au général russe, en lui disant que cet arrangement avait été conclu la veille à six heures du soir, et qu'il entrait à l'expiration de l'armistice pour prendre possession de la ville au nom de V. M. I. En passant devant les troupes russes, Jl fut étonné d'apercevoir pêle-mêle un assez grand nombre de soldats autrichiens entièrement armés, qui prirent la fuite â son approche ; il les fit poursuivre, ramassant ainsi une trentaine de prisonniers, et prit lui-même deux officiers jusque dans les rangs des troupes russes.
« Les choses étaient dans cet état lorsque j'entrai dans la ville avec mon état-major *. Je vis sur la place 12 pièces d'artillerie russes, qui paraissaient dirigées contre l'hôtel de ville. Arrivé à l'entrée. de la rue qui conduit au pont, je la trouvai barrée par un escadron de hussards russes en bataille, le
* Poniatowski fût reçu è la porte de Krakovie par la mimictpalUé de la .ville et harangué par £Lrzyzaaowi»ki qui èa faisait partie.
dos tourné à rennemi ; il refusa de me laisser pas-* ser, et je me vis obligé de m'ouvrir un passage en fonçant avec mon cheval sur la troupe, de manière à culbuter ceux qui s'y opposeraient. Ce ne fat qu'ainsi que jepus faire passer deux pièces d'artillerie que je faisais marcher vers les bords du fleuve. L'infanterie qui se portait au pont éprouva les mêmes difficultés i et le régiment de dragons qui lui barrait le chemin ne la laissa librement passer que lorsque le lieutenant-colonel Bliimer , qui commandait le premier bataillon qui se présenta, eut fait croiser les baïonnettes et mettre la troupe au pas de charge.
« Cette disposition des Russes me faisant voir la nécessité de conserver une prépondérance de forces : je fis entrer dans la ville la brigade d'infonterie du général Sokolniçki ; mais elle^ n^éprouva plus les mêmes obstacles, et pendant qu'on la disposait à toutes les portes de manière à m'assurer entière ment de Krakovie, j'invitai les magistrats de la ville, qui s'étaient rendus auprès de moi, à prêter à V. M. I. , au nom de laquelle je leur dis que je prenais possession de la ville, le serment d'hômpiage et de fidélité. Ils s'empressèrent de remplir ma demande avec cet anthousiasme que V. M. I. excite dans le cœur de tout Polonais ; le procès-verbal de l'acte fat inséré dans le registre des délibérations , et les aigles françaises remplacèrent les armes de l'Autriche. Ce ne fat qu'alors que je rencontrai dans la ville le général Sievers : je lui témoi-
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gnai tout rétonuement que me causait un procède aussi étrange que celui de venir en hâte s'emparer dVne ville conquise par des troupes alliées^ et dont la possession était assurée à V. M. I. par une convëntioh ; il tâcli^ de s'excuser en disant qu'il igridrail entièrement cet arrangemeiit à son arrivée à Kratovie, et que, s'il lui avait été connu, il aurait bris sur lui de ne point faire entrer ses troupes (i^ns la ville, inalgréles ordres qu'il avait reçus dii prince Souvaroff; mais que ce^te mesure étant efifectùée , îl n'^ pouvait rien changer sans denouveaux ordres.
M Je né connaissais encore aiicurie dés circonstancps qui avaient précédé et accompagné l'arrivée des troupes russes ; les citoyens les plus distingués du pays s'étànt rendus auprès de moi, me firent part dç tout ce qui s'était passé. H résulte de leur récit : .
« V Que pendant que les généraux autrichiens traitaient avec le général Rozniecki y ils avaient envoyé en hâte chercher un détachement russe pqur le faire entrer dans la ville avant nos trojipes \ que ïc 14 au soir étaient venus les deux piquets mentionnés de kosaks et de dragons, et qu'ils étaient arrivés conduits par le colonel autrichien Latour, qui leur avait assigné lui-même les postes qu'ils devaieiit occuper.
« 2"* Que les troiipes russes, éloignées dé plusieurs milles de Krakoyie, ont fait .une Inarchp forcée pour y eiitrer avant les troupes polonaises, et que la deinând^ de iWmistice, en offrant l'évacuation de la
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vîUe^ n'a été mise en avant par le général autrichien (jue pour s'assurer que les Russes auraient le temps d'arriver.
« 3** Que les troupes russes qui se sont trouvées dans là ville en même temps que les Autrichiens^ leur ont permis de se retirer sans les javoir inquiétés , et ont laissé échapper notamment quatre (ie leurs généraux.
« Toutes ces circonstances ont été répétées ça nia présence au général Sieyçrs par plusieurs dtoyenf distingués qui en avaient été témoim^ entt» j^upref parle comte Grabowski, ancien- lieutenant-général au service de Pologne, qui s'était donné la peine d'observer lui-même ces mouvements. J^e général Sievers n'a trouvé aucun argument pour prouyer qu'on avait tort a cet égard.
« Voilà, Sire, le récit ex^ct de ce qui a e» lien rer lativement à l'évacuation et à îa prise de possession de Krakovie. Les pièces ci-jointes , jcoipposant la correspondance qui a été suivie à cet égard^, co)^vaincront V. M. J. combien les généraux autrichieçii^ et russes ont mis de mauvaise foi dans leur procédé envers nous.
« D'après les renseignements qui me sontparve** nus sur la marche de l'ennemi, il prend la route de Silésie. Les troupes sous mes ordres se trouvent réunies près de Krakovie. J'ignore encore le j^pii que prendront les Russes , mais les événements d'aujourd'hui m'ont suffisamment prouvé combien il pourrait devenir dangereux de se mettre entre eux
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et reimemi. Ma position devient d'autant plus péni- Me, qu'il m'est impossible de me mettre dès à présent à sa poursuite. » Ce rapport fut expédié de Krakovie le 1 5 juillet.
Poniatowski établit son quartier général dans un des hôtels qui bordent la grande place de la viUe ; le général Souvaroff plaça le sien dans un autre, tout à côté. Il était à craindre, vu l'exaspération des troupes polonaises, que l'inimitié entre les deux nations n'amenât un conflit immédiat; mais les deux généraux vivaient en bonne intelligence. Ils parvinrent à maîtriser le mécontentement et la haine des deux armées. Un gouvernement provisoire, pour le département de Krakovie, fut installé par Poniatowski. Le prince Henri Lubomirski en fut nommé président, le général Sokolniçki fut nommé commandant de Krakovie; le général Hebdowski gouverneur militaire de la Ga7 licie. Mondet se retira sur la Silésie autrichienne et campa près de Biala. Galytzine , dont l'armée s'avançait lentement, à la suite de Souvaroff, établit son quartier général à Bochnia.
Le 16, le prince reçut communication de l'armistice conclu à Znaim. D'après les stipulations de cette armistice, les armées belligérantes devaient rester dans les positions qu'elles occupaient au moment où il avait été arrêté *. Si Poniatowski n'eût pas été entravé par la ruse et les connivences secrètes des Autrichiens et des Russes, il se 'fût
• V. Pièces Justiflcalives, XYU.
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déjà trouvé sur la route de Vienne, et se fut tout au moins emparé de Wieliczka et de ses riches salines, tandis que dans l'état des choses présentes, il devait s'estimer heureux d'avoir déjoué les trahies des ennemis de la cause polonaise * et d'occuper Krakovie.
Pendant que les Polonais chassaient les Autrichiens devant eux, il s'était passé de grands éténements sur le Danube. Napoléon franchit le fleuve dans la nuit du 4 aii 5 juillet , à la tête d'une armée formidable, sans éprouver de résistance. L'archiduc Charles, averti de la concentration des troupes françaises dans l'île deLobau , s'était mis en mesure et avait ordonné à l'archiduc Jean de le rejoindre. Dans lès journées du 5 et du 6 eut lieu la grande bataille qui porte le nom de Wagram , nom qui est celui d'un village auquel s'appuyait le centre des Autrichiens ; après une lutte de deux jours, la victoire resta à la grande armée. Les deux partis comptèrent chacun environ 24,000 hommes hors de combat ; mais les Français firent 20,000 prisonniers. Vivement poursuivi par Napoléon, l'archiduc Charles se retira sur la Bohême. Arrivé à Znaim, il demanda une suspension d'armes, et les hostilités cessèrent.
H nous reste à rendre compte des opérations de Strzyzewski en Podolie. Cet officier, parti le 29
* L'occupation d'une plus grande étendue de pays avait nonseulement une grande importance , sous le rapport militaire, mais elle en avait une plus grande encore sous le rapport politi-> que ; car e -est sur cette occupation . qu'on deyxât se baser vbmtIq traité de paix.
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mai de Léopol avec un escadron du 3"^ régiment de cavalerie, se dirigea sur la Bukowine et occupa successivement Zborow, Buczacz , lazlowieç et Tluste. II établit dans toutes ces villes des comr mandants de place, auxquels il laissa des piquets de cavalerie. Le pays, libre d'Autrichiens et animé par sa présence, put s'abandonner aux sentiments qui remportaient. Tout s'arma de faux , de piques et de fusils de chasse; tout accourut au devant de la colonne libératrice. Ûans le cercle dç Bnezany, Aloïs Cikowski , qui avait autrefois servi dans les hussards autrichiens, réunit un escadron de cavalerie qu'il équipa à ses frais j - Joseph Novviçki se mit à la tête des gardes-chasse de la terre de Brzezany, propriété des princes Lubomirski,. 4oiit il était économe général, et en forma une compagnie de chasseurs à pied.
iSjtrzyzewski se présenta le 8 juin devant Zaleszczyki , chef-lieu du cercle de ce nom. Un bata^opi d'infanterie autrichienne s'y était retranché ; il ne put y pénétrer. Zaleszczyki , situé à la ^^iyc^ gauche du Dniester, est la dernière ville gahcienne sm* cette partie de la frontière ; un pont de bateaux la hait à la rive droite du fleuve et facihtait les pommunications avec Czernowitz , capitale de la' ^utowine, où le général Biking réunissait un cprpfi^ considérable. Strzyzewski sentait toute Fimportmtce d'une telle place, mais d^ué d'iafantetie, il ne pouvait s'en rendre maître ; il prit ppsitioftèii^mittan^ village placé à quelque ^bfta«ee^
EN POLOGKB. ^f^
et attendit que l'insurrection lui envoyât def gecours. Ses espérances ne furent pas déçues : il reçut successivement divers détachements de chasseurs à pied. Dwerniçki et Trzecieçki, cédant à l'ardeur guerrière qui les animait, passèrent le Zbrucz, le 10 juin, et lui amenèrent de la Podohe russe 400 volontaires bien montés et bien armés. Enfin, le major Rodkewicz arriva avec les levées en masse des cercles voisins. Strzyzewski se trouva ainsi à la tête de 250 hommes de cavalerie de ligne, de 400 volontaires à cheval et de 300 chasseurs à pied, soutenus par 4,000 homnies de levées en masse. D crut ces forces suffisantes et marcha le 18 juin, sur Zaleszczyki. Il donna au chef d'escadron Lanckoronski 30 cavaliers du S*' régiment, 70 cavaliers podohens et 100 chasseurs à pied ; il le chargea de passer le Dniester et de menacer Zaleszczyki sur la rive droite, tandis eue lui-même attaquerait cette ville par la rive gauche. Les levées en ma^se formèrent la première li^e : les chasseurs à pied et les volontaires à cheval podoliens la seconde ; la cavalerie de ligne tenait les ailes. Reçu par quelques décharges a mitraille^ il vit bientôt le désordre gagner sa première ligne '^ ses levées en masse perdirent contenancj^ et s'éparpillèrent dans toutes les directions.
H ne se laissa pas abattre par cet échec ; loin de là, il se maintint avec ce qui lui restait detroupçs et se prépai>a à attaquer la ville dès que Lai)çkoroiuJ(i engagé «uçjptrp rive^ Pï?p4r?îf ^^. è^^^)^^ i
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do». H ignorait que Biking se trouvait à Zaleszczyki , dè8 la veille, avec un corps de 3,000 hommes et quatre pièces de canon, que ce général avait amenés de Czernowitz,ce qui portait la garnison 34,000 hommes. Lanckoronski avait traversé le Dniester à la nage , à quatre heures du matin. Au point où il passa le fleuve, était un bois qui s'étendait vers la ville et se terminait par un taillis clair semé. Il le traversa, se porta à six heures sur le village de Swînice avec sa cavalerie, et embusqua ses chasseurs dans le taillis. Biking , alarmé par ce mouvement , détacha une forte colonne contre lui. iiançkoronski obligé de se mettre «en retraite, se replia en bon ordre, gagna le taillis, où ses chasseurs reçurent Pcnnemi à bout portant, et lui mirent bon nombre d'hommes hors de combat. Le terrain ne permettait pas à Biking de reconnaître les forces qu'il avait en tête, il les crut considérables, et Ée déploya. Hors d'état de se maintenir contre lei troupes qu'il avait devant lui, Lanckoronski repassa le Dniester à la nage, au point où il l'avait franchi , et rejoignit Strzyzewski , à onze heures. Celui-ci était vivement engagé. Aux premiers coups de fusil qu'il avait entendus, il avait marché sur les retranchements et les attaquait avec vigueur ; mais Biking, ue craignant plus pour la rive droite^ se concentra sur la gauche et présenta une masse de forces qui ne laissait aucune chance de succès. Strzyzewski regagna donc sa position deDzwipiacz, et s'y maintint jusqu'au soir. Il ne put néan-
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moins rallier qu'une partie des levées en masse, le reste s'était dispersé et ne reparut plus. Ce ne fut pas tout; le chef polonais y apprit, dans la nuit suivante , la retraite de Poniatowski et l'approche d'Egermann. Il crut devoir, de son côté, se replier sur Tarnopol. Il commença dans la matinée, son mouvement rétrograde et fut suivi par Biking, à la tête de 4,000 hommes, qu'appuyaient i pièces de canon. Il traversa Tluste, Czortkow, Budzanow, en longeant le Sered , [arriva le 23 à Janow, où il fut joint le 24, par Rozwadowski, qui lui amena 200 volontaires à cheval. Il continua sa retraite le lendemain, gagna Trembowla,^Mikulincé et Tarnopol , qu'il occupa le 27. Biking , passa à Janow sur la rive droite du Sered et tenta de ledevancer dans cette ville; mais Strzyzewski arriva à temps pour détruire les ponts qui liaient les deux rives, bordé sur ce point de marais impraticables. Au nord de Tarnopol est un lac de deux milles de longueur qui s'étend jusque près du village de Biala. Ainsi couvert, Strzyzewski se maintint dans sa position et eut le temps d'y rallier di^rents détachements. 300 chasseurs à pied, 50 volontaires à cheval, et enfin, 100 chevaux du l*" régiment de cavalerie, que lui avidt envoyés le prince Poniatowski, an moment de sou départ de Pniow, $e réunirent à sa colonne. Se trouvant ainsi à la tête de 1 ,500 hommes , sans compter les levées en masse , il se crut assez fort pour reprendre l'offensive. Il laissa un détachement:
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aux ordres de Rozwadowdu à T^^ i^opol 9 et ^ ipit en marche, le 1" juillet, par Biala. D tourn^ le lac , et vint prendre, dans la soirée , position sur la rive opposée du Sered , en face de Zagrobela.
La nuit suivante, un sous-offîcier du 1^^ de cavalerie nommé Yaszczalt, feilUt enlever le général Biking à son quartier général. Ce brave soldat tourna le camp ennemi, à la tête de 20 cavaliers. \\ s'avança à la faveur de l'obscurité, jusqu'au milieu 4u village, mit pied à terre, pénétra jusqu'au général et Tenleva avec un de ses colonels, l^tais, comme il les emmenait, un factionnaire donna Falarmei L'aventureux sous-officier fut obligé de lâcher prise et s'échappa en toute hâte sivec son détac^meçit. Malgré la disproportion des forces, Strzyzc^^vkî attaqua Biking, le 2 juillet à 4 heures du matin, spn corps était partagé en trois colonnes ; la première, aux ordres de Rozwadowski, s'avança de Xarnopol ; la deuxième, sous les ordres de Strzyzevvski ,, se mit en mouvement de Kutkowçe 4 I9
troi^ème piarch^ d'abord sur Janowk^, et ^p rabattit ensuite à gauche ; toutes trois se dirigèrent sur Zagrobela ; le corps de Biking surpris , eut à peine le temps de prçndre les arpi^s lof fqçi'il fqt attaqué. La cavalerie polonaise fifc 4w prp- 4iges de valeur, celle de Ugne et de noiivelies levées rivahsèrent de zèle. Elles changèrent la cavale* rie autrichienne, la rompirent et se jetèrent sur Viq.ffinterie qu'elles enfoncèrent également. Lps çbaiç-
«fçx^ iioytiçirent ces at^qu^ par ^ f?\» fei^ diïîgî.
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Biking chassé de Zagrobela et poursuivi avec vigueur, se replia à 9 heures sur Mékulence, Strzyzewski le fit suivre par un détachement de cavalerie, et rentra, avec le gros de ses forcés, à Tamopol qui venait d'être occupé par un escadron de cavalerie russe, et dont il voulait constater la prise de possésion par les Polonais. Les Russes cherchèrent à l'éconduire, comme ils avaient cherché à éconduîre la colonne qui se présenta dev^t Krakovie ; mais il ne se laissa pas imposer, et pénétra dans la ville. Il fut rejoint à Tarnopot par l'arnowskî , qui lui aiiiena 200 chevstux de nouvelles levées , et par ftyszczewski avec 150 cavaliers et 300 chasseurs à pied. Le 4 juillet , il se mit à la poursuite de Biking : il l'atteignit près de Trembowla et le força de se retirer sur Chorostkow, Il ne cessa de le harfîeler, et lui enleva différents détachements.
A la même époque, un corps de 3,000 Autrichiens , aux ordre du général Kesler, qui faisait partie de la division de Merfeld , avait franchi le Dniester à Halicz et s'était emparé de Brzezany , cheflieù de cercle. Strzyzewski ne pouvant détacher contre ce général dés forces considérables , dut se contenter dp le faire observer par l'escadron dernièrement formé par Gkowski et par un détachement de chasseurs de nouvelle création. Harcelé par ce^ corps Kêsler n'osa^pousser plus avant, et ne songea plus qu'à se maintenir à Brzezany; de son côté Biking, qupique éloigné de trois marches de ce chef.
voulut le rejoindre ; il laissa à Chorostow une forte arrière-garde , et franchit le Sered à Budzanow. Strzyzewski s'apercevant qu'il n'avait plus devant lui qu'un bataillon autrichien, l'attaqua aussitôt et Fenlçva tout entier. Ce coup de main consommé, il se mit à la poursuite de la colonne de Biking , il la joignit et la poussa en désordre sur Winiawka. La troupe était exténuée de fetigue; Biking se saisit d'un convoi de sel, et formant les charrettes en carré, s'établit derrière cette espèce de retranchement. Les soldats manquèrent d'eau, et voulurent en chercher au village de Winiawka. Les chasseurs polonais en défendaient les accès ; la chaleur était extrême, hommes et chevaux furent bientôt livrés au tourment de la soif.
Strzyzewski renforcé par 700 chasseurs que lui amena de Bursztyn, Skarbek , les pressa plus vivement, et le brave Dwerniçki à la tête de 50 cavaliers, leur enleva un détachement qui cherchait à les rallier. Un officier d'ordonnance expédié au général Merfeld, pour lui demander du secours, fut ramené par une patrouille. Les Autrichiens perdirent courage ; les non-combattants, qui, depuis la veille, ne recevaient plus aucune distribution d'eau, étaient en proie à la plus grande détresse. Une foule de ces malheureux avaient succombé à la soif. Une vivandière s'évanouit et mourut bientôt / après , mais n'expira qu'après avoir vomi un torrent d'imprécations contre le général ; les soldats s'attroupèrent autour d'elle, et ne purent résister à cet af fireux
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spectade; ils s'emportèrent en murmures, le mécontentement se propagea et menaça de tourner en révolte. Biking céda , une capitulation fut conclue qui stipulait que : les troupes autrichiennes ne garderaient que 200 fusils et 200 gibernes d'infanterie ; que le reste des armes , les canons, les chevaux seraient remis aux Polonais; que reconduit sous escorte à Czernowitz, il ne pourrait servir jusqu'à la paix ; que quatre heures après la conclusion de cette capitulation, le corps se mettrait en mouvement pour sa destination après la remise de ses armes et de son artillerie *.
Dans un rapport adressé par Poniatowskî à l'Empereur **, en date du 23 juillet, cette affeire est attribuée au colonel Ryszczewski, et à son régiment. Ce rapport , écrit sur de premières données, est inexact, et la justice exige que les feîts soient rétablis dans toute leur vérité. Le colonel Ryszczewski, ainsi que Tzeciecki, Tarnowski et RozwadoWski, qui comme lui , formaient à leurs frais de nouveaux régiments de cavalerie, étaient présents à l'affaire de Winiawka avec leurs corps ; mais aucun d'eux n'avaient encore l'expérience du commandement, et tous ne jouèrent qu^un rôle secondaire dans cette expédition. Strzyzewski en était le chef; c'est à lui que doit revenir la gloire dé ce brillant feit d'armes.
Après l'affaire de Winniawka, Strzyzewski
* K pièces jualificatives, XVllI.
* r. Pièces iustiflcatives, XIX.
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marcha contre Kesler ; mais celui-ci n'attendit pas «on arrivée , dès qu'il eût appris le désastre de Biking, il quitta Brzezany et se porta par Rohatyn sur Hâtiez , où il traversa le Dniester. Strzyzewki se porta sur le fleuve et quoiqu'il sût que Merfeld, qui /^yait rallié Egermann^ près de Stanislawow, avait 8,000 hommes sous la main, il ne craignit pas de le joindre. Il occupa , le 20 , Mariampol , et la nuit ^^uivantCi il fit traverser le Dniest^ à l'escadron du 3" de cavalerie. Il se proposait de le franchir lui-même le lendemain ; mais l'escadron du 3% ei^ s'avançant sur Stanislawow y se ^trouva en présence de forces ennemies si supéri/eures , qu'il dut se replier à la hâte. Pressé de toutes parts, il fut obligé de remonter le Bniçster, et ne parvint à le traverser qu'à )a faveur de la nuit et à la nage. Merfeld prit {>osition vis-à-vis de Mariampol mit douze pièces ^en bat-r teric et fit feu sur la ville. Strzy^ewski n'en avait que quatre qu'il avait enlevées à Biking j et pas un artilleur exercé; il ne se découragea pas néanmoiqs^ dénué de. projectiles^ il fit ramasser les î^oulets autrichiens, et les renvoya sur la rive d'où ils étaient ymus. Là nouvelle de l'armistice 'survint au milieu de cet engagement : les hostilités cessèrent.
Dès que Strzyzewski parut sur le Dniester^ Finsurrection éclata partout ; elle s'étendit dans les Carpathes, et se propagea jusqu'aux frontières de Hongrie. Quelques patriotes zélés se mirent à la tête des montagnards. Le capitaine Kopefsty nski tefjfes frères Siedleçki, se signalèrent surtout par leur a^.
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dépendant , Merfeld parvint à contenir le inouveinent. Les deux firères Siedleçki furent tués dans leiirs terres , en se défendant bravement. Kopé^ tyiîski fut pris, jugé et fusillé. C'était 'un homme qui jouissait d'une grande considération; aimé, estimé de tous^ il périt pour sa patrie et emporta les regrets de toris les amis de l'indépendance nationale. Merfeld absent de Stanislawow , loré de Fexécution^ ne eâc^a p«f I0 méeoiktientement qu'elle lui causait. Sa femme, obligée de ftiir de Leopol, et se rendant avec ses équipages à Stanislawow , avait été arrêtée par un détachement de partisans galiçiçîwjeliel^ut traitée avec Içs plus grands égçirds, ne perdit que les papiers et les cartes du général, e|. fii^ repvoyçe ayec un sauf-copduit , au-delà du Dniester* Merfeld fut sensible à ce procédé ef ^'apprit pas saiis chagrin la rigoureuse manière dont Kppestjnsk ^vait été traité.
^ Pendâfit l'arniistice , Strzyzewski iretounia à T^Jio|)ol ; les canons qu'il avait conquis furent enyoyés à Zamosc, et les quatre régiments de qavp-^ lerie pçdolienne , mis en cantonnement sur la frontjwère de l'empire ru^e, où ils complétèrent leut fprjoiation et furent encore rejoints par plus de 500 Yçlofttairçs , qui passèrent le Zbrucz , malgré la défense du gouvernement moscovite, et portèrent ees noii^veiiux corps au gra^d complet.
Pendant son séjour à Krakovie , Poniatowski se voua aux soins de l'organisation desl^wi^s qtii étaient sous ses ordres ; û passa de ftômbteàses
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revues, distribua des croix d'honneur, fit des4[)i^* motions et pressa l'instruction des nouveaux corps. La Pologne avait alors deux armées distinctes/, celle du duché, qui se montait vers la fin d'octobre à :
28,367 1 .... . ' hommes d'infanterie.
( . 5,M8 «••..'• id. . cavalerie.
2,620 id. . dartillçrie.
TotaL . . 36,805
fit l'armée Ikance-fltftce, ()ui avait :
16,583 ' * '; * d'inCaoterie* ^ :
8,610 .....' chevaux.
total. . . 25,193 hommes*.
Total. . . 62,088, de toutes les forces polonaises ;
* dont 52,192 se tràuvaient en Pologne et 9,896 à rétrangèr.
Mais Tarmement des troupes'n'étant pas complet, PEihpereur envoya en Pologne vers la fin' de septembre, sur la demande de Poniatowski, 20,000 fusils tirés des arsenaux des places de la Prusse *. ^ Malgré la conclusion de l'armistice, les hostilités Continuèrent en Tyrol ; ce ne fut que vers la moitié du mois d'août que les Autrichiens en furent i;hassés par Lefébvre et que cette province fut dëfinitiveriient soumise aux Bavarois. A la fin de juin,* le général autrichien Kinmayer avait pris le commandant des forcés autrichiennes en Franconie et en Saxe, et réuni sous ses ordres les corps d'Amande, d'Am-Ende et du duc de Brunswick, qui
i .* F. Pièoeslastîftcatives, XX.
* y. Pièces jost^acatives, XXI. .
£11 ffOLCMHC. 337
s'dievaient à environ 15,000 hommes. Junot et k roi Jérème lui étaiem oppcMés* U battit le premier et le forçaà se retirer sur Amb^ ; il marcha ai* suite ocmtrê le second, et le contraignit àse replier sur Erfurth. Cependant Kinmayer, ayant appris la oondusioa de l'armistice de Znaim , r^tra en Bdbéme. Le seul duc de Brungwi<^ refusa de po^ ser les armes, et ne craignit pas d'entreprendre un mouvanent hardi vers le nota , quoiqu'il n'eut avec lui que 4,000 hommes. Il vrâlait se léunir ' aux Anglais qui avaient débarqué à Kuxhawen, et insurger le pays. Bnmswick battit les Westpha* liens , rentra dans son duché ; mais, entouré par dès forces sujpmeures , il ne put s'y soutenir ; il s'en^barqua à l'embouchure du Weser, le 7 août, etse réAigia dans File de Efêligoland où il se main*' tint jusqu'à la paix.
Depuis la ratification de l'armistice par l'emp^ reur d'Âutridie, le 1 8 juillet, des négociaticms pour la paix euraat lieu à Schœnbrunn. Là, devait ae décider le sort de l'Âutridie. Elle était, pour ainsi dire , livrée à la discrétion de Napolécm., mais il ne pouvait opérer sa destruction sam s'attirer l'ini^ mitié de la Russie et peut-être même une guerre immédiate avec cet empire, guerre qui eut sans doute amené une rupture avec la Prusse et une coalition de toutes les grandes puissances europé^mes contre la France; il conserva donc à l'Autridie une existence politique, et se contenta de l'affeiblir en lui enle^«nt une partie des provinces que le sort de la guerre
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avait fut tomber en 8oa pouvoir. Les Polonais pou- Tttient espérer de recevoir pour prix de leur courage et des services éimnents qu'ils avaient rendus à Napoléoii , un accroissement cOMidérable de territoire. Mais ils craignaient les instigations et les intrigues de leurs ennemis. N'^ant pas» représentés aux confièrences de Schœnbrunn, ils voulurent au moins plaider auprès de Napoléon 9 la cause de lem* patrie : IgMce Potoçki et Thadée ' Matiisiewiç , le premier ci-devant grand juaréchal de Lituanie , et le seccmd , membre du gouvernement provisoire de Gabde, hommes distingués et patriotes zâés , se rendirent au quartier général impérial) où ils trouvèreàt le gén^l Bronikowski; tous .trois cberehèrent à mettre les circonstances àpiôfit, tous trois fkent à FËmpereur les représentations les plus vives. Mais .quelles que fiissent les bonnes dispositioiis de ce prince y il ne put nfcomr au duché que les pays occupés par les troupes polonaises ^ il lui fut impossible de rien obtimir au delà.
Le traité conclu le 14 octobre , contenait un ar^ tidé. ainsi conçu ^
- « S. M. l'empereur d'Àutridie cède et abandonne à S. M. le xoi de Saxe, pour éUre réuni au dndié de Yàrsovie , toute la Gali^ occidentale ou naavdSe Cîalicie , un arrondissement autour de Krakonir, sur la me droite de la Vistule y qui Bera ci^«près d^i^nniné , et le cende de Zamosc > danB la | Gohcie orientale. — L'arFondissement autour de
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JKjr&kovie, mr la me draile de la Yûtuley ^n avant de Pôdgarce , aurii partout pour rayon la distanœ de Podgorze , à Widiczka ; la ligne de danaroatiCHi passera par Wieliczka , et s'appuiera à Touest sur la Skawina , et à l'est sur le ruisseau qui se jette dans la YiAule à Brzegi. — Wieliezka et tout le territoire des mines de sel appartiendront en commun à l'empereur d'Autriche et au roi de Saxe ; la justice y sara rendue au nom de r^mitorité municipale. Il n'y aura de troupes que pour la police, et elles seront des deux nations en égal nombre; — Les tels autriclnens de WieHcdca poinn'ont être transportés :sur la Yistule, à travers le duché de Yax^vie, sans être tenus à aucun drc^t de péage. Les grains provenant de la Galieie autridâoane pourront être exporta par la Yistule. — H pourra être fait, entre S. M. l'empereur d'Amriche et S. M. le roi de Saxe , une &atidn de limites, tdle que le San, depuis le point im il loudie le cerde de Zamosc jusqu'à son confluent dans la Yistule , serve de limite aux deux Etats. i>
La Russie reçut aussi le cercle de Tamopol pour prix de sa coopération , ou plut6t de sa neuixalité. Des commissaires furen); nommés de part et d'autre pour établir la ligne de délimitation : pour le grand^duché , c'étaient les g&iéraux Pelletier et Rozniecki, et lé prince Henri Lubomirski ; du côté de l'Autriche , les généraux Mayer .et YVurmser. La partie des deux Galieies assurée par
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ce traité au duché forma quatre uoureaus: départeineut;^ : ceux de Siedlce , Lublin ^ Radom et Kr»* kovie. La conatituticm de ce pays fut étendue à ces nçnveam territoires ^ et cinq milhims de Polonais avaieiit dés lors reconquis leur indépendance.
Les évéfUsnoMiti dont nous. présoitons Tesquisse attesteat de quels ef£Drts , de cpiels sacrifices la nation .pokaiaise est capabia; Entrée dans la lutte avec Sa^yOOO cprabajttants ^ dk va toujours grossissam ses . folies , et , malgré . la consommation du champ de IpiaitaiJle, maigre les entraves qui s'opposent à son ébn, elle ççmçifi 52,000 hommes sous Tes dra^ pe^x, qufind ]a :piii;i^ vimtiermer Farène. de dé* veloppie^^t lie forces dans des circonstances si dé%iy<H^iil4es étstit énorme^ mais k patriotisme sup^ pléa a tont^ Le trésor était, vide , les dons vblon* taires, le reiiqdirent. Les arsenaux manquaidfit d'ai>fneS|Jes £aux , les piques , les fusils de chasse eau tinrent lieu. H n'y avait qu'une artillerie insufifî* santé, Tarmée. s'en procura sur les champs de bataille **Til^ nouv^ux corps se formèrent de toutes parts y d,e toutes parts Téhte de la nation cotirut aux armes. Les citoyen les plus opulents , eeux qui avaient le plus à pc^rdrç, furenteeux qui montrèrent le plus d'abandon. Les habitants du duché qui
* Le nombre des pièces prises par Tarmée polonaise, dans cette guerre , se mentait à 6S.
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venaient de recouvrir leur indépendance , ceux de la nouvelle Galicie , tombés par le dernier partage de 1795 soiis la domination étrangère , ceux enfin de la vieille Galicie, qui depuis 1772 faisaient partie de Fempire d'Autriche, tous montrèrent le mâne patriotisme, le même enthousiasme. En vain "une armée russe s'avance, plutôt pour paralyser les efforts des |)atriotes , que pour combattre T Autriche; le dévouement polonais triomphe de ces entraves, et ]e gouvernement russe voit des centaines de volontaires passer la frontière defempire, nialgré les défenses les plus rigoureuses, et rejoindre les Galiciens. CTetait certes, un beau spectacle que celui d'une nation qui, abandonnée à ses propaces forces, entourée d'ennemis, attaquée par une armée aguerrie et supérieure en nombre , accepte le danger dans toute son étendue \ et nonseulement défend ses frontières, mais' refoulé l'ennemi et étend aes conquêtes sui* son territoire. En vain 60,000 Autrichiens se {«résultent successif veillent sur le champ de bataille*; là moitié périt bu posa les armes ; l'autre, humiliée, vaincue, ne regagne qu'avec peine la frontière d'Allemagne et de Hongrie. Ces efforts , ces sacrifices , n'étaient pas les seuls que faisait la Pologne à cette époqiie : 18,'000 Polonais combattaient simultanément- en Espagne,
* L'armée de l'archiduc comptait 40,000 hommes au moment de l'ouverture des hostilités ; 6,000 hommes de renfort loi arrivèrent de Hongrie et de Bukowine, et sur les 20,000 recrues qu'il leva 16,000 Galiciens renforcèrent srs rangs.
3iâ CA.>IPAG1«£ DE 1809^
en Allemagne , ou formaient les garnisons des places de la Prusse^.
Après Féchec d'Esling , Napoléon dut suspendre ses plans et réunir de nouvelles forces avant de re<^ pr^ridre TofiGensive. L'Allemagne et Tltalie étaient agitées, des insurrections éclataient de toutes parts, et de toutes parts la coalition accourait et leur prè^ tait main-fortâ. Les (derrières dé la grande armée étaient menacés ; la Prusse s'apprêtait à reprendre les armes; la Russie, alliée déloyale, n'attendait que le moment pour éclater. De tous c6tés grondait la tempête. Ferdinand, mattre de la moitié du duché , s'était avancé vers les fttmtières de Prusse, pour donner Timpulsion à cette masse de mécont^its ; mais les Polonais avaient marché sur le San > les Gahciais s'étaient levés, les places fortes qui défendaient le pays étaient ailevées , et Poniatowski avait pris position sur les derrières de Tarmée autrichienne, tandis que Dombrowski et Zaionczek se préparairait à l'attaquer de front. L'archiduc est forcé à la retraite, il est forcé d'abandonner le duché et de renoncer au projet de joindre les mécontents du nord de l'Allemagne et de donner l'élan à l'insurrection. Le service rendu par les Polonais était donc éminent, et Napoléon ne chercha pas à le méconnaître ; loin de là, il le vantait, l'exaltait lui-même , et n'en désirait que plus vive-
* Y compcis la légion de la VtsUile, composée de trois régiluenls d'inranterie et d'un régiment de cavalerie, et le régiment <le la garde polonaise qui accompagnaU Napoléon.
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ment de former un Ëtat puissant sur les bords de la Yistule. Mais ses intentions sont enchaînées par les circonstances. Il venait de faire l'expérience de ce que valent les alliances ; l'Angleterre , victorieuse dans la Péninsule, préparait des descentes sur le continent. Il dut temporiser avec la Russie, ajourner la restauration d'un peuple dont il estimait le courage et la patriotique constance. Les Polonais n'obtinrent, par le traité de Schœnbrunn, que le territoire qu'ils avaient conquis par leurs propres armes ; mais, en revanche , ils purent se féliciter d'avoir rendu d'imminents services au souverain qui était leur plus sur ami , leur allié naturel , qui devait apprécier leur importance politique , être résolu à relever leur patrie , et à regarder désormais la Pologne comme la clef de voûte sans laquelle son vaste empire ne pouvait avoir de durée.