‹ Relation du choléra-morbus épidémique de LondresChapitre 11 sur 16 · A DONNER A UN INDIVIDU ATTAQUE DU CHOLERA · texte numérisé non relu

A DONNER A UN INDIVIDU ATTAQUE DU CHOLERA

Les malades atteints auront d’autant plus de chances de guérison, qu’ils seront secourus à temps , et qu’ils auront été assistés dès les

premières atteintes de la maladie. Voici les signes auxquels on reconnaîtra qu’un individu est menacé par l’épidémie : lassitude générale et brisement de tous les membres ; lourdeur de tête ; vertiges et étourdissemens; teint pâle de laface, qui est comme plombée et légèrement revêtue d’une teinte bleue transparente ; les yeux se ternissent et ne présentent plus l’éclat qui leur est naturel ; l’appétit disparaît tout-àcoup; l’individu ressent une soif extraordinaire qui lui fait réclamer avec instance l’usage des boissons froides ; il y a douleur au creux de l’estomac et sentiment de pesanteur dans la poitrine ; l’estomac est en proie à une chaleur insupportable au malade. Il existe des borborygmes ( des gargouillemens ) dans le tube intestinal , et c’est alors que se manifeste ordinairement la diarrhée. Cette diarrhée, dans le principe, paraît soulager le malade; la peau est sèche , froide, surtout sur les extrémités les plus éloignées du centre ; le malade est quelquefois couvert d une sueur froide et son corps est parcouru dans tous les sens par des frissons qui augmentent considérablement ses angoisses. Ces signes se montrent soit en totalité , soit séparément , et sans affecter aucun ordre. Bien qu’il ne s’en présenterait qu’un seul de ceux que je viens d’énumérer,

Il conviendrait d’avoir recours de suite au médecin, mais avant que celui-ci soit arrivé , il ne faut point perdre de temps, et en attendant ses conseils , voici les moyens auxquels on .doit avoir recours.

Il faut d’abord chercher à réchauffer le malade , et tâcher d’exciter fortement la peau de toute l’habitude du corps. On le disposera donc en un lit dans lequel on aura remplacé les draps par des couvertures de laine qui auront été auparavant bien bassinées; on placera dans des boules d’étain de l’eau chaude à 35 degrés, que l’on mettra aux pieds du malade , sur les côtés du corps et sur le creux de l’estomac. Si on n’a pas à sa disposition ces boules d’étain ou de fer-blanc, on les remplacera par des briques chaudes ou des fers à repasser fortei nent cha uffés .On frictionnera long-temps et fortement tout le corps et surtout la partie interne des membres de la région du cœur , avec une brosse , puis , avec un morceau de flanelle ou de laine imbibé d’un liniment fait de la manière suivante :

Poivrc gros, ij.

Camphre gros, ij.

I ai iiu; de moutarde 1/2 oucc.

Vinaigre 1/2 cliopine.

Mêlez, le tout, et faites infuser pendant deux ou trois jours dans un endroit ch^ud.

Après les frictions faites, le malade doit rester chaudement dans son lit; mais on devra réitérer les frictions et renouveler les fers ou les briques s’ils sont refroidis.

Si les symptômes continuent , appliquez des sinapismes au dos , au ventre , ou des cataplasmes arrosés de térébenthine.

Si l’on veut, au lieu de boules d'eau, de fers ou de briques, on pourra se servir de petits sacs remplis de cendre ou de sable chauds, que l’on appliquera également sur les parties indiquées plus haut. On pourra donner des bains de vapeur vinaigrés, ou vinaigrés et cam- Ph rés , que l’on peut administrer de la manière suivante : on fait rougir des cailloux, ou des morceaux de briques ou de fer ; on place sous un fauteuil , ou sous une chaise de cannes , un vase de terre qui contient du vinaigre, auquel on peut ajouter deux gros de camphre dissous dans une quantité suffisante d’esprit de vin. On fait asseoir le malade déshabillé sur le fauteuil, et on l’entoure , à l’exception de la tête ainsi que du fauteuil, de couvertures de laine qui devront descendre jusqu’au bas des pieds , lesquels devront poser sur de la

laine ou sur tout autre corps chaud. On jettera ensuite l’un après l’autre , et à peu de secondes d’intervalle , les cailloux ou les morceaux de fer ou de briques dans le vinaigre , qui , échauffé, est bientôt réduit en vapeur. Ce bain doit durer de to à i5 minutes.

Aussitôt terminé, on doit replacer le malade dans son lit ; on l’y laisse si une bonne transr piration s’est établie ;si , au contraire, celle-ci ne paraît point , il convient de recommencer de nouveau les frictions , mais toujours sous les couvertures , afin que l’air extérieur n’ait point accès , et cela jusqu’à l’arrivée du médecin.

Indépendamment de ces moyens extérieurs, il convient d’administrer de quart d’heure en quart d’heure une infusion théiforme de menthe poivrée , ou de mélisse ou de camomille , et toutes les demi-heures deux tasses d’infusion , 12 à i5 gouttes de liqueur ammoniacale anisée et camphrée , dans une cuillerée à bouche d’eau ou de sirop de gomme. Si l’on n’a pas ces moyens à sa disposition , il faut simplement donner au malade des tasses d’eau prise aussi chaude que possible, et toujours en attendant du médecin les conseils nécessaires pour s’opposer au développement com-

plet des symptômes de la maladie; car, sans les conseils de l’homme de l’art , l’affection ne tarderait pas à faire des progrès et à être audessus de toutes ressources.

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