‹ Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine Akhbâr alSîn walHind. Texte arabe impr. en 1811 publ. avec des corrections et additions et accompagné d'une tr. fr. par m. ReinaudChapitre 8 sur 8 · DE LA VILLE DU ZABED · texte numérisé non relu

DE LA VILLE DU ZABED

Nous commençons par la mention de^ la ville du Zabcdj (Medinet-Al-zâbedj), vu que sa situation est en face de la Chine ,

CHAINE D£S GUROMIQUËS. 95

et qu enlre cette ville et la Chine il y a la distance d'un moia de marche « par mer, et mrnic moins que cela, lorsque le vent est favorable*

Le roi du Zabedj porte le titre de mahor radja (le grand radja). On dit que sa capitale a neuf cents parasanges de superficie (168). Ce prince règne sur un grand nombre d'fles, qui s'étendent sur une distance de mille parasanges et même davantage* Au nombre de ses possessions sont

nie appell e Sarhaza (169) , dont la superlicie est , à ce qu'on dit , de quatre cents parasanges , et Tile nommée A Irdmy (170), qui a huit cents parasanges de superficie.

On trouve dans cette dernière ile le bois 00. de Brésil [baccam)^ le camphre, etc. Le roi du Zabedj compte encore parmi ses possessions Tile de Kalah, qui est située à mi-chemin entre les terres de la Chine et le pays des Arabes (171). La superficie de riie de katah est , à ce qu on dit , de quatrevingts parasanges. Kalah est le centre du commerce de Taloès , du camphre , du san*

^4 CUAINI:; mb CHRONIQUES.

(lal , de i'ivoire, du plomb alcaly (172), de rébèae » du bois de Bré9il « des épiceriea de tons les genres, et d^une foule d objets qu'il serait trop long d'énumérer. C'est là que se rendent maiotenant les expéditions qui se font de TOman; c est de là que parlent les expéditions qui se tout pour le pays des Arabes.

L mtorité du Maha-radja s^exerce sur ces diverses iles. L'ile dans laquelle il réside est extrêmement fertile , et les babita*

fions s'y succèdent sans interruption. Un bouune, dont la parole mérite toute croyance , a affirmé que , lorsque les coqs , dans les États du Zabedj, conune dans nos contrées « chantent le matin pour annoncer rapproche du jour, ils se répon* dent les uns aux autres , sur une étendue 91, de cent parasanges et au delà. Cela tient à la suite non interrompue des villages et à leur succession régulière (173). En eflFet, il n y a pas de terres désertes dans cettie

île; il n'y a pas d'habitations en ruines.

Celui qui va dans ce pays, iorsqu il est en

CHAINE DES CHROMQliLS. 95

voyage et qu'il est sur une monture , marche tant qu'il lui fait plaisir; et, âil est ennuyé , ou si la monture a Ae la peine à continuer la route, il est libre de s arrêter où il veut.

Une des choses les plus singulières qu on nous a racontées sur Tile du Zabedj « est celle qui concerne un de ses anciens rois. Ce roi était appelé le Maha-radja.Son palais était tourné vers un tseladj qui prenait naissance à la mer, et Ton entend par iseladj un sestuaire semblable à celui que forme le Tigre qui passe devant Bagdad et Bassora, asstuaîre quVnvahit f eau salée de 4a mer, au moment du flux , et où Teau est douce au moment du reflux. L'eau formait un petit étang attenant au palais du ■rot. Le matin de chaque jour, Tintendant se présentait devant le roi et lui offrait un lingot dor en forme de brique; chaque S

tias dont la somme ne m'est pas connue.

Ensuite, l'intendant jetait cette brique, en

présence du roi, dans Tétang. Âu moment

96 CHAIlfË DES CHBDiilQUfiS,

du Uux, 1 eau couvrait cette brique el ies autres briques qui y étaient entassées^ et on ne distinguait pluâ rien ; mais, quand 1 eau s'était retirée, on apercevait ies briques, et elles jetaient un grand éclat aux rayons du soleil. Le roi, lorsqu'il donnait au* dience, se plaçait dans une salle qui dominait Tëtang, et il avait ie visage tourné vers Teau.

Cet usage ne souiTrait pas d'interruption ; chaque jour on jetait une brique d or dans Tétang , et , tant que le roi vivait , on ne touchait jamais à ces briques. Mais, à sa mort, son successeur faisait retirer toutes ces briques sans en laisser aucune* On les comptait, on les faisait fondre , puis on distribuait lor aux prin ces de la famille royale, hommes etfemmes , à leurs enfants , à leurs ofljciers , à leurs eunuques , à proportion de 95. leur rang et des prérogatives attachées aux diverses fonctions. Ce qui restait était distribué aux pauvres et aux malheureux. On avait eu soin d'enregistrer les briques dW et leur poids total. Une note portait que

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tel roi qui avait régné à telle époque et tel nombre d'années, avait fait jeler dans Tétang royal un tel nombre de briques d'or»

pesant tant; qu aprfes sa mort, ces briques avaient été partagées entre les princes de la famille royale. Or Thonneur était réserv é pour le roi dont le règne s était prolongé le plus longtemps, et qui avait amassé un plus grand nombre de briques d'or.

Les récits qui ont cours dans le pays font mention, dans les temps anciens, d*un roi de Comar, pays qui produit Taioës surnommé al<omàiy (17A). Ce pays n'est pas une ile; sa situation est (sur le continent indien) du côté qui fait face au pays des Arabes. Aucun royaume ne renferme une population plus nombreuse que celui de Comar. Tout le monde y va à pied. Les 94.

habitants sMnterdisent le libertinage et les différentes espèces de nabyd (176) ^ rien d'indécent ne se voit dans leur pays et leur empire. Le Comar est dans la direction du royaume du Maha-radja et de Tile du Za-

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9S CHAIHE DES CHRQNIQDES.

bedj* Ëiiire le» deux roymimes, il y a du

journées de navigation , en latitude (176) , et un peu plus, eu sélevaat jusquà viugl jovrnées, qutnd le veut est faîMe (177).

On raeoate que jadis le royaume de CoDiar tomlMt entre le» mains d'm jeune jpriace d'un caractère naturellement prompl. Le prince était un jour assis dai»

son palais , et le palais dominait sur une rivière d'eau douce semblable au Tigre de Flrac; entre le palais et la mer il y avait la distance d'une journée. Le vizir se trouvait devant le roi, et déjà il avait été question de l'empire du Maha-radja, de Téciat qui!

95. jetait, du nombre de sea sujets et des Iles qui lui obéissaient Tout à coup le roi dit an viair : c II m'est renu une entie que je voudrais bien pouvoir satisfaire. » Le vizir, qni était sincèrement attaché à son maître , et qui connaissait sa légèreté , lui dit : « Et quelle est cette envie ^ 6 roi?B Le prince reprit : < Je voudrais voir devant nsei la tète du roi duZabedj ei^posée sur un plat b Le vi»r comprit que c'é^t la jalousie qui

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CHAINE D£S CUR0NiQl]£3. 99

filisait ainsi parier le roi , et reprit : « Je ne verrais pas avec plaisir le roi nourrir de telles pensées* Aucun sentiment de haine ne s'est manifesté entre nous et entre ce peuple, ni^ actions ni en paroles. Il ne nous a jamais fait de mal. D'ailleurs, il vit dans one ile éloignée ; il n'a qae des ri^ports lointains avec nous; et il n'a jamais montré ie désir de s emparer de notre pays. Il ne faudrait pas que personne eât connaissance de ce que le roi a dit, ni que le roi en répétât un seul mot* «

Ce langage irrita ie roi ; le prince ne voulut pasavoir égardàun avis si sage , etilré- 96. péta le propos qu il avait tenu devant ses oflGciers et devant Ids principaux personnages de sa cour. Ce propos passa de bouche en bouche , et se répandit tellement , qu'il parvint j usqu^aux oreilles du Madha-radja . Celui* ci était un homme d'un caractère ferme , -d'fm esprit vif et douéd'eaqpérience; il était arrivé à un âge moyen. Il manda son vizir et lui fit part de la nouvelle qui lui était parvenue; puis il ajouta ;ii II ne convient pas»

après tout ce qui a été dit au sujet de cet

étourdi , après les désirs insensés que font naître en iui sa jeunesse et sa présomption^ et après le propos qui circule en ce moment) que nous le laissions tranquille; car c^est une des choses qui font tort à un roif qui le rabaissent et qui le déconsidèrent. • Il lui recommanda de garder le silence sur ce qui venait de se passer entre eux; mais « en même temps , il lui ordonna de faire préparer mille navires de moyenne grandeur, avec leurs machines de guerre, et de fournir chaque vaisseau d'armes et 07. de guerriers, en aussi grande quantité que le comporterait le navire.

Le roi chercha à faire croire qu il vou* lait se livrer à une promenade à travers les lies qui composaient son empire* Il écrivit aux gouverneurs de ces îles , pour leur annoncer son projet de les visiter et de se récréer dans leur ile ; ce hruit se propagea partout , et chaque gouverneur se prépara à laire une réception convenable .au Maha-radja.

CUÂUI£ Û£S GHRONiQU£S. 101

Maû, lorsque les préparatifs furent terminés et que toutes les dispositions eurent été prises , le roi monta sur sa flotte et se rendît avec ses troupes dans le royaume dedomar^ Le roi et ses guerriers faisaient usage du cwe<*dent; chaque homme se nettoyai! les dents plusieurs fois par jour; on portait le cure-dent sur soi, et 1 on ne sVn séparait pas, ou bien on le confiait à son domestique*

Le roi de Gomar n^eut connaissance du danger qui le menaçait que lorsque la flotte iut entrée dans le fleuve qui conduisait à sa capitale, et que les guerriers du Maha4*adja furent débarqués. Le MafaaraJja saisit donc le roi de Comar à 1 im- 98, proviste; il le prit et s'empara de son palais; les officiers du roi de Comar avaient pris la fuite« Le Maba-radja fit proclamer sûreté pour tout le monde, et s assit sur le trône du roi deComar ; puis, faisant venir le roi de Gomar, qui avait été fait prisonnier, ainsi que son vizir, il dit au roi :

« Qu est-ce qui t'a porté à former un désir

loa UlÂiN£ D£S CHRONIQUES.

qui était au-dessus de tes forces, qui^ Teusses-tu réalisé , ne t'aurait procuré au-

cun avantage , et que , d'ailleurs , n'aurait justifié aucune espèce de succès?! Le roi ne répondit rien. Le Maha-radja reprit :

«Si Y outre le désir que tu as exprimé de voir ma tète exposée sur un plat devant toi, tu avais manifesté Teuvie de ravager mes États, de t'en rendre maître, ou d^y faire des dégâts quelconques, je t aurais traité de la même manière; mais, tu n'as désiré qu'une chose en particulier; je vais t'appliquer leméme traitement, après quoi 00. je m'en retournerai dans mes Etats, sans avoir touché à rien de ce qui t'appartient, en choses considérables ou de peu de valeur. Gela servira de leçon aux personnes qui viendront après toi; chacun saura qu'on ne doit pas entreprendre au delà de ses forces et des moyens qu^on a reçus en partage, et il s estimera heureux d'avoir la santé y quand il se portera bien. » En même temps, il fit couper la tète au roi. Ensuite ie Maha-radja s approcha du vizir et lui

CHAINE DES GHBOMQLEô. 105

dit: «Tu t^es conduit en digne vizir; sois récompensé de ta manière d'agir; je sais que tu avais donné de bons conseils à ton maître 9 s il avait voulu les agréer. Cher* che maintenant un honmie qui soit capable d'occuper le trône après cet insensé, et mets-le à sa place. »

Le Malia radja partit à Tinstant même pour retourner dans ses États, sans que lui ni aucun des siens eût touché à rien de ce qui appartenait au roi de Comar. A son retour dans ses États, il s'assit sur son trône, ayant la fece tournée vers l'étang, et fit mettre devant lui le plat sur lequel

se trouvait la tête du roi de Comar. En 100.

même temps , il convoqua les grands de i'État et leur raconta ce qui s^était passé , avec les motifs qui lavaient forcé de faire cette expédition. Les peuples du Zabedj firent des vœux pour lui et lui souhaitèrent toute sorte de bonheur. Ensuite le Maharadja ordonna de laver la tête et de l'embaumer; puis, la mettant dans un vase, il l'envoya ay prince qui occupait ce mo-

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m CHàUIE 0E8 CBBONIQUES.

ment le ttàne de Comar. La tête était accompagnée d'une lettre ainsi conçue :

« L'unique motif qui me porta à traiter ton prédécesseur comme j'ai fait , ce fut sa mauvaise manière d'agir à ncrtre éfgajpà et la nécesï^Ité de donner une leçon à ses pareils.

Nous lui avons appliqué ie traitement qu'il vodait noms infliger* Maintenant, nous croyons devoir te renvoyer sa tête , vu que nous n'aivons auenn intérêt à la garder, <et que nous n'attachons aucun honneur à la

•Il

Quand la nouvelle de ces événements se fat répandue pami les rois de l'Inde et

de la Chine, le Maba-radja grandit a leurs 101 • yeux, A partir de ce moment, les rois de jComar, chaque matin , à leur lever, tournaient la téte vers les pays du Zabedj et se prosternaient, adorant le Maha-radja, en signe de respect.

Les rois de l'Inde et de la Chine croient à la métempsycose, et en font un principe de religion. Un homme dont le témoi* gnage est digne de foi rapporte qu'un de

ces rois eut la petite-véroie, et que, lors* qu'il fut sorti de maladie, s^étant regardé dans uu miroir, il se trouva le visage laid, il se tourna vers un fils de son frire, et lui dit : a Un homme comme moi ne peut pas rester dans ce corps, changé comme il est. Le corps est une simple enveloppe de lame; quand mon âme aura quitté ce corps, elle entrera dans un autre. Prends possession du trône; je vais séparer mon âme de mon corps , en attendant que j'en* tre dans le corps d'un autre. » £n même temps, il fit apporter son khandjar, qui était bien aiguisé et trauchant;.il ordonna quon lui coupât la téte, après quoi il fut brûlé.

NOUVELLES OBSERTATIONS SDR LA CHINE. 102.

La Chine , par suite de Textréme solli-

citude du gouvernement, était autrefois, avant les troubles qui y sont survenus de nos jours, dans un ordre dont il n'y a pas dexempie.

106 QUAiNi^ CimUNigU£â*

On liomme^ originaire du Khorassan, était vanu dans Tlrac et y avait acheté une

grande quantité de inarehandiscs ; puis il s'embarqua pcmr la Chine. Cet homme était avare et trëa-intéressë. Il s'éleva un débat entre lui et i'eunuqueque l'empereur avait envoyé à Khanfou , rendez^^vons des marcliands arabes, pour choisir, parmi les marchandises nonveHement arrivées, celles qui convenaient au prince. Cet eunuque était un des hommes les plus puissants de Tempire \ c'est lui qui avait la garde des 109 . trésors et des ridiesses de Tempereur. Le débat eut lieu au sujet d'un assortiment d ivoire et de quelques autres marchandises. Le marchand refusant de céder ses marchandises au prix qu'on lui proposait, la discussion s'échauffii; alors Teunuque poussa Taudace jusqu à mettre à part ce qu'il y avait de mieux parmi les marchandises, et à s'en saisir, sans s'inquiéter des réclamations du propriétake.

Le marchand partit secrètement de Khanfou, et se rendit à Khomdan, capi^

taie de Tempire, à deux mena de marche,

et Blême dâvautage« Il se dirigea vers ia chaïae doiiâ ii a été parlé daas les livre

premier (178). L'usage est que celui qui agite ia somiette 6ur la téte du roi ftoit conduit immédiatemeiirt à dix jottmiées de distaocOy dans une espèce de lieu d'exil.

Là, il est tenu en priaon pendant deux mois) ensuite le gouverneur du iieu le fait Tenir en aa préaence et hm diib: « Tu as fait une démarche qui , si ta^ réclamation n'est pas fondée^ enivainewa ta perle et reflusion de ton sang. En effet, Tempereur avait placé à la portée de toi et des personnes de ta profession de» vkira et des gouverneurs auxquels il ne, tenait qu'à toi de demander justice. Sadbe que, si tuperaiatea à t'adresser directement à l'empereur, et que tes f^ainteii ne soieiit pas nature à j^ustifier une telle démarche, rien ne poutra te aawer de la mort. U eaibon que tout homme qui voudrait faire comme toi soit détourné de suivre ton exeu^le jus-; qu au bout Désiste^toi done de U» récta*

106 CHAINE DE5 CUaONiQUË5.

maiion, et retourne A tes aflTaires.» Or, quand un homme, en pareil cas, retire sa plainte V on lui applique cinquante coups de bâton et on le renvoie dans le pays d*oà il est parti; mais, s'il persiste, on le conduit devant Tempereur.

Tout cela fiit pratiqué à Tégard du Khorassanîen ; niais il persista dans sa plainte, et demanda à parler à Tempereur. Il lut donc ramené dans la capitale, et conduit devant le prince. L'interprète Tinterrogea sur le but de sa démarcbe ; le marchand raconta comment un débat s'était élevé entre lui et Teunuque , et comment Teunuque lui avait arraché sa mardiandise des mains* Le bruit de cette alTaîre s'était répandu dans Khanfou, et y était devenu public.

L'empereur ordonna de remettre le . Khorassanien en prison , et de lui fournir tout ce dont il aurait besoin pour le boire et le manger. £n même temps il fît écrire par le vizir à ses agents de Khanfou , pour les inviter à prendre des informations sur

le récit quWit fait le Khorassanien , et à tacher de découvrir la vérité. Les mêmes ordres furent donnés au maître de la droite, au maître de la gauche et au maître du centre; en effet , c'est sur ces trois personnages que roule, après le vizir, la direction des troupes; c'est à eux que Tempereur confie la garde de sa personne ; quand le prince marche avec eux à la guerre et dans les occasions analogues, chacun des trois prend autour de lui la place qu'indique son titre (179).

Ces trois fonctionnaires écrivirent donc à leurs subordonnés.

Mais tous les renseignements qu'on recevait tendaient à justifier le récit qu'avait fait le Khorassanien. Des lettres conçues dans ce sens arrivèrent de tous les côtés à l'empereur. Alors le prince manda Teunuque; dès que celui-ci fut arrivé, on confisqua ses biens, et le prince retira de ses mains la garde de son trésor; en même temps le prince lui dit : • Tu mériterais que je te fisse mettre à mort. Tu m'as 100 .

ilO CHAINE 0E3 CHAONIQL£S.

«iposé ans ceosnies d^iin homme qui eal parti dulUioraasan, sur les frontières de mon empire , qui esl alié dans le pays dea Arabes, de là dans les contrées de ilnde « et enfin dans mes États, dans Tespoir d*y jouir de mes bienfaits; tu voulais donc • ; que cet homme, en passant, à son retour,

par les mêmes pays, et en visitant les mémespeupies,dit: cj ai été victime d une injustice en Chine, et on m'y a volé mon hien« t Je veux bien m'abstenir de répandre tcm sang, à cause de tès anciens services; mais je vais te préposer à la garde des morts, puisque tu n'a pas su respecter les intérêts des vivants,! Par les ordres de rempereUTt cet eunuque fut chargé de

veiller à la garde des tombes royales, et de les maintenir en lion état.

Une des preuves de Tordre admirable qui régnait jadis danâ Tempirei à la différênce de Tétat actuel, c'est la manière dont se rendaient les décidions judiciaires , le reépect que la loi trouvait dans les cœurs, et Timportance que le gouverne-

CHAINE DES GHAONIQOES. 111

ment, dans radmiDistradon de la justice,

mettait à faire choix de personnes qui eussent donné 4es garanties d un savoir suffisant dans la législation, d'un lèle sin- 107. cère , d'un amour de la vérité à toute épreuve, d'une volonté bien décidée de ne pas sacrifier le bon droit en faveur des personnes en crédit, d'un scrupule insur* mon table à Tégard des biens des faibles et de ce qui se trouverait sous leurs maini»

Lorsqu'il s'agissait de nommer le cadi des cadîs, le gouvernement, avant de Tinvestir de sa charge, renvoyait dans toutes les cités qui, par leur importance, sont considérées comme les colonnes de l'empire. Cet bomme restait dans cbaque cité un ou deux mois , et prenait connaissance de l'état du pays, des dispositions des habitants et des usages de la contrée.

Il s'informait des personnes sur le témoignage desquelles on pouvait compter, à tel point que , lorsque ces personnes auraient parlé, il fût inutile de recourir à de nouvelles informations. Quand cet

112 CHAINE DES GHAUDilQUES.

homme avait visité les principales villes de Tempire , et qull ne restait pas de lieu considérable où il n'eûl séjourné, il retournait dans la capitale et on le mettait en possession de sa charge.

C'est le cadi des cadis qui choisissait 103. ses subfdtemes et qui les dirigeait. Sa connaissance des diverses provinces de Tempire, et des personnes qui, dans chaque pays y étaient dignes d'être chargées de fonctions judiciaires, qu'elles fiissent nées dans le pays même ou ailleurs , était une connaissance raisonnëe, laquelle dis*

pensait de recourir aux lumières de gens qui peut-être auraient obéi à certaines sympathies , ou qui auraient répondu aux questions d'une manière contraire à la vérité. On n'avait pas à craindre qu'un cadi écrivit à son chef suprême une chose dont celui-ci aurait tout de suite reconnu la fausseté, et qui! le fit changer de direction.

Chaque jour, un crieur proclamait ces mots à la porte du cadi des cadis ; « Y a-

t-ii quelqu*!!» qui ail une rédamation à exejrcfif soit contre l'empereur, dont U peraonoe eai dérobée à ia vue de ses si^ jets , soit contre quelqu'un de ses agents , de ses officiers et de sesaujets en général ? Pour tout cela je remplace Tempereur, eu vertu des pouvoirs qu'il ma lîouférés et dont il ma investi. • Le crieur répétait ces paroles trois fois. En e0et, ii est établi en prineipe que Tempereur ne se dérange pas de ses occupations , à moins que quelque gouverneur ne se soit vendu coupable d'une iniquité évidente, ou que le nmgistrait suprême n^ait négligé de rendre la justice

et de survelUcr les personnes chargées de

de ces deui choses y cW-à-dira tan t que les

décisions rendues par les administrations lurent conformes à Téqu^é^ et que les Ibnctions de ia qnagistrature ne furent confiées qu'à des personnes amies de la justice, lempire se maintint dans Tétat le plus satisfaisant.

On a vu que le Kliorassan était limi-

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114 GHAINB DES CHRONIQUES.

trophe des provinces de l'empire. Entre •

le bogd (la Sogdiane) et la Chine proprement dite, il y a une distance de deux mois de marche , et cet espace consiste dans un désert impraticable et dans des sables qui se succèdent d'une manière non interrompue, nofirantni eau, ni rivières , ni habitations. Voilà pounpioi les guerriers du Khorassan ne songent pas à envahir les provinces de la Chine (180)* La Chine, du côté du soleil couchant, a pour limite la ville appelée Madou , sur les frontières du Tibet. La Chine et le Tibet sont dans un état d'hostilités conti-

nuellcs (iSi). Quelqu'un de ceux qui ont fait le voyage de Chine nous a dit y avoir 110 • vu un homme qui portait sur son dos du musc dans une outre; cet homme était parti de Samaricand, et avait franchi à pied la distance qui sépare son pays de la Chine. Il était venu de ville en ville just|u^à Khanfou, place où se dirigent les marchands de Syraf. Le pays où vit la chèvre qui fournit le musc de Chine , et

le Tibet , ne ibrment qu une seule et même contrée. Les Chinois attirent à eux les chèvres qui vivent près de leur territoire; il en est de même des habitants du Tibet. La supériorité du musc du Tibet sur celui de la Chine tient à deux causes: la première est que la chèvre qui produit le musc trouve, sur les Irontières du Tibet, des plantes odorantes (182), tandis que les provinces qui dépendent de laChine n'ofirentquelesplantes vulgaires.

La seconde cause consiste en ce que les habitants du Tibet laissent les vessies dans leur état naturel, au lieu que les Chinois m. altèrent les vessies qui se trouvent à leur portée. Ajoutez à cela que le musc chinois nous vient par la mer, et que , dans le trajet, il contracte une certaine humidité.

Quand les Chinois laissent le musc dans sa vessie, et que la vessie est déposée dans un vfise bien fermé (i83), il arrive dans le pays des Arabes ayant les mêmes qualités que le musc du Tibet.

Le premier de tous les genres de musc

m CUAINË DES CHRONIQUES.

e$t celui que la chèvre dépose en se frottant conti'e les rochers des montagnes i au moment où la matière sW amassée

sons forme d'un sang frais , comme se ras-

semble le saog lorsqu'il survient un ulcire. Quand l'instant de la démangeaison est arrivé , et que Tanimal en est incommodé, il se frotte oontre les pierres, au point que sa peau se fend, et que ce qui es^ en dedans couie ; mais à peine la matière est sortie que la plaie se dessèche , et que la peau se ferme i dès lors la matière Bramasse de neuveau.

Il y a au Tibet des hommes qui fout métier d'aller i la recherche du muse, et qui possèdent, à cet égard, des connais- 112. sancea particulières. Quand ils ont trouvé

du musc, ils le ramassent, le réunissent

enseml>le et le déposent dans dei^ vessies.

Ce musc est réservé pour les princes* Le muscaacquis son plus baut mérite, quand il a eu le temps de mûrir, dans la vessie, sur ranimai même ; il 1 emporte alors sur

CHAINE DES CHRONIQUËS. 117

les autres muscs « de même que les fruits

qui mûrissent sur l'arbre remportent sur les fruits qu'on cueille avant leur parfaite maturité.

Du reste, on va à la chasse des chèvres

avec des filets dressés ou avec des fluclies. Quelquefois on enlève la vessie de ranimai avant que le musc soit mûr. En ce cas, quand on retire le musc de dessus ranimai, il a une odeur désagréable qui dure un certain temps, jusqu'à ce qu'il ait séché; mais, du moment que le musc est sec, ce qui n'a lieu qu'après beaucoup de temps, il change, et alors il devient véritablement du musc.

La chèvre qui produit le musc est comme nos chèvres, pour la taille , la couleur, ia iinesse des jambes, la division des ongles, les cornes d^abord droites, en* 113 « suite recourbées.£ile a deux dents minces et blanches aux deux mandibules; ces dents se dressent sur la face de la chèvre ; la longueur de chacune n^est pas tout à fait la dislance qui existe entre l'extrémité du

118 CHAINE DË6 CHRONIQUËS.

pouce et rextrëmité de l'index; ces dents ont la iorine de ia dent de l'éiéphan(.

Voilà ce qui distingue cet animal des autres espèces de chèvre (i84)-

La correspondance qui a lieu entre Tempereur de ia Cliioe et les gouverneurs des villes ainsi que les eunuques» fe fait sur des mulets de ia poste, qui ont la queue coupée, comme les mulets de la poste chez nous* Ces mulets suivent certaiqes routes déterayinées d'avance (i85).

Les Chinois, cratro les diverses parti" qularités que nous avons décrites, ont celle de pisser debout Tel est Tusage du peuple parmi les indigènes. Quant auji^ gouverneurs, aux généraux et aux personnes notables, ils se servent de tubes de bois verni, de li| longueur d'une eour 114 . dée ; ces tubes sont percés des deux côtés , et le côté supérieur est assez large pour ponvmr y introduire le bout de la verge.

On se met donc sur ses pieds quand on vent pisser; on tourne le tube loin de soi , et on y décharge lurine. Les Chinois pré-

Digitizod

GHAin tm cracnfiQDBs. ii^

teodent que celte màniire d'uriner est plus salutaire au corps , et que toutes les malAdies anxqudles est sujette la vessie t notamment la pierre, viennent uniquement de ce qu'on s'accroupit pour pisser, ajoutant que lâ vessie ne se décharge complètement qu autant qu on fait lopération debout (186).

Ge qui fait que les hommes, chez les Chinois, se laissent pousser les cheveuJLSur la téte « c est que , lorsqu'un enfant vient au monde, on se dispense de lui arrondir la

téteetde la redresser^ comme cela se pratique chez les Arabes (187)* Les Chinois disent que cela contribue à faire perdre au cerveau son état naturel et altère le sens commun. Lâ tète d un Chinois présente un aspect difforme; les cheveux qui la couvreht cachent ce déftut ( 1 68) • 115 .

Les Chinois se divisent en tribus et en familles, comme les tribus des enfimts d*Israël et des Arabes. On a égard à cela dans les choses de la vie. Ën Chine, un homme n^épôuse pas une personne qui lui

Digitizod by G<.jv.' v-c

1^ CHAINE DES CHRONIQUES, est proche et qui est de la même famille; il efti obligé de chercher ailleurs. En principe , un homme ne se marie pas dans sa tribu (189) ; c est comme lorsque, chez les Arabes, un homme de la tribu de Temym ne se marie pas dans la tribu de Temym, ni un homme de la tribu de Rebyé dans la tribu de Rebyé, mais que les hommes de Rebyé se marient dans la tribu de Modhar, et les hommes de Modhar dans la tribu de Rebyé. Les Chinois disent que c'est un moyen d'avoir de plus beaux enfants (190).

i\ODV£LLES OfiSEATATIOllS SCR VINDB.

On voit, dans le royaume du Balbara, et dans les autres provinces de l'Inde, des hommes se brûler sur un bûcher* Cet usage vient de la croyance des Indiens à la métempsycose, croyance qui a pris racine dans leur cœur, et qui ne leur laisse pas le moindre doute.

Parmi les rois de l'Inde, il y en a qui ,

CHAINE DLS CHROiMQUES. 121

lorsqu'ils montent sur ]e tr6ne, se font 116.

cuire du riz , et à qui on sert ce riz sur des feuilles de bananier. Le roi a auprès de lui trois ou quatre cents de ses compagnons, qui se sont attachés à sa personne volontairement et sans y être forcés; après qu il a mangé du riz « il en présente à ses compagnons; cbacun d'eux s'approche h son tour et en prend une petite portion qu'il mange. Tous ceux qui ont mangé de ce riz sont obligés, quand le roi meurt, ou qu'il est tué, de se brûler jusqu'au dernier, le jour même où le roi est mort; c'est un devoir qui ne souffîre pas de délai , et il ne doit rester de tous ces hommes ni la pexsonne ni des vestiges (iQi)*

Lorsqu'un homme a pris la résolution de se brûler, il se présente à la porte du gouverneur et lui demande la permission de se détruire; puis il parcourt les marchés* Pendant ce temps, on allume un 117 « bûcher d'un bois sec et pressé, et plusieurs hommes sont occupés à le faire brûler, jusqu'à ce qu'il soit devenu sembiable à la cor-

m GHAHIB DBS CBaOMlQOBS.

naliûe pour rincuidescenee ei les flamme»

qui en sortent. Alors ITiomme se met à oomir dans les marchésy ayant devaut iui des eymbales, et entouré de sa famiHe et de ses proches. Quelqu un lui place sur la tète une couronne de basilic dans laquelle on a entrelacé des cbarbons ardents; en même temps^ on lui Yoesesur la tfite de la sandaraque, qui, mêiée au feu, produit Tefifei du naphte. L'homme marche , la tdie en feu; on sent sur son chemin Todeur de la chair qui brûle, et pourtant ii marche comme si de rien n'était, et on n'aperçmt sur. lui aucun signe d'émotion; enfin il artiTe dorant le bûcher et il s y précipite ; bientôt il n'est plus que cendres.

Un voyageur dit avoir Vu im hofnmef qui, au moment de se jeter dans le bû-^ cher, prit son khandjar, le plaça au-dessua de son cœur, et se fendit de sa main jus- 118. qu au-dessous du bas-ventre. Ensuite, ii introduisit sa main gauche dans rouver-ture et, la dirigeant vers le foie, il tira

Digitizod

CHAUIE D£S CUfiUNlQUfiS. 125

ce temps, ii convenait comme à 1 ordinaire; puis il coupa avec son khandjar

un morceau de son foie» qu'il jeta à son frère; il voulait montra par là son mépris de la mort et son insensibilité à la douleur« Enfin il se prëdpila dans le bûcher, et se rendit dans le seiu de la malédiction divine (1^2).

L^homme qui a fait ce rëcil ajoutait qu'il trouva dans les montagnes de ^ette partie du monde un peuple da race indienne quon peut comparer à nos Lenyfyës et à nos djelydyës ( 1 g3) , pour le goût des choses frivoles et insensées; il existe une espèce de rivalité entre ces honunes et ceux de la côte. A tout instant quelqu'un de la côte se rend dans la montagne et adresse une espèce de défi aux habitants, pour voir qui supportera mieux les mutilations volontaires. Les hommes de la montagne vont aussi délier ceux de la côte.

Un jour, un homme de la montagne se rendit dans ce but sur la côte. Aussitôt les

habitants s^assemblèrent autour de lui , les 119. uns comme spectateurs, les autres pour prendre parti. L*homme proposa à ceux des habitants qui avaient la prétention de lutter avec les montagnards , d^imiter tout ce (|uii ferait, ou bien, s'ils ne pouvaient en venir à bout, de s avouer vaincus. Ensuite il s'assit à Textrémité d^un bois de cannes semblables à nos roseaux pour la souplesse. La racine de ces cannes est comme celle du aidan , mais plus épaisse.

Quand on tire la téte de ces cannes, elles cèdent à Teffort et se ploient jusqu'à terre ; mais, dès qu'on les rend à elles-mêmes ^ elles reviennent à leur première direction.

Cet homme ayant invité les assistants à

tirer a eux une de ces cannes, quelqu'un prit la téte d'une canne épaisse, et la fit approcher de terre. Alors le montagnard attacha les mèches de ses cheveux à cette canne, en les serrant fortement; puis il prit son khaodjar, qui flamboyait comme le feu, et dit aux assistants : • Je vais me couper la téte avec ce khandjar. Lorsque

GUAINB 0fia GHROIIIQII£S« 125

ma léte sera séparée du tronc « lâche» la canne à rinslant même. Au moment où la canne reprendra son ancienne plaee« entndnant ma tète avec elle , vous me verrez rire , et vous entendrez im petit bruit que 120 . je ferai eo riant » Aucun homme de la côte n osa suivre cet exemple* Ce récit nona a été fait par un homme

dont le témoignage ne peut pas être révoqué en doute (i ^à) • La chose est d'ailleurs (Donnue de tout le monde, d^autant plus (pie la partie de Tlnde où le fait s'€»t passé est assez rapprochée du pays des Arabes, et que nous avons continuelle* jfnent des nouvelles de cette contrée.

Lorsqu'une personne avance en âge, |M>it homme, soit femme, et que ses sens ^'appesantissent, elle prie quelqu'un de sa famille de ia jeter dans le feu ou de la noyer dans Teau; tant les Indiens sont persuadés qu ils reviendront sur la terre.

DansTInde, on brûle les morts.

• Lile de Serendyb renferme la montagne des pierres précieuses , les pêcheries

136 CHAINE ms CHRONIQUES.

de perles « ^tc. Autrefois il n'était pas rare ^ . dans cette île, de voir un homme du pays s'avancer dans le marché, tenant à la main un ^ (ig5) , c'est-à-dire un khandjar particulier au pays, d'une fabrication 121, admirable et parfaitement aiguisé. Cet homme s'attaquait au marchand le plus considérable qui se trouvât sur son passage; il le prenait à la gorge, faisait briller le khandjar devant ses yeu^, puis il le tirait hors de la ville. Tout cela se passait au milieu de la foule des assistants « et ce* pendant il n^était au pouvoir de personne de réprimer cet excès; car, si on essayait d^arracher le marchand à cet homme , ii tuait le marchand, puis il se tuait luimême. Quand le voleur avait tiré le marchand Iiurâ de la ville, il lui proposàit de se racheter; quelqu'un venait avec une forte somme d'argent, et le marchand était mis en liberté. Cela dura pendant un cer?> tain temps. Mais, & la fin, le trône échut à un prince qui ordonna de saisir, n'importe par quel moyen ^ tout Indien qui au^

rait une telle audace. L'ordre fut exécuté.

A la vérité , Tlndien tua le marchand et se tua lui-même; ce cas se reproduisit plusieurs fois, et un grand nombre d'indigènes et de marchands arabes trouvèrent ainsi la mort. Mais on finit par se lasser; ce genre d'attaque cessa , et les marchands n'eurent plus à craindre pour leur per* 1 sonne.

Les pierres précieuses rouges, vertes et jaunes sont tirées de la montagne <[ui domine ïïle de Serendyb. La plus grande partie des pierres qu'on découvre sont apportées par Feau, dans le moment du flux de ia mer. L'eau fait rouler ces pierres de rintérieur des cavernes, des grottes et des iieux où tombent les torrents. Des houMues sont chargés de veiller à la ré^ coite des pierres , au nom du roi. D'autres fois , Ion extrait les pierres du fonds de Ja terre, comme on fait pour les mines; alor^ la pierre est attachée à des matières jpieireuses et il faut Ten séparer.

Le royaume de Serendyb a une loi 9 çt

Di

des doetaurs qui s'asaembienl de temps en temps, cemme se réunissent, chez bous, les personnes qui recueilient les traditions du prophète (196). Les Indiens se rendent auprès des docteurs, et écrivent ^ sous leur dictée, la vie de ieim prophètes et les préceptes de leur loi.

On remarque , dans Tile de Serendyb , une grande idole d'or pur, à laquelle le^ navigateojps ont attribué des dimensionfl^ excessives; il y existe aussi des temples qui ont dû eoùter des sommes considérables.

On trouve, dans l'île de Serendyb, une 12d • communauté de juifs qui est nombreuse.

Il y a également des personnes des autres religions, notamment des dualistes (les manichéens). Le roi de Serendyb laisse chaque communauté professer soi\ culte (197).

En face de cette île, il y a de vastes, gohb, mot par lecjuel on désigne une vallée, quand elle est à la fois longue, et large, et qu'elles débouche dans b mer (198). Les navigateurs emploient^

CHÂIN£ DES CHRONIQUES. 129

pour traverser le gobb appelé gobb de Serendyb^deux mois et même davantage ^ passant à travers des bois et des jardins ^ au milieu d'une température moyenne.

C'est à l'embouchure de ce gobb que commence la mer de Herkend. Ce pays est d*un séjour fort agréable; on y a une brebis pour la moitié d'un dirhem ; on a pour le même prix, et en assez grande quantité pour contenter plusieurs personnes, une liqueur cuite, composée de miel d^abeille mêlé avec des grains de dftdy frais, etc. (199).

Les habitants passent la plus grande partie de leur temps à faire combattre des coqs et à jouer au nord (jeu de trie- 124 . trac) (200). Les coqs, dans ce pays, sont grands et ont des ergots très-forts.

On attache aux ergots de petits khandjars bien aiguisés; ensuite on lâche les coqs l'un contre l'autre. Les joueurs parient de lor, de l'argent, des champs, des plantes, etc. Aussi un coq qui a la supériorité sur les autres vaut une somme importante.

m LHAUiE DES CHRONIQUES,

H en est de même du jeu de trictrac. On y joue continuelieiiientf et pour des sommes considérables. C*est au point que^ parmi les hommes qui eut l'esprit léger ou fanfaron , ceux qui appartiennent à la classe inférieure et ceux qui n ont pas d'argent jouent quelquefois leurs doigts de la main. Pendant qu^ils jouent, on tient à cAlé un vase contenant de Thuile de noix

ou de ThuHe de sésame ; car lliuile d'oHve manque dans le pays; le feu brûle par dessous. Entre les deux joueurs est une petite hache bien aiguisée. Celui des deux 125 . qui est vainqueur prend la main de feutre y la place sur une pierre et lui coupe le doigt avec la hache; le morceau tombe, et en même temp» le vaincu trempe sa main dans Thuile, qui est alors eHMaie> ment chaude et qui lui cautérise le membre. Cette opération n^empéche pas ce

même homme de recommencer à jouer.

Quand les deux joueurs se séparent, Tun et Tautro ont quelquefois perdu tous leurs doigts. Il y a des joueurs qui prennent

CUA1N£ DES CUAONigUËS. 131

une mèche et la trempent clans Thuile, puis la poient sur un de leurs membres et y mettent le feu. La mèche brûle, et on seoi 1 Weur de la chair qui ae consume i pendant ce temps Thomme joue au nard et ne laisse paraître aucune marque de douleur.

Une corruption efirénée règne dans ce pays parmi les femmes cMnme parmi les hommes*. On voit quelquefois uu mar- <^hand nouvelletneiit déhirqaé faire des

avances à la fille du roi, et celle-ci, au su de son père, va trouver ie marchand dans quelque endroit boisé» Les hommes graves, parmi les marchands de Syraf, évi* telit d'expédier des navires dans cette con^^ 136 . irée, particulièrement quand ii s y trouve des jeimes gens«

L'Inde est sujette au yeêsaré, mot qui signifie t pluie, t L'été^ la pluie tombe dans le pays pendant trois mois de suite, sans discontinuer ni la nuit ni le jour; c'est comme un hiver qui ne souffre aucune interruption (aoi)« Les Indiens ont soin.

avant cette époque , de faire des approvi-- MODoemcnts. Lorsque le yessaré arrive, ils s'enferment dans leurs maisons qui

sont faites en bois; le toit est couvert de chaume, et eiies sont ombragées par des plantes. Personne ne sort plus que dans un cas d'extrême nécessité. Seulement , c^est pendant cette saison que les artisans vaquent le mieux k leurs travaux* Quelquefois, Thumidité fait pour^ rir la plante des pieds. C'est le yessaré qui fait la richesse du pays; s'il vient à manquer, les habitants meurent de faim.

En elfet, ils sèment du ris; ils ne connaissent pas d'autres grains, et ils n'ont 127 • pas d autre ressource pour manger. Le riz , pendant les pluies , se trouve dans les haramat, mot qui signifie • champs de rix;» il est couché par terre, et Ton n'a pas besoin de Tarroser ni de s en occuper; lorsque le ciel commence à devenir serein, le riz parvient à sa plus grande croissance, et se multiplie à proportion (203). Dans l'hiver il n'yapas de pluie.

CHAINE DiiS CHIlOMybl:.S. 133

Les Indiens ont des hommes voués à la religion et des hommes de science , qu'on nomme imputes; ils ont des poètes qui vivent à iâ cour des rois, des astronomes, des philosophes, des devins, des honmies qui font lever les corbeaux (2o3) , etc. On trouve parmi eux des devins et des faiseurs de tours qui viennent k Bout de choses extraordinaires. Ces observations s'ap* pliquent surtout à Canoge, vaste contrée formant Tempire du Djorz (2o4)*

On remarque dans r Inde une population connue sous le nom de hayhardjy (2o5).

Ces honunes vont nus , et leur chevelure leur couvre le corps et les parties naturelles \ ils se laissent pousser les ongles , de manière à former des espèces de pointes; ils n'en ôtent que les morceaux qui se brisent. Ils vivent à la manière des moines ISS . errants; chacun d'eux a à son cou un fil auquel estattaehéuncrânehumain. Quand ils sont pressés par la faim , ils s'arrêtent devant la porte d un indigène , et aussitôt les habitants leur apportent du ris cuit ,

134 CHAIBE MS CHBONIQOBS.

channët dt cette mile. Cea himimes man-

gent le rii dans le cràûe ; quand ils sont raisasiéSt ils s'en Tont, lie denandant piiis à manger que lorsqu ils ne peuvent faire aatremenl.

Les Indiens ont diters usages^ par lesquels ils prétendent se rendre agréables aa Diea très^faant^ et dontleCréateor estâ une distance incommensurable (ao6}. Par exemple, on bâtit, le long des cbemins, des kbans pour les voyageurs, et on y entretient dea marehands de légumes à ipii les passants achètent ce qui leur est nécessaire; de plus, on fonde une rente pour Tefitretien d^une couitisne du pays qui est à la disposition des voyageurs. C est là uÊïé des dioses par lesquellea les faidiens 129. croient se faire des mérites auprès de IKeu (307)«

Il y a, dans Tlnde, des courtisanes qa'on nomme les coarti$ane$ du Bodda.

Quand une femme a fait un vœu et qu il lui nait après cela une jolie fille, elle la

conduit an Bùida, nom de Tidote qm est

GUAUI£ DES GHROMIQUES. 155

adorée dans le pays^ et elle lui voue sa fiUe. Enniite elle loue, pour sa fille, une maison clans le marché ; elle suspend à la maison un voile, et elle fait asseoir sa fille sur un siège, de manière à ce quelle se Iroave sur le passage, soit des indi>

gènes, soit des étrangers, dont la religion

m oondanme pas ces sortes dadions.

Tout homme, pour une somme déterminée, a pouvoir sur cette femme; mais, à mesure que eelle-^ci a ammé «{Qdi|m ar- gent , elle le remet aux ministres de Tidole pour éire employé aux finis d'entrelian du temple (aoS). Remercions Dieu, et louons-le de ce qu'il nous a élevés au^ssus des infidèles et nous a préservés de leurs vices.

Quant à Tidoie appelée Moultan, aux environs de Mansoura, on y vient en pèlerinage à plusieurs mois de distance (209), 150. On y apporte de Taloès indien surnommé al-<amromy, de Camroun, nom du pays dont il est originaire; c'est un aloès de première qualité. On apporte donc cet

alois^ et on le remet aux ministres de Vu

dole pour qu il serve dans les fumigatioDS.

Quelquefois cet aloès vaut deux cents dinars le manna. On peutuiarquer cet aioës avec un cachet; le cachet s^empreint dans l objet, tant il est tendre. Les marchands rachètent de ces ministres (aïo).

On trouve dans flnde des personnes qui, par principe de religion , se rendent dans les fies qui se forment dans la mer (au) et y plantent des cocotiers ; elles se louent pour tirer de Teau des puits , et , quand un navire passe dans le voisinage, cette eau sert à rapprovisionner. U part de rOman des hommes pour les îles où croît le cocotier; ils apportent avec eux des outils de charpentier et les autres outils ana-

qui leur est nécessaire , et , quand le bois

est sec, ils le débitent en planches. En même temps, ils filent les fibres du cocotier, et en font des cordes qui servent à coudre ces planches ensemble. Avec les

planches, on forme le corps du navire et

le» mâCwes (212); avec les feuilles , on tisse

les voiles ; avec les fibres , on fait les câbles. Quand le navire est achevé , on le remplit de cocos , et on retourne dans l'Oman où se vend la cargaison. Ces expéditions procurent de grands bénéfices , vu que , pour tout ce qui entre dans le voyage , on n a pas besoin de recourir à personne.

FATS BBS KENUI.

Le pays des Zendj est vaste. Les plantes

qui y croissent, telles que le dorra, cpii est la base de leur nourriture ^ la canne h suere et les autres plantes , y sont d*une couleur noire. Les Zendj ont plusieurs rois en guerre les uns avec les autres; les rois ont à leur service des hommes connus sous le titre de idmokhazzaniûun (ceux qui 132 . ont la narine percée) , parce qu'on leur a percé le nex. Un anneau a été passé dans leurnarine^etàTanneau sont attachées de^ chaînes. En temps de guerre , ces hommes marchent à la téte des combattants; il y a

Digitizod by G<.jv.' .ic

pour chacun d'eux quelqu^un qui prend le bout de la chaîne et qui la tire, en euipèchant rhomme d'aller en avant. Des négociateurs s'entremettent auprès des deux partis; si Ton s'accorde pour un arrangement^ on se retire; sinon, la chaîne est roulée autour du cou du guerrier \ le guerrier est laissé à lui-même; personne ne quitte sa place (2 1 , tous se font tuer à leur poste.

Les Arabes exercent un grand ascendant sur ce peuple; quand un homme de cette nation aperçoit un Arabe, il se prosterne devant lui et dit : a Voilà un homme du pays qui produit la datte ; » tant cette nation aime la datte, et tant les cœurs sont frappés.

Des discours religieux (2 1 4) sont prononcés devant ce peuple v on ne trouverait chez aucune nation des prédicateurs aussi constants que le sont ceux de ce peuple dans sa langue^ Dans ce pays , il y a des hommes, adonnés à la vie dévote, qui se 153. couvrent de peaux de panthères ou de peaux de singes; ils ont un bâton à la

CHAINE D£S CHaONlQU£6. Id9

main, et s'avancent vers les habitations; les habitants se réunissent aussitôt; le dé« vot reste quelquefois tout un jour jusqu'au soir, sur ses jambes , occupé à les prêcher et à les rappeler au souvenir de Dieu»

qu il soit exalté ! Il leur expose le sort qui a été éprouvé par ceux de leur nation qui sont morts. On exporte de ce pays les panthères sendjyennes, dont la peau, mêlée de rouge et de blanc, est très -grande et très4arge (21 5).

La même mer renferme l'île de Socothora, où pousse l'aloès socothorien. La situation de cette île est près du pays des Zendj^ et de celui des Arabes. La plupart de ses habitants sont chrétiens; cette circonstance vient de ce que , lorsque Alexan* dre fit la conquête de la Perse, il était correspondance avec son maître, Âristote, et lui rendait compte des pays qu'il par* courait successivement. Aristote engagea Alexandre à soumettre une ile nommée

Socothora, qui produit le sabr, nom d'une 134 • drogue du premier ordre , sans laquelle un

m CHAINE D£3 CHRONIQUES.

médicament ne pourrait pas être com- (316). Arôltote coDseillA de faire év«r cuer Yîle par les iadigënes, et d'y établir dea Greca^ aéraient chargéa de la garder, et qui eoYerraieni la drogue en Syrie , dans ia Grèce et en Égypte. Alexandre fit évacuer Tile et y envoya une colonie de Greca» En mémetemps» ii ordonna aux gou* vamanEi de provinces, qui , depuis la mort de Darius, obéissaient à lui seul , de veilla à la garde de cette ile. Les habitants se trouvèrent donc en sûreté Jusqu'à Favénement du Messie. Les Grecs de Tiie entendirent parier de Jésus, et , & l'exemple des Bomains, ils embrassèrent la religion dbrétienne» Les restes de ces Grecs se sont 135. o^aintenus jusqu aujourd'hui, bien que, Tilot il se soit conservé des hommes d^une autre race (2 1 7).

Il u*a pas été parié, dans le livre pre* mier, du côté de la mer qui est à droite du navire , lorsqu'on sort dea côtes de TOman

et du pays des Arabes pour entrer dans la grande mer. Le livre premier ne traite

que du côté de la mer qui est à gauche, et

qui renferme ies mers de l'Inde et de la Chine; en effet, Tlnde et la Chine étaient l'objet spécial de la personne daprès laquelle ce livre a ét rédigé.

La mer qui sort de TOman et qui est à

la droite de Tlnde, baigne (sur la côte méridionale de TArabie), le pays du Schehr où croit Tencens, ainsi quune portion du territoire des peuples de Ad , de Himyar, de Djorhom et des Tobbas* Ces peuples parlent des dialectes arabes mêlés d expressions adyennes et fort anciennes, dont la plus grande partie est ignorée des Arabes (2 iS). Ils n'habitent pas de bourgs, et mènent une vie grossière et misérable. Leur pays s'étend jus- 130. quau territoire d'Aden, sur les côtes du Yémen. La mer s'avance ensuite vers Djidda, et de Djidda vers Aldjar, jusqu'aux côtes de Syrie. Elle se termine à Colzom, à Tendroit où il est dit dans rAlcoran que Dieu a posé une barrière entre ies deux mers (319). La mer, en

143 CHAINE US 0BAOIIIQUB3.

cet eodroit , change de dirèctîoii , et baigoe

la terre des Berbers. Le côté vers lequel se porte la mer, et qui est situé à l'occident^ fidt face au Yémen ; la mer va baignei* le pays des Abyssins» doù on exporte les peaux des panthères berfaériennes ; ce sont les peaux les plus belles et les plus propres. La mer bc^gne aussi Zeyla, territoire où 1 on recueille Tambre ainsi que le dzabal, qui est le dos de la tortue.

Les navires de Syraf, lorsqu'ils se dirigent du côté qui est situé à droite de la flser de rinde, et qulls entrent dans la mer de Coizom, s'acrêtent à Djidda. Les 157 . marchandiaes qui sont destinée» pour TÉgypte sont transportées de Djidda dans des navires partftuliers à la mer de Col* K>m. Les navires de Syraf n osent pas s avaneer sur cette mer, à canae des difficultés de la navigation et du grand nombre de rochers qui sortent de Teau. Ajoutes à cela que, sur les côtes, il n*j a ni gouverneurs, ni lieux habités. Un navire qui vogue sur cette mer ahesoiii de chercher.

CHAINE DES CHMNiQUEft. 143

fiôur ehaupie irait) un lieu de refbge, de

peiur d'être brisé contre les rochers; il marche le jour, mais il a arrête la nnit (220). Cette mer, en effet, est brumeuse et sujette k des exliaiaisoDs désagréables. On ne trouve rien de bon au fond de l'eau ni à la surface. Cette mer est ioîn de ressembler aux mers de ilnde et de la Chine. Les mers de ces pays recèlent dans leur sein la perle et l'aoabre , et leurs

montagnes fournissent des pierreries et des mines d'or ; les animaux portent à leur bouche de I^ivoire ; la terre produit Fébène « le bois de brésil (baccam), le bambou ( kbaysoran) , Taioès , le camphre, la muscade (djouzboua), le giroûe, le sandal, et les autres substances parfumées ou d^une odeur saisissante. Les oiseaux sont le perroquet et le paon ; les bêtes qu'on y chasse sont la civette et la chèvre produisant le musc. On ne finirait pas, si on voulait énumërer tous les avantages qui distinguent ces contrées»

L'ambre est une subfttanée que Ta mer

Di

144 CHAINE DBS GHBONIQUES.

rejette sur ses rives. Elle commence A se montrer duos la mer de l'Inde, sans qu'on sache quel est son véritable point

de départ. L'ambre de première qualité est celui qui est jeté sur les côtes de Barbera et du pays des Zendj y ainsi que sur les côtes du 6chehr et de la portion de TArabié qui lavoisine. Cest Tambre en forme d'un œuf rond et bleuâtre.

Les habitants de ces contrées vont la nuit sur leurs côtes, lorsque la lune jette ses lueurs; ils ont des chameaux qui connaissent Tambre, et qui sont dressés à la recherche de cette substance. Ils montent sur leurs chameaux, et, quand le chameau aperçoit un morceau d'ambre, il s'accroupit, aussitôt le cavalier descend et ramasse ie morceau.

159. Ontrouveaussiàlasurfacedela merdes morceaux d'ambre d'un poids considérable (aai). Ces morceaux sont presque aussi gros qu'un taureau , etc. Quand le poisson appelé tàl (a s a) aperçoit cet ambre, il Tava]e ; mais cet ambre, une fois arrivé dans

son eftlomac, le tae^ et raniinal fli»lle audessus de reao« Il y a des gens saveai i quelle époque viennent les poissons qui avalent Tambre \ ils se tiennent aux aguets dans leur barque; et» quand ils apei^ivent un poisson qui surnage, ils le tirent à terre avec des crochets de fer qu^on a enfoncés dans le dos de Fanimal, et aux- ^els tiennent de fortes cordes; ils ou* vrent le ventre de Tanimal et en retirent rambre* La partie <pd se trouve près du ventre de Taninid « et qui porte le noun de mand (a 23)i répand une odeur infecte.

LcB vertèbres qui la aurmonient se trouvent exposées chez les droguistes à Bagdad et à Bassora; mais la partie qui ne donne pas de mauvaise odeur est trèsl^ropre*

Avec les vertèbres du dos du poisson 140.

nonuud tâl, on fait quelquefois des sièges sur lesquels Thonmie peut s^asseoir à Son aise. On dit que , dans un hour gsitué à dix parasanges de Syraf et appelé Altàyn , il y a des maisons dune construction extré-

mement andenne; la toiture de ces maisons, qui sont légères » est faite avec les côtes de ce jpoîsson. J'ai entendu dire à quelqu'un que jadis , taudis qu li se t^t)Uvait auprès de Syraf , un de ces poiftons vint échouer sur la côte. Il alla voir Tanimal et trouva des personnes qui étaient montées sur son dos à l'aide d'une échelle légère. Les pêcheurs, quand ils prennent un de ces poissons, l'exposent au soleil, et le coupent par morceaux. A côté est une fosse où se ramasse la graisse ; quand la chaleur du soleil a fait fondre la graisse, on puise dans la fosse; on met la graisse dans des vases et on îa vend aux maîtres de navires. Cette graisse est mêlée avec d'autres matières , et on en frotte les vaisseaux qui vont sur la mer; eiie sert à couvrir les traces des sutures et à boucher les 141. trous (2 24). La graisse de ce poisson se vend fort cher.

La formation de ia perle est uu ouvrage de la sagesse de Dieu, dont le nom soit béni. Le Dieu très -haut dit dans TAI-

CHAim DBS CHROIOQDES. 147

coran : « Louanges à celoi qui a créé loua

les êtres par paires, tant ceux qui germent dans ie sein de la terre, que cet»

qui appartiennent a ]'(!8pece Luoiaine ,

sans compter ceux ({ue iliomme ne con« naît pas {27b), •

La perle »c présente d'abord sous la forme de la graine de Taser; elle en a la couleur , la iorme , ia petitesse , ia légè*reté, la finesse et la ikiblesse; elle voltige faiblement sur la surface de Teau , et elle tombe sur les flancs des barcpies dea

plongeur». Peu à peu elle se forlirie, clic

grossit et prend la dureté de la pierre.

Quand elle a acquis du poids, elle s*at* tache au fond de ia mer, et elle se nourrit de ce qne Dieu seul connaît Dans le prin* cipe, on *ne trouve dans la perle qu'un morceau de viande rouge , qui ressrâible 14S« à la langue à sa racine, n ayant pas dos, ni de nerfs, ni de veines.

Du rc&ic ou ne s'accorde pas sur la ibrmation de la perle« Quelques auteurs ont dit que ie coquillage, lorsqu'il pleut.

M8 (^AHfB DKS GHRONIQDBS.

«KNile jusqu'à la surface de Teau, et ouvre la bouche pour recueillir les gouttes de ia piuie ; ces gouttes se transforment en grailles* D^avtres auteur» soutiennent que la perle est engendrée par la coquille mènae; c^est Topinion la plus vraisemblable des deux ; en effet on trouve quelquefois ia periie dans la coquille^ sous forme d'un végélal qui tient à la coquille même; on peut Ten séparer» et c'est ce

que les marchands qui voyagent sur mer nomment la perle cala (226). Dieu seul sait ce qui en est

Une des manières les plus singulières d'acquérir de Taisance, dont nous ayions entendu parler, cest ce quon dit d'un Arabe du désert, qui vint autrefois à Basâora, ayant avec lui une graine de perie qui valait une grande somme d*argent.

Il se rendit chez un droguiste qu il coa- 14S. naissait, et, lui montrant la perle dont il ignorait la valeur, il le pria d'en faire Tes* timation. Le droguiste répondit que c était une perle. L'Andie demanda quelle était

CHAUffi DBS CHaONIQUES, 14U

sa valeur ; le droguiste Testîma cent dirhenii. L*Arabe trouva cela une forte somme et ditttY a-t-il quelqu'un qui voulût m'en donner ce prix^t A ces motâ, le droguiste lui remit tes cent dirhems»

et» avec cet argent, l'Arabe acheta deà provisions pour sa fiuniile. Pour le droguiste , il porta la perle à Bagdad, où il la vendit une grande somme d'argent^ ce qui lui permit Je donner une plus grande eitension à son conomerce.

Le droguiste racontait qu il fit quelques questions à TArabe, au sujet de la découverte de cette perle. L*Arabe répondit :

«Je passais à Al-samman , dans ia province du fiahreyn, à une petite distance de la mer. JTaperçus, sur le sable, un renard mort, ayant à la bouche quelque chose qui semblait le pincer. Je descendis de ma monture, et je vis une espèce de couvercle, dont la face inlf'Ticure jetait un éclat blanchâtre. Dans les écailles était cet objet rond que je pris avec moi. « Le droguiste 144 • comprit que , dans le principe , le coquii-

lage était descendu sur la c&te pour respirer Tair: tel est, en eflei, Tusage des eo([uiilages* Un renard, qui passait par

là, vit un morceau de viande dans le fond du coquillage , lequel avait en ce moment la bouche ouverte; il se jeta aussitôt sur f animal, et introduisit sa téte dans la coquille pour saisir le morceau de viande; mais ranimai ferma ses deux écailles sur lui* Or» quand ce coquillage a fermé ses écailles sur un objet, on a beau le presser avec la main, il n^ouvre pas la bouche, quelque effort que Ton fasse. On est obligé de fendre les écailles avec un ins* trament de fer, dans toute leur longueur, tant ranimai est attaché à la perle, attachement qui ressemble à l'amour d'une mire pour son enfant, QUand le renard se sentit pincé, il se mit à courir, frappant la terre à droite et à gauche ; mais le coquillage ne le lâcha pas ; le renard mom^t et le coquillage aussi. Voilà comment i Arabe découvrit le coquillage ; il prit ce qui se i45 • trouvait dans la coquille ; Dieu lui inspira

ridée d'aller trouver le droguiste , et ce fut pour lui un moyen de se procurer des provisions.

* Les rois de Tlnde sont dans Tusage de porter des pendants doreilles consistant en pitres précieuses montées en or; ils

mettent à leur cou des colliers du plus grand prix, composés de pierres de la premiire qualité, rouges et vertes* Mais les perles sont ce qu ils estiment davantage et ce qui est le plus recherché; cW maintenant le trésor des souverains , leur principale richesse. Les colliers sont aussi portés par les officiers de l'armée et les grands personnages (227). Le principal d^entre eux sort soutenu sur le cou d'un homme du pays (228); il est vétu d'un pagne et tient à la main un objet appelé djatra (22g); cet objet est un parasol fait avec des plumes de paon , et avec lequel il se garantit des rayons du soleil. £n même temps, ses serviteurs sont autour de sa personne.

11 y a, parmi les Indiens, une classe .

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162 C&UIIB DBS CHRONIQUES.

d'hommes qui né nanfent jankaîs ûenx dans un même plat ni à la même table.

146 • Cela leur paratt un péché et une chose déshonnête.

Quand il vient de ces honunes à Syraf »

et qu'un des marcliands notatles de la vaie les invite à un repas où 1 on est quelquefois cent {personnes, plus ou itioins^ le marchand est obligé de faire servir devant chacun d*eux un plat dans lequel il mange , sans que personne autre pniàse y envoyer la main* Quant aux princes indiens et aux personnages considérables « U est d'usage « dans TLiide, de mettre chaque jour devant eux des tables faites avec des feuilles de cocotier entrelacées ensemble; on fait, avec ces mêmes féttillesi des espèces dassiettes et des plats. An moment du repas , on sert les aliments sur ces feuilles entrelacées, et« quand le repas est fini, on jette à Teau la table et les assiettes de feuilles avec ce qui reste d^aliments. On dédaigne de faire servir les mêmes objets le lendemain (aSo).

CHAIHE DES GHROIOQUES. 1^3

Autrefois^ Ton portait dans i'Inde les dinars du Sind, dont ohacun Àjiiivalait à 147. trois dinars ordinaires et davantage (s3 1).

On y portait l'émeraude qui vient dJ^ gypte (aSa), montée en forme de ea« cheta, et enfermée dans des boites. On j portait encore le bostad^ qui est le corail, ainsi que ia pierre nommée dahnadj (a33)* Ce commerce a maintenant cessé.

La plupart des princes indiens « les jours de réception publique, laissent voir

leurs femmes aux liomniesqui font partie de la réunion, qu ils soient du pays, ou quHis viennent de pays étrangers; aucun voile ne les dérobe aux regards des assistants (sSé)*

Voilà ce que j'ai entendu raconter de plus intéressant, dans ce momentpci, au milieu des nombreux récits auxquels donnent lieu les voyages maritimes; je me

suis abstenu de rien reproduire des rc^cils mensongers que font les marins, et auxquels les marins eux<4nèmes n^ajontent pas foi. Il vaut mieux se borner aux relations

fiilèieêfbien que courtes, Cest^Dieu qui dirige dans la droite voie»

Louaugeâ à Oieu , le maître des mondes !

Que ses béoédiclioiis soient sur les meil- Icurcs de ses créatures, Mahomet et sa famille tout entière I Dieu nous suffît. O le bon protecteur et la bonne aide!

Collationné avec le manuscrit sur lequel cette copie a été faite, au mois de safar de l'année 696 (novembre 1199 de J« C.j. Que Dieu nous «conduise au bien !

Fia DO TOKB ramiBR.

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