‹ Relation des siéges et défenses d'Olivença, de Badajoz, et de Campo-Mayor, en 1811 et 1812, par les troupes françaises de l'Armée du midi en EspagneChapitre 27 sur 31 · REPONSE DU GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

REPONSE DU GOUVERNEUR

« Monsieur le général, je ferai prévenir les ha- «bitans de Badajoz des dispositions que vous « avez prises à leur égard , pour qu'ils ne se pré- « sentent plus aux avant -postes de votre armée: oc néanmoins, si ceux qui manquent de vivres sor- « tcnt de la place, je ne m'y opposerai pas ; vouô « les recevrez comme vous voudrez, mais la per- « mission de rentrer leur sera interdite.

« J'ai l'honneur de vous saluer, etc.

« Signé Vnitivpov.

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Le 7 , après avoir achevé ses établissemens et complété ses approvisionnemens, TenDemi commença un retranchement sur la hauteur D.

Le 8 au matin, une nouvelle colonne de 4 à 5 mille hommes d'infanterie , et de 3 à 4 cents de cavalerie parut sur la route de Campo-Mayor, et prit position sur la hauteur £; cette colonne s'étant ensuite avancée , elle engagea une fusillade avec un détachement de la garnison qui fut contraint de se retirer après avoir disputé le terrain à l'ennemi. pendant toute la matinée; dans cette affaire d'avant-poste, nous perdimes le capitaine Brassot du 88^, ainsi que trois soldats tués et sept blessés. L'ennemi essuya le feu du canon de San-Cristoval , et éprouva une perte beaucoup plus considérable.

Dans la nuit du 8 au 9, l'ennemi œivrit la tranchée sur trois points différens , savoir sur la hauteur G, à 4oo mètres du fort San-Cristoval, sur celle del-Viento H, à looo mètres de Pardalèras, et sur celle D ,à 1 200 mètres de la lunette i3, dite de Picurina. ^ Au jour, on découvrit qu'une Ijiatterie et une parallèle avait été ébauchée devant San- Cristoval ; l'artillerie de ce fort commença aus* sitôt un feu des plus vifs contre ces ouvrages, et

^ Lord Weliin^on était retourné le a 4 avril à l'armée de Por^ tugal , et avait laissé au général Beresfort des instructions pour ouvrir la tranchée devant ces trois ouvrages.

DE BADAJOZ/ i53

les travailleurs qui n'éCaient pas encore couverts furent obligés d^s'éloigner. Deux batteries avaient pareillement été massées devant Pardaleras et Pi* curina, sur les lieux mêmes où les Français établirent les leurs au siège précédent : quoique ces deux derniers ouvrages se trouvassent encore plus éloignés, les travailleurs de jour n en furent pas moins contraints de les abandonner pour se soustraire au feu de nos batteries.

Les travaux de la place, et notamment ceux de Pardaleras, furent poussés avec une grande diligence par les troupes du génie et de l'artillerie, ainsi que par 600 travailleurs d'infanterie et aoo babitans de la ville.

Dans la nuit du 9 au 10, les assiégeans reprirent les travaux dès trois attaques, et la place dirigea son feu autant que possible sur les ouvriers pour retarder leurs progrès; au jour, on vit qu'ils avaient travaillé avec une grande célérité, et que déjà plusieurs embrasures étaient commencées aux trois batteries que nous avons indiquées plus haut.

te gouverneur, voulant retarder la marche des assiégeans et leur disputer le terrain pied à pied, résolut de faire une sortie; l'entreprise était difficile et chanceuse, non-seulement à cause de l'éloignement des ouvragesd'attaques,mais encore eu égard aux forces supérieures qu'ils pouvaient

sortie

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opposer à cdles de la garnison; mais l'enthou-' siasme était tel qae toutes les troupes demandaient à aller combattre l'ennemi corps à corps; et Ton se laisse facilement entraîner par de si beaux mouvemeds»

Ainsi le I o, avant le jour, 700 hommes d'infanterie, 110 sapeurs et 5o cavaliers, s'établirent dans la tête du pont et dans les fossés de San-Gristoval, de manière à dérober à l'ennemi les apprêts d'une vigoureuse sortie. A. 7 heures ,|ces troupes, réunies sous le commandement du chef de bataillon Marquet, débouchèrent des chemins couverts de ces deux forts, et se portèrent avec un élan décisif sur la batterie G, et sur la parallèle J. Apre* en avoir chassé les travailleurs et les gardes de tranchée ( au nombre de 1000 ), les sapeurs dirigés par les capitaines Gillet et Martin , entreprirent la démolition des ouvrages; déjà le travail était avancé , on avait renversé les gabions de la batterie , et comblé quelques parties de la parallèle, lorsque l'ennemi qui réunit bientôt toutes ses forces nous attaqua à son tour avec beaucoup d'audace; l'extrême disproportion qui s'établit alors entre les combattans aurait dû décider It Commandant Marquet à se retirer, mais, necon^ snltant que son courage, il voulut garder la position; et nos troupes très -inférieures à celles de 1 -ennf^mi ne pui;ent soutenir le choc , et

furent obligées -de céder le terrain aveo {»récipitation; leur retraite se fit en désordre, et elles éprouvèrent une perte de iS hommes tués et ijo blessés. Le capitaine Durand, du 34^, se trouva du nombre des morts et fut vivement regretté; le chef d'escadron Lepage, le capitaine Wallarc et le lieutenant Durand (frère du capitaine) , furent blessés. '

Les pertes des assiégeans furent bien plus considérables que les nôtres; 1^ colonnes d'attaques essuyèrent d'abord uû feu très - meurti^ier de mousquet^ie, ensuite eQes souffrirent beaucoup de celui de l'artillerie de Sàn-Cristoval et du châ^ teau, sousiequel les officiers anglais, qui s'étaient laissés emporter avec trop d'impétuosité, étirent la maladresse de retenir leurs soldats pendant phw sieurs minutes, ce qui leur occasiona^une perte de plus de 4oo hommes '.

Cette sortie, bien qu'elle ne remplit pas tout* à-lait le but qu'on s'était proposé, fut cependant glorieuse pour les troupes qui y participèrent. Néanmoins on ne jugea phis à propos d'en faire de nouvelles sur ce point , attendu que les avantages qui pouvaient en résulter ne seraient jamais en rapport avec les dommages irréparables que nous pouvions éprouver, en exposant de fidbles déta-

Journal des fliéges en Espagne , pair M. John T. Jones, pag. 5* .

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chemens à une aussi grande distance , contre des forces toujours quintuples de celles qu*il nous était possible de réunir. En effet, le gouverneur perdait plus par' la mort de quelqueà hommes de la garnison , que les alliés par celle de plusieurs centaines des leurs, et cette détermination était conforme aux principes de défense. Toute nouvelle sortie étant ajournée, Tennemi n'eut plus à redouter que le feu de nos batteries, qui continua à être des plus vifs. On usa amplement de ce moyen, et une nouvelle batterie de six pièces de ^4 fut établie avec la plus grande promptitude dans le château , en K.

Dans la nuit du lo'au 1 1 , les assiégeans réparèrent les dégâts faits aux batteries D, G , H, par la sortie et par le feu de notre artillerie; en outre, ils entreprirent une quatrième batterie en L, à 600 mètres de la tête de pont pour enfiler le pont de laGaudiana et s'opposer aux sorties; on vit au jour que plus de looo travailleurs étaient employés à ces différens ouvrages.

Le 1 1 à quatre heures du matin, la batterie G, armée de trois pièces de 24 c* de deux obusiers de 8, commença un feu très-vif contre le revêtement de la face droite du bastion M , de San-Cristovali, et contre le flanc droit de ce bastion ; mais l'artillerie de ce fort riposta aussitôt avec cinq pièces de 12 etla batterie K, du château, avec

quatre pièces de ^4^ de matiière qu'au bout de quelques heures la batterie G fut complètement réduite au silence.

La batterie D avait aussi commencé à tirer dès le matin avec deux pièces de a4 contre la lu- -nette 1 3 , et die continua son feu jusque vers le soir sans faire le moindre mal à cet ouvrage : presque tous les boulets passaient par-dessus et tombaient dans la ville , plusieurs bourgeois en furent victimes; l'artillerie de la lunette riposta avec des pièces de i a et *le bastion 7 avec des pièces de '^Iw mais comme cette batterie était à plus de I aoo mètres du corps de place, notreieu ne produisit guère d'effet.

Les assiégeans avaient mis moins d'activité aux travaux de la batterie H; mais, d'un autre côté, ils avaient poussé un boyau d'environ 600 mètres en avant]de cette batterie ; au jour, le feu de la place obligea les travailleurs à se retirer.

Les travaux de Pardaleras, les batardeaux, les batteries et les mines défensives , se continuèrent sans interruption; ou avait également travaillé à la demi-lune du front ^, 3, qu'on avait le dessein d'armer ; mais comme les assiégeans n'annonçaient point l'intention d'attaquer la place de ce côté et que nous àiuions manqué de tems pour l'achever, ce travail fut suspendu. Cent cinquante homines qui y étaient employés joiu*nellement

i58 PREMIÈRE DÉFENSE

furent occupés , dans le bastion % , à élever uxie grande traverse pour le défiler des feux de la batterie L; en outre Tartillerie construisit une batterie en Ny et y plaça trois pièces de a4«

Peu satisfait des résultats de la journé du 1 1 , rennemi jugea à propos, dans la nuit qui sumt, de donner plus d'extension,à la batterie G et de l'augmenter de trois pièces de 16; au jour cette batterie recommença le feu avec aussi peu de succès que la veille; elle cessa ensuite de tirer et les embrasures furent masquées avec des gabions. Les deux autres attaques devaient également été continuées , et le feu dé la place se dirigea sur ces points sans interruption.

La batterie L , à peine achevée , voulut faire un essai; elle tira une vingtaine de coups de canon sur le pont; mais les pièces de ^4 du bastion n** I et celles de la batterie N lui firent bientôt éprouver le sort de la batterie G, et il n'en fut plus question,

L,e 1 a à midi, un second parlementaire se pré^^ senta devant la lunette 1 3 , et demanda à entrer dans la place pour remettre une dépêche adressée au gouverneur* Après les précautions d'usage, il fut introduit et remit l'intimation suivante.

«Monsieur» la coutume dans de pareilles cira constances, et peut-être vous croirez que j'ai déjà

DE BADAJOZ. iSg

«( tardé, me fait vous denoaiider Ifi i:^ditiQD de Ba- <c dajoz soûs des termes honorables pour vous et .« pour votre garnison; je n'ai pas voulu vous faire <x cette demande plus tôt ou avant que je fusse prêt « avec tous mes moyens de vous attaquer d'une « manière que ni vos moyens, que je connais fort « bien , ni votre garnison ne pourront vous faire « espérer de tenir deux fois quarante huit heu- «res; jusqu'à présent nous n'avons fait que cou- « vrir le rassemblement de nos moyens , ils sont « tout prêts, et avant de procéder plus loin , l'hu- « manitéetles considérations ordinaires m'obligent cf de vous sommer; et je suis cet usage d'autant a plus volontiers que vous devez être pleinement « assuré de l'impossibilité d'être secouru, ayant a forcé les troupes françaises de se réfugier au- « delà de la Sierra-Moréna, et yous ne pouvez pas tt ignorer 1^ derniers malheurs du maréchal <uc Mas^éna.

ttMpn objet principal est d'épargner, les mal- <K heureux habitans d'une viUe qui a déjà tant «souiïert, et aussi l'effusion du sang qu^ pourra a cpuler sans objet ou utilité ; et vous , monsieur a le gouverneur, devez vous fen croire responsable, « si vous continuez une défense inutile ; et sans « vouloir Élire aucune menace à \m brave homme, «il n est que juste de vous dire que sous de telles « circonstances si vous êtes la cause de la perte

i6o PREMIÈRE DÉFENSE

«cde mes soldats pour laquelle la perte que vous (K aurez ne me sera d'aucu^e consolation, je ne « puis plus vous accorder les termes que je vous « of&e à présent.

<fi Signé LE MARÉCHAL BeRESFORT.

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