SIÈGE DE CAMPO-MAYOR
Badajoz s'étant rendu, le duc de Dalmatie, général en chef, envoya la cavalerie de réserve en Portugal, pour disperser les partis qui s'y étaient formés des débris derarmée deMendizabal, et protéger en même temps le ravitaillement de la place. Informé que Campo-Mayor ' avait une faible garnison et un assez bon matériel en artillerie, il conçut le projet de s'en emparer pour ôter ce boulevart aux alliés, continuer de faire une diversion en faveur du prince d'Essling, et remplacer à Badajoz un grand nombre de canons de gros calibre, mis hors de service par le feu extraordinaire que les Espagnols avaient maintenu pendant tout le siège : il pi*éjugea que Wellington, instruit de la chute de cette place, ralentirait la marche de ses troupes, et qu'il aurait le loisir d'ac€iomplir ses desseins avant leur arrivée.
Après avoir ainsi reconnu que le tettips et les moyens pour réduire Campo-Mayor étaient suffisans, et qu'il était important que cette forteresse fut prise, le général en chef donna l'ordre au ma-
' Place de guerre située à trois lieues N. 0. de Badajoz.
lao SIÈGE DE CAMPO-MATOR.
réchal duc de Trérise d*en faire le siège avec une partie des troupes du 5* corps, 600 hommes de ca» Valérie et l'artillerie qui avait servi à soumettre la capitale de TEstramadure. Les colonnes destinées à cette expédition se mirent en mouvement le i4 mars au matin, et arrivèrent le même jour devant la place; le maréchal, accompagné des officiers du génie, en fit aussitôt la reconnaissance, et l'on jugea qu'elle avait six ou sept bastions entourés de chemins couverts , présentant deux pointes , l'une à l'ouest, sur un terrain élevé et occupé par un château assez fortement constitué, l'autre au sud'-est formée par un bastion à un seul flanc, le plus. aigu de tous, et couvert à aSo mètres en* viron par un ancien ouvrage à cornes en terre , que le Gouverneur n'avait pas jugé à propos d'occuper; œ dernier point saillant fut considéré comme le plus faible, et 6elui qu'il convenait d'attaquer; en conséquence le maréchal décida qu'on s'établirait dans cet ouvrage à cornes, et que l'attaque partirait des extrémités des fossés des deux branches *. Sur ces entrefaites le duc de Trévise reçut un rapport du général Latour-Maubourg, qui s'était avancé jusqu'auprès d'Alburquerque dans la haute Estramadure, à travers un pays très-accidenté , peu propre à des mouvements de
' Les régîmens d*infaDterîe établirent leur camp au sud et au nord y la cavalerie compléta Tinvestissement^
SIEGE DE CAMPO-MAYOR, lai
cavalerie; qu'étant parvenu jusque 80U3 le canon du fort de cettje ville , il s'était assuré que ce fort était occupé par une garnison qui annonçait l'intention de se défendre; qu'en outre il paraissait bien fortifié, d'un accès difficile, et qu'il pensait qu'on ne pourrait le réduire sans infanterie et sans artillerie. Ce rapport détermina le maréchal à détacher le loo* régiment de Ugne avec deux pièces de canon de montagne sous le commandement du colonel Quiot, auquel il adjoignit le capitaine du génie Lefaivre, pour marcher sur Alburquerque ; cette colonne partit le 1 5 au matin, et arriva en vue du fort vers deux heures après midi. Tout en disant des dispositions pour Tinvestissement , lé colonel Quiot envoya le capitaine Lefaivre, avec deux compagnies de voltigeurs^ pour faire la reconnaissance d^ ce fort et avoir des nouvelles de la. cavalerie de réserve ; cet officier s'avança jusqu'à portée de fusil deis fortifications , très-étonùé de ne point apercevoir de postes, lorsque cinq dragons, sortis d'Âlburquerque, lui annoncèrent que l'enntemi l'avait évacué; immédiatement après le général Latour- Maubourg informa le colonel Quiot que la seule présence de la cavalerie de réserve avait répandu l'alarme dans toute 4a contrée, et qu'à la sollici^ tation des habitans qui avaient craint un }>ombardement et toutes les calamités d'un siége^
laa SIÈGE DE CAMPO-MAYOR.
le commandant du fort s'était décidé à l'abandonner.
Le lendemain 1 6 , le général renvoya le colonel Quiot et ses troupes devant Campo-Mayor, où diles reprirent dès le soir même leurs bivouacs. Avant le départ, le capitaine Lefaivre examina les fortifications, qu il t|7ouva en bon état, et capables de résister avec une poignée de braves aux attaqués régulières d'un siège. Le général Latour- Maubourg fit ensuite démanteler ce fort , et rejoignit également le maréchal devant Campo-Mayor.
Revenons au siège de cette place. Pendant la nuit du 14) le capitaine du génie Andouaud, avec 3oo travailleurs , ouvrit un boyau dans le glacis du fi^ontde l'ouvrage à cornes, pour communiquer au fossé des branches , et fit f^ire aux extrémités , près de la gorge , deux traverses pour en masquer l'entrée; à droite de cet ouvrage, à 4o mètres etnrij^on, on commença une batterie de six pièces de a4 pour battre en brèche la face gauche du bastion aigu (dit do Concelho), dont la maçonnerie était vue par-dessus la crête du glacis, à une distance de i6o mètres *; plus loin sur la droite, à 200 mètres environ, on éleva un parapet, en avant d'un chemin creux, derrière lequel on plaça un gros mortier et deux obusiers
* Cette batterie de brèche était commandée par le capitaine d'artillerie Gnirot.
SIÈGE DE CAMPO-MAYOR- ia3 de 8 pouces; cette deuxième batterie enfilait la ville dans sa plus grande longueur; enfin une troisième batterie, de huit petits mortiers, fut établie dans le fossé de la branche droite de l'ouvrage à cornes : ces deux dernières commencèrent à tirer dès la première nuit de tranchée '.
Dans la journée du 1 5 , on perfectionna les^ ouvrages entrepris, et on continua de travailler avec activité à masser la batterie de brèche; les deux autres batteries ne cessèrent point de tirer, quoi-» qu'elles fussent très*inquiétées. par le feu du^cbâteau qui les plongeait aveo avantage. A quatre heures du soir, le capitaine du génie ÂmiUet monta la tranchée, et fit ouvrir un boyau en forme de parallèle à la gorge de Vottvrage à cornes; la batterie de brèche fut continuée, et les deux autres tirèrent une partie de la nuit sur la ville : •l'ennemi riposta vivement, mais son feu ne nous fit que trèfr-peu de mal ; au jour on perfectionna les ouvrages entrepris. «
Le i6, la batterie de brèdié fut achevée^ elle tira dans la matinée contre la face^ gauche du bastion do Concelho ; vers une heure après-midi , le maréchal envoya sommer la place par le.ehef de bataillon Hudry; le gouverneur ne vouUnt entendre aucune proposition , le feu de nos bat-
' Ces deux batteries étaient commandées par les lieutenans Hamelin et Bursi. . . , .
ia4 &1ÉGE DE CAMPO-MAYOR.
teries continua toute la journée ; vers le soir le capitaine Lefaivre, avec i5o travailleurs, déboucha de la gauche de la parallèle et poussa pendant la nuit un boyau de 60 mètres en avant de la batterie des petits mortiers, au jour il le fit perfectionner, et l'artillerie continua son feu pendant toute la journée du 17.
Pendant la nuit du 17 et la journée du t8, le capitaine Andouaud ne fit que réparer les ouvrages dégradés par le feu de la place et perfectionner ceux entrepriis la veille.
Dans la nuit du 18, le capitaine Amillet fit pro«longer de 4o mètres le boyau commencé le 16 au soir; le feu des batteries continua avec vivacité de part et d'autre pendant toute là journée du 19; le soir le capitaine Lefaivre ouvrit , à la sape volante, un nouveau boyau , en retour du premier , de 12O mètres environ de longueur, dirigé sur la capitale du bastion doConcelho et aboutissant à 3 mètres de la crête du chemin couvert de ce bastion; ce travail fut exécuté avec beaucoup rde célérité, malgré le feu des assiégés, qui dura toute la nuit; au jour la batterie de l^rèche recominença son feu avec une nouvelle vigueur, et acheva de faire écrouler le revêtement, sur une longueur d'environ vingt mètres.
A une heure, la brèche paraissant praticable , le capitaine Iliefaivre voulut s'en assurer ; dans ce but
SIÈGE DE CAMPO-MAYOR. ia5
il se glissa du dernier zigzag jusque dans le chemin couvert où était un pan de mur derrière lequel il s'abrita pour la reconnaître; en ce moment deux jeunes officiers de grenadiers du loo* régiment, dont le bataillon était de garde à la trancbée, le joignirent derrière le mur, le capitaine x Lefaivre leur fit remarquer qu'il e:Kistait à la contrescarpe, vis^à-vis la brèche, un talud en terre, qui ressemblait à une ancienne descente de fossé, par laquelle il paraiissait qu'on pourrait aiTiver jusqù'iaux décombres , sans difficulté : ces deux officiers , plus audacieux que prudeus , ne consultan t que leur courage, voulurent aussitôt gravir la brèche, mais le capitaine Lefaivre les arrêta pour avoir le temps de réunir ses travailleurs, d'avertir l'artillerie et le commandant de la tranciïé^ pour les faire appuyer; à peine était-iljentré dans le boyau , qu'il aperçut les deux officiers sut la brèche l voulant alors profiter du moment, il s^élànça dans le fossé avec ses^travailleurs, pour monter à l'assaut; mais ce mouvement, qui ne put se faire sans bruit , donna l'éveil aux assiégés : plusieurs coups de canon à mitraille partirent à rihstant et renversèrent 5 à 6 hommes de la petite coton Aé assaillante, qui, mal organisée et nullement soutenue, fut forcée de rétrograder. Ainsi cett^ tentative, qui aurait infailliblement réussi si le capitaine Lefaivre avait eu le temps
iîi6 SIÈGE DE CAMPO-MAYOR.
de réunir les gardes de la tranchée aux travailleurs, échoua par trop de précipitation de la part des deux officiers de grenadiers.
Toutefois cette aventure intimida assez la garnison et les habitans, pour hâter la capitulation : Le maréchal en profita et envoya dans la place un nouveau parlementaire auquel le gouverneur promit de se rendre dans ^4 heures, s'il n'était secouru. On acquiesça à cette proposition et l'on perdit un temps précieux qui fut cause, peu de jours après , d'un échec qu'on aurait peut-être évité en exigeant dès le soir même la reddition de la place.
IjC 20, les choses restèrent dans le même état ; le m au matin le 100* régiment prit possession de Campo-Mayor. Le major Tallaia , ingénieur portugais, en était le gouverneur; il réunissait la capacité à la bravoure militaire, et fit tout ce qui était en son pouvoir pour défendre, avec. une très-faible garnison, une place dont les fortifications avaient été négligées.
Campo-Mayor ayant succombé, le maréchal Mortier rétourna à Badajoz avec les troupes du 5* corps et le parc de siège, laissant au général Latour-Mauboiu*g le soin de faire démanteler la place, et d'envoyer à Badajoz tout le matériel de l'artillerie; des officiers et des troupes de cette arme y furent laissés avec le joo* régiment, en-