‹ Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine Akhbâr alSîn walHind. Texte arabe impr. en 1811 publ. avec des corrections et additions et accompagné d'une tr. fr. par m. ReinaudChapitre 2 sur 8 · OU · texte numérisé non relu

OU

DISCOURS PRÉUMmAIRE. lvu

a prononcé Debijat ^, Cesl un point qui

a l>€soia d'être examiné.

Cosmas a parlé des iles Maldives et Laqucclives, à peu près dans les mêmes termes que le nsarchand Soleyman. 11 s'exprime ainsi dans sa Topographie chrétienne : € Autour de Tile Taprobane il y a un grand nombre d'autres petites ilcs; toutes possèdent de 1 eau douce et sont plantées de cocotiers; elles sont situées fort près les unes des autres ^« ■ Mais Gos* mas-n'a pas indiqué de nom particulier.

Alhyrouny, qui écrivait vers Tan io3o de notre ère et qui passa une partie de sa vie dans le nord de Tlnde, nomme ces iles Pybadjat, et il les divise en deux groupes , les Djbah-Kanbar et les Dyhali'KQazak. Le passage d'Albyrouny mérite d'être mis en

Comme s'il avait lu c:>Lisj3. On voit que la différence est presque imperceptible.

' Coanas, recueil déjà cité, pag. 336. Le mot grec apyéy^tov, dont Cosmas se sert pour désigner le cocotier, est évidemment i^e nankda des Indiens, et le nardjyl des Arabes.

Lvm DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

regard des paroles du marchand Soleyman et d'Abou-Zeyd. Le voici : «On donne le nom particulier de Dyvah aux îles qui naissent dans la mer et qui apparaissent au-dessus de Teau sous la forme de mon* ceaux de sables : ces sables ne cessent pas de grossir, de s étendre et de faire corps ensemble jnsqn^A ce qu'ils présentent un aspect solide. 11 y a en même temps de ces lies qui, avec le temps, s'ébranlent, se décomposent, se fondent, puis s en foncent dans la mer et disparussent. Quand les liabitants de ces îles s aperçoivent de cela 4 ils se retirent dans quelque iie nouvelle et en voie de s'accroître. Ils transportent en ce lieu leurs cocotiers, leurs palmiers, leurs grains et leurs ustensiles, et finissent par y établir leur demeure.

Ces îles se divisent en deux classes, suivant la nature de leur principal produit* Les unes sont nommées DjrvaJi^Komah, c'est-à-dire îles des cauris, à cause des cauris qu'on ramasse sur les branches des cocotiers plantés dans la mer. Les autres

DISCOUAS PfiKUMINAlRE. lu

portent le nom de Dj iah-Kanhar, du mot kanboTs qcà désigne le £1 qoe Ton irette avec les fibres du cocotier cl avec le<|uel on coud les navires ^ » ^ Une partie de ces détails se retrouve dans ia relation d'Ibn-Bathoutiia , qui sé* journa pendant quelque temps dans ces iles, vers le milieu du xi?* siècle^. La dé* nomination Dybah était encore en usage au commencemeut du xm"" siècle. On en Toii la preuve dans une relation fort curieuse, adressée au roi de Portugal, don Manuel , par un Maure qu Alfonse d'Ai*> buquerque avait chargé de ncgocicr un traité de paix ayec le roi des Maldives ^«

^ On trouvera le tétungnage d'ÂlbyKmiiy« accompagné du teste arabe, dans les fragments

de cet auteur que j'ai publiés dans le Journal asiatique, septonbre iôâ4» pag. a65 (pag. laS du tirage à part).

• Je parle de la relation originale (jui ne irouYC à la Bibliothèque royale , et non pas de l'abrégé qui a été traduit en anglais par M. Lee.

^ Recueil intitulé : Documentas arabicas para

L& DISCOURS PRÉLIMINAIRE

n se présente ici une question grave.

Pour sortir de la mer de Uerkend, les navires qu'aucune affaire n'appelait dans rile de Ceylan, doubiaient-ils 1 île, ou bien passaient-ils entre l'île et le continent?

Cette question , soulevée pour les navires grecs et romains , n'a pas été tout à fait résolue ; les témoignages arabes semblent la décider d'une manière satisfaisante.

Les vaisseaux chinois doublaient Tile, et se rendaient par le midi de Geyian , soit de Java sur la côte de Malabar, soit de la côte de Malabar à Java. Ces navires étaient beaucoup plus forts que les navires arabes, et n'auraient pas pu se hasarder dans le canal, hérissé de bas-fonds, qui sépare Ceylan du continent. On lit dans le Ketab^ aUaJjajh ^ que les marchands chinois , ayant quelquefois à se défendre contre les

a hUtoria portuguesa, par le P. de Sousa, Lisbonne, 1790, pag. 107 et soiv. On lit dans la

version portugaise Adiba; mais le texte arabe

porte

■ N* goi , ancien fimds arabe, fcL sS veno.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. lxî

pirates qui de tout temps ont infesté les mers orientales, équipaient des navires montés par quatre ou cinq cents hommes, se munissant d'armes ainsi que de naphte , pour incendier les vaisseaux ennemis.

Abou-Zeyd parle d'un iieu situé à michemin entre ie golfe Persique et la Chine, et qui, lorsque les relations entre la Chine et Tempire des khalifes furent interrompues, devînt Tentrepôt général de rOrient; c'est Tile ou plutôt la presqu'île de Kalah ^ Le marché dont parle Ahou-Zeyd s'était établi naturellement à l'époque où les peuples de l'Egypte, de la Syrie, de TArabie et de la Perse n^a* vaient pas encore appris à connaître le chemin de la Chine. Cosmas décrit le marché qui existait de son temps dans

rile de Ceylan , à peu près dans les mêmes termes qu Abou-Zeyd

* Voyez la page 9 3.

' Recueil déjà cité, pag. 3 3 7. Au nombre des objets de coomierce dont parie Cosmas est le xfl'k^às , ou airain du pays de Kalliaoa, et le

un DISCOURS PRÉLIMIMÀllUS.

Abou^Z^d nomme ce lieu JLcikhs et pu iit au mot KdaJh dietîonnaiw géographique iutitulé Merassid-d'Uthik :

« Port de 1 Inde , situé à mi-chemitt eatre rOman et la Chine, sous réquaieur.»

Celte ville me paraît ne pouvoir être différente de celle qu o» appelle maintenant la Pointe de Galle , sur la côte méridionale de rUe de Ceyian, sous le 6* degré de latitude septenirionale. lie port de Kalah n a plus aujourd'hui la mêuie importance ,

pys de Kailiana est placé, par le major RennA et dMties géographes , auprès de la rivière KalUan, qui descend des Ghattesctqqivieiitse jeter dans la mer, non ioia de Bombay, en face de rîlc Salcette. L'airam de Kailiana me parait (tire la même substance cpie le plomb akaly, ou alcally, dont il est fait mention par Abou-Zeyd ; car l'absence des signes orthographiques permet Tune et l'autre pronondation. Alealy s écrit ^jJliîil ; pour Kahh, on écrit ^ . Or, la mine de plomb de KdUana pwaît être placée par Massoiidi et Édrisi sur la cfttcdeC«fMliandeL Voyez d-apisès, pag. uxiiv.

DISCOURS PRÉUmifAIRE. lxui

depids reftteiiÉioti qii^ont prise en Orient

les établissements maritimes des Euro* péetts« Mais voici comment s^eiprimait, au commencement du xvii* siècle^ François Pjfrard^ qui avait séjourné dans ces para* gea : « £n cette ile « il y a une pointe dite de Gaila, vers le midi, qui est ttn cap ([ui

avance fort en la mer» li laut que

tons les vaisseaux qui viennent de toutes les côtes et contre-côtes du Bengale , Malaka, la Sonde, Chine, Japon et ailleurs, passent par là et vieunent reconnaître cette pointe, comme nous faisons le cap de Bonne-Espérance poor aller aux Jades.

Ou la vient aussi toucher pour venir en tout le reste de la cote de l'Inde, s'entend depuis le cap Comorin jusqu'à Ormuz; et ceux qui n'en veulent approcher, indubitablement se vont embarrasser dans les bancs des îles Maldives ^ à^oii il est mal aisé de se retirer sans danger ^. »

* Voyage de François Pjrard, de Laval.

Paris, i6iS,tooi.U) pag. 2/i4etsiiiv.

Lxiv DISCOURS PRËUIIINAIRE.

Du reste » un savant géographe^ M» Walckenaer, a placé le pays de Kidah dans la presqu lie de Malaka, dans la province de Keydah , qui est située vis-à-vis de Tile de Sumatra. Dans son opinion, c^est dans cette contrée qu avait iieu principalement le commerce de Tétain de MalaLa et du camphre. Le tableau que Técrivain arabe trace du conunerce qui se iaisait à Kaiali, sVccorde assez avec ce que Marco-Polo a dit du commerce de Malaka ^

Une circonstance qui permettait aux

^ ilfin* des Voyaget, année i&3a , 1. 1, p« ig.

Si on en croyait un témoignage de Kazouyny, emprunté au voyageur Misar, déjà cité, le port de Kalah serait tombé au pouvoir des Clunois, qui y auraient introduit leurs croyances et leurs usages. Voy. l'édition de Scbloezer, pag. 19. D*un autre côté, quelques auteurs européens ont cru reconnaître à la pointe de Galle les trace» dune colonie chinoise. (Voy. les notes de Renaudot sur la présente relation , pag. i35.) A la vérité, il y a eu aussi de tout temps des colonies chinoises dans la presqu fle de Malaka*

D1SC0UB8 HtÉLOflNAIRB. lit

Chinois, indépendamment de ia force de

leurs navires , de s'engager plus avant - dans les mers , c'est que , depuis ime haute

antiquité, ils étaient en possession cl'uu moyen de s'orienter, à ia vérité très-imparfait, mais qui, dans certains cas, leur était d'un grand secours. Les écrivains chinois parient de ehars magnétiques sur lesquels était placée une petite figure dliomme qui montrait la sud , et à Taide desquels on reconnaissait les quatre points càn3Unaux. Ces chars servaient à ia (bis sur terre et sur mer. Il ne parait pas que d'ailleurs les Chinois aient connu la boussole avant le mï^ siècle de notre ère ^.

Les vaisseaux arabes n^approehaient pas, pour la force, des vaisseaux chinois.

Ces vaisseaux étaient restés à peu près tels qu'ils se trouvaient au temps des Grecs et

^ Lettre à M, le baron AUxandrt de Hwnboldt sur Vmuendon de la koof^ob^ par Uaprolli, Pari», i834; avec les observations que M. Éd.

Biot a faites sur cette lettre, dans les comptes rendus de f Académie des sciences , année i iàà»

Livi DiSCOUaS PKËUMINAIRE.

des RomaiDs. Construits , en général , en bois et sans mélange de fer, ils tiraient tr^s-peu cVcau, et ne perdaient que le moins possible les côtes de vue. Les Arabes employaient de préférence, dans leurs constructions navales, des planches de cocotier, et ces planches étaient.liées entre elles avec des chevilles de bois; pour les cordes, elles étaient faites de Tëtoupe du mémo arbre. Dans les mers de Tlnde, Teau de la mer use promptement le fer : voilà pourquoi les Anglais, dans ces derniers temps, ont mis en usage le cuivre pour le doublage des navires. Les vaisseaux arabes, outre une légèreté qui leur permettait de passer presque partout, avaient Tavantage, lorsqu'ils touchaient sur un rocher, de mieux résister au choc que nos forteresses flottantes.

La manière dont s'exprime Abou-Zeyd ^ montre suffisamment que les navires arabes, et, jiar consécjuent, plus anciennement, les navires grecs et romains, pas-

> Pag. ia8.

DiSCOURS PKÉUMINAIRfi. lxyii

raient entre le contineiU indiea et Tile Je Ceylan. Édrisi s'exprime d'une manière encore plus positive. Voici ce qu'il dit:

«En iace de llie de Serendib, du côjté de la terre de l'Inde, il y a des gobb, c^està-dire des goiies dans lesquels se déchargent certaines rivières; on nomme ces gobb les gobb de Sereniih. Les navires pénètrent dans ces golfes, et les franchissent en un ou deux mois , à travers des bois et des jardins,* au milieu d'une température moyenne ^ » L'espace de temps

^ Voici le texte arabe : oJl^ ^^^w — ^

i^j vU-^' ^^^^ ijrJ i>^'J^

Jo^aJu* ^Îj*j J^Wjj Ce passage correspond a ia page 7 3 du tom. l'"* de la traduction française d'Édrin.

uflu MttOIJRS PiEUMIllAIRE.

que TaQleur arabe iiidii{ae pour ce tcajet paraîtra un peu iong; maid il faut se rappeler que lea navirea, dana un lieu si étroit, étant cônatatmtietit menacés àe se briser sur la cote ou de se perdre dana les bis-fonda et au tnilîea dea rocbea aoua* marines , voyageaient seulement pendant le jour, Bt par ou temps calme.

La mer de Herkend s'étendait jusqu'à la cbalne de rochers qui a*avaiice du continènt indien vers l'île de Ceylan , et qu'on nomme le pont d'Adam. Au delà commençait la quatrième mer, appelée du nom de âchelaheth \ cette mer répond à ce quW appelle aujourd^ui le golfe de Pdk.

Le marchand Soleyman parle d'une île qui était baignée à la foia par lea deux mers, et qui est nommée tantôt Alramy, et tantôt Ahmmny ^ Ce que dit Soleyman renferme quelques expressions qui manquent d'exactitude. Les navigateurs ara-

d'Albyrouni. {Jownùd atià^qut de septembre

l84/i, pag* 265 ; pag. 123 du tirage à part.)

DiSCOORS PaÊUMlNAIliE. tm

bes , ne faisant que rarement le tour de Ceylan , et passant entre le contioent et

l'ile, ou bien s'arrètani au port de Kalah, n avaient qu^une idée très-vague des côtes de Ceylan. Le même désordre se fait remar quer dans la carte qui accompagne la relation cliiuoise de Hiuen-tsang, carte fat dressée vers le milieu du vu* siècle « et où la vaste ilc de Ccvlan paraît former plusieurs lies différentes ^. A la vérité, l'erreur qui consiste dans Télendue de huit ou neuf cents parasanges , attribuée par Soieyman à rHe de Bamny, et qui serait de nature à déranger toutes les comJjinaisona, cstcojrf ig^e par ce qu'Abou-Zeid dit plue loin \ à savoir, qu'il s agit là de parasanges carrées. D'après cela, file de Ramny aurait eu vingtneuf parasanges de long sur vingt-huit de large, ce qui permet de Tidentifier avec celle de Manaar, à laquelle on peut joindre, si Ton veut, q^lque autre ile voir

* Voy. les Mémoires relatifs à l'Asie, par KlaproUi, tom* H, pag. 4ii« et le Fœ^hmki, à k fin du volunie. — ^ Pag. 93.

ttt ttflCOURS PRfiLlMlf^ÂlAB.

sine. Mais il reste ropinion, partagée par Soleyman et Abott-26yd , êtmani iaqueiie le camphre serait un des principaux produita de 111e de Ceyian ou d'une ile yoi*

du Japon, et surtout de Tîle Sumatra* lïiMtêïï cireoiistanees de fa refatton arabe conviennent également à la derdiëfe tle« Aulâi Manden^ qui avait étudié avec beaucoup de soin la géographie de e^i parages f penchait à voir dans Vtle AURamnjr, Vile Sumatra ^

La partie la plus étroite du caDal ^ entre Ccylan et le continent indien, est fameuae, chez les indigènes, par les souvenirs d*ttitie expédition probablement fabuleuse, du moins dans ses détails, d'un héros, nomihé Rama, contre Ttle de

Ceyian, quils nomment Lanka. Cette expédition forme le sujet d'un poëme sanscrit intitulé Ramayma. Suivant Tauteur du paéme. Rama et ses guerriers « manquant de vaisseaux pour pénétrer dans ^ HitÈory of Sumatra, il" édition, pag. à*

râe, lanoimiit dam la mer eelte chaîne

ile rociierâ qu oi^ uommQ aujourd^bui ie

poot d'Adam 9 et qui, daoa le Ramaytoa,

esjt appelé Seiou-bandiia, A côté de lile

llaoaar est Tile Rameawanu La {Munde la

plus voisine du continent indien porte ie

nom eowoos (M

Umana^oil, ou le ehflteau Ramana. La réffou entière est remplie du aoiiyeiiir ei^ito de Rama, et «eut porte à eroire que ie nom de i'Ue de Aamy on Baniny te rattache à cette cmeonitanea* Du reate, cette contrée et lea eaux qui la haignent sont maintenant peu fréquent tées par les voyageurs ^ et elles ne recou- Yreront leur amaeniie impottance qne ai comme on l'a annoncé plusieurs fois, le goatrernement anglais lait déharrasser et élargir le canal qui sépare lile du coa* tinent^ de manière à ce que les gras na^ vires futasent a y firajfer un passage ^

1 Sur œ canal» on peut consolter fbuvirage

de Horsburgli, treduetion française de M. Le Prédour» tom. Il, pag. i86 et siuv. et aôA.

uni DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

Le marchand Soleyman parle ensuite

des lies nommées Lendjebalom ^, qui, ainsi qu'on le verra plus bas, étaient si* tuées aux environs du cap de Calymère.

Après cela , il fait mention de deux îles qui étaient sépareras des prc^cédentes par une mer qu'il appelle Andaman. La description quil fait des lies Andaman s^applique aux deux lies qui portent aujourd'hui lemftmenom. Ce sont, je pense, les mêmes îles que Marco-Polo a décrites sous les noms de Necara ou Necuveram et Aga* man. Voici ce que dit Marco-Polo :

t Quand fou se part de Java et du royaume de Lambri, et il va par Tramontana entor cent cinquante milles; adonc, trouve-t-on deux îles que Tune est appelée Necuveram; et, en cette ile ne ont roi et sont comme bêtes; et vous dis qu^ils vont tout nuds et mâles et femmes , et ne se couvrent de nidle rien du monde. Us sont idolâtres , et si vous dis que tous leurs bocages sont de noblea arbres et de grand vailance. Us *.Pag. 8cti6i

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. lxxiu

sont sandal vermâl, et noix d'Inde, et garofal (giroûe), etbem (bois do Brésii)»

et maintes autres bons arbres. . . • Angaman est une île bien grande. Ils ne ont roi* Ils sont idolâtres et sont comme bètes

sauvages Tous les liommes de cette

île ont cbef (tête) comme.cbiens, et dents et yeux comme chiens; car je vous dis qu lis sont tout semblables à cbef de grands chiens mâtins. Us ont épiceries assez. Us sont moult cruels gens; ils mangent les boncunes » tous ceux qu'ils peuvent prendre, puis (pourvu) qu'ils ne soient pas deleur»

gens. Ils ont grande abondance de toute manière dYpiccrie. Leurs viandes est le lait et cars (chairs) de toutes manières. Ils ont encore fruits devises (différents ) à les nôtres ^ »

Un fait très-important qui ressort du récit d'Abou-Zeyd \ est Texistence, à cette

* Relation de Marco-Polo, tom. I*' du recueil

de la Société de géographie de Paris , pag. 196 et 197. Voyes aussi pag. 447 et A^a.

* Pag. 92.

DISOOimS PRiUMIKAIRE*

épo((tte , du vaste empire fondé par les Javanais, empire qui jouissait d'une grande prospérité, et qui renfermait la meilleure partie des peuples de race malaie, avec certaines portions de l'inde. Âu centre de Tempire étaient les iles de Java et de Sumatra ; une de ces iles portait le nom de Zal>edj ( Ai-zabedj et c'est là que résidait le souverain, sous le titre sanscrit de Maha- Radja ou grand radja. L'empire entier était nommé empire du Zabedj; il occupaitune position intcarmédiaireentre l'Inde et la Chine; mais^ suivant Massoudi, on le comprenait dans les limites de Tlnde ^ eu effet, les traditions mythologiques et religieuses du pays se rapportent aux doctrines brahmaniques beaucoup plus qu'aux doctrines chinoises '.Âlbyrouny dit que les

^ Moroudj-al'dzeheb, iom. V% foi. 3i .

^ Sur ces traditioiis, ainsi que sur lliistcttre, les mœurs et les usages des Malais et des Javanais, on peut a>nsuiter les ouvrages diS MM. Manden» Leyden, Stamfbid RfldBes et John Grawfiurd. Du reste,, je n*ai rien trouvé

DISCOURS PaéUMINAIU^.

iles proprement dites du Zabedj correspcmdaieni à celles les écrivaius sanscriUi nonunenl Souvama^Douipa ou ilea d'Or ^.

Zabedj est probablement Tiie ncunmée Zapadiv par Ptoléméet et Tehe-po par les Chinois^.

On lit dans le Kêtab^al'odjayb un fait

qui est confirmé par les écrivains chinois, et qui s'est renouvelé à bien des époques ; c'est qu à Java , et dans les iles voisiner, il y avait un certain nombre de colons cbi* nois qui avaient quitté leur patrie , à la suite de quelques troubles intestins \ On a vu que le marchand Soleyman

dans ces ouvvagesde bienpréds sur Tétat de la Blalaîsie à f époque dont 3 est parié icL

* Joiiviml asiatique de septembre l8ii5»

pag. 266 (pag. laS du tirage à part).

* Sur la dernière dénomination, voy. l*fltf« toire des Mongols, par M. d'Ohsson. Lahaye, i83â«tom. II, pag. à6k etsuiv.

^ 901, anden fonds des mannsfriti aiabes de la BiUiothèque royale, ibl. s 5 verso* Voyes aussi Edrisi , tom* I*' de la traduction française • pag. 6o.

lUf I mSGODRS PBéLUmiÂIRE.

donnait à la mer qui &it suite à la mer de

Herkend, et qui couimençait au pont d*Adam, le nom de mer de Schéiabeth* C'est la quatrième des sept mers qui condui&ent à ia Giûoe K Saa& doute » Soley* man parlait des trois autres; mais il y a iià, dans sa relation une lacune d'un ou de plusieurs feuillets*

Massoudi, qui donne la suite des sept mers, bien qaû les comprenne toutes sous la dénomination générale de mer abyssinienne (bahr habeschy^)^ appelle la quatrième mer J^a/a/iiar^, du nom d'une contrée qui me parait répondre à la partie méridiouale de la côte de Coromandel. La

^ Ce nom Tenait probablement d'une fle on

plutôt d'une presqu'île du niême nom , sur la qaeUe on peut consulter Kdrisi, tom. de la ûadoction française, pag. 82 « et un pasNige de Ka2ouyny, recueil de M. Gildemeister, pag. 60 du texte.

* Moroaé^'cJrdgdieb , toou foL 4Â versa Voyes aussi Textrait , tom. II , pag. I V|e.

» Ibid.p. IA- et Hl.

cinquième mer de Massoudi se nomme Kedrepdj ou Kerdendj ^; cesl probable^ ment la mer qui mouille la côte orientde de la presque île de llode, à partir de Tembouchore de la Kitiua, en remontant vers le Nord. Ou passe de là , dit-il , dans la mer de Senf , qui est la sixième, et qui»

suivant Massoudi, renfermait le centre de Tempire du Zabedj , c'es^à^dire où se trouvaient Sumatra et Java. La septième et dernière mer était la mer de Saodjy « qui commençait a remboucliure du détroit de Makca et de celui de la Srade, et qui, d*aprè8 Tobservatton de Massoudi , se prolongeait indéfiuiment au Nord et à TOrient

Le marchand Soleyman , après être arrivé en Chine , probablement par le détroit qui sépare File de Ceylan du continent,

* ^jO^ovL Voyez l'extrait, tom. Il»

pag. lA" et Hr.

* Le texte de Massoudi est rapporté tout

entier à la suite de k relation ; pag. |V|*^et sviv.

JLXXTiii DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

les iles Andaman , etc. revient sur son chemin, pour faire connaître la route ordinaire des navigateurs et les lieux de sta*

lion qui se irouvaieut sur leur passage.

Nous allons refaire le voyage avec lui, et cette circonstance nous permettra de traiter de divers points dont ii n'a été parlé qu'imparfaitement jusqu'ici et qui méritent un examen approfondi.

Suivant le marchand Soleyman ^, Tentrepo^ général du commerce, qui se faisait par les bouches du Tigre et defEuphrate, était le port de Syraf. C'est là que se rendaient les gros navires chinois, venus de la haute mer, et les navires arabes , partis de Bagdad et de Bassora; c'est de là que tous mettaient à la voile jx)ur les mers de rinde et de la Chine. Les vaisseaux chinois, par leurs vastes proportions, absorbaient la plus grande partie des marchandises; ils avaient d'ailleurs Tavantage de mieux résister par leur masse aux vagues impétueuses de l'Océan.

^ Pag. i3 et suiv.

DlSCOUaS PRËLiMlNAlRB. uaii

De Syraf les navires se rendaient sur les côtes de l'Oman. Soleyman fait mention, à cette occasion, d un lieu nommé Aldordourou tom^nant, et situé an milieu de la mer. Ce sont quelques rochers à fleur d'eau f entre lesquels il ne peut passer que de petits navires. Ces rochers sont encore aujourd'hui TeOroi des navigateurs européens , qui les appelent du nom de Coins, à cause de leur forme eu pointe. Voici ce qu'on lit dans Touvrage de Horsburgh :

«Les coins sont trois petites îles ou roches, situées très-près les unes des autres,

et dont cleii\ sont taillées en forme de coins. Les Ârahes nomment le grand coin Benatha ou Mamma-Salama, et le petit Ben-Salama; or, Salama veut dire bien* venue y et Mamma et Ben indiquent leur grandeur relative. Le grand coin est par 26 degrés 3o minutes sS secondes de latitude septentrionale, et 54 degrés i4 minutes de longitude, méridien de Paris,

à six milles trois quarts du cap i\Iussendom; il a deux ou trois cents pieds de

haut. Le petit coia se trouve à deux oiilles du grand; le plus petit des rochers est à environ un mille du premier. Ou peut pasiar entre œsiles; mais, oommele caod est étroit et qu'il y existe des courants irrégulierSt ua grand navire ne doit prendre cette voie qae lorupCil ne peni faire au* trement ^ •

A Tépoque oh voyageait Soleyman , la capitale de TOman était la ville de Saliar»

qui répond probabiemeni an ù(u^^àu ifÊr Tsôptov de Ptoléméc ^. Mascate , ou plutôt Mascathe, dont le nom signifie en arabe

' Le Prédoiurt ïm^ncAimM mwfiyagf for U$

mers de Vindc , lom. I*', pag. 608. Ces rochers ont passé en proverbe» pour le danger que i ou court lorsqii*on en approche* ( Voyei le Bâemil â» proverbes arabes, par M. Freytag, tom. II, pag. 3S9 et 5/io. )

' Géc^pkie de Ptolémée» liv. VI, ch. vu.

Quant à Sahar^ voyez ma tiaduction de la Géo* graphie d*AbouUeda , tom« I*', pag. i36. Au

lien de Sahar,j\jgf HasBOodi écrit iSwujfar»

^Lémm. {MorouJ^, extrait ci-après» pag* |a* )

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. lixu

Um de descente, désignait on puits d*eau

douce où les navigateurs venaient sapprovisionner, et où Ton pouvait se proca* rer des moulons de TOman. La situation de ce lieu était au Sud-Ëst de Sahar , et ii n*acqnit que plus tard Timportance qu'il a aujourd liui. Quant aux approvisionnements de viande et d'autres objets que les navires faisaient à Mascate, cet usage existe encore à présent ^.

Le marcLaïul Soleyman dit que les navires, en (juittant Mascate» mettaient à la voile pour Tlnde, en s'abandonnant à la mousson; suivant Massmidi, ils se dirigeaient d'abord vers le Ras-at-djamé^amaM ou Cap de la Tête » lieu qui répond probablement au cap Rasalgate, et c'est là qu'avait lieu le départ. MassuuJi place ce cap à cinquante parasanges de Mascate, et Mascate à cinquante parasanges de Sahar.

«Le ilas-ai-djamdjama, ajoute-t-il» est une montagne cpû est contiguë aux pays

' Le Prédonr, ouv. cité» t. p.

du Scliahr et du Ahcaf. Les sables, qui Gominencent aa pied de la montagne, s^étendent sous Fcau jusqu'à une distance dont on ne connaît pas ie terme* Les banes de sables qui commencent ainsi sur le continent et qui se prolongent dans la mer, sont appeiéa, dans la mer Méditerranée, du nom de bas-fonds ^ On trouve un endroit du même genre en Asie Mineure ^ sur la côte Seieukya; ce bas-fonds se prolonge sous Teau juaqu'aujurès de Tile de Chypre, et il est funeste à la plupart des navires qui s y exposent^.» Le baa*fond dont parle Massondi, répond probablement aux sables qu'entraîne le Pyramus^ fleuve de Glicie, sables dont Strabon a fait mention S et qui sont si considérables que, solvant la prédiction d'un oracle, ils

* Extrait de Massoodi, tom. Utpag* lA« et sttiv.

* Liv. XII, près du comineucemeut.

DISCOURS PRiLUillIAIIIfi. usiiii

devaient» avec le temps» aller rejoindre

iâ poiute de Tiie de Chypre.

An rapport de Soieyman » de Mascate»

on arrivait en un mois de marche, avec un vent modéré « à Koulam, nom d'un port situé tin pen au nord du cap Comorin* Koulam» jus({u'à l'épocjue où les développementa de la marine européenne ont exigé une grande profondeur d'eau , était le port le plus considérable du midi de la presqu'île indienne. On peut comparer à cet égard le témoignage de Marco- Poio et cFAboulféda K Soieyman donne è ce port le nom de Kfmiani du Malay, du nom de la contrée , appdée , par les Grecs »

MoXéS lafipelle, par Taddition du mot indigène bar, signifiant tpays»» a donné naissance A la dénomination vulgaire de

' Marco-Pdo^ édilioa de la Sodété de géographie, pag. 2 20, et texte arabe de la GéograpUe d'Abonlféda» édition de MM. Keinaud et de Slane, pag. 36o.

9 Cosmas , recueil déjà cite , pag. 1 78 et 33 7.

DISCOURS PRÉUlfINAIRE.

Soleyman ne fait aucune mention des

possessions des Arabes sur les bords de rindus, ni des places du Guzarate et du golfe de Cambayc, où ses compatriotes faisaient un riche commerce. Il ne faut pas perdre de vue que Soleyman avait pour objet ie voyage de Chine, et qu il a craint d'être inconséquent avec lui-même s'il se détournait à droite ou à gauche de sa route.

Au sortir de koulam, les navires entraient dans la mer de Uerkend et se dirigeaient vers les îles Leiidjebalous, dans ia nier de Schelaheth; les habitants de ces îles vivaient dans la misère et la barbarie, et on ne pouvait communiquer avec eux que par signes. Les navires arrivaient ensuite au iieu nommé Kalah-bar, lieu dont le nom» dans Touvrage de Massoudi, sert à désigner la mer de Scheiaheth, et qui, suivant le marchand Soleyman, reconnaissait les lois du roi du Zabedj ou de Java. Peut-être le mot Zabedj a été mis ici par erreur, et, au

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. txxxT

lieu du roi de Java, il s'agit d'un prince du continent indien. Ce qui aura induit le copiste en erreur, c'est qu'il est dit

plus tard que Tempire du Zabedj comprenait la presqu'île de Kaiah . qui semble ne pouvoir pas être différente delà pointe de Galle, au midi de Tile de Ceylan.

Édrisi , après avoir parlé des i|es Lendjebidous, qui! nomme Lankialious, et delà presqu'île de Kalah-bar, dont il fait Tile kaiaby fait mention du Djabaj et non

pas du Zabedj ^.

J'ai clrjà (lit que Kalah-bar me paraissait être réquivaient de Coromandel. On a beaucoup écrit siu* l'origine de cette dernière dénomination. Elle se prononce

* Voyez le tom. 1*' de la traduction française, pag. 79 et 80. C'est en cet endroit qu Édrisi place la mine de plomb alcaly, dont il a déjà été parlé- Au lieu du mot étain, qui est dans la traduction française, le texte d*Édrisi porte:

^jJLftil ^Li0jil . Massoodi seniUe metUela

mine de plomb au même endroit* Voyez Tex- Imtf tom« II, pag. .

uxsfi DIflOOUfiS FRBLDimAlBE.

en sanscrit Tcholamandalam. Tchala» on Ckola, est lé nom cTiine fiuniiie de rois qui régnait jadis dans le Tanjaour^ et qui doona son nom au pays* G*est probablement celui d*un prince qui régnait dans les premiers siècles de notre ère, et qu Aibyrouny a désigné par ces mots: le nu DjaarK Le nom Tckf^amandalam a été appliqué , dans des temps asses modernes « à toute la côte dite de Coromandei ; mais, dans! opinion des Indiens, il désigne spécialement le Tanjaour actuel. On doit donc traduire Tchn^ammdaUun par tpays de Tcbola «Cette dénomination se rapproche de Kalah-l^, que Tabsence des voyelles pennel de prononcer KMii'hwr.

' Journal asiat, cahier de septembre i^àà * pag. 2h6 et a63 (pag* loà et lai do timge à part, de met Fragments rdatift à flnde). Dans le récit d'AlLyronny, on ne distingue pas bien si fauteur veut parier d'un personnage ancien ou d*au penomiage contemporain. La première opinion me paratt la {dus probable.

* Comparez le Mémoire de M. Bumouf , sur

DISCGDBS PHBUIIIIIAIRB. h%xvni

Soleynum fait ensuite arriver les oa*

vires, après dix jours de marche, au lieu nommé Beioutnah* Ce lieu semblerait devoir se trouver auprès de Madras. Si le nom est bien écrit, car les auteurs varient à cet éprd, il s'accorde asseï bien avec Vopinion de ceux qui, à Texemple de Tabbé Renaudot, ont vu ici le nom de la ville de San-Thomé, autrement appelée Meiiapour^ ou plus régulièrement Mailapour, ville où, suivant la tradition ^ IV poire saint Thomas reçut la pdme du mar^fre. Voici ce que dit Renaudot, qui avait étudié avec beaucoup de soin tout ce qui tient aux origines et aux crojances

des diCTc rentes communions clirtHiennes

de rOrient. €Betowm est un mot sy*

quelques dénominations géographiques du Bni»

vida ou pap des Tamouls , dans le Journal asiatique d*octobre iSaâ, pag. a5i et suiv. et le Mémoire de M. Dowson sur les limites géogra* plûques, riiistoire et la chronologie du royaume de Ghera, dans le Journal of ihê Royal Asiatic Sœiêiy, Londrest i6àà » n* xv.

LXXZYiii DISCOURS PRELIMINAIRE.

riaque , dont la véritable orthographe est Beit'Timma, ce qui signifie en arabe et en syriaque « maison ou église de saint € Thomas* » Marco-Polo et presque tous les anciens auteurs de voyages témoignent que, selon la tradition du pays^ la sépulture de saint Thomas était en ce même endroit. Cette tradition se trouve conservcc dans les églises nestoriennes, el un de leurs plus fameux auteurs, après avoir rapporté sommairement la prédication de saint Thomas, dit que son tombeau a été trouvé sur le bord de la mer, dans un village connu par la mémoire de son martyre. On peut ajouter à cette tradi* tion celle des églises de Malabar et de la plupart des autres églises syriennes, qui croient toutes que saint Thomas est entré dans les Indes et que son corps y a été enterré ^ »

De Betouma les navires se rendaient au

^ Ancienms relations, par Renaudot, p. itiG et i4^7.Voye£aasnpag. 23 1 et suiv.RecueUde M. GÂdemeister, déjà dté, pag. 60.

DISCOURS PaËUMlNAlRfi. ljxmx

lieu nommé Kedrendj, et y arrivaient au bout de dix jours. Àprëa dix autrea jûuri, ils atteignaient le pays de Senef , et Senef est aussi le nom de ia mer oà se trou* vaient les îles du Zabedj, c est- à- dire Sumatra et Java. Il parait donc que les Yaisseaux arabes , an lieu de remonter jusqu'au fond du golfe du Bengale » quittaient la cète orientale de la presqa^fle de rinde, à Tendroit nommé Kedrendj, et faisaient voile en drcnte ligne vers la presqu'île de Maiaca, aux environs du golfe de Martaban. C'est un point qui mérite d^étre disenié.

Ptolémée dit que, de son temj», les navires f lorsqu'ils étaient arrivés près de remboucbure du Mœsolus, mettaient à la voile pour la chersonèse d'Or, e'est4-dire la presqu'île de Mal aca ^ Le Mœsolus est, suivant û'Anvilie , la Kitsna ou Cricbna , nom d^nn demidieu indien , donn< probabiement à ce fleuve après que le culte

' Géographie de Ptdémée, L VII» cb* (•

ic DISGOUaS PaÉUMlNAlKE.

brahmanique se fut établi dans le sud de la presqu'île , c est-à-dire quelques siècles après notre cre. Ce qui confirme cette opinion I c est ie nom de la ville de Masuiipatam, bâtie à Tembouchure du fleuve, et dont la terminaison patam est synonyme, en tamoid, de viUe. Quant à Ten*droit précis d'où les vaisseaux fai baient voile vers Test, le major Rennel, dont fautorilé est grande dauj> ces matières, parait croire que c'était le cap Gordeware, situi- un peu au nord, à rcmboucLure dtt Godaveri ^. «

Quoi qu'il en soit, on reconnaît dans le mot Kedrendj le lieu qui , suivant Masp soudi , donnait son nom à la cinquième des sept mers^ A l'égard du temps considérable que les navigateurs mettaient à m rendre, soit de Kalah-bar à Betouma, soit de Betouma à Kedrendj, cette lenteur sW plic^ue facilement par le manque de ports

* Description hlstorujae et cjéogmphique de VIndostan, trad. Irançaise, tom. T^pag. S?.

^ Voyes ci-devant, pag. urxvii.

I^IÔGOURS PRÉLIMINAIRE. xci

sur la côte de Coromandel , et par le mouvement des vagues, appelé ressac, qui rend difiBcile Taccës de ces parages^.

11 y a encore quelcjues considérations à faire valoir en faveur de la place <{uefa8« signe à Kcdrendj ; mais pour cela il est nécessaire de présenter d'abord le tableau des divisions de Tlode, telles qu^elles étaient réparties au itl siècle de notre ère; cest ce que je vais essayer de faire, en observant Tordre qua suivi le marcliand Soieyman lui-même. Ce tableau est fort précieux; malheureusement, une partie des dénominations arabes est altérée , et il est devenu bien difficile de les rétablir.

D'ailleurs on ne sait pas toujours si ces dénominations sont des noms de pays , de dynasties ou de princes.

On se rappelle que le marchand Soleyman était parti des côtes du golfe Persique pour rinde, en s'abandonnant à la mousson. Le premier pays qui attire son atten-

p. 5 et 6.

i€u DI3C0CB5 fftÉUHIllAIBE.

lion eA natoreUemeiit la contrée âlaée

aux environs du golfe de Cambaye, contrée devant laqudle venaient passer les navires arabes qui se rendaient sur la côte du Malabar et dans la direction de 1 île de Ceyian. Cette région, qui 8*étendait fort loin dans les terres* du coté du Nord-Est, comprenait le Gnsarate , le golfe de Cambaye et le Maiva; elle se terminait» vers le Midi, à la province de Conean, dont Bombay est maintenant la viiie principale, et qu'Edrisi ramonune le pmys dsk Sadj^ cest-à-dire le pays du Teck*, à cause dea forêts de cetarbre précieux qui couronnent le versant occidental de la diaîne de»

ûbattes; cet arbre fournit jadis, aux babitanU de Syraf, dans le FarsbUn, et d'Oboliab, sur les bords du Tigre, du

» Tome l** de la trad. française, psg. 98. Le

texte porte ^LJI 3«^.&u$est«aecomip-

tîon du sanscrit sâka* (Voyez le recueil de M. Gildemeisteri iatitnlé Dê rebw indieis, pag. 39.)

DISCOURS PRÉUMINAIliE. xciit

boia pour bâtir leurs maisoas ; aujourd'hui

c'est a\ ce cet arbre que le gouvernement anglais fait construire à Bombay ses vaisseaux de guerre ^.

Les provinces qui entourent le golfe de Cambaye formèrent Teoipire qui> un peu avant l'ère chrétienne , sous le règne du grand Vikramaditya, effaça tous les autres

empires de riiide, et qui avait pour capitale Ozène , ou » comme prononcent les Jn«diensy Oudjayana, et, comme prononcent les Arabes y Odjein. Ma&soudi, dans son Moroùij-ahdzeheh \ raconte que le premier centre de la civilisation indienne fut à Ganoge» ville à laquelle il donne Tépithète

de Ilaazè \ signifiant centre. Le désordre

étant survenu dans les affaires du gouvernement, à une époque qui parait rcpon-

^ Voyez les observations du major Rennel,

Description de Vlndosian, traduction française 9 tom. II , pag. Uo'à et suiv.

^ Tom. i**, fd. aS venos 3i , 34 recto et verso.

ictv DISCOUAS FBBLiMlIAiaS.

dre à ran 607 de notre ère, lempire se divisa el de ses débris il se foma plasieurs royaumes, tels que Canoge, qui coosenra le litre de ceattt, le Sind» le Cachemire et Tempire dont il est question ici t lequel , suivant Massoudi « reçut, à cause de sa prééminence, le titre de grand centre ^. Le prince qui ripait dans le grand centre était désigné par le titre de Balhara, mot qui est probablement altéré, et que je présiime dériver de ifo/- »a-rac[j'a ou radja du Malva. L'empire avait pour capitale une ville située à quatrevingts ^ouJ/ana^^ ou parasanges, c^est^àdire un peu plus de cent lieues de la mer.

Massoudi ajoute qu'an moment où il écri* vait, cet empire existait encore, et son té* moignagea d*antant pins de poids, qn'ainai qu'on la vu, il avait vbité les villes situées sur la c6te.

Le marchand Soleyman ' donne au Bal-

^ Pag. 2à»

DISCOURS PRKUMlNAIHfi. ict hara le titre Je prince des hommes (jui oui

VmtSU percée^ apparemment parce que

les habitants portaient des anneaux à Toreille, circooatance <{ui devait étonner lea Arabes , eonmie elle avait étonné les Chrecs et les Romains. Suivant lui le Bai hara était le premier des princes de flnde , et tous les Indiens reconnaissaient sa prééminence» Les Arabes jouissaient d*une grande faveur dans ses États ; il n existait pas, dit Soleyman , parmi les princes de

rinde, quelqu'un qui aimât plus les Arabes , et ses sajets suivaient son exemple. «Bailiara, ajoute Soleyman, est le titre que prennent tous les rois de cette dynastie. Il rerient à cdui de Cosroès, etci Au contraire, suivant Ibn-Haucal^ Balhara n'était pas un mot significatif, mais le nom même du pays^

Après le Balhara, le marchand Soleyman place immédiatement le roi du Djorz, qui me parait être ie roi de Canoge; c'est

' Recueil de M. Gildemeister, pag. 27 du texte.

XGVt DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

ce que dit Abou*Zeyd ^. On verra ci-dessous i£ue c e&l probalikment ce qu a voulu aussi indiquer Édrisi » lorsqu'il a placé le Djorz (lu côté du golfe du Bengale. Le témoignage d'Édrisi a de plus i avantage de nous faire connaître ce qu'était la langue do terre dout parie Soleyman.

Cette langue de terre se rapporte à la direction du royaume de Canoge, qui se prolongeait de TOuest à i'Ëst, depuis le Pendjab jusqu'à I coiboucliure du Gange.

Massoudi ajoute une circonstance qui semble venir àl appui dccctte manière de voir; c est que le roi du Djorz était, après le calife de Bagdad, le prince le plus noble de la terre. Cependant Massoudi

Djorz et le royaume de Can(^e ^. Il ne faut pas oublier^ du reste, que Tempire de

* Pag. t33.

* Massoudi dit que le roi de Canoge entretenait peu d'éléphants, et qu*il n en menait qne mille à la guerre, tandis que, suivant lui, le roi du Djorz en possédait un grand nombre*

DISCOURS PRELUflHAIRE. uvii

Canoge , au temps où voyageait SoleymaD ^ était considérabicnieiil ilt'clui.

On est d'abord étonné qu'il nesoit point

ici du rojaunn' de Maga(lha,(jui avait

succédé à lempire de Paiibotra , empire qui, après la mort d'Alexandre le Grand, étendit ses iiniiies depuis Tlndus jusqu'au golfe du Bengale. Le royaume de Magadba, qui répondait au Bengale actuci, était encore puissant dans la première moilié du vil* siècle ; mais il ne tarda pas à déchoir à son tour. D ailleurs « les Arabes et les Persans paraissent n'avoir pas entendu parler du royaume de Magadba, à cause de son cloigncmcnt.

8oleyman ^ place à côté du Djorz le royaume du Thafec, qui, dit-îl, n'était pas considérable, mais où les lémmes étaient blanches et plus belles que dans le reste de Tlnde. Massoudi fait aussi mention de cette contrée , et il semble croire

( Voyea le Morondj, tom. P% fol. 3& verso, 78 et 75.) Peut-être y a-t-il erreur de copiste. > Pag. 27.

xcvui DISCOURS PRELIMINAIRE.

quelle se trouvait dans Tintérieur des terres, du côté du Pendjab^; mais il ajoute une circonstance singulière qui suppose une tout autre position. Massoudi rapporte que les femmes du Thafisc n'étaient pas seulement les plus belles de l'Inde; il dit qu'elles étaient citées dans les livres érotiques comme possédant des moyens particuliers de procurer du plaisir aux hommes, et que les marchands qvd parcourent les mers orientales, les achetaient à des prix exorbitants Or, Ibn-6atboutha, qui visita toutes les pro^ vinces de Tlnde, ainsi que presque tout Tancien monde, et qui se connaissait eu femmes, puisque, d'après son propre récit, il ne pouvait arriver dans un pays sans en épouser quelqu'une , retrouva les

> Moroudj, tom. r% fcd. &o, et pag. 2U de la versum anglaise.

' Voici les expressions de Massoudi:

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