‹ Relation du choléra-morbus épidémique de LondresChapitre 10 sur 16 · A EMPLOYER POUR SE GARANTIR DU CHOLERA · texte numérisé non relu

A EMPLOYER POUR SE GARANTIR DU CHOLERA

La peur a souvent été pernicieuse ; il convient de ne pas s’y abandonner : il faut du calme, rester étranger à toute espèce de fausses alarmes, et éviter toutes les émotions vives de l’àme. Il convient d’entretenir l’air des chambres que l’on habite dans le plus parfait état de pureté; pour y parvenir, on doit renouveler, plusieurs fois dans le jour, l’air de ces pièces, et ne point coucher plusieurs personnes dans un local qui serait étroit et resserré. On peut renouveler également l’air en faisant dans les cheminées des feux clairs et flamboyans. Lorsque les appartemens sont reconnus pour renfermer un air vicié, il convient d’y placer un vase dans lequel on mettra une once de

chlorure de chaux dans un litre d’eau 5 cependant, il est important de ne pas laisser ces vases le soir, surtout lorsqu’il y a des enfans qui en pourraient éprouver des accidens inflammatoires vers le larynx. Il convient de ne pas passer rapidement d’une température à une autre , et de ne point se refroidir. Les lits des chambres à coucher devront être dépourvus de rideaux , et on ne devra jamais laisser séjourner dans les pots de nuit les matières qu’on y dépose ordinairement. Toute humidité dans une chambre à coucher peut être funeste; aussi ne devra-t-on jamais y faire sécher de linge. Les plombs et les latrines des maisons devront être soigneusement nettoyés, soit avec de l’eau simple, et ce qui est préférable encore, avec l’eau chlorurée, mentionnée plus haut. Les eaux ménagères ne doivent point séjourner, et au contraire, doivent être vidées au fur et à mesure de leur production. Les carreaux des fenêtres devront être nettoyés une fois toutes les semaines, pour pouvoir plus librement jouir de l’action bienfaisante des rayons du soleil. On ne devra jamais permettre, soit dans les cours , soit dans les maisons ou dans les rues, la permanence des fumiers, des excrémens et de toutes les matières susceptibles d’une décomposition plus ou moins prompte.

Toules les fois que les maisons sont peu spacieuses, on devra s’abstenir d’y avoir des animaux inutiles, et d’y élever des porcs, des poules, des pigeons , des lapins, etc. Enfin, les rues devront être entretenues dans un grand état de propreté , surtout lorsque celles-ci sont petites , étroites, qu’on y dépose des débris de végétaux et d’animaux , et que les eaux s’y accumulent par le défaut de l’inclinaison du terrain.

Toutes les causes qui peuvent déterminer le refroidissement du corps devront être soigneusement éloignées; on devra surtout en préserver les parties qui sont les plus sensibles, comme les pieds et le bas-ventre. A cet effet, on pourra recouvrir immédiatement le corps de flanelle ou de laine ; les vêtemens que l’on emploiera devront toujours être maintenus dans une grande propreté. Les pauvres feront usage de sabots s’ils doivent rester long-temps les pieds exposés à l’humidité. En se couchant, ou au lever, on ne devra jamais poser les pieds à terre , mais toujours sur un tissu de laine ou sur un tapis de pieds , si l’on peut se le procurer.

Afin d’éviter les effets de la peur sur l’économie, il convient que l’esprit soit modérément occupé, mais sans fatigue et sans excès.

Les travaux de nuit dans lesquels l'esprit est seul en action, devront être suspendus.

La propreté du corps doit également exciter l’attention : s’il est possible , on prendra de temps à autre des bains d’une chaleur convenable , en n’y restant que le temps nécessaire pour nettoyer le corps ; autrement , il en résuli terait une faiblesse qui pourrait plus tard devenir pernicieuse. Il n’est pas nécessaire de recommander de s’essuyer , en sortant du bain , avec des linges chauds . et de ne laisser sur le corps aucune humidité. On devra faire un fréquent usage des frictions à la partie interne des membres, soit avec des flanelles, ou au moyen de brosses douces.

Quant au régime , on devra éviter toute espèce d’excès; eux seuls peuvent rendre les individus susceptibles de contracter la maladie régnante. On fera surtout usage de viandes bien cuites, et rôties, dépourvues de graisse et de toute espèce de sauce. Les œufs , le pain bien fait et le poisson frais pourront également entrer dans le régime ordinaire pendant l’influence de l’épidémie. On s’abstiendra, au contraire, de toutes viandes grasses et salées , de poisson déjà décomposé et des pâtisseries lourdes et mal faites, qui, par cela même, sont d’une digestion très-difficile. En

fait de légumes, les meilleurs sont les pommes de terre de bonne qualité , celles qui sont farineuses, les purées de haricots secs, de lentilles , de pois et de fèves : il faut éviter l’usage des légumes aqueux tels que les concombres, les betteraves, les salades, les radis, les raiforts, etc., etc. En fait de fruits, on devra n’en faire usage que lorsqu’ils sont cuits ou en confitures : autrement, et surtout verts , ils peuvent être pernicieux. 11 convient plutôt de faire un repas de plus que de manger sans mesure en un seul. Les personnes qui ont une espèce d’aversion pour certains mets devront, surtout pendant l’épidémie, ne pas chercher à vaincre ces répugnances naturelles, et, au contraire, faire usage de préférence des choses dont l’usage leur est agréable.

Quant aux boissons, elles ne doivent jamais être prises froides quand on est en état de transpiration. L’eau dont on fera usage devra être filtrée et aiguisée avec un peu de vinaigre , d’eau-de-vie ou de vin, mais jamais pure. L’usage de la bière devra être suspendu, à moins qu’on n’y soit habituéou qu’on nese trouve dans un pays où ce soit la boisson qu’on puisse seulement se procurer. Les liqueurs fortes doivent être rejetées : l’eau-de-vie et le vin blanc, pris à jeun, deviendraient funestes, quelle que fût

l’habitude qu’aurait l’individu d’en faire usage. En général , la boisson la plus convenable est le vin de bonne qualité pris en petite quantité. Pendant les repas, on devra préférer le vin rouge aux vins blancs : mêlé à l’eau de sellz, la boisson en devient plus salutaire; en excitant, par le gaz qu’elle contient, l’action de l’estomac sur les aljmens, elle favorisera ainsi la digestion. En général, pendant toute l’épidémie, les personnes doivent ne rien changer à leur régime naturel; et , quand bien même ce régime serait malfaisant , il ne conviendrait point de le quitter brusquement. Il en est de même pour toute habitude contractée depuis long- temps : si on la cesse tout à coup, l’économie peut en éprouver une sorte de commotion qui rend les individus plus susceptibles de contracter la maladie.

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