‹ Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine Akhbâr alSîn walHind. Texte arabe impr. en 1811 publ. avec des corrections et additions et accompagné d'une tr. fr. par m. ReinaudChapitre 1 sur 8 · ETC · texte numérisé non relu

ETC

HOMMAGE liESPËCTUEUX DU TRADUGTEUH

DISCOURS PRÉLIMLNAIRë.

En 1718, un savant distingué par une instructioii fort étendue, notamment dans ' les langues et les littératures deTOrient, i'abbé Kenaudot, publia un volume intitulé : Anciennes relations dis Indes et de la Chine, de deux voyageurs mahométans qui y allèrent ions le /x* siècle de notre ire. Ces relations étaient traduites de la langue arabe , et Renaudot les avait accompagnées de remarques , dont plusieurs étaient fort intéressantes.

Le récit des voyageurs arabes jetait un jour tout nouveau sur les rapports commerciaux qui existèrent au ix*' siècle entre les côtes de TÉgypte, de TArabie et des pays riverains du golfe Persique dune part, et, de l'autre , les' vastes provinces de rinde et de la Chine. Ce récit était d autant plus curieux, qu'au moment même où Ton finissait de le mettre par écrit, les relations qui en forment lobjet

II DISCOURS PRELIMINAIRE

s^étaient interrompues, et qn^elles ne reprirent que plusieurs siècles après, lorsque les Mongols , par laconquète successive de la Perse , de la Chine et de la Mésopo* tamie, eurent de nouveau mis en rapport imnK^dîat les dcu:iL extrémités de l'Asie, et que rOceident lui-même se trouva en communication avec l'Orient le plus reculé.

La partie du récit qui traite de la Chine n'était pas toujours daccord avec ce que les savants missionnaires catholiques avaient écrit sur un pays si diiléreot des autres. A la vérité, il y avait quelques erreurs provenant de Renaudot, Il n eût pas été surprenant, d'ailleurs ^ que des marchands, qui ne parlaient pas la langue du pays et qui étaient venus que pour des affaires commerciales, se fussent trompés sur quelques points. On accusa Tabbé Renaudot d'inexactitude et de légèreté; quelques-uns allèrent plus loin ; comme Renaudot n^avait donné aucune indication précise du manuscrit d où il avait tiré ce récit, se contentant de dire que le volume

DISCOURS PRÉUMlliilAE. iii

se trouvait dans la bibliothèque de M. le comte de 6eigiielay, on préteodit que l'ahbé Renaudot avait lui-même forgé la relation, à Taîde de tëmoigoaged recueillis (à ei là dans des ouvrages arabes.

La bibliothèque du comte de Seigaelay, qui n^était autre que la biUioifaèque fon* dëe à grands frais par son aïeul , l'illustre Colbert, passa, il y a un peu plus d*un siècle, dans la grande Bibliothèque royale* £n 1 764 f le célèbre Deguignes , que ses éludes sur lu Chine et le reste de TAsie avaient mis en état d'apprécier Timportance de la relation puljiiée par Renaudot, retrouva le manuscrit original dans Tancien fonds arabe du département des manuscrits de la Bibliothèque royale, n^ôgy.

Ce manuscrit formait, dans rorigioe, le n"" 6oo4 de la bibliothèque Colbert» et il était entre dans cette riche collection fan 1673 9 ainsi que le constate une note de la main du bibliothécaire, le célèbre Etienne Baiuze. Conformément à ce que Renaudot avait indiqué dans sa préface , on lit , à la

iT . DISCOURS PRÉUMINAIRE.

suite de la reiaUoii» une série de remarques, écrites de la même main, sur Tétendue et les remparts de Damas, et de quelques aulrcs villes de Sjric et de Mésopotamie , à 1 époque où ces places étaient soumises à Nour-eddin, prince de Damas et d'Aiep , vers l'an 1 170 de notre ère, durant les guerres des croisades. Deguignes rendit compte de sa découverte dans le Journal des savants du mois de novembre 1764, et fit quelques remarques sur le travail de Renaudot. Plus tard, il re* vint sur le même sujet, dans le premier volume du recueil des Notices et extraits des manuscrits de la bibliotLéque du Roi^.

Les remarques de Deguignes renferment quelques observations importantes; mais il en^est plusieurs qui manquent de fondement et qui montrent que Deguignes avait lu fort rapidement le manuscrit, ou qu^ ne lavait que médiocrement compris. La traduction de Renaudot et plusieurs de ses notes annonccut également quelque pré-

* Pag. i56et saiv.

DISCOURS PAÉUMlNiUiŒ. ▼

cjpitatiûD. 11 était donc devenu nécessaire, avec les progrès que la crilique oheatale a faits dans ces derniers temps , de soumettre la relaiioa elle-même à ua nouvel eiamen.

Le point par lequel il iallait commencer élftit la publication du texte arabe. Le manuscrit de la Bibliothèque royale est unique; il manque un certain nombre de feuillets à la relaliou i la copie, quoique en général d'une écriture nette» offire de Tincertitude dans plusieurs endroits : on y trouve» d'ailleurs, des expressions qui peuvent fournir matière à difficultés. En iSii, feu M» Langiès lit imprimer f édition qu on voit irî , et inséra à la suite le morceau qui, dans le manuscrit, est placé immédiatement après, à savoir le tableau d*une partie des forteresses de la Syrie et de la Mésopotamie, au xii* siècle de notre ère. Mais , bien que M. Lauglès ne soit mort qu^en i&a4, il ne s'occupa pas de revoir féditiou , ni de 1 accompagner d'une préface ou d'un avis quelconque» et l'édition

n DISCOURS PRÉLUimAlRE.

est restée jusqu'à présent dans les magn-

bïus de rimprimerie royale ^

II est à croire que si M. Langlës laissa son travail iuaclie\ é, c'est quil n'en était pas entièrement satisfait Cependant, Ton devait savoir gré à M. Langlès de la pensée qui Tavait dirigé, et il convenait de foire touiller son entreprise au profit du pubtic savant. L'illustre Siivestre de Sacy,

il y a une Joiizain o d'années, à une l'potjue où il était inspecteur des types orientaux de rimprimerie royale, me proposa, au nom du Directeur, de revoir le texte im* primé sur le manuscrit, et de raccompagner des remarques qui me paraîtraient nécessaires* La proposition de de Sacy me flatta; mais, après avoir lu le texte

^ M.Langlès annonce, dansla préface qu'il a

mise en tête de la rclatiou des voyages de Siadebad, en arabe et en fiançais (Paris, i8iâ, iii-i8, pag. 159), que son intention était de juiudre une traduction française au texte arabe de la présente relation ; mais on n a rien trouvé à ce sujet panni les papiers laissés par M. Langlès,

DISCOURS PREUMDiAIBE. tu

-arabe , je n^osai pas me charger de la tache qui m'était offerte. Je reconnus qtfil y avait une révision utile à faire ; en même temps je fus efl&ayé des difficultés qui se présentaient.

Depuis cette époque , je me suis beaur coup occupé de la géograpliie orientale.

Une foule de questions, qui autrefois me paraissaient insolubles, se sont successivement édaircies pour moi. Je me suis alors proposé moi-même à M. Lebrun , directeur de rimprimerie royale, pouc la tâche à laquelle je m'étais jadis refusé; et M. Lebrun , dont tout le monde connaît le ztle éclairé, a bien voulu agréer ma proposition.

Tai commencé par revoir avec soin le

texte imprimé, et i on trouvera, à la suite des notes de la traduction , les remarques auxquelles Texamea du manuscrit a donné lieu. Ensuite , je me suis occupé de contrôler et de compléter ce qui semblait inexact dans le manuscril ou ce qui y manquait, à Taide d'autres ouvrages où il est traité de

Yiii DlâCUUAS PK£UlliNÂili£.

matières analogues. Dès Tannée 1 764 1 Deguignes annonça que Massoudi, célèbre écrivain arabe de la première moitié du x"" siècle de notre ère , avait , dans son onvrage intitulé MoroudJ-al-dzeheb, ou IVairies d'or, reproduit, quelquefois dans les mêmes te rnies, une partie de ce qui est dit dans cette relation» Je me suis enqiressé de lire ou plutôt de relire toute la première partie du traité de J^assoudi, en relevant successivement les morceaux qui touchaient de près ou de loin au sujet en question. Ce travail de compardson m^a mis en état d*éclaircir et de compléter plusieurs passages qui, sans cela, auraient été incompréhen* sibies. 11 existe un autre ouvrage de Massoudi où j'avais remarqué plusieurs faits qui se trouvent aussi dans la présente relation. Cet ouvrage est intitulé , dans la plupart des manuscrits, Ketab-al-adja^b, ou Livre des merveilles ^« On y remarque une

^ On en trouve, à la Bibliothèque royale, planeurs exemplaires, mais avec des titres différents. Le n** 901, ancien fonds arabe» lequel

DISCOURS PRétniniAIRB. »

suite de récits sur les différentes parties dont se compose Tunivers et sur la manière

nous offre une copie ancienne et belle « porte le titre de Ketah-mohhUuser'al'^jayh , Abtégà da livre des merveilles. Dans» le n i 7 (la supplément arabe , le même ouvrage , copie également bdBe et ancienne , est intîtolé : AkhbaT' aUzeman'Oua-garay h-cd- ha hr oaal-omran, c cst-4dire^ Histoires du temps et singularités de la mer et do monde babité; ce titre distingue suffisamment le traité en question du grand ouvrage bistori<]ue de Massoudi, intitulé Akhbar' àlrzemanp ouvrage qui ne nous est pomt parvenu, mais sur lequel on peut consulter le Dictionnaire bibliographique de Hadji-Khalfii, édition de M* Flûgel , tom. l*', pag. 1 86. Enfin, dans Tanoîen fonds arabe , n* gSS , le KeUâhcl' adjayb est attribué à Cazouyny, si connu par son Traité dbistoire naturelle* Édrisi, dont Tau* torîté est grande en ces matières, dte dans sa préface, parmi les sources où fl a puisé, le

Keiab'al-adjayh de Massoudi, et j'ai retrouvé, dio» les W 90» de IW fond, et 5,7 du supplément, un grand nombre de pas*

sages rapportés par Edrisi. Mais, d*un autre coté , Édrisi (tom. P' de k traduction £rançaise

X DlSCOUfi^ PAfiUMWAIBB.

dont, suivant les idées romanesques des musulmans, elles ont été successivement formées; vient ensuite un tableau des mers orientales, ainsi que des côtes qu elles baigueiit et des îles qui y sont contenues* Cette partie, comme le reste du volume, 65 1 surcliargée de fables, et montre que Tauteur, conformément au titre dont il avait fait choix, avait pris à tache de recueillir ce qui était le plus propre à frapper les imaginations. Si ce traité est réellement Touvrage de Massoudi, le manque -

de M. Amcdtjc Jaubert, pag. 38) cite un traité intitulé aussi Ketab-aUad^ayb et qu'il attribue à un écrivain nommé Haisan , £is de Mondar.

Cela prouve une chose , qu ou savait d ailleurs (voyez le Dictionnaire bibliographique de Uadji-Khalfii, aux mots KelaiHJradjayh , ainsi qne la jnré&ce du manuscrit n^ 90$ de Tancieu fonds arabe) ; c est que les récits qui forment la base de Touvrage étaient du goût de la masie des lecteurs, et que plusieurs écrivains avaient repris le même sujet, se bornant quelquefois à changer le titre du livre et le nom de i auteur.

DISGOUHS PREUHINÀIRE. ii

de crilicpie et le désordre cpiî se remarquent dans le cours de la oarraiion me

nesse de Tauteur. Quoi quil en mit^ au milieu de récits absurdes, on rencontre des détails vrais et curieux. Pour donoer au puMic une idée eiacte des rapports cpi existent entre la présente relation et les deux ouvrages de Massoudi, j'aî placé à la smte du texte de la relation deux mor* ceaux extraits, le nemier du K^athol'

adjajh , le deuxième du Moromlj'al-ilzeheb, Vun et lautre ont été tirés deà manuscrits de la Kbiiothèqiie royale » et revus sur plusieurs exemplaires ^

Xe n*ai pas jugé utile dTaeeompagner ces deux morceaux d une traducliou; car on en trouvmi f équivalent dans la relation même, ainsi que dans les notes et le discouia préliminaire, liais ils auront Tavantage de remplir à peu près les deux

* Le firagment du Ketab-al-adjarb commence à la page IHO et celui du Marowl^'al'dseÈub a la

XII DISCOURS PRÉLOnNAIRE.

lacunes qui interrompent la présente relation. Les premiers feuillets du manuscrit sont perdus. Il est vrai que rancien

propriétaire du volume, croyant lui rendre par là toute sa valeur^ a mis en téte un nouveau commencement. Cette interpo-.

iation occupe » dans le texte imprimé , la page 2 et les quatre premières lignes de la page 3 ; mais cette addition est tout à fait étrangère au récit original. Il en est de même du titre placé en téte. Ce titre, qui est Salsalal'al'ievarykk, ou Chaîne des chro* niques, n'a aucun rapport avec le contenu de louvrage, et on ne le trouve pas indiqué dans les traités de bibiiograpliic arabe. Le véritable titre me parait avoir été Akh^ har-al'Syn ouaUHind, c'est-à-dire : Observations sur la Cbine et Tlnde. Tel est du moins le titre que porte le commencement de la deuxième partie , commencement qui appartient sans aucun doute au corps de i ouvrage. Malheureusement je n ai pas non plus trouvé de mention de ce titre dans les livres arabes de bibliographie. ,

DISGOUBS PRÉLDfniÂIRE. xm

Une seconde lacime se £ût remarquer

à la page i3, ligue 6 de la présente édition, £Ue oorrespond aa commenceineDt de la page lo du aiaauscrit, et il manque en cet endroit on ou plusieurs femllets*

Comme la traduction de Tabbé Renaudot ne me paraissait pas suilisammeat exacte , j*ea donne ici une nouvelle. Ma traduction est accompagnée de notes, pour lesquelles j'ai quelquefois mis k contribiltion les remarques de Kenaudot et de De- ^ guignes. JPai eu soin d'indiquer ces emprunts; cpiant aux point:^ aûini)reux pour lesquels je me suis éloigné de la manière de voir de . ces deux illustres savants , je n*ai pas à en parier; c est au public à s'en rendre compte. Ici je me bornerai à quelques observations générales et à ce qui tient à Tensemble même de la relation.

Le titre que fienaudot a placé en téte de sa traduction* n^est point exact. Renaudot a parié de deux voyageurs ; il n^y a eu qu^un voyageur, ou bien il fiiut compter comme voyageurs tous les marchands ou

«Y DtSOOimS PRÉLIHINAIRB.

curieux d'entre les Ai;^ribes qui , an ix* siècle

de notre ère, allaient commercer dans rinde et à la Chine , et dont les récits contribuèrent plus ou moins à la composition du présent traité*

Le récit qui sert de base à la relation, et qui porte dans le texte, le titre de Livre premier , a pour garant un marchand nommé boieyman , qui s'était embarqué sur les côtes du golfe Persique, et qui fit plusieurs voyages dans Tlnde et à la Chine.

La rédaotion du livre {Nremier eut lieu Tan 287 derhégire (85i dej. C.) C'estT^poque où les rapports commerciaux de Tempire des Khalifes de Bagdad avec Tlnde et la Chine étaient dans leur plus grande activité. Soleyman s'exprime ainsi dans plusieurs endroits de sa narration : c Nous pè* châmes\ jaî vu*;» dans le chapitre de rinde» il parle dun djogui qu'il avait vu s'exposant tout nu aux rayons d'un soleil ardent) et qu il retrouva quatorze ans après

* Pag. 2.

* Pag.

DISC0UI15 PRÉLIMINAIRE. Zf

dans la même situation ^; mais on aurait tort de conclure de là que âoleymaa luimême est l'auteur de la relation; on lit dans les remarques qui accompagnent la première partie t quels rédaction « ëléfinte d après aes récits K Cette partie se termine à la page Sg. Toul ce qui auit, jusqu'à la fin , appartient à un amateur de connaissances géographiques, lequel se nommait Abou-Zey d'Hassan, et était originaire de la ville de Syraf , port de mer alors trèa^ firéquenté, dans ie Fajnsistau , sur les bords du golfe Persique*

Abou-Ze jd n était jamais allé dans Tlnde et à la Chine, comme Toot cru Renaudot et Deguignes. Tout ce quildit, il le tient de personnes qui le lui avaient rapporté* Il s'explique de la manière la plus nette à ce aujet, dès les premières lignes de son récit, et il déclare que son seul objet a été de modifier et de compléter le récit du marchand Soleyman, d après ce qu il

■ Pag. &o.

* Pag. lÂi, Voyez aussi à la pag. i3.

xn DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

avait recueilli dans ses lectures, et d'après ce qu il tenait de la bouche des personnes qui avaient parcouru les mers orientales

Abou-Zeyd, poursuivant le cours de ses observations, dit que, postérieurement à Tëpoque où le marchand Soleyman racontait ses aventures , Tétat de tranquillité oik se trouvait la Chine avait changé, ce qui avait ralenti les voyages de Chine , et îes avait même interrompus. Là-dessus il raconte une révolte qui était survenue en Chine 1 an 264 de Thégire (878 de J. C.) , la fuite de Tempereur de sa capitale, eîc

L'ensemble du récit montre clairement qu'Âbou-Zeyd vivait au moment où les événements de Chine avaient changé la iace de TÂsie orientale. Mais voici un témoignage qui acliève Je nous fixer. Massoudi Tà]^]^TiefàBmieMoroudjHil''dzeheh\

* Voye» pag. 61.

* Tom. I" dix Moroudj, fol. 62 verso. L'exemplaire du Moroudj auquel je renvoie habituellement dans ce vdume , se compose de deux tomes in-129 et appartient au supplément arabe da

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

que , se trouvant i Basaora Tan 3o3 de

riiégire (916 de J. C. ) , il eut occasion de voir dans cette vUle un homme appelé Abou-Zeyd-Mohammed, Qi& de Yczyd et cousin du gouverneur de Syraf. Abou- Zeyd, que Massoudi représente comme une personne intelligente et instruite, avait quitté Syraf sa patrie, pour venir s'établir à Bassora, ville qui, bien qu^en ce moment déchue de son ancienne prospérité, était le rendez-vous des navigateurs. L'auteur de la deuxième parûe de la relation se nomme Hassan , et Massoudi

parle ici d'un homme appelé Mohammed; mais tout porte à croire qu'il ne s agit que d'une seule et même personne. Massoudi raconte en cet endroit le voyage iait, quarante ans auparavant, dans l'Inde et à la Chine, par un Ârabe établi à Bassora, lequel se nommait Ibn*Vahab. Cet Arabe , non content d'aborder sur les -côtes de Chine, comme le faisaient ses compa*

département des manoscnts de h BiUiotbëqac royale» a* BiA.

iTiu DISCOURS PRELIMINAIRE.

triotes, avait voulu visiter la capitale de rempire, à deux mois de distance de la mer, et s'était fait présenter à l'empereur.

Massoudi commence par dire qu^Ibn* Vabab raconta ce qu ii avait vu à Abou- Zeyd de Syraf , lequel le lui communiqua à son tour. Or ce même récit se trouve dans la présente relation , et Abou-Zeyd dit, entre autres choses : « Nous questionnâmes Ibn-Vahab, etc.

Il résuite évidemmeat de là qu Abou- Zeyd a fourni à Massoudi un certain nombre de faits qui se Iran vent dans le Moroudj-al-dzebeb» Massoudi a également fait des emprunts au premier livrer rédigé d après les récits du^oiarchand Soleyman ; car on retrouve dans le Moroudj * ce qui est dit ici d'un usage pratiqué dans Tile de Serendyb» lorsque le roi venait à mourir'; seulement Massoudi parle en témoin oculaire* En effet, Massoudi , qui s^appli-

^ Pag. 79 et sulv.

* Tom. I*', fia. 3a»

* Pag. Ag.

DISCOURS PRÉLmilfÂIRE. xix

quait des vers arabes dont le sens est : t Je

me suis tellement éloigné vers le Couchant , qae j'ai perdu jusqu au souvenir du Levant, et mes courses se sont portées si loin vers le Levant « que j'ai oublié jus* qu au nom du Couchant • , avait parcouru dans tous les sens les mers de TArabie « de la Perse et de Tlnde. On comprend , en même temps, que Massoudi, bien qu'Abou-Zeyd n'ait jamais fait meDliou Je son nom, a communiqué à son tour au second plus d'une observation importante, AbourZqfd parle d'un trait de courage

féroce d'un Indien qui, avant de se jeter dans un feu ardent, se perça le cœur avec son Lhandjar ^ 11 cite pour garant le témoignage d'un voyageur ; et ce voyageur est Massoudi , qui parle de ce quMl avait vu de ses propres yeux, et qui ac« compagne le récit de quelques nouvelles circonstances K Après un examen attentif du Moroudj^

* Pag. 122.

* Tom. V du Morouâf'^airdzihàb, foL

u VUCOVhB PUSUIOMAIRB.

olnUehih et de la présente relatioo t je me

crois en JrolL de conclure qu Abou-Zeyd

et Masaoudi étaient contemporains , quila

se sont vus et qu ils se sont fait réciproquement des communications* Abou-Zeyd a pris copie des notes que lui fournissait Massoudif et les a en générai reproduites dans les mêmes termes , ayant soin seulement de parier à la troisième personne ^ là oà Massoudi figarait comme témoin oculaire» A son tour, Massoudi a profité des observations qu^avait recueillies Abou- Zeyd. Cette explication rend compte « ce me semble 9 d'une part, de ce qu'il y a de commun dans les deux ouvrages » et de Tautre , de quelques variantes dans le^ récit, variantes qui sont indépendantes de la différence du plan qui avait présidé à la rédaction des deux traités. On trouve d'ailleurs dans le Morovdjs notamment dans la partie qui touche à rbistoire nrientale, des ùita quon cbercberait vainement dans la présente relation : d'un

autre o6té>, cette relation contient plu-

DlSCOURâ PREUMINAIRE.

bieurs remarques qui n'auraient pas été déplacées dans le Moroudj.

Une des considérations qtu me font croire que la rdation ne peut pas être de Massoudi loi-même, c'est la manière dont les faits y sont présentés. Massoudi t qui s^était donné beaucoup de peine pour recueillir des renseignements» et qui tenait à ce que le public lui en sût gré , ne s'est pas borné, en divers endroits de son Moroadj, à s'élever contre les écrivains peu

délicats qui clierchcat a s'approprier les matériauxrassemblés par autrui. Dans son Moroudj, comme dans ses autres écrits, à mesure qu il a rapporté un passage emprunté à un auteur, chose qui lui arrive souvent, il ne manque jamais de reprendre en ces termes : « Massoudi rapporte ^ etc. ^ »

* Le savant M. Quatremère, qui, depuis longtemps, a eu occasion dexaminer la présente idation etle Maroudj-aUdzêluh, a émis, sur divers points , une opinion cliiTérente de cdle que je viens d*exposer. M. Quatremèrc, sur qadques-iuis de ces points, s*est peut-être

DlâûOUaS PRÉUMIIAiRB*

Le récit d Ai>oii-Zeyd ei la reiadoa en* ti&re se termineiit ptr ces mots, qu*a omis Benaudot i « Voilà ce que j ai entendn raconter de plos intéressaot dans ce tempe-ci, au milieu des nombr^ix récits

laissé entraîner par Ilenaudot et Deguigncs.

Void comment il 8*eipnme dans le Joonial asiatiqae de janvier iSS^, pag. 32 : «Laconndb> aancc que j avais acquise des qualités et des défiuits qm distingnent Mannwii m*a iàifcm* connattfe pour nne production de eetécamân nn ouvrage estimable ; je veux parler du livre intitulé Andewm relations du Indes ei de la Chine, traduites par f abbé Benaudot. En lisant cet ouvrage , on est vivement frappé du désordre qui règne dans la narration , delà mamère pen natareUe avec laqudle sont rapprochés des

faits curieux , mais qui appartiennent à des régions fort éloignées les unes des autres, en sorte qu*il est fort diflGicile de voir, dans cet amalgame wol peu informe , le récit d*un on de plusieurs voyageun. On observe que les deux marchands dont les noms se trouvent indiqués en plnsieais endroits, ne sont mdlement désignés comme les auteurs de la narration, mais seulement des hommes véridiques qui^ ayant par-

DISCOURS rRÉT.TMTNAUB^ «un

auxquels donnent lieu les voyages maritimes» Je me auis abstenu de rien reproduire des narrations mensongères que iontleamarins, et auxquelles les narrateurs enx-mèmes n'ajoutent pas foi. Un récit fidèle,bien que court, est préférable à tout. C est Dieu qui dirige dans la droite voie* »

ooora une grande étendae de pays, et observé avec soin les partîcolarités propres à cliaqne contrée , formaient des témoins respcctaW< s , sur f aalorité desqods Técrivain anonyme avait cru devoir appuy»une partie des détails consignés dans son ouvrage. Or, ce désordre clans la narration des faits est un caractère distinclif des productions littéraires de MassoodL D'un antre côté, cet écrivain, lorsqu'il parle des Indes et de la Gbine, invoque souvent le témoignage de ces mêmes marchands, prétendus auteurs de fouvrage traduit par fabbé Renaudot. On peut donc supposer que les deux narrations des voyageurs anJbes ne sont autre chose qu'un fragment d'un des ouvrages de liassondi* H est naturel de croire que le récit des prétendus voyageurs arabes formait une partie ou de la seconde édition du Jlferoadj, ou de ïAklAarHd^uman, ou de quelque autre ouvrage de Massoudi.n

xxnr DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

La maoière dont Âbou-Zeyd s'e&i exr primé en commençant , et la manière

doût il termine le livre, me paraissent donner une idée exacte de Torigine de cette relation et du plan qui a présidé a sa rédaction. Il n y a véritablement qu^une relation , c'est celle cjuî a été écrite diaprés les récita du marchand Soleyman , et qui était antérieure de plus de soixante ans à Massoudi et à Abou-Zeyd. La deuxième partie, qui est l'ouvrage de celui-ci, n'est qu une suite de remarques tendant à modificr, à expliquer ou à confirmer le récit du marchand. Voilà d oà est venu ie manque d ordre et de proportion qui se fait sentir dans i ensemble de la rédaction K

* Yacout, écrivain arabe de la première moitié du xiii*" siècle de notre ère , iait mention , dans son grand Dictionnaire géographique, d'un personnage appelé Misar-Abou-Dolaf, fils de Mohalhcl, lequel, Taimée 33i de l'hégire (9&2 de J. €•)» accompagna, à leur retour dans leur pays, des députés derempereur de la Chine, qui s'étaient rendus à Bokhara , auprès de l'cmir

DISœimS PRéUMINAIRE.

On trouve à la fin du traité ces mots

écrits de la main du copiste : « Coilatiouné avec le manuscrit sur lequel cette copie a été faite., au mois de safar de i aanée 5g6 (novembre iiggde J. C.).» Ces mots prouvent que le manuscrit a été copié vers la fin du xii* siècle de notre ère*

Renaiidot attribuait au volume un peu plus d'ancienneté; il s'exprime ainsi dans sa préface : « Son antiquité se connaît

samanide. Misar visita successivement la Tartane , la Glûiie et Tlnde , et il rédigea une rdation

de son voyage, que Yakout a reproduite eu grande partie dans son dictionnaire. Cazouyny a inséré qiu ' 1 cpies fragments de la même relation dans son ouvrage intitulé Atsar-al-hilad; mais, autant que je puis en juger par les fragments que je connais, le témoignage de Misar nemé* rite pas beaucoup de confiance. Les fragments de la relation de Misar qm nous ont été conservés par Yaoout et Gasouyny, riennent détre puMiés par M. Kurd'de ScUoezer, en arabe et en latin , sous le titre de Abu-Dolef Misaris ben Mohalhal, de itinere asiaùco eommsalonom; Beriin, l84S,in-il^ S

txn DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

88001 par le caraetère; mai» il y a une

marque certaine quxl a été écrit avant fan de f hégire ^69 y répond à cehti de J. G* iiyS; car on trouve à la fin quelques observations de la même main, touchant l'étendue de Damas et d autres vittes de Syrie , dont Nour-eddia était le maître , et l'écrivain parle du prince comme étant encore vivant. Or ce prince monrat rannée qui vient d'être marquée. » Il est certain que^ dans le manuscrit on lit ces mots : « Mesure de quelques-unes des villes soumises au prince juste Nour-eddin- Aboul<Sassem«Mahmoud, ùh de Zengui, l'année â64 (1 169 de J. G.) . » Mais le nom de NouT'^eddin est aeconqpagné des mots:

A De qui Dieu ait pitié , et dont il illumine la tomhe^;» et ces mots prouvent qu^au moment où les observations furent mises

^ Voyes^ dans la présente édition, pag. là^ dn texte. Du lesle, les cUffires 6Sà q» setroovent dans Téditie» laanqaent dan» le suoiiib-

crit* La date est seuicment marquée une fois et en toutes lettres.

mKXWBS MALQf OfiBE. mu

par ^crit, Nour-eddin était mort U «st facile* du resie^ de lever cette légère contradiction t €n disant que Tétat des forteresses, tel quii est présenté dans le manuscrit^ fut dressé du vivant même de J^bur-eddin et par ^es ordres» mais que ia présente copie ne fiit ûuita «pi'environ trente ans après sa mort ^

Voilà ce que j^avais à dire sur ia manière dont cette relation a pris naissance, et sur ies circonstanoes qni ont accompagné sa publication en Europe. Mais cette préface serait incompdëte, ai on n'y indi- <[uait les connaissances géographiques des Arabes à Tépoque la relation fut rédi-

' Cet étatdes ibrteresses commence àlap. t àg du texte impriaét et se tennine à la page 1 6i* On ii*en tnmvera pas ici la traduction. Ce tableau sort , par son objet, du cercle des matières traitées dans le présent vobmie ; d^ailleais , une partie des mots est marquée* dansle manuscrit* d'une manière cursive qui est à peu près illisible, et il aurait ialhi souvent n'avancer que des oDojeetares.

xxvni DISCOURS PRÉUMINAIRE.

gée» du moios en ce qui concerne les mers

orientales, et si on ne décrivait les itinéraires suivis par les navigateurs arabes « indiens cL chinois. Ces deux importantes faces du sujet sont restées presque entièrement cachées à Renaudot et à Deguignes^ et ce n'est que de nos jours qu il est devenu possible de les édaircir.

Les relations conmierciales eutre les cAtes de la mer Rouge et du goife Persique d'une part, et de l'autre la côte orientale de TAfirique et la côte occiden-^ talc Je la presqu'île de Tlnde, remontent à une haute antiquité* On ne peut douter que tel ne fût Tobjet Je certaines expéditions des Phéniciens, expéditions auxquelles le roi Salomon ne voulut pas rester étranger. Ce fut par cette voie que les produits de TArabie Heureuse, de la côte de Sofala et des parages de l'Inde se répandirent en Occident. Ce commerce était une source de richesses considérables.

Ces relations se conservèrent sous les rois grecs qui suivirent la mort d*Alexan<

DiSCOUAS PfifiLUfllIAffîE. sm

dre ; elles iur^t Ja base pnocipale de la

* ent en peu

eie mr les Ixirds lUiTigne. iNéanmoiiis le

trajet fut pendant longtemps leai et pé- QÎJble^ Qa MÎi cpie ilans les men orieii«* taies il règne des vents périodiques qui , pendaot six mois, c'eslrà-dire depuis le

solstice d'été jusqu'au solstice d'hiver, soufflent du nord-est au sud^^uest, et,

pendant les six autres mois , du sud-ouest au nordrest^ Mais rimperfeetion de la navigation ne permettait pas encore aux vaisseaux de perdre les cotes de vue, eir^

^ Pèor «voir une idée précise de ess ventSt cpe fflODS appelons , à l'exemple des Arabes, du

m0u$son,ovi^ plu$ correcteoient, mousim, Voa fem bien de consuUer IWvfiige de Honboig^, iotitiilé India diredory, et iiaduit en français par M. Le Prcdour, sous Ictître de Insirudioni naoiiçua sur les mers dê l'Inde, icm» I**, pag. 53g, et tom. II, au conunenoe* meut. Massoudi a parlé des moussons ; vo^ci l'extrait, çi^près, p«g. IVF et suiv.

XXI DISCOURS PllELiMlNAlHË.

constance qui^ à la moindre Lempête, les obligeait de &'arréier« Pour donner plus de facilité aux expéditions maritimes, les rois Ptolémées fondèrent des lieux de relâche sur toute la côte occidentale de la mer Bouge, et jusqu'au milieu des solitudes du Zanguebar. D'un autre côté, les rois séleucidcs clierchèrent à tirer parti des iles du golfe Persique et des lieux de retraite qu ofirait la côte orientale de ce vaste bassin.

Tout à coup il se ût une tentative qui changea la face de la navigation dans les mers orientales. Vers le milieu du premier siècle de notre ère , un navigateur romain ,

nommé Ilippalus , se fiant à la périodicité constante des vents , résolut de quitter la côte pour s'abandonner à leur direction.

Au moment où la saison était favorable »

il se rendit en droite ligne du détroit de Bab-Almandeb vers le goire de Cambaye; six mois plus tard , il profita du change* ment de vent pour retourner au lieu d'où il était parti. L'exemple d'Hippalus fut

DISCOCBS PBÉUHINAIRE. wi

suivi, et le commerce des épiceries et de

la soie prit un essor inespéré,

Oa ne suivait ies côtes qu auUut qu'où avait à s'arrêter sur le rivage , soit de TArabie, soit du Mekran, ou hieu aux bouches de rindus. Voici comment s*ezprime Pline le naturaliste, qui était en positiou de bien connaître l'état des choses : tDiu- «que ita navigatum est, donec compea- «dia invenit mercator, lueroque India « admota est. • . . navigare incipiuut asstate «média ante Canis ortum, aat ab exortu «protinus. .. . Ex India rcnavigant mense «asgyptio tyhi incipiente, nostro decem- «bri; aut utique mechiris sgyptii intra «diem sextum, quod fit intra idus janua- < rîas nostras ; ita evenit ut eodem anno « remeent ^ »

aussi le Périple de la mer Erythrée, Geographi

minores , édition de Hudson, tom. 1", pag. 3a On trouve dans le dernier ouvrage» pag. ià »

quelques détails sur les diverses dasses de

vaisseaux qui naviguaicui daus les mers orien*

xuLii inseOlIllS PBÉUIIUIAIRB.

Dès cette époque^ les navires diîaois partaient des ports 4fai céleste anpbre, et venaient à Java, à Maiaca, à Ceylan et dans le voisinage dm eap Cioinofin. Cest ià que &e faisait IVcLange des produits de rCÛent et de i'ûccidmL Pline, pariant de nie de Ceylan , s'exprime ainsi : a Ultea •montes SmodoSf Sens qnoqne ab ipsis

41 aspici , notos etiam commercio : patrem s hêcchis^ eommeasse «6 : advenis aibi i Seras occursare ^ . •

Au capport de iauteur du Périple de la mer Èrythnée, leqad écrivak ren la fin dxk 11* siècle de noire ère, les Romains avaient formé des établissements à Aden et sur d'autres points de TArabie Heureuse, ainsi que dans iile de Socotora, alom lia^ bitëc par des colons arabes et grecs, sans compter les indigènes. L'usage de la langue grecque subsistait encore à Socolora,

laies. Genx (jui s'avançaient jusque dans le goiic du Beogaie étai^t plus forts quecew qui s*anétaieiit snr les eûtes du Malabar.

* HUtoria natwndU, lib. VI, cap* iif?»

au temps de Gosmas> dans la première moitié du vi* siècle de notre ère^.

Les relations entre TOrient et l'Occident étaient devenues ai iré<iueDtes et si régulières, au iv*" siècle de noire ère, quAmmien-Marceliin, voulant llatter la mémoire de l'empereur Julien , dit qu au premier bruit de sou avènement au trône, il partit des régions les plus éloignées de rOrieni des députations pour le féliàter ; et dans le nombre de ces députations, le grave liistorien compte celles de Tile de Ceylan et des fles Laquedives et Maldives* Voici les expressions d'Ammien-Marcellin :

« Inde nationibus indieis certatim cum do- «nis optimates miitentibus ante tempus»

€, abusque Divis et Serendivis K i

' Cosmas, Chrisiiaaa topographia, dans le recueil de Monlfauoon intibdé CoUeeU» nmfa patram, tom. II, pag. 178. Vojes aussi le Mé* moire de M. Le troimc, sur l'inscription grecque du roi nubicu bilco, Nouveau recueil de TÂca^ démie des inscriptions, tom* IX, pag. 1 78.

* Ammien-Marcellin, lit. XXll, cap. vu.

^activité crannemal^ ^entreleniie par la politique des Romains, se manifestait égaiement daoa les éM$ de ia Perae. On aait que, sous la domination des Barthes, âéleucie^ qui avait reçu de aon iimdaieur des franchises pariiouli^s , arriva à un très-haut degré de prospérité. Cette prospérité fiit partagée par la ville d'Apdogos, nommée par les Arahes Oboilah, au-des- BOUS du confluent dn Tigre et de l E».

phrate , non loin du lieu oà fut bâtie plus tard Baaaonu Apologos « avant la &ndatioii de Bassora^ servait de lieu de relâche aux navires 4pii montaient et deaeendaient le "Tigre et i'£uphrate. On voit, dans le Périple de la mer Érythrée qoe^ dès les premiers temps de notre ère, les mar-

qui fiût partie

du recueil de l'Académie des inscriptions, tûia.X, pag. aSo, entend parle mot Divii, Aonpaa les Iles JiaUiires «t Laqpediyes, nais quelque peuplade de la e&te du Ceromandd* Je reviendrai taid sur ce mâme passage* ^ Pag.ao.

DiSGOUBS PBfiLilfDIAraB.

chaadises de ïlnde y affluoieiitt neum^ ment le %itim sagalinum, qui semble répondre au bois du Teck, boi» avee lequel « raÎTasBt le récit postéiiem* des AnJies , une partie des maisons de ia ville était bâtie.

Sous ia dynastie sassanide. Séleucie p»âi avoir perdu de «>n importuice, ou plutôt cette ville se trouva bieutôt absorbée dans f ememble des bouq^ bâtis

sur îes deux rives du Tigre, eL dciiignés par la dénomination commune de madain ou viDes. Mais d'autres lieux acquirent aus&i du renom. Deux écrivains arabes s^aceordent à dire que , dans la premières moitié du v'' siècle de notre ère, la ville de Hira» bâtie au sad-onest de Tantique Babylone, à quelque distance du lit actuel de TEuphrate, et qui était dors le cbeflieu d'une principauté vassale de la Perse, voyait constamment amarrés devant ses

maisons des navires venus de l'Inde et de la Chine. La cité , suivant ces deux auteurs, regorgeait de ridiesses, et la

mn DISCOUIIS PfiiUMUiAUiË..

campagne ) (jui n'offre plus de nos jours qu^ime aflDreuae solitude, présentait laapect le plus animé».

L'aficendant persan se répandit au dehors, et , sous Cosro^s - Nousclilrevan , dans ia première moitié du vi* siècle , le nom de la Perse était le premier des noms dans 1 Orient, Suivant le témoignage de Hamza« d'Ispahan^ Nouschirevan fit la conquête de la capitale de Tiie de Cejflan ,

* Ces autean sont Massondi» Jforon^'-al-i&e-

liùh, l. V\ fol. 4a Ci suîv., et Uamza, dlspahan , écrivain du milieu du iv' siècle de l'hégire, X* sièck de notre ère. Voyes Sédition de Hamza qui vient d'être publiée à Saint-Pétenbourg, par M. GoUwaldt, pag. loa* Massoudi rapporte de pins qa*à cette époque rEuphrate* qui maintenant va se perdre dans des étangs, passait a travers Hira et se rendait de là dans le golfe Persique* ^Cest le bras de l Ëuphrate nommé Pallacopas, sur lequd les géographes modernes ont beaucoup écrit. (Voyez les noies qui accompagnent ma traduction de la Géographie d*Aboulféda, tom. pag* 68). Massoudi ajoute qu on distinguait encore de son temps le

DISCOURS PAÉLIMINllAE. usni

ce qui ne put avoir Ueu quau moyen d'une flotte^. D'un autre €6té^ le célèbre Tiiabari , qui écrivait dans ia deruièrc moitié du ix* siècle» rapporte que > dans les derniers temps de ia dynastie des Sassanides , les rois de Perse avaient fortifié la ville d'Obollali , et que cette place servait de boulevard à Tempire contre les dciicenlcs faites j^ar les flottes indiennes

lit du fleuve, et quii était désînrné par le nom de alye on «vîeaiu» finfittt Alassoodi rd]>|)orte que, jadis, la mer venait jusqu'à Hira et aux tertres quiia donmient* et qu li était impossible de voir ce pays sans être persuadé qae les eaux en avaient autrefois couvert la surface. Le pas< sage de Massoudi est un peu long, et ou peut recourir à la traduction anglaise de M. Sprenger, tom. V (la seule qui ait paru) , pag. aÂ6. Seulement , il est à rco^etter que la traduction de M. bprengcr ne soit pas toujours exacte.

^ TraitédeHamia, édition de M. Gottwaldt,

pag. 58.

* Les expressions de Thabari ne sont pas très-daires* (Voyes Tédition publiée par M. Ko* segarten» tom»II» pag* Set lo.)

uinn mSCOOBS PBfiUMIlUlRfi.

Cette mention de flottes indiennes étonne , lorsqn on songe au peti de goût ([ue les indiens ont eu de tout temps pour ht mer; mm ee serait une erreur de croire que les habitants de 1 Inde sont restés abiolament étrangers aux entreprises maritimes. Le code de Manou fait mention d'hommes expérimentés dans la navigation ^ On sait que dès une liante antiijuité les bonches de Tlndus, les côtes du Guzarate, du golfe de Cambayc et du Malahanr ont servi de repaire à des pirates, en général indigènes^ il a fallu la toute-puissance anglaise pour mettre un terme à ces

brigandages. Il y a plus: j'ai rapporté ailleurs des exemples de flottes indiennes fpii y au temps des khalifes de Bagdad , venaient faire des descentes jusque sur les bords du Tigre ^. Il résulte de la relation des voyages d'un bouddhiste chinois ^ ap-

^ Liv. VIII 9 distique lôy.

^ Voyet mes Atagments sur l'Inde, /oumal

asiaii(jue de féTiier iS/iS, pag. 176 (pag. 201 du tirage à part).

pelé HiiiM^saiig, dans la prenuère partie

du vu' siècle, qu'à celte époque les priii-

etpales villaa delà Peoe ffaDftnnaieoi des

colonies crindiens qui v jouissaient du

iiiire exercice de leur religioo, à peu près comme les colonies de Banians que Ton remarque eucoce à présent dans les places de commerce de la mer Rouge et du golfe Persique K

Les Arabes prenaient natoreUement une part très-active au commerce eii^re rOr^ent et rOcddent* Une partie des entrepô^ étaient placés sur leur propre territoiri. Outre Aden , 3s possédaient la ville de Saliar, remplacée aujourd'luii par Mascale* Sahar, par sa position^ servait de point de relâche aux navires qui entraient dans le golfe Persique ou qui en sortaient. D ailleurs, c^étaient les Arabes qui formaient la meilleure partie des équipages ^ On les a vuâ établis dans Tile

' Je discute ce dernier point dans un mémoire spécifd que j*ai composé sur f Inde.

' Vîi^g;ile nous apprend qoe des maleloU

XL DISCOURS PRfiLUflNAIBS.

de Socoiora; ils Tétaient piobablement aussi sur la côte de Sofala, aux environs du golfe de Cambaye et dans l'île de Ceylan. Tout porte à croire que, mêlés aux Persans, ils exerçaient dès lors dans ces parages le même ascendant qu'au XV* siècle, lorsque les Portugais, faisant le tour de TAfirique, répandirent pour toujours le nom européen dans les mers de rOrient. L'influence- des Persans et des Arabes dut s'accroître a mesure que la puissance romaine perdit son ancien prestige.

Ce qui est dit ici se trouve appuyé par les faits qui eurent lieu dès les premiers temps de Tislamisme. Quand Mahomet parut sur la scène, tous les regards se

arabes et même indiens avaient été enrôlés par Cléopâtreet Maro^Antoine, dans leur lutte contre Auguste, et que ces matdols figurèrent à la

hutiiille d'Actium. Le viii* chant de TEnéide renferme ces vers :

• • • • .Ommt eo temre jEgypias «l Inàt « Omnis Arabf, omnes v«rtc])aul iarga 5aba;î.

DISCOURS l^RBLIlUliAaifi. %Lt

tournirent vers lui. Deux ans seuLemeiit après sa mort, la Syrie «t 4a Métop^Amne^ et peu de temps aprè$ l'Egypte et la Perse, tombirent au pouvoir des secttores ; puis vinrent des troubles religieux et des guerres intestines. Les relations eonmierciales eurent nécessairement à souITt ir de ces bouleversements; mais, au nnSieu même des conquêtes les plus rapides et les plus sinrprwantes, ïm 16 de Thégire (637 de J. C), sous le khalifat d'Omar, une flotte, partie des côtes de TOman, va •porter )e ravage aux boucbes de f Indus et sur les cotes de la presqu ile ^« Dès avant la fin du vn* sièele de notre ire , une colonie de marcliands musulmans était établie dans Tile de GeylaUj» où, depuis longtemps, toutes les religions étaient tolérées. Quelques femmes musulmanes , qui avaient perdu leurs parents à Ce)lan, et qui , pendant qu'elles retournaient dans

' J'ai rapporté un passage de Bcladori à ce sujet. {Jowmala$iaiiqae de février i8ii5, p. 1 S6, pag. 1 8a du tirage à part. )

xui DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

leur pairie, lurent enlevées par des pirates indiens, fournirent un prétexte an fameux Hedjadj pour envahir la vallée de rjndus^. L'an 768 de J. G., les Arabes et les Persans établis en Chine , dans le port de Canton , étaient assez nombreux pour exciter un tumulte dans la ville et la mettre au pillage ^

Lorsque le nouvel empire eut pris son assiette, lorsque surtout les khalifes abbassides eurent transporté le siège du gouvernement sur les bords du Tigre, le commerce prit un essor extraordinaire.

Quand vit-on, du moins à une époque où

l'on iravail pas encore double le cap de

Bonne-l!^pérance , et où la vaste mer de

* Journal asiatique de février i865, pag. i63 (1S9 du tirage à part). L*île en question est dé* signée par Bdadori sous le nom d*ile des Rubis , Djezyret'ol-yakoat , à cause, dit l'auteur arabe, de la beauté des iemmcs du pays, ou jdutèt à cause des rubis qu*on a de tout temps exportés de l'île. Mais riiisLoricn Fericlilah dit qu'il s'agit là de Geylan* — ' Voyesb ci-après , pag* cii.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xuii

rinde formait pour ainsi dire nn bassin à parti quand vitron des conditions plus favorables pour donner de la vie à ces parages? Les khalifes réunissaient sous leurs lois TÉgypte, TArabie, la Syrie, la Mésopotamie et toute la Perse. Alexandrie avait conservé une partie de son ancienne importance j pour Séleucie, elle était tombée; mais elle était remplacée par Bassora, qui, dès sa fondatiou , sous le khalife Omar, servit de rendez-vous aux navires, et par Bagdad, qui, sous le Litre de ville de la paix^ devint la cité la plus opulente de r Orient.

Mais les bouches du Tigre ont toujours été d'un accès difficile, à cause des sables qu entr^nent les eaux du fleuve. La mer elle-même , dans la partie septentrionde du golfe Fersique, est hérissée de basfonds, et les gros navires n'y pénètrént pas sans danger ^ Pour remédier à ce double inconvénient, on pratiqua un port vaste et commode à 6yraf, sur la côte

* Pag. a.

sw mSGQUfiâ ?&ËLiMlNAiA£.

orientale cln goiié i:^ersique, dans le Eacsislao. C*est là que les gros navires, partieaiièremeat les navires ciûnois venus de la haute mer, et qui apparemment avaient acquis récemmeai de plus grandes dimenttona, venaient jeter rancre: ^s'estde ià qu'ils repartaient pour leur pays. Plus tard, Syraf fit place à VÛe de Kys<A; pins tard encore » Tile de Kysch fit place à HormuE, jusqa^à ce qu'enfin les iPertugaie arrivant, le commerce du monde suivit de nouvelles voies.

L'Indus et ses affluents , malgré les sables qu ils charrient et leurs fipéquents cliangements de lit, ont été de tout temps un moyen puissant de navigation. Un lieu nommé Daybal , et situé sur le bord 4e la mer y à 1 ouest de l'embouchure du fleuve Y servait d^asBe aux yaisseaux qui montaient ou descendaient le fleuve. Vers la fin du vn* siècle de nottre ère , une armée musulmane , secondée par une flotte, entreprit le siège de Daybal et 8*en empara. Ensuite les Musulmans se rendirent

DISCOURS ?E£UMINAIRE. w

maitres des villes de Tintérieur, telles que Bahman-'abad, Alor et Moultan K

A partir du milieu du ix*" siècle de notre ère , les désordres qui étaient survenus dans F cm pire ne permettant plus aux khalifes de Bagdad d'exercer leur surveillance an loin ^ les possessions musulmanes de la vallée de Tindus devinrent la propriété de quelques soldats beurenx.

Mansourai ville fondée par les Arabes dans les environs de Bahman-abad) an nord*est de remboucliure de Tlndus , re* connut les lois dW Arabe de la tribu des Corayscby tes , dont Taîeul s'était signale parmi les ennemis les plus acharnés de

Mahomet. Un autre Arabe, également de la tribu des Coraysehy tes , régnait sur la province de Mouitan. D^autres émirs se créèrent de petites principautés dans le Mekran et le Baloutchistan ; mais tous reconnaissaient la suprématie spirituelle

* Voyez, pour les détails , rextrait de Beladoii que j'ai publié dans le Journal asiatique de fé* vrier iSÂS (pag. i8a et soiv. du tirage à part)«

IL 11 DiSGOUBS PHEUMINAIRE.

eltemporeUediiklialife; Ions faisaient un bon accueil aux musulmans , de quelque pays qu^ils vinssent.

Massoudi , qui avait parcouru les bords de rindns , fait mi tableau brillant des possessions musulmanes , dans cette partie du monde. Daybal et Mansoura faisaient un riche commerce. Pour la capitale du Monltan , ce qni en fiiisait surtout Timpor* tance, c'était un temple magnifique du soleil 9 orné d'une idole qui était lobjet de la vénération générale. De toutes les parties de rinde , on accourait avec des présente »

pour se rendre le dieu favorable. Plusieurs fois les rois de THindostan prirent les armes pour faire rentrer ce sanctuaire sous les lois nationales; mais, à leur approclie, Témir menaçait de mettre Tldole en pièces et de livrer le temple aux flammes; et aussitôt des armées innombrables rebroussaient chemin ^«

^ Comparez Massoudi, MaroudjHil-dzeheb , tom. I*", fol. io venoet 73 vene, et le Traité d*lbn-llaucal, voyageur arahe qui visita le pays

DISCOURS PR£UMIl«iAia£« wu

Lf6s Arabes, (jui, dans le cours des \iC et Yiu* siècles de notre ère, firent plusieurs fois des descentes sur les côtes du Goiarate , du golfe de CamlMiye et de Malabar, contrées oh les Romains avaient fait jadis le négoce le plus actii , el où le commerce était resté florissant , n^avaient pas conservé de place dans ces parages \ mais un grand nombre d'entre eux s'y étaient établis pour faire le négoce, et le nom arabe était fort respecté dans le pays.

Massoudi et Ibn-Haucal, qui avaient visité, à peu d'intervalle Ynn de l'autre, les villes maritimes de la contrée, telles que Cambaye, Soubara, qui paraît rc^pondre à peu près à la Sourate de nos jours, Seymour, qui probablement n'était pas éloignée de la ville actuelle de Bombay, s'accordent à dire que l'islamisme s'y montrait à dccouvcrt. Les musulmans y avaient élevé des mosquées, et célébraient

peu de temps après Massoudi; Gildemeister, Scripiomm mvham de rebm Indicis loci si apu^ cula, premier fascicule, pag. 3o du texte arabe*

XLfin DISCOURS PREUMINAUŒ.

publi(£uemeai les cinq prières du jour. A Seymour, en particulier, on comptait environ dix mille musulmans établis à demeure avec leurs familles , et venant de Syraf, de TOman» de Bassora» de Bagdad, etc. Les musulmans faisaient juger leurs différends par un homme pris dans leur sein « et qui avait été investi de Tau* torité par le prince du pays ^

La partie de ilnde avec laquelle les Arabes avaient le moins de rapports était rHindostan proprement dit, c est-à-dire la contrée liaignée par la Djomna et le Gange , depuis le Pendjab jusqu'au fond

* Compares Massoudi-, Moroudj, tom. V\ fol. 75 et 9 A verso, ainsi que Ibn-Haucal, ouvrage cité, pag. i8. Albyronny dte quelques autres villes du Guzarate el du golfe de Cambaye. c«wnme faisant «n riche commerce. (Voy. le Journal asiatique de septembre t Sâi , p. a5& et 263.) Quant à Seymour, on peut lire un passage de Cazouyny, emprunté à un voyageur aiabe nommé Miser. Voy. fédition de M. Schloe- ^r, pag. 20.

DibCUURS PAÉLIMINAIHE. xlu

(lu golfe (lu Bengale. Le grand rôle joue jadis par les roia de Canoge, près du con* fluent du Gange et de la Djomna, avait retenti jusqu'à eux; mais lis n'avaient qu une idée confuse de ces belles et riches contrées» et il parait que telle était la po* litique ombrageuse des radjas et des brab* maues que, jusqu'au commencement du XI* siècle de notre ère, lors des conquêtes de Mahmoud le Gaznévide, aucuu Arabe n^avait pu pénétrer dans ces régions* Pour les côtes situées aux environ^ des bouclies du Gange et sur le territobre d'Orissa , le pays a toujours été d'un accès peu facile, et il rélait alors moins qu'à présent. Au**

cun écrivain arabe, à ma connaissance»

ne parle de la ville de Tamraiipti ou Tamlouk, qui était située près de Tem»

bouebure du Gange, non loin de la ville actuelle de Calcutta, et qui encore au vil* siècle faisait un riche commerce^.

^ Foe-ibooi-jcij public par MM« Abd-Rémusat, Klaprotb et Landresse, pag. Sag et 33o«

h DISCOURS PRÉLUINAIRE.

Ibn^Haukal, après avmr fait mention de

quelques villes du golfe de Cambaye et dea côtes voiaines, s'exprime ainsi : t Voiià quelles sont le» villes que je connais; mais au delà ii y a des cités, telles que Canoge, qui se trouvent dans des dëscrts à de grandes distances , comme sont (en Afrique les villes de) Lamrtia et Audagast^ Ce sont des contrées désolées , où les marchands indigènes peuvent seuls pénétrer; tant elles sont éloignées et environnées de dangers*.»

Les Arabes avaient cependant une idée vague de TAssem actuel situé sur les bords

^ Sur ces deux villes, voyez ma traduction de la Géogr. d'Abotdfëda , 1. 1", p. 1 83 et 190.

• Ibn-Haucal, recued déjà cité» pag, 27 du texte* M* Gildemeister, dans sa traduction la* tine« pag. i65, n'a pas bien rendu une partie de ce passage. Au Heu de:«qiii sont situées dans les déserts, comme le sont Lamtka et Audagast « » M. Giidemeister a traduit ; «in de- « sertis quœ sunt Kalitha et Audgosht. » A la vérité , ces mots ne sont point marqués parfidtement dans le manuscrit , et 3 parait qu*il en

DISCOURS PRéUMIllÂlRE. li

du BrahmapoQter. Ce pays est appelé par

les écrivains indiens Kâmaroùpaf et par les Chinois de Tépoque Kia-nuhlîem'pho* Les Arabes le nomiiient Camroub et Cornrou, mot qui a été changé par quelques au* teurs en Camroiuu C'est la dernière forme qa on trouve dans la présente relation K Une des considérations qui me semblent prouver l'identité de Camroub et de Canh rou/i, c'est que Tua et Fautre pays sont renonunéspour i'aloèsaoquel ils donnaient naissance. Abou-Zeyd parle de Taloès de Camroun , comme du meilleur aloès de la presqu'île de Tlnde^ D'un autre côté, Taloès de Camroub a toujours joui dune

était de même dans le manuscrit dont se servit Edrisi ; car ce savant géographe a commis la même erreiuv (Voyesk Um» I*' delatiadoction finmcaise, pag. 170, 176 et i83.)

' (ùxy^^^ lien de i^ijj^U . (Voyea ct-deisonSf pag. i35.)

* Voyez aussi ia Géographie d*Aboulféda, teite arabe, édition de MM. Reinand et de Slanev pag. 36i.

DISCOURS PRÉUMINAIRË

grande réputation» L'auteur de la relation

persane de rexpcdition faîte par l'armée d Aureng-Zeb daos le pays d Achem, auteur qui fit lui-même partie de Texpédition, vante Taioès de la contrée^. On doit, ce me semble , appliquer à la même région ce vers de Thistoire de Cachemire » où il est parié des conquêtes sans bornes du roi Lalitaditya ; a Dans la ville déserte de Pradyotich , il ne vit que la fumée odorante qui s élevait du sombre bois d'aloès, dont ies tiges avaient été brûlées^*» Je reviendrai plus tard sur le me me sujet.

Passons maintenant aux itinéraires décrits dans ce volume. Uobjet principal de la relation est de faire connaître la route que prenaient ies marchands de

^ Mémoires de la Société asiaiiifue de Calcutta, traduction française, t. II, pag. 22u M. Théodore Pavie prépare une traduction de la vdation complète, d après une version hindoustanie.

* HUt de Ckiehendre, publiée par M. Tioyer, liv. IV, vers i7i. Voyez aussi t. V\ p. iai.

PISCOURS PR£UMINAIB£. uii

Bagdad, de Bassora et de Syraf, pour se rendre sur la c6te du Malabar, à Geylaa à Java, et jusqu'en Chine. C'est la route qu'avait pratiquée le marchand Soleyman.

Abou-Zovd parle de son côte, mais d'une manière fort brève, vu que le pays était mieux connu, des voyages qui se faisaient de son temps sur les cotes méridionales de TArriiie, sur les côtes de la mer Rouge et sur celles du Zanguebar. Il résulte du témoIgnaged*Abou-Zeyd qu'àeetle époque, comme jadis et comme aujourd'hui, les gros navires ne dépassaient pas le port de Djidda. Euiln , Abou-Zeyd dit quelques mots des communications qui avaient lieu par terre entre Tempire des Arabes et la Chine. Les perscmnes qui partaient des bords du Tigre et de l'Euphrate, se rcn-

et suiv. et recueil de M. Gildcmeistec» pag. 69, M. Lassen avait d*abord^acéle ptysdiePiady* otisck dans le Tibet oocîdentaL Mais, dans Touvrage qu il public en ce moment , sous le titre de Indiêche Aberihnmskmuk^ tom. l*', pag. s86, il parait avoir diangc d*opimon«

u? DISCOURS PRëLLMINAIRE.

daieut dans le Khorassan; elles traver* saient TOius, puis, se dirigeant vers le lac de Lop, elles entraient dans la Chine par la province du Ghen-ai^.

Le marcband Soleyman commence par indiquer les mers qu'il fallait traverser pour se rendre des bouches du Tigre et de TËuplirate en Chine ; ces mers sont au nombre de sept. A la vérité, les feuillets du manuscrit oà étaient indiquées les deux premières, manquenl; mais nous apprenons par un fragment du MoroadJ^dzeheby rapporté à la suite de cette relation \ que ces deux mers étaient la mer de Perse, hahrfaris, comprenant le golfe Persique et la mer de Mekran , 2"" la mer du pays de Lar, la Lance des anciens; la seconde de ces mers , que les Arabes nomment £arei;j ou AUlarevy, se prolongeait depuis les bouches del indus jusqu'au territoire de la ville actuelle de 60a ^

La troisième mer est celle de Herkend.

* Pag. ii3 et soiv, — • Pag. et suiv.

— 'Le nom de la mer du pays de Lar s'écrit en

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Cette mer était bornée au nord par la mer Larevjy à Touest par les Laquedives et les Maldives, et à Test ainsi qu'au sud-est, par la presqu ile de Tlnde et Tile de Cey*

Le marcliand Soleyman^ porte le Dombre des îles Laquedives et Maldives à mille neuf cents; Ptolémée en avait compté treize cent soîxante-dix-huit. Ces îles sont désignées par le marchand Soleymansousladénomination de Dybadjàt\

arabe ^^^j^l^ ou, sans rarticie, ainsi que récrit Massoudi, lS^J^* Dans le manuscrit de la présente relation, au lieu de (5jJ^^* Dolitconstanunent ce qui ferait De-

lareiry, et cest ainsi que le porte le texte un-

j>rixué. Cette confusion des lettres ahf et dal se rencontre assc^ souvent dans les manuscrits.

^ Lamerde Herkend» ôiixiislcKelah'al-adjayh, est nommée M-kend, ou simplement Kend* (Voy . feutrait 9 tom. II, pag. HA.)

* Pag* 4« Voyez aussi pag. i36.

li^ljj^ri ^ • Voyez k la pag. 7 du texte.

Ce nom y dont la termiiiaisoii est rme

forme du pluriel persan ^, me paraît être le pluriel èa moi indigène dfh ou dyb€A^ ou plus régulièrement douipa, mot qui»

dans toutes les contrées de Tlnde, signifie ile. D après cela, cette dénomination serait un reste de Taneienne influence persane dans ces parages , pendant la domination des rois sassanides, et elle répondrait au mot divis Ju passage d'iVmmien-MarccHin déjà cité. La forme plurielle arabe aurait

été djhaliâf^.

Le mot Dybadjai se trouve marqué de plusieurs manières différentes dans les traités arabes. Édrisi , a en juger par le& copies qui sont en nos mains > a éôrit Bj^ hahât \ mot ijui , par i'eUet de l'absence des voyelles, a été rendu en firançais par^ Roibahât Renaudot, dans sa traduction^

^ C'est ainsi que les Persans, du mot arabe AmIs 9 ont fidt au {duriel ca>^?i>^<^^ «

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