RÉPONSE
«Monsieur, je suis comme vous très-sensible à <c l'effusion du sang , mais la défense de Badajoz «m'ayant été confiée, l'honneur m'pblige d'opc< poser à vos troupes toute la résistance possible..
« Le gouverneiu" de Badajoz.
a Signé Phiuppon. » '
Comment un général qui aime la gloire a-t-î!
pu se faire illusion au point de penser, qu'après d'aussi minces résultats que ceux que les assiégeans ^vaient obtenus pendant les journées du lo et du I j , un homme d'honneur pût se laisser circonvenir par le langage de la flatterie et de la menace? Parler de capitulation et imposer des loix lorsqu'on ne peut soumettre son ennemi, est une fanfaronnade. La réponse du gouverneur et les éyénemens qui succédèrent, lui apprirent du moins qu'une garnison française.
D£ BADAJÔZ. lèi
qtiatrd elle ne renferme pa(s desf traittcf^, hë^é ^etid paé^ sans que les lok de la guéh^e ûé justifient pleinement sa reddition !
Nous ne parlerons pas de l*effel que prodiiisit cette sôinmation singulière, le lecteur en jugera: par le dénouement du siège; mais laissons un ton étranger à notre- sujet.
Un peu avant la chute du jour, une multitude de tirailleurs se répandit aùdàcieusement autour de là place et s'approcha assez près de Pârdatéras et dé FîcUrina , pôiir contraindre nos avant-postés à se replier dans les chemins coîjvertis; dans Tinstàùt plusieurs volées dé canoii à mitraïlte^ tirées deces deux ouvrages, mirent fin à une agression irréfléchie qui avait sans doute pour but de menacei' la garnison d'une attaque dé vive fbrce', mais qui ne pouvait se faire sans qu'il en coûtât beàiidoitpl demôndeàTassiégeaiit, et sah§ risquer à&petfdtë peut-être fort inutilement Mité de son infianterie.
T)àxï^ ces* entrefàiteis, îl se manifesta qùel'que ferttl'etitatiôn dknâ là ville, les alliés avaient de-' pûik lôiig-temp^ rûis tout en œuvre poùt gagner' les'h^bitans' et* les exciter à la révolte, maïs tbiït ce qu^ls firent à cet égard fut sans succès. Le goùverriëur' fétibUVéla h défense d'avoir aucun comnliei'éë' avec les ai^sil^geàn^ sôus peine de' la vie, et C^e defeiisè fit d'àiiWnt'prùs dlmpression
i6a PREMIÈRE DÉFENSE
sur. l'esprit. des habitans, que déjà plusieurs d'entre eux avaient été arrêtés pour avoir été soupçonnés de les servir.
X'ennemi avait continué l'attaque de Pardaleras pendant la nuit du i a au 1 3, et avait poussé un nouveau boyau de cheminement à peu près sur la capitale de cet ouvrage : le feu de la place fut très-vif et parut lui faire beaucoup de mal.
Dans cette même nuit, environ i5oo travail^ leurs commencèrent, à 800 mètres des fronts 8, 9, une parallèle qui s'étendait depuis la route de Talavera jusqu'à la Guadiana, mais ce travail fut subitement interrompu; legénéral Béresfort ayant été informé de l'arrivée d'une armée de secours à Llerena, donna l'ordre de lever le siège, de transporter le matériel à Elvas , et de brûler tout celui qu'on ne pourrait enlever.
Le i3, tout était en mouvement dans le camp ennemi; les batteries cessèrent de tirer et les embrasures furent masquées ; dans la matinée, on vit arriver un nouveau corps de troupe de 5 à 6 mille hommes, qui prit position derrière la hauteur (D) ; ce corps était suivi d'un grand nombre de voitiu'es qui marchaient avec précipitation ; la cause de tous ces mouvemens était absolument inconnue , et mettait le gouverneur et la garnison dans une étrange perplexité sur l'avenir.
Vers les 5 heures du soir, une nuée de tirailleurs
DE BADAJOZ. 1 i£S
se répandit encore £(utôur de la f^Me/ ccIniiiiB' pour la menacer d une attaque de Tive ficnrde>; les. troupes qui ofccupaient les chénains couvtots fi- ' rentun feu très-vif et Fartillerie tira à mitraille, de sorte que cette nouvelle agression, qui n'aU-^ nonçait que le dépit d'un ennemi qui s'agitait en vain dans son impuissance , n'inquiéta nullement la garnison; l'entreprise n'ayant pas eu le succès qu'il s'était flatté d'en obtenir, il prit enfin le parti de s'éloigner.
Le i49il y 6ut encore beaucoup de mouvemens dans les camps des alliés; mais le silence des batteries et la disparition de plusieurs corps d'infan-' terie faisaient assez comprendre que la levée du siège était décidée , en outre les nouvelles qui 9e répandaient en ville , la consternation et l'abaitte* ment des principaux habitans, qui nou$ éfa^ent. contraires , achevaient encore de nous fortifiep^^ dans cette opinion. Vers le soir, un i^éginoei^t espagnol vint prendre position sur le Cerp del.yi^ntq,, et remplaça un corps anglo-portugajs. qui s'élpi** gna par la route d'Olivença. .
Le 1 5 au matin, les assiégeans avaient 'Retiré toute leur artillerie, quelques troupes seule|nent occupaient encore les principaux popts d'attaques; néanmoins, con(imei il n'était arrivé aucune nouvelle de lextérieur, tout cp qi^i sç.p^s^it60i;s nos yeux était toujours çjiveloppé de mystère;
iGk PREMIÈHÉ DÉPENSE
p0ur£âret»i8<r cet état de choses, le gouverneur résoluttde &ire une sortie afin de reconnaître les feinces de l'ennenii) tâcher de faire quelques pri^ sp»meis desquels on pût tirer des renseignemens sur la situation des armées belligérantes , et détvuirè eia même t«mps les ouvrages d'attaques. 3ia*ioptic. £j| conséquence, 4 compagnies d'infanterie , 5o dlevaux, ^ pièces de canon et loo hommes des tvoupesdu génie, sous le commandement du chef de bataillon Marquet et du capitaine Gillet, sortirent à' midi pat la porte de la Trinidad , et s'avancerent jusqu à la batterie (D), d'où ils débusquèrent les gardes de tranchées. La cavalerie sousles ordres du capitaine Sommerrogel , qui avait été dirigée p» la route de Talavera, rencontra un poste de Pt^rtugais sur lequel elle s'élança avec impétuosité , le défit entièrement , lui enleva a officiers et>7 soldats qu'elle ramena prisonnier^ , pendant qtte la' colbime qui s'était emparée de la batterie (©^,'fo démdlîissait complètement et rapportait en ville les isiatériaux que l'ennemi avait été forcé d'y abandonner. Après deux heures de travaux qiii Suffirent pour détruire la batterie , l'ennemi réunit en viroii laoo hommes et se disposa à nous attaquer ^' mais comme le gouverneur avait accompli- ses desseins , il fit replier nos troupes derrière la lunette ( 1 3), et n'éprouva d'autre perte dans cette sortie que celle de 4 hommes blessés.
DE BADAIOZ. Xfi5
Le capitâitie S<mimeBragBl et le matéélal de logb Sdiosn ^ du a^<le hvsnirâs , se ^islingcièrditt pertkttlièremeDt L'eimemii^iouve uitepiM^de plus de 5d luimnieS) $àbrès par h oà^afame«
On apprit des pmohmefô ijaà rarmée française du midi s'approohait de la place et que les ailiés se préperafient à une bataille. ^ ^ ' '
lie r6, il lie restait plus d'ennemis det^t la pbce , mak nous élioite toujours daua i» màtuk inoeriâtude surlesévénemexiS) aùciioti^fi^itniflles certascies ne nous étaient pai^ènuès ;:«epëiiid»{it il élait urgent de porofiter decetfnstaMddi répit pour détitiire les ouvkiàges des assi^eaqs ^ 4ft^ àhs qaeie jour ^tt paru, toutes lei troupes dfepotii^ blies/^itiiesde aod bourgeois et detotts lèis titoyehs db tratispôns qu^é^ avait ptiréùtok*, y étètieiÀ acx»^*us avec ûtiè ardeur èitréme.
Tatidis qùela garn^on s'efforçait ainsi de remplir dignement la tiohe qui lui était iihjtosée , une bataille se livrait à Albùherà, non loin dej. murs de là place , sans qu'elle eh eût le moindre indice; le brtiif de 8ù pièces de canon et de 6d,ooô côlnbattàiis , détourné par un vent de ncird-ouest , ne ftit nullement entendu à Badajoz ; un silence profond avait succédé au tumulte du siégé , et les troupes occupées à la destruction des tranchées , attendaient avec patience un dénonemfint favorable à leurs vœux.
166 . PREMIÈRE DÉFENSE > Iia.bataiiie d'Albofaera fut peutrétre l'action la •{dus sanglante de la guerre de la péninsule , où a2/>oo français^ commandés parlemaréchalSoult, soutinrent leseEForts de 38,ooo coalisés ; les pertes furent conâidérables des deux côtés , elles s'élevèi:^ent k plps de 1 4>ooo hommes ; la possession du champ de bataille fut Tunique avantage que les dlUés.retirèi:ient d'un choc dont la plus grande vio- Jmice né dura guère plus de deux heures et demie , étiquetes Anglais^ avec leuréternelleprésomption, i<|iiàUâc|Dent de victoire éclatante. Les événemens ^ii suivirent prouvèrent combien les résultats 4^ Q^tXe^ prétendue victoire leur furent désastreux ; B^ ^^fÉçt l'agression avait eu pogr but de fairelever Je.isi^ç de B^dajoz , afin de donner le temps à r^nn^e de Portugal de se réunir à celle du midi, pour les chasser de L'Estramadure ; ce but ayant 4té atteint, il est évident que cette bataille, qui coûta si cherà l'huçGjanité, i?e fut avantageuse qu'avx Français. Nous ne nous arrêterons pas à en r,apportér les détails , le cadre que nous ayons adppté ne.nous le permet point; d'ailleurs la relation en a été faite avec beaucoup de clarté et de précision par le capitained'artillerieLapeiue , témoii) oGulairç K.
Les journées du 17 et 18 mai furent encore
' ' 'Conquête de TAndalousie en i 8 10 et 1 8 1 1 » page x 5o ,' x vol. in.8*.
employées à démolir les lignes des assi^eans^ et cestravaux furent poussésa\ecuiieteIle diligence^ que le 19 au matin il ne restait plus de traces d'aucune espèce d'ouvrage d'attaque.
Ainsi finit ce siège, entrepris avec des, forces suffisantes, mais mal dirigées, et qui n'aurait vraisemblablement eu que des résultats infruc* tueuz, quand même les alliés n'auraient point été contraints de le lever, pour faire face au maréchal Soult.
SECOÎ^PÏ: jPf F]PNSE DE BADAJQ^
Le lençiçmaip de la h^t^iile d'Albuhera,rarmée fraijçaise prit positioQ ^ur sa ligpe primitive; les alliée prirent aussi les aripe^^ sans qu'aucune cjiar position indiquât i;n mouvement offensif; les deux armées passèrent une grande partie de la journée à s'observer. L'inaction de Fennemi prouvait assez les pertes excessives qu'il avait essuyées dans le combat de la veille. Une nouvelle agression de la part des Français eût été intempestive; la levée du siège de Badajoz ayant été Tunique but de leurs efforts, tout annonçait qu'ils y avaient touché momentanément ; ainsi le dessein de tenter encore le sort des armes n'était plus nécessaire, à moins que l'ennemi ne prît lui-même cette détermination. '
Après vingt-quatre heures d'une tranquillité absolue, dans les mêmes positions que le i6 au soir, l'armée française prend les armes, fait un mouvement sur la droite de sa ligne; les alliés s'attendent à être attaqués et cette idée les détermine à renforcer leur gauche, mais le général en chef, satisfait d'en avoir imposé à l'ennemi, commence sa retraite avec calme et lenteur, dans un
SECONDE jmmSE DE BADAJOZ, 169
0vàitff pai^&it, çB^moiiaiat mille prboimieni pom 49»^ i'^çtktfi par Ja cavalerie du général Latoar- H^Mi^urg^mais lawa»t ^beaucoup de blessés sur Ifi $qI de r9mbii;d4Q€e , hors d'état^d'étre transr ]^OFté$ , et recommandés aux généraux anglais , qxjki justifièrent pleinement notre eonfiimce dans leur humanité.
Ainstle maréchal Soult, avec une armée inférieure en nombre, après de grandes pertes^ ne laissa pas de paraître encore agir avec supériorité wr les ennemis par les ressources qu'il troura dans son génie.
Llerena, situé à 1 5 lieues de Badajoz, dans le voisipage des montagnes, lui parut le point le plus £3iTorable pour observer les mouvemens des alliés, et lutter avec avantage en attendant des renforts; il ^j dirigea à petites journées; Ven^ nemi suivit ses traces, sai>s qu'aucun évéaement remarquable signalât cette retraite. La présence de l'armée sur ce point était d'ailleurs néces- ^re pour dissiper un corps nombreux de partisans espagnols^ qui paraissait vouloir se jeter sur ses derrières, pour couper les communications avec l'Andalousie, d'où elle tirait ses vivres et ses munitions.
B^en que la levée du siège de Badajos eût flatté la, garnisQp d une entière délivjj^aiiçe, ^lle. »'en resta pas moins bloquée au loin ; la communia
PI. ni.
cation sur la rive droite de la Ûuadiana, fut seule libre pendant quelques jours, sans pourtant qu'il n^arrivât rien en ville, excepté dix charges de vin que des Espagnols y ititroduisirent ; néanmoins les travaux de défense se continuèrent avec la même activité, par les troupes d'artillerie et du génie, et par 45o travailleurs.
Le 20 mai au matin , les alliés reparurent en force devant la place pour recommencer le siège; ils débouchèrent par les routes d'Albuhera et d'Olivença, rétablirent Tinvestissement et leurs campemens de la même manière qu'au siège précédent.
Le 21, ils continuèrent leurs préparatifs; vers onze heures du matin , un parlementaire anglais se présenta avec une sommation du maréchal Béresfort, adressée ^u général Philippon, dont voici la teneur.
n Monsieur le génér«il, vous ne pouvez pas a ignorer la bataille qui a eu lieu entre l'armée c sous les ordres du maréchal Soult et la mienne; « ayant eu lieu à Albuhera, vous aurez sans doute « entendu le feu, La bataille a été sanglante, et « nous avons assurément à Albuhera plus de 800 « de vos blessés'; j'ai fait tout mon pouvoir pour
' n y a erreur dans ce compte, on ne laissa pat plus de 3oo bieaaéf hors d*état d'être transportés.
DE BADAJOZ. i^i
« les secourir, mais monsieur le général, je n'ai « pas les moyens, et j'ai été obligé de faire trans-. ce porter nos blessés aux bras de leurs camarades « de l'autre côté de la Guadiana; l'humanité donc « me dicte de vous demander quel secours vous « pouvez donner à ces malheureux, ils manquent tt de tout , mais principalement d'officiers de a santé, de médicamens et tout ce qui appartient «à la chirurgie ; si vous voulez m'envoyer de «^'assistance, je leur donnerai sauf-conduit en « donnapt leur parole de ne pas en abuser ou ff de tenter d'aucune manière autre chose que ce «qui concerne le traitement de vos blessés et «ces messieurs, et tout ce que vous enverrez de « transport suivront finalement le sort de vous et « de votre garnison. Nous n'avons ni tr£|nsport « ni habillement, ni enfin rien à administrer k « ces pauvres hommes qui ont confort à votre « cause: il manque au moins 20 officiers de santé, « c'est à vous de juger quelle assistance vous . tf pouvez leur donner; je fais mon devoir à Ibu- « njanité en vous en offrant l'occasion.
• « Ils auront besoin et d'habillemens et de cou- « verturès, enfin de tout; nous en avons trans- « porté autant que nous avons pu de l'autre côté « de la Guadiana.
Signé f LE MARÉCHAL BÉRESFOaT.
17a SECONDE DÉFENSE
RjÉPOirSB DU GOUVERNEUR.
« Monsieur le maréchal , je suis très-senisiblè à « rintérét que vous voulez bien prendre au sort « de nos blessés, et je suis eu même temps bien «c fâdié de ne pouvoir teur envoyer tes secours « que vous réclamez en letu* faveur.
« La raison est que je n'ai aucun moyen de a transport, et qu'il n'a été laissé |t mîa diisposi- « tion qve Le nombre de chirurgiens nécessaires « au service de cette place; si j'étais eh éampagne, «je me priverais du peu de ressources que j'ai, <cdans l'espérance de trouver assistance ailleurs; k mais cette circonstance , quelque malheureuse « qu'elle soit, ne peut obtenir, malgré m|i bonne « volonté, aucun remède de ma part.
a Le gouverneur de Badajoz ,
« Signé, Pmuppoir. «>
Les 212^ 23 et 24 se passèrent dans u^e par^ faite tranquillité , l'ennemi paraissant ; n'avoir d'autre dessein que d'observer la place; qu profita de ce temps de repos pour accélérear le^ travaux de défense; outre ceux dont nousi avons parlé plus haut, cent hommes d'infanterie étaient occupés à former une large ei profonde cunette
au pied du revêtement du bastion: 1 , pour augmenter les difficultés de l'escalade.
Le aS à midi, un nouveau corps sous le commandement du général Houston, investit la place sur la rive droite; les postes extérieurs de la garnison s'étant retirés dans les chemins couverts du fort San Cristoval, l'investissement s'opéra sur cette rive sans résistance.
Le palissadement exécuté à Pardaleras^ au siège précédent, pour fermer provisoirement U gorge de cet ouvrage, ayant paru insufBsant, le cqmmandant du génie le fit remplacer par un mur crénelé de six mètres de hauteur. Vingt maçons et trente manoeuvres occupés précédem-' ment à d'autres travaux y furent employés; en outre , cinquante ouvriers bourgeois et cent militaires furent chargés de faire une cunette au pied du revêtement du bastion n** i.
Le 369 quarante maçons, militaires, et bour* geois,, continuèrent le mur crénelé de PardtiW^s j les autres tiravaus! de défense se pou^sèreat avec une ég^le activité.
Le 217,. à quatre heures du matin , fyoo hommesd'infanteiie , 5o de cavalerie., et 2 pièces de quatre sortirent de la place par la tête de pont, pourr reconnaître l'ennemi; on remarqua beàu» coup de mouvement dans les canàps et l'établifi*
x^ sortie.
sortie.
sèment de plusieurs postes; mais quelque nombreux que pût être le corps investissant sur cette rive , il ne fit aucune démonstration pour repousser le faible détachement qui était sorti : toutefois le gouverneur ne jugea pas à propos de l'éloigner hors la portée du canon de San Cristoval,. et Ton se borna à profiter de cette circonstance pour faire enlever quelques fourrages; les troupes ne rentrèrent dans la place qu'à neuf heures.
Vers dix heures , un troisième corps d'infanterie, commandé par le général Hamilton, fut aperçu sur la route de Campo-Mayor ; à midi, il s'avança auprès de la Guadiana, et les eaux étant très-basses , il passa le fleuve au gué de Crîspita à trois quarts de lieue en avant de Badajoz ; il joignit ensuite le corps investissant de la rive gauche. Dans le même temps, un convoi de charrettes^ chargées de fascines et de gabions, arriva par la route d'Olivença, et fut parquer derrière le Cero del Viento.
On fit une seconde sortie, par la même porte, le ^g à six heures du matin , dans le but de faire fourrager la cavalerie; l'ennemi se contenta de nous observer à une très-grande distance; vers neuf heures , au moment où nos troupes se mettaient en mouvement pour rentrer en ville, les tirailleurs échangèrent quelques coups de fusils sans éprouver de perte.
Le soir, on apprît qu'un pont avait été jeté sur la Guadiana de la même manière qu'àu siège précédent, et que plusieurs convois d artillerie et de munitions destinés à dé nouvelles attaques contre Badajoz étaient sortis de l'arsenal d'Elvas^
Dans la nuit du 29 , on entendit travailler sur le Cero del Viento; le 3o, à la pointe du jour, on vit que l'ennemi avait ouvert la tranchée et commencé à masser une batterie en (n) , sur^ le même terrain et suivant le tracé des ouvrîmes du premier siège; les terres ayant été remiiéés ré* pemment, le travail avança très-rapidement et les ouvriers étaient couverts avant le jour; néanmoins à quatre heures du matin l'artillerie de la place commença à tirer sur cette attaqiie et continua toute la journée un feu très-vif; les travailleurs et les gardes de trarichée, qu'on évaluait à trois mille, souffrirent beaucoup, mais n'en continuèrent pas moins leurs travaux '.
Dans la nuit du 3o au 3 1 , Fennemi entrejprit
', Au 3o.mai, l'armée assiégeante, non compris le corps d'obierratlon qui occupait la basse Estramadure , était composée de divisions anglaises et portugaises, formant ensemble la mille hommes d'infanterie, auxquels étaient attachés plusieurs escadrons de cavalerie, un matériel de 4? bouches à fea de gros calibre, bien approvisionné, un personnel nombreux d'artillerie et 90 officiers de génie. Cet aperçu des forces assiégeantes mettra le lecteur à même d'établir im parallèle entre les opérations du doc df Dalmatie devant cette place, et celle de Lord Wellington*
snDaltanément deox nouvelles attaque», l'utie devant le château entre la Guadiana et là route de Talavera , et l'autre ctevant le fort San Cristovd.
A l'attaque du château, i5oo travailleurs ouvrirent une parallèle en {bb) d'environ 800 mé* très de longueur avec une communication en arrière tracée en £ig»za^.
Le 3i à là pointe du jour, toutes les batteries de la place qu'on put diriger contre ces attaqties tirèrent vivement; les travailleurs et les gardes de tranchées eurent beaucoup à sou£Grir de notre feu, ce qui né les empêcha pas cependaM de poursuivre leurs travaux sans interruption. ï)ans la matinée, soixante voltigeurs, ayant à leuir tête le: lieutenatrt Machef du 100*, sortirent de laplace pour repousser des tirailleurs ennemis qui s'étaient répandus en avant de la parallèle; il s'engagea alors une fusillade à la suite de laquelle ' ces tirailleurs ftirent forcés de s'éloigner, laissant* quelques tués et un prisonnier : de notre câté, nous eûmes trois hommes tués et deux blessés.
Vers le soir, il arriva un déserteur anglais de qui Ton ne put obtenir aucuns renseigtiemens sur les dispositions des assiégeans; il nous an* mmçcb seulement que lord Wellington étsàt ar^rîvé devant la place avec de nouveaux i*enfi>rts; ce déserteur ayant inspiré quelque méfiance, on le miC^aû secrefi .
La tranchée devant le* fort Saïi Gristoval, flot entreprise par i^ à i3oo travailleurs; une pre» mière batterie fut massée en (c), pout baltre Tes^ carpe du flanc (d) et enfiler les ouvrages du château; une seconde en (e), pour battre la face droite du bastion (/); enfin une troisième batterie fut commencée en (g) , pour enfiler le pont de la Guadiana, empêcher les communications entre la ville et les forts, et s'opposer •auxsor»ties; ces trois batteries furent liées plus tard paé une ligne de contrevallation de plus de i^oo "mètres de développement. Ces traVant fiiréiQt connus des assiégés au moment 'qu'ils- furent entrepris^ et rartillerie de San Gristoval tira tout» la nuit sur les travailleurs. . '
L'attaque del Cero del Vietito, commencée dans la nuit ^u 29 au 3o, avait été continuée jusi^'à ce moment avec umo extrême activité ; quatre embrasures étaient déjà formées Àla hoU terie (a), mais on s'aperçut dans la matinée que cette attaque était abandonnée.
Lestravauxdedéfense furent poursuivis cpmme les jours précédens ; on s'occupa aussi à palissader les chemins couverts de Pardaleras/ en employant les palissades qui provenaient > de ^la gorge de cet ouvrage.
Les assiégeans ayant cessé de travailler à lattaque del Cero del Viento , et redoublé d'acti-
yité wx deux autres, on dut penser dès -lors <pie leur dessein était de dLr^;er tous leurs efforts contre le château, dont leà:^ murailles étaient entièrement à découvert et d une appai«npe peu solide ; dans cette opinion nous fîmes entreprendre de suite un retranchement en arrière de Tenceinte menacée, en (A), pour défendre toutes les brèches qui pourraient y être faites; 5o sapeurs et ^5 ouvriers bourgeois forent employés à ce travail '.
. La luDette (14)9 étant lûtuée assez; avantageu- ' sèment pour prendre de revers l'attaque du châ- ^ leau, on plaça quatre pièces de la au flanc droit 4f. cet ouvrage; ao mineurs, 10 sapeurs et 10 ouvriers boiurgeois furent cédés k l'artillerie pour l'aider à former promptement les plates- £cNnnes et les embrasures.
Le i**^ ium^ on continua le retranchement du ehaAeatt avec 5o sapèu^et 60 ouvriers bourgeois ; <m entreprit ensuite un cavalier en*(/) poiar 5 pièces de a4; et une traverse dans la tête de pont pour couvrir l'entrée de cet ouvrage. ^
On termina à la fin de la journée le mur ei^ndé.de là gorgée de Pardakras; mais ce fort , de* jpùia'que. L'attaque del Cero del Tiento était
* Le retranchement (h) fut tracé de manière à être défilé de& iMt* terîes de la rive droite et même du fort San-Cristoyal.
abandonnée, n'était plus appelé à jouer un rôle important dans la défense.
Les assiégeans avaient perfectionné leur parallèle; f 5 à 1600 homnies paraissaient j être toujours en)plo3rés ; on s'aperçut bientôt qu'ils avaient commencé une batterie en (â) , à 700 mètres environ du mur d'enceinte du château.
L'artillerie continua de tirer vivement sur cette attaque , mais malgré les pertes nombreuses qii'é* prouvaient les travailleurs, ils ne se rebutèrent point, et poursuivirent leur opération en plein jour, sans interruption.
L'attaque contre San Gristoval et contre la téta de pont, fut poussée avec la même vigueur par laoo hodimes.
Deux déserteurs se présentèrent le matin à nos avant-postes, ils étaient Français et avaieaftété faits prisonniers dans le royaume de Naple»; la misère et les mauvais traitemens qu'on leur avait fait essuyer les avaient forcés à prendre du service chez les anglais ; ils nous confirmèrent Tar^ rîvée de lord Wellington devant là place ^ et ajou» tèrent que le bruit courait dans les cmukps quarte* siège dC' Cadix était levé.
Le a juin, lop sapeurs , f 5o ftotasmis ot noo ouvriers de la wUe furisnt employés m retranch4metit(;^) et autcavalier du château; les autres travaux* de défense se poii^suivirent eni mévae
i8o SECONDE DÉFENSE
temps par 4oo travailleurs de toute armé, répartis sur divers points , notàinment à San Cris^ toval et à la tête de pont.
Les assiégans de leur côté poussaient les travaux avec une extrême activité : plus de 2000 travailleurs y étaient occupés. L'artillerie de la place continua de tirer ^ et l'on apprit par un nouveau déserteur que les tranchées étaient souvent jonchées de morts.
Dans la nuit ils poursuivirent leurs ouvrages , et le 3 au matin , on découvrit vingt embrasures à la batterie (A) y dix à la batterie (c), quatre à la batterie {e) et six à la batterie [g); vers dix heures du matin, toutes ces batteries commencèrent à tirer contre le revêtement de Tencèinte du château, et contre ceux de San Cristoval; quoique le feu de ces batteries ne fût pas des plus vifs, là muraille du château contre laquelle la batterie (A) tira le reste de la journée,' avec quatorae pièces de 24, éprouva de fortes dégradations, et des éboulemens considérables sur une longueur d'environ quinze mètres ; le soir 4o sapeurs* et 106 hommes d'iniantërife, dirigés par le capitaine Coste, furent chargés d'enlever les décombres au pied'de la muraille; l'ennemi tira sur ces travailleurs et sur le château avec quatre obo^ers; mais l'obscurité ne permit point d'ajuster les coups, car nous n'eûmes que trois hommes légèrement blessés.
DE BADAJOZ. i8i
Le feu de l'enDemi chassa tous les ouvriers espagnols qu*on avaitforcés jusqu'alors, avecbeaucoup de peine, à travailler aux ouvrages de défense; il ne fut plus possible d'en avoir aucun ; comme la garnison était très-faible .et qu'il eût été impolitique d'irriter les habitans , le gouverneur ne jugea plus à propos de les faire requérir.
Malgré toute l'activité que les troupes de l'artillerie et du génie avaient mise à la construction du cavalier du château, elles n'avaient pu l'achever dans cette journée , et l'on n^opposa que six pièces de a4 ^t quatre mortiers à l'attaque de San Cristoval; néanmoins plusieurs pièces des batteries (c, e) avaient été démontées.
Les assiégeans s'aperçurent un peu tard que la batterie {k) était trop éloignée du château, pour faire promptement une brèche à son en^ ceinte, et voulant réparer cette faute, ils pous* sèrent, dans la nuit du 3 au 4? un boyau d'envirpn cent mètres de longueur à droite de la parallèle pour se rapprocher; ensuite ils entreprirent en (/) une. nouvelle batterie de sept pièces de a4 à laquelle ils travaillèrent avec une «xtréme diligence.
Le feu des quatre batteries [k^c^e, g)^ armées ensemble de l\o pièces de gros calibre, recommença Je 4 au matin avec plus de vigueur que la veille; le revêtement de la face droite du bas-
Ida SECONDE DÉFENSE
tioii {/) et celui du flanc {d) qui étaient décou-^ verts jusqu'au pied , furent fortement ébranlés. La batterie {k) tira également sur lé château; le revéteimeot qui avait été entamé la veille tomba en ^nde partie, mais les terres qui étaient derrière étaient tellement compactes, qu'elle formèrent une nouvelle escarpe après la chute des maçonneries , en sorte que Taccès de la brèche était impraticable '.
On employa pendant cette journée 5oo travailleurs, aux travaux de défense.
Dans la nuit du 4^u 5, 5o sapeurs dirigés par le sergent-major Vallon, allèrent de nouveau déblayer les décombres au pied du mur du AAteau i 3oo hommes de toutes armes travaillèrent en même temps au retranchement intérieur; la marche rapide des assiégeans rendait cet ouvrage indispensable pour la défense de la brèche. L'artillerie acheva Tarmement du cavalier (t) et cinquante mineurs, à la tête desquek était le sergent-major Périmoni, déblayèrent les décombres amoncelés au pied des escarpes des ouvrages de San Cristoval.
Pour remédier à la faiblesse numérique des canonniers, le gouverneur mit 5o sapeurs à la disposition du commandant de l'artillerie, tant
' Voyez le profil AB planche m ,
D£ BADAJOZ. i83
pour le service 4es pièces qâe pour celui des travaux particuliers de cette arme.
L'enoemi tira prasque toute la nuit à nûtraitte, et knça sur le château urne >grande quaimité de boQibes, mais nos travailleurs n'en furent point déraogés; ces projectiles tombaient presque toujours au pieid du »»ir d'enceinte du coté de U ville, ou aU'delà, et nous n'eûmes qtie éèut hommes tués et trois légèrement btessé^^ I( profita aussi de^ la nuit pour perfectionner ia-bat^ terie (/), dans laquelle il fit transporter 7 pièces de ^4 tirées de la J)atterie (â).
lie 5 à l'aube du jour , le feu de la place col»^ mença avec 9 pièces de ^4» placées sur les 4eUtt cavaUers/du château; immédiatement après six aiitses pièces du même calibre, un obusier et ciaq mortiers de dix pouces, ainsi que ies battef ries du front 7, 8^ celles delà lunette (t 4) et du fort San Cristoval tirèrent aussi, et l'on démonta dans peu d'instans plusieurs pièces des batt^ies {Â, c.^ €); c^>endant la fermeté et la persévérance des assiégeans leur fournit les moyens de réparer les pertes et les doimnages qu'ils éprouvaiaât, et ûCMnme ils ne ménageaient point les munitions, leur feu (fut souvent plus considérable que celui de l'artillerie de la place, quoique celle-ci tirât dans cette journée 2980 coups de canon.
k dix heures du matin, la nouvelle batterie (/)
l84 SECONDE DÉFENSE
coEnmençaà tirer contre l'eDcrâite du diâteau et. renversa totalement le' revêtement qui avait été entamé la veille; mais les terres ne perdirent presque rien de leur aplomb et la brèche resta impraticable.
• La ville souffrait beaucoup du feu des assiégeans; les bombes et les boulets qui passaient par-dessus .les fortifications, portaient la dévastation ^^dans tous les quartiers; les cris des babitans, dont les maisons étaient dévorées par les flammes,, se mêlaient aux cris des combattans, et tout paraissait menacé d'une^destruction totale; toutefois les troupes qui occupaient les ouvrages ae perdirent dans cette journée que 5 hommes tués et i8 blessés; perte légère si Ton considère la grande quantité de projectiles qui fut lancée par l'ennemi.
Dan9 la nuit du 5 au 6 , ao sapeurs et loo fantassins, dirigés par le capitaine Gillet et le lieutenant Lessard, déblayèrent les décombres de la brèche du château ; ensuite i o sapeurs, et 5o autres travailleurs, conduits par les sergens^majors Vallon et Thouin, déblayèrent également le pied des escarpes de la face droite du bastion •(/) et du flanc {d) de San Cristoval ; l'ennemi qui soupçonnait <:ette opération tira à mitraille, mais l'obscurité favprisa les travailleurs, et ils n'éprouvèrent d'autre perte que celle de quatre hommes, blessés.
DE BA.DAJOZ. i85
. Lq parapet du flanc (é/) avait totalement disparu par reffet delà chute du revêtement, et les pièces d^ canons. qui se trouvaient derrière avaient été. culbutées; poitf remédier à cet accident , 5o sapeurs, aidés par descanonniers,réta-» blirent le soir un nouveau parapet sur le terreplein avec des gabions et des sacs à terre, et dès le 6 au matin une nouvelle pièce de la recommença à tirer sur la batterie (c).
L^état d«s brèches du ^ort San Cristoval et le . peu d'élévation des contrescarpes devaient faire craindre un assaut très-prochain; mais soit défaut de renseignements, soit pusillanimité, l'ennemi . ne fit aucune tentative pendant cette nuit. 1 5o hommes d'infanterie, non compris les travailleurs armés, formaient la garnison du fort qui se trour vait sous le commandement du capitaine Delcey, du 88" ; cet officier répartit ces faibles détachemens le long des parapets £t devant les brèches pour repousser l'assaut, et donna dans cette occasion des preuves dé zèle et d'intelligence.
Peu satisfaits des résultats de k nouvelle batterie (/), les assiégeans poussèrent un nouveau boyau en zigzag sur la droite de leur parallèle , pour se rapprocher de 1 5o mètres du château ; ils commencèrent ensuite une troisième batterie en (w), de 7 pièces de a/i, à laquelle ils travaillèrent toute la journée malgré le feu meurtrier
i86 SECONDE DÉFENSE
de la place. On reconnut aasst que la batterie (e) avait été agrandie et qu'on y avait mis quatre piè» ces de plus. #
Le 6 au matin, la canonnade recommença de toutes parts avec une nouvelle vivacité; les batteries (c,e) continuèrent de tirer contre San Cristoval et achevèrent de battre ce fort en brèche ; après quelques heures de feu, le parapet du flanc (d) qui avait été reconstruit la nuit précédente . fat.de nouveau renversé, et la pièce èe la qu'on y avait placée i^éduite au silence. A midi , rartille<» rie descendit tette pièce au pied du talus du terre^ plein de ce flanc, et la dirigea contre l'attaque du château, ainsi qu'un obusier quelle plaça h la gorge du fort; ces deux pièces, qui plongeaient dans les batteries (m), causèrent un ma) prodigieux à l'ennemi.
Le pea de capacité qu'offrait le château ne permit plus d'y établir de nouvelles batteries; pour remédier autant que possible à cet inconvénient. L'artillerie, à laquelle on adjoignit encore 5o sapeurs, fut chargée d'en construire une en crémaillère à la face droite du bastion n** 8, pour deux pièces de a4.
Le feu des assiégeans continuait k causer de grands dommages aux maisons les plus rapprochées du château; et celles qui se trouvaient derrière le front 7, 8, furent totalement <létruites,
DE MDAJOZ. i»7
plusieurs habitans perdirent la vie; la garnison qui était tout entière sur 'les remparts n'eut que deux hommes tués et treize blessés.
A l'entrée de la nuit, on s'empressa de nouveau de déblayer les brèches, et jamais troupes ne donnèrent, dans une occasion aussi périlleuse, de plus grandes preuves de courage et de perse* , véraace ; quoique les assiégeans tirassent sans disaontiauer, les décomba*es furent enlevés eh peu de temps, et les escarpes conservèrent assez ^ d'élévation pour rendre Taccès des brèches y sinon impraticable, du moins ^ très -difficile; en même temps des chaînes de chevaux de frise, des charrettes jettées les unes sur les autres, et des palissade, remplissaieift les fossés .dn fort San 3ri&toval, avec tous les obstacles qu'on avait pu réunir «en avant des ouvrages.
Indépendamment <le ces précautions, on avait pJacé dj^ bombes de i4 pouces sur le mur d'appui de la face gauche du bastion (/), pour les faire éclater dans le fossé au moment de l'assaut. Ensuite ori avait reconstruit des parapets sur les terres -pleins en arrière des brèches, formés de' fascines, de sacs à terre et de ballots de laine , derrière lesquels étaient postés des grenadiers munis chacun de trois fusils; enfin, l'activité qu'on déploya dans ce moment de crise, donna la plus gr^yade confiance dans la résoliition formée de repousser les assauts.
i88 SECONDE DEFENSE
Tandis que la garnison prolongeait sa résistance, par tous les moyens que l'industrie et la nécessité peuvent Êdre imaginer^ les assiégeans de leur côté se préparaient à. un vigoureux assaut ; on ne sait trop pourquoi ils le retardèrent jus- ^ qu'au milieu de la nuit, nous laissant ainsi le temps de nous préparer à les bien recevoir; peut-être cela tenait-il au système qu'ils avaient adopté de négliger les approches à la sape , et de compter sur lobscurité pour essayer de nous surprendre, mais nous ne le cédions pas à nos ennemis eh vigilance et en valeur, en sorte qu'ils furent trompés, dans leur attente.
A minuit, 5 à 600 hommes de troupes d'élîte,. divisés en deux colonnes, sortirent des boyaux contigus k la batterie (c) et s'avancèrent en silence jusqu'aux glacis du bastion (/) et du flanc (d) du fort San Cristoval. A peine avaient- ils mis le pied sur le terrein de la fortification , qu'une fusillade des plus vives et trois canons à mitraille, avantageusement pointés, repoussèrent ces colonnes et les mirent en désordre; mais s'étant ralliés à la faveur de l'obscurité et des rideaux que formait le terrein, une nouvelle attaque succéda bientôt à la première: alors les assaillans pénètrent dans les chemins couverts, dans les fossés et même jusqu'aux brèches; mais tout est disposé pour les chasser; nos grenadiers,
sans s*ébranler, les reçoivent à bout portant et les renversent sur les décombres ; en même temps des bombes et des grenades lancées par les cânonniers et les mineurs éclatent et portent la mort au milieu des groupes qui se pressent au pied des brèches; l'attaque se prolonge encore quelques instants avec opiniâtreté; mais forcé de céder à la vaillance des Français , Tennemi profite de la nuit et des irrégularités du terrein pour se dérober aux derniers coups; enfin il rappelle ses sot dats épars, et est obligé de se retirer dans ses lignes. 35 hommes, au nombre desquels se trouvaient deux officiers , furent tués dans les fossés et au pied des brèches; un grand nombre de blessés , beaucoup d armes et quelques échelles tom*bèrent en notre pouvoir; la perte totale des assaillans dans ce premier assaut fut évaluée à plus de û5o hommes. La garnison n*eut qu'un homme tué et 5 blessés.
Le commandement de Siam Cristoval avait été confié au capitaine Chauvin du 88' ' , officier brave et actif, qui toujours debout sur les' brèches avait par un noble exemple enflammé le côu« rage du petit nombre de défenseurs qui l'entouraient; il fut très-bien secondé par lesei^ent d'ar-
Le capitaine Chauvin fot nommé officier de la légion d*hon* noir en récompense de ta belle conduite.
tillerie Brelte,par le sergent de sapeurs Lerouge, et par le sergent Gillot du 88*.
Le succès de cette lutte sanglante, produisit un effet merveilleux sur résprit des troupes de la garnison , et remplit les habitans d'étonnement et d'admiration ; il servit de règle pour déterminer l'étendue de notre force , et pour apprécier les dangers et les hasards des assauts.
L'ennemi , irrité de Féchec qu'il venait d'essayer, recommença son feu le 7 au. matin , avec une violence excessive ; il renversa bientôt tous les obstacles qui avaient été rassemblés pendant la nuit sur les brèches; mais les tranchées étaient . tracées de manière qu'il ne pouvait s'avancer le jour, sans parcourir à découvert un espace de plus de 5oo mètres, sous le feu d'une giiosse artillerie et de r^itranchemens défendus par des soldats aguerris munis da trois &isils chacun. Lord Wellington dut reconnaître alors , mais trop tard, cp'on ne s'écarte jamais impunément des premières régies de l'attaque, et que la précipitadîoa dans les sièges ne hâte point Ja reddition des places.
^Dès que le feu des assiégeans fut un peu apaiséy on continua tes travaux de défense avec 600 ouvriers. Accablés par les combats, par les cjtial^ucs eCp^r 11^8 privations de toute espèce, nos soldats n'avaient h opposct* que leur vaillance
DE BADAJOZ. i^i
aux troupes fraîches de renneoii ; le gouverneur se montrait infatigable dans les plus rudes opéra* tions , à toutes les heures de la nuit comnoie du jour 9 il visitait les travaux et les postes, veillait avec une égale sollicitude au soulagement 4es . blessés, utilisait tout le monde à la défense, et prenait les mesures convenables pour réprimer dans l'intérieur de la ville le^ menées sourdes des alliés, qui avaient déjà répandu l'inquiétude . au siège précédent. '
Vers le soir, oft acheva la batterie du bastion n"" 8^ et elle tira aussitôt sur l'attaque dirigée contre le château. L'ennemi qui n'avait pas été moins diligent termina au^i la batterie entreprise en (/7i), et tira avec quatre pièces de a4 contre la brèche, dont la partie supérieure quoi* qu en terre, conservait toujours assez d'escarpe* ment pour en rendre l'accèts trèsrdifficile^
Notre perte dans cette journée fat de 5 hommes tués et seize blessés.
Dans la nuit du ^ au 8, le lieutenant de sa^urs Lessard fut chargé de faire déblayer par io,o travailleurs les décom))res qui étaient amoBcelés, au pied de la brèche du château , tandis que le capitaine Coste faisait perfectionner le retranchement intérieur avec 4oo autres trs^yailleurs , tirés de tous les co^>s. La méme'opérajtioq se répéta au fort San Cristoval, tant pour le déblaye-
iga SECONDE DÉFENSE
ment des brèches que pour les préparatifs jugés nécessaires pour repousser un second assaut; mais Tennemi encore découragé de l'échec de la veille n'osa rien tenter cette nuit ; il se contenta de lancer une grande quantité de bbmbes et d'obus, et consomma ainsi ses munitions sans beaucoup d'utilité.
Notre perte fut de trois hommes tués et sept blessés; le brave capitaine Coste se trouva au nombre de ces derniers; il se fit panser sur lés travaux et continua de les diriger jusqu'au jour.
Lie 8 au matin, l'ennemi recommença le feu de toutes ses batteries avec la même vivacité qu'au conimencement du siège; les bâtimens militaires du château étaient entièrement démolis , le sol était couvert de débris, d'éclats de bombes et d'obus; les ravages s'étendaient ainsi dans tous les environs des ouvrages attaqués , et un grand nombre de maisons étaient ruinées de fond en comble; les habitans consternés désertaient les quartiers où il y avait tant de dangers, mais la ville n'offrait plus aucun lieu sûr, elle était sans cesse la proie des flammes, et les individus tombaient écrasés sous les décombres ; à ces désastres venaient se joindre la disette des vivres , et malgré toute l'économie qu'on avait mise dans les distributions, elle commençait aussi à se faire sentir d'une manière effrayante dans la garnison.
DEBADAJOZ. 193
qui pouvait à peine se procurer quelques denrées au poids de Tor^ et dont on fut encore ' obligé de réduire la ration , déjà inau£fisaiite pour des hommes fatigués par les travaux de Aé^ fense, et affaiblis par tant de privations/ '
Telle était la position des assiégés, lorsque 'les Anglais, chez qui abondaient toutes sortes de pro-^ ' vivons, se préparèrent à livrer un second^assaut.
Dans la nuit du 8 au 9, le capitaine Martin di^* rigea les travaux du château et le déblayement de la brèche; il avait sous ses ordres le sergeqt de mineurs Naudé, celui des sapeurs Lerougei et le caporal Bigourre; la batterie (m) tira' à mitraille pour écarter les travailleurs, mais la pface * riposta avec trois gros mortiers , et le feu dp Tennemi s'étant ralenti , on put achever de déblayer.
Le sergent de mineurs Joste, et celui des sapeurs Cabois, avec 5o travailleurs exécutèrent la même opération aux brèches de San Cristb* val, tandis que le capitaine Gillet rassemblait dans l'intérieur du fort tous les obstacles imaginables pour repousser l'assaut qu'on présumait devoir être donné dans la nuit; on ne sait pourquoi lennemi le différa encore de vingt-quatre heui*es, était-ce calcul ou incertitude? quoi qu*^l. en soit, cç fut uiie faute, puisque ce délai nous servit à assurer l'effet des nouveaux moyens de défense que nous venions de créer.
Le sellent Lerduge fut tué aux travaux du château, et huit hommes furent blessés.
Le 9, pendant que les batteries faisaient un feu bien nourri, on aperçut beaucoup de mouTements dans les camps et dans les tranchées^ ce qsà fit'présumer que Fennemi se préparait à livrer un assaut général aux trois brèches; les monvem^its s'étant ralentis dans raprès-neiidi, en pensa qu'il le retarderait jusqu'à la chute du jour; mais contre notre attente ii le di£E6ra jus? ques dans la nuit , et se borna à l'attaque éfi San Cristoval. Nous profitâmes de ce répit pour achever les préparatifs de défense de ce f^t; d'abovd, on déblaya encore les décombres des brè* ches^ pub on rangea pour la troisième fois des chevaux défrise, des charrettes et des bois de démolition dàn^ les fossés; en même temps on plaça sur les psurapets, qu'on avait reconstruits à U hifte, avec des sacs à terre et des ballots de laine» trente bombes de i4 pouces, et plusieurs hsLiih remplis de grenades et de matières combustibles qu'on devait faire rouler sur les assaillans j finsieurs pièces chargées à mitraille étaient en outre avantageusement pointées; enfin aoo hommes d'élite, commandés par le capitaine Joudiou, du ai% étaient sous les armes munis chacun de trois iusils.
On en était là des apprêts , lorsque vers dix
DE BADAJOZ. ig5
JieureB du soir la nonibreuse artillerie d^ a83ié«' geans lança une quantité prodigieuse de prp^ jectîles de toutes espèces sur le fort et sur le ebâ* teau. Pendant ce signal précurseur de Fassaùt, iios baumes dmneurent immobiles^ les soMaits alteûdent Tenitemî avec impatience, et brûlent de le ocmibattre corps-à^corps. Bientôt il s'avance, il répousse les postes des chemins couv^ttSk et fond avec impétuosité dans les fossés ; les .plus vaiUans réussissent à se&irejour à trairierslas obstacles et se précipitent sur los.denx brèches; ih semblent aniinés d'une afdear i^résistiU^i/tles cria de hom'a retentissent de toutes parts; mais nos brares, avec leur imp^turl^diie aissarancev les reçoivent à brute pour point, et les renterseikt pél^inéle sur les décombres; tandis que* les booEibes et tes grenades éclatent sous leurs pas arec un bruit horrible et achèvent lepr dtatructioA. Ato. cris menaçans des assaillailé siicéèdent les ms (]^allégre6se des défenseurs; vainement tes ^efe anglais cherchent à rallier leurs qoldats pour tenter de nouveaux: efforts^; après avoir, essuyé é» gt^aâdes pertes ils suocombent, le coturage lés abandonne, et ce qui parvient à échapper à Ja mort fuit en désordre dans les lignes de contrevallation pour y chercher un refùgfé. A cette icène de ^estructipn succède le calme le plus profond il n'est interrompu que par les gémissement des
blessés. Le capitaine Joudipu, aussi compatissant après i'action^que terrible dans le combat, donne à l'instant Tordre de porter des secours aux blessés; il fait retirer plusieurs soldats et deux officiers anglais du milieu des décombres , et s'honore dans cette occasion par un bel exemple d'humanité. Le nombre des assaillans était de 8 à 900 ; quarante furent tués, et plus de i5o;, horriblement mutilés, restèrent gisant jusqu'au matin dans les chemins couverts et sur les glacis. Un grand nombre d'armes et d'échelles demeurèrent en notre pouvoir ) et ce qui est presque incroyable, la garnison du fprt n'eut que deux hommes blessés.
Dans cette action glorieuse , le capitaine Joudiou déploya une habileté et une bravoure qui lui méritèrent les plus grands éloges de la part du gouverneur et de toute la garnison ^ 11 fut bien secondé par les lieutenans RoUin du âi% et Manuel du 34'; le sergent d'artillerie Brette *, qui s'était déjà distingué dans la nuit du 7 au 8, se comporta aussi avec beaucoup d'adresse et de courage, ainsi que les sergents Naudé et Rousselet. Le canonnier Looget , inspiré par un
mouvement d'héroïsme , répondit à la voix cou-
' Après le siège , le général en chef fit nommer le capitaîne Joudiou officier de la légion d'honneur.
* Le sergent Brette fut nommé lieutenant, et chevalier de la légion d'honneur
DE BADAJOZ. ïq'j
rageuse du brave Joudioù qui animait se3| soldats au combat : Mon capitaine j V ennemi n'entrera pas y moi seul F en empêclierai ! En même t^inps il roulait des bombes et jetait des grenades qui contribuèrent puissamment à repousser les.asr saillants.
Pendant l'attaque, l'aide-dé-camp Duhamel, et le iietitenant de gendarmerie Beaucourt, sor-f tirent de la tête du pont avec un détachemient d'infanterie pour voler au secours. du fo!rt San Cristoval ; ils rencontrèrent l'ennemi djans la comr muuicatjjian et l'en chassèrent. Le lieutenant Beaucourt, qui n'était pas encore rétabli d'une blesr sure qu'il avait reçue au siège précédent, fut de nouveau atteint d'un coup de feu.
On s'attendait que l'ennemi attaquerait simultanément San Cristoval et le château , que même l'attaque de ce premier point n'aurait d'autre objet que de protéger celle du second; dans cette conjecture^ le commandant du génie avait fait déblayer le pied de la brèche du château ' et fait rassembler dans l'intérieur tous les obstacles qu'il avait été possible d'organiser. Le retranchement auquel on avait travaillé sans relâche depuis l'établissement des batteries (i, /, /», ),
^ L'ennemi qui se doutait de cette opération tira coristamment à mitraille sur les trayailleurs ; le capitaine Delsere du 88 <^ et deux soldats furent tués.
xg» SECONDE DÉPENSE
était 4 peu prés teraûné, 4oo hommes rangés le long des crêtes intérieures du parapet, plongeaient eu avant de cet ouvrage de manière à ce quViucua coup ne put se perdre; enfin ^ on n'omit aucune des mesures que l'incertitude où nous étions sur les desseins de l'ennemi pouvait motiver:; toutefois, le reste de la nuit se passa dans ua calnse ^ui contrastait siogolièrement avec le tmeas épouvantable qui avait précédé.
. Le lendemain lo mai, lennemi recommença la canonnade avec une espèce de rage; mais vors lo heuîes il la cessa tout-à-coup, et envoya un parlementaire qui fat introduit par k tête du pont et qui remit au gouverneur la lettre suivante.
« 11 est fort à dé$ir^r que leç blessés qui y^çli.^t sous le leu et d^ns les fossés du fort Sa» M Gnstoival soient soignés , et j'espère que vous « permettrez qu'on les ôte de la place où ils sont, (^et qu'on les apporte à un endroit, entre ops « avant batteries et le fort, d'où je pourrai le^ <i fwe transporter^
« rose aussi vous demander de permettre qu'on «apporte le corps du manoir M. Gaeîs^^ qui a ir été tué hier au soit , et aussi les corps des autre*
DE BADAJ02. 199
« officiers afin d^ les Cure eoteirer avec ks falMl^ a neurs qiiî leur sont dus.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
« S^è «TEWART. »
Réponse du gonvevneur :
« IVfonsieur le général, un de mesaidesi-^e-qmp « jiliait $e rendre près de vous pour vous .prier « dQ faire cesser le feu, afin de faire enlever vos «blessés, lorsqu'on est venu m'annoncer que « you^-même vepie^ d'envoyer un parlementaire « à cet effet ; je donne à l'instant des ordres po\ir '( qu'un aus$i louable but soit rempli, et je pro* (( fite d<^ P^tte occasion pour vous informer que «}'ai É^it transporter ep ville, pour y être soi- « gi^és, ceux de vos blessés que j'ai pu faire enf lever, nonobstant le feu de vos b^ttieries,
« J'ai rhonnéur d'être, etc.
« Signé PHILIPPON, »
Awsi(9t auprès le départ du parlementaire a9* g|is|ia^ il y eut une snspension d'armes de quel^ ques l^ures, pour donner le tems aux assiégeans d'enlever leurs blessés et d'^ïterrer leurs morts. Apres cette opération , ils reccmimencèrent le feu,
aoo SECONDE DEFENSE
mais avec si peu de vigueur qu'ils nous décelèrent tout-à-fait leur détresse et leur découragement. '
La garnison toujours infatigable, quoique sans espoir d'une délivrance prochaine ^ animée par le succès qu'elle venait d'obtenir , continua sans interruption les travaux de défense; la nuit était à peine venue que de nouveaux travailleurs se pressèrent à l'envi pour déblayer les brèches , et en peu d'instans celle du château présenta tm escarpement de plus de dix pieds de hauteur.
Le gouverneur, qui étendait ses soins sur toutes les parties du service, prit à l'égard Au. fort San Cristoval les mêmes dispositions que la veille, et il s'établit ensuite au château avec le commandant du génie, pour veiller de plus près à la défense de ce poste important. La perspective d'un troisième assaut n'étonnait point nos soldats, qui étaient déterminés à tout braver pour conserver cette place à la France, et les préparatifs se continuèrent avec activité ; mais la manière dont les Anglais avaient été reçus , aux deux premiers, fit présumer qu'ils n'ep hasarderaient pas d'autre de sitôt, néanmoins l'artillerie disposa des pièces chargées à mitraille à tous les flancs; quatre compagnies de grenadiers et 5o mineurs, munis d'artifices, gardaient le
sommet de.la ebrèche; quatre compi^nies de voltigeurs étaient établies dans les chemins couverts du front 8, 9, pour flanquer le pied du château, et 4oo hommes commandés par le chef de bataillon Marquet, étaient en réserve derrière le retrandîement (A). *
Telle était la situation des assiégés dans la nuit du 10 au 11; vers deux heures du matin arri« vèrent deux déserteurs qui nous ajqprirent que la levée du siège était décidée , et que déjà les Anglais avalent commencé leur retraite; en efifet le II à l'aidée du jour, on. remarqua de grands mouvemens dans les camps et dans les tranchées, quicoii^mèrent cette heureuse nouvelle; toute* fois rennemi cherchaà dissimula sa résolution, en continuant le.fea de ses batteries; mais Je sort en était jeté', il dut céder à la force, des circoU"' stances; la résistance de la garnison et une lettre interceptée, où Ton annonçait Tintention de réunir toutes les forces françaises en.Estrama* diM'e, déterminèrent lord Wellington à lever le siège de Badajoz, et à le convertir en blocus.
^Le 12 et le:i3, Tennemi cessa le feu de ses batteries,. enleva sa grosse artillerie et la trans^ porta à'£lvas. La garnison continua de bivouaquer sur. les remparts, suivant Tordre qui lui avait été assigné. les jours précédens , avec d'autant plus de raison qu'outre la brèche du châ-
aoa SECONDE DÉFENSE
t6au, la place était su^ceI^ibI6 d'être attaquée à la fois de vive force, sur plus de dhc pK>ii^ (jlif<férents. Les troupes d'artillerie et du génîe fufent Wseules employées aux travaux celles aGhevèredt de raser les bâtionetis militaîres du château qui avaient été détruits par le bombardement et dont les restes niûsaiént à ta formation du retraocbément; les bois de ces bâtimens furent empltiyés à former des abattis.
Lé i4t ûu avait remarqué beaucoup de mouvement dans les camps; les routeâ d'Albuheraet d'Olivença étaient couvertes de voitures chargées de nluflitions qui se dirigeaient vers le pont de bateaux de la Guadianav A dix heures du matin, enviFOU loo Portugais is'iq»procherent de la place dans le dessein d'eillever quelques bœufs qui res* taient encore à la garn»oD^ et qu'ob avait fait paitrè sur les glacis; pour arrêter leur audace,^ lé gouverneur fit sortir 5o cavalievs , sous le cornma&dement du lieutenant Châteauneuf , qui en sabra plusieurs et mit le reste en fuite.
Les tifoupes du blocus ne firent aucun mouv^meaat peodant les journées du r5 et du î§; elle se tinrent assez paisibles dans leurs camps ^ et cet état passif devenait très^nquiétant pour la garnison à cause de la disette des vivres qui se&isait sentie de pkis en plus. Le général Pfailip-* pûà et les of&ieré sopéarieurs employèrent tous
leflt?» 8«{>îfiff À ^oi^epir le ban esprit , que la pers«peetive d:ua loi^ blppus dont qn |ie ppiiyait prév^ le terme 4^¥ait affaiblir; ils ea^iortèrent les troupe» à supporter avec patience les piiva^ tipa^ qu'elles sQul£r?i(9nt, les assurant que cet é(a( de <^K>8e3 ne ppyvait durer long^tems, qilpi^'il^ il'eijis^e^ :eu^n^êrnes aucun avis Cf^r-*^ tj|ip <ip la mftrqhe des événemens, et qi^'ils s'attm^h^T^^^^n^ h être bt^A^dn datis]a n^çQsi3it4 4/9 c^p^tMl^y, ou df> PC fairç jour à travers d^f eMiçmisj qtu^liê all^nlitive pour une gafxliaon qui avait vaincu deux foiâ sur la brèche !
On savait que les forces des alliés s'^taieiït coooentrées du côté d'Albàhera, depuis qu^ le siège avait ,été converti en blocus» et que celles ^'ils avaîefit laissées sur la rive droite de la Guadiana étaient considéisJalement réduites; cette circonstance pouvant favoéiser dhe évasion, dans cet espoir il fbt convenu «ntre le gouverneur, le commandant du génie, et le chef de bataillon Marquet, que dès que la gar^' nison serait réduite à là dernière extrémité, eUe tenterait de s'échapper furtivement à la faveur de la nuit, en même temps qu^on ferait sauter les min«s^ qui avaient été préparées lors de la pMmièite défense pour la destruction des fronts I, a el; S ^ La retraite devait s'opérer par le
■ Voyez page 147 •
ao4 SECONDE DÉFENSE
chemin de Montigo , sur Merida ou CordovîUa , selon les événemens. Pour donner le change à Fennemi et le confirmer dans l'idée que nous ne pensions nullement à quitter la place , on fit commencer le i6 avec beaucoup d'apparat la démolition d'une arche du pont de pierre dé la Guadiana, pendant que des charpentiers préparaient secrètement, dans l'arsenal du génie, des longerons et des madriers pour rétablir promp^ temént le passage; mais grâce aux- mouvemens combinés des armées du Portugal et du midi, nos préparatifs de départ furent superflus , l'ennemi décampa tout-à-fait dans la nuit du 1 6 au. 17 ; au jour quelques vedettes seulement étaient encore en vue sur les routes de Campo*Major et d'Elvas: un détachement de cavalerie sortit pour leur donner la chasse.
Le 18, quelques pelotons de cavalerie rodèrent encore autour de la place.
Le 19 vers le soir, arriva un chef d'escadron, escorté par cent chevaux, qui nous apporta la nouvelle que les armées françaises, soiis les ordres des maréchaux ducs de Dalmatie et de Raguse, s'avançaient pour opéi^r notre délivrance.
Ainsi fut levé le second siège de Badajoz, après trois mois d'inutiles efforts de la part des alliés. En vain lord Wellington fit-iL foudroyer le château et le fort San Cristoval , en vain
DE BADAJOZ. ao5
épfiisa*t:il dans les assauts la courage de se^ meilleurs soldats; cette place^ quoique très-m^ fortifiée, m^is défen^tie par une brave gs^nison, que l'exemple de ses chefs rendait invincible, deyint un écueil contre lequel la fortune de. ce général éprouva Féchec le plus humiliant que la levée d'un siège puisse entraîner après elle^ ^
' La perte des.assiégeans fut considérable, ils cbarchèrent à la^ déguiser dans leurs rapports ; quoique difficile à évaluer au juste, nous croyons ne rien hasarder ein assurant qu'elle fut de plus de a4oo hommes, au nombre desquels nous ocMnptons huit officiers du génie ^
Les pertes éprouvées par la garnison furent peu nojnbreuses comparativement à celles des assrégeans, nous les avons iodiquées à peu près jour par jour.
Le gouverneur fit connaître les ofQciers et les soldats qui s'étaient plus particulièrement dis; tingués, parmi lesquels nous devons citer le chef de bataillon d'inÊinterie Marquet, les capitaines Chauvin et Joudiou, le chef de bataillon d'artillerie espagnole Gonzalès, les lieutenans Tortel et Loos , le sergent Brette et le canonnier Longet , les capitaines de génie Gillet et Amillet, les ca-
I Officiers du génie anglais toés : MM. Hunt , Patton, Forester, Dickînson et MelyiUe ; bleissës, Ross, Boteler et Reid.
ao6 SECONDE DEFENSE
pitaines de sapeurs Martin et Coste , et les aides* de^amp Desmeuve et Duhamel.
Le ao juin , les armées françaises du Pmtugal et du midi occupaient les environs de Badajoz^ sur les deux rives de la Guadiana, et les généraux en chef arrivèrent dans la place; le due de Raguse y entra le premier, accompagné des généraux Régnier etFoy. A Tapprochedu duc de Dalmatie, la garnison courut aui armes et forma la haie sur son passage ; avant de se rendre dans la place, le maréchal visita d'abord à cheval les travaux. déB assiégeans, examina la brèche du château, et fit ensuite son entrée par la porte de la 'tHni^ dad, au bruit du canon et des acclamations de toutes les troupes. Au fracas des armés sneeèda le calme, et la joie publique fut au coînble. Présentés aux deux maréchaux, le gouvei^neu^ et Tétât-majot d^ Badajoz en reçurent des éloges , dans les tettnes les plus honorables, comme un ténioignage éclatant de satisfaction, au nom de îatmée et de la France. Ces éloges furent communs aux différentes armes, et aux employés des administrations, organisés en compagnies pour le maintien de l'ordre. f^oUs avez tous ri'^ vaiisé de zèle y cP activité et de bras^oure^ leur dit le maréchal Soult; tous^ vous vous êtes montrés bons Français!
Lord Wellington , dans sa retraite, avait pris la
DE BADAJOZ. àoj
directton dOUvença; il abandonna cette piaee qui loi avait coulé un siège de huit jours, avec une t€^ précipitattcn qu'il y oublia ses appro^ insionBenieDs en vins, eaùx^de^Tie^ et poissons ariéi. Il repassa la Gnadiaua à Jurumeaba, ai rep^ ^isuit^ le pont qvCû y avait fait construire.
C^^^dant le géuéral Godinot, qui avait pria pomeUBXQn de la place d'Olivença, reçoit Tordre de la démanteler; il met la plus grande activité * dans cette opération. Une compagnie de mineurs y est dirigée ) elle établit des fourneaux aux aail* lans des bastions , et «ir divers autres points, et le a*j jmn au matin, tandis que la divisioii Godi^ QOtse retire sur Yalverde, à une lieue de là, le C^il est mis aux mines et les fortifications s'écroùleat.
L'armée du nord , sous les ordres du géàéral Spettcer^ av^it suivi Tarmée française du Portage pai^ im mouvement par^Uèle^ an sotte que les laUiéa fc^ts de pkis de 60 mille cconbattans $0 ^ommmt réunis sur la Caya,^eQtfeSantanQIaf ai et la forteresse d'£lvas, occupant uiie position avantageuse qu'ils renforcèrent encore par quel** ques redoutes.
Le aa, une division de quatre régimens de dragons^ sous le commandement du général Latour-IW^ubourg, s'était portée sur £lvas dans le but de recoivnaître le terrein;. arrivé k une assez
ao8 SECONDE DÉFENSE
petite distance de la place sans avoir rien aperçu, le général retourna dans la direction de Badajoz. Lord Wellington, avait^fait pousser le même jour une reconnaissance d'environ 600 chevaux sur cette place, mais par un autre chemin ; celle-ci, en . reprenant la grande route d'Elvas, ne se doutant point de la présence des Français sur cette même route, se trouva tout-à-coup en fiace du 27* de dragons qui formait l'avant-garde. Le colonel. Lallemahd se replie avec habileté sur la division et en- . gage l'ennemi , par cette retraite simulée , à se , mettre à sa poursuite. La cavalerie anglaise donne . tête baissée dans le picge , et est entraînée sur les quatre régimens qui la reçoivent au milieu d'euxet l'entourent de toutes parts. Après un combat assez vif, 3oo cavaliers sont tués ou pris sur le champ de bataille , et le reste mis dans le plus grand désordre se sauve à bride abattue dans Elvas. Les chevaux capturés servirent à remonter nos dragons qui reprirent leur position sur les. bords de laGébora; après.cette reconnaissance, les armées belligérantes restèrent quelques temps en repos. ^
Le séjour des deux généraux en chef dans Badajoz fut de courte durée; le duc de Raguse gxa son quartier-général à Mérida. Le duc de Dalmatie., qui venait de recevoir l'avis qu'un corps espagnol , commandé pair le général Blacke, s'était porté avec
rapidité sur le Rio-Tinto, et menaçait Séville, , marcha avec les divisions Ck>dinot et Conroux , précédées de quatre régimens de cavalerie au secours 4e cette capitale, dont la perte aurait eu l'influence la plus défavorable en Espagne. Avant son départ, il donna des instructions pour augmenter les fortifications de Badajoz , et laissa des ordres au comte d'Erlon , qui venait de prendre le commandement du 5* corps , pour occuper TEstramadure. .
Le duc de Raguse, jugeant que les alliés étaient " hors d'état, après les pertes essuyées dans cette campagne, de tenter rien de sériepx en Estramadure, instruit d'ailleurs qu'ils avaient pris des quartiers en arrière d'Arronches et d'Alburquer- . que , se replia lui-même , lé 1 7 juillet , avec l'armée du Portugal, sur le Tage, établit son quartiergénéral à Aimeras, ^t plus .tard à Talavera-de-la- Rainaet Tolède, jusqu'au milieu de septembre, où les démonstrations de l'ennemi l'obligèrent de concentrer ses troupes pour agir avec toutes ses forces sur le Duero.
Les Anglais, ayant ainsi été expulsés de FEstramadure, le théâtre de la guerre fut éloigné de Badajoz, jusqu'au commenceitient de 1812.
aïo Situation db la gahkison dk badajoz, AL'ipof^UK du iz juill. i8ii.