‹ Relation des réjouissances à RouenChapitre 4 sur 7 · ZIZ · texte numérisé non relu

ZIZ

Il est aussi à noter que ce décor lumineuz u'était point disposé à terre, sur le sol de la rue delà Grosse-Horloge, comme nos modernes et éphémères arcs-de-triomphe. 11 était dressé sur un plancher « au-dessus de l'arcade de la Grosse-Horloge », sur une sorte d' a échaflaud », auraiton dit an Moyen- Age, qui laissait le passage libre. Cette décoration lumineuse, ainsi perchée sur uue estrade, avait près de- vingt mètres de hauteur. C'est parce qu'il n'y avait point de place devant rHôtel-de-Ville qu'on avait ainsi posé « l'illumination coutre le cadrau de THorloge ». On peut même croire que cette décoraliun était disposée sur la façade Kst, du côté où se trouvaient les bâtiments de l'Hôtel-de-Ville. Plus tard, sous la Révolution, on improvisa — mais de l'autre côté ^ toute uni' décoration de (été également adossée à l'arcade de la Grosse-Horloge.

Les décorations particulières des maisons usaient d'une façon plus restreinte des mêmes modes d'illumination. C'étaient les lampions à huile, les terrines disposées en ifs, en pyramides, en soleils, qui eu fournissaient les éléments principauz. Telles furent les illuminations do M' de Colmoulins, avec flambeauz de cire blanche, à son Hôtel de la rue des Bons-Enfants ; de M. de Valiquervillo, avec soleils et dauphins, rue du Château ; du Palais archiépiscopal, dont furent seules illuminées la grande porte et la tour centrale ; du Vieuz-Palais ou toutes les tours et les murailles furent garnies de lampions et où furent donnés un repas sous des tentes dressées sur les terrasses et un bal populaire ; du Grenier à sel, nouvellement

construit à Saint-Seyer, sur le quai ; de M. Goutart, commissaire général des poudres et salpêtres, dont la maison fut illuminée d'étoiles, de pyramides, de fleurs de lis et d'inscriptions ; du Prieuré de Bonnes-Nouvelles, où avait été dressé un arc-de-triomphe à trois façades. On cite aussi comme très curieuse l'illumination d'une maison de Saint-Sever, décorée d'emblèmes^ de tableaux transparents dont l'un représentait « plusieurs poissons enfermés dans un filet au milieu de la mer et délivrés par un Dauphin qui, d'un coup de queue, rompt les mailles du filet ». C'était une allusion au propriétaire de cette maison qui était alors échevin, mais qui venait d'être délivré comme prisonnier sur les cêtes barbaresques. Une inscription latine soulignait cette allégorie : Nato delphino libertcu omnimoda. D'après la liste des Echevins, nous croyons que cet ancien prisonnier était M. Claude Addée, le seul qui soit indiqué à cette date comme demeurant a hors le pont ».

En dernier lieu, on remarquera ce goût alors si répandu des devises et des vers, exclusivement latins, employés dans la décoration, aussi bien à Rouen que dans toutes les autres villes du Royaume. C'est une preuve nouvelle que le latin était encore alors compris d'un grand nombre de personnes lettrées. Toutefois notre relation en fournit la traduction.

Tel est l'ensemble des remarques que nous a paru comporter le récit des cérémonies qui accompagnèrent la naissance du Dauphin à Rouen et qui nous initie aux réjouissances et aux mœurs populaires du xvin* siècle.

GiORGBS DUBOSC.

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