‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 108 sur 121 · CHAPITRE LIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIII

Octobre. — Continuation de notre retour vers le sud. — Arrivée à H Pointe-de-la-Furie. — Notre établissement à Somerset-House pour l'hiver. — Journal de novembre et de décembre, — Résumé.

Le 1°’ octobre il tomba beaucoup de neige, et le thermomètre remonta de zéro à 10°. Une forte brise du nord-ouest ne fit aucune impression sur la glace qui couvrait alors toute la mer, et qui lui donnait le même aspect qu’en plein hiver. Nous eûmes à travailler toute la journée pour y couper un chemin pour les barques, et pour les tirer sur le rivage au-delà de la marque des marées hautes.

Le charpentier commenca à faire des traîneaux avec les caisses vides qui avaient contenu du pain; les planures et les copeaux qu'il laissa servirent à faire cuire une couple de renards, qui formérent un supplément à nos demi-rations. Cet ouvrage ne fut terminé que le 4, au

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milieu d'une neige fort épaisse , et nous chargeàmes les traîneaux de nos tentes et de tout ce dont nous pouvions avoir besoin à la pointe de la Furie. Nous ne pouvions espérer d’y retourner sur les barques ; j'avais donc résolu des l’origine de les laisser en cet endroit pour les y reprendre l’année suivante, et de faire la route à pied , avec les traineaux , du mieux que nous pourrions.

Nous trouvâmes cette entreprise d’une extrême difficulté, et nous ne pümes faire, le premier jour , que quatre milles. Il était tombé beaucoup de neige; une croûte solide ne s'était pas encore formée sur sa surface; elle était trèsprofonde, et elle rendait le chemin presque impraticable. Pour augmenter notre embarras, notre boiteux, l'enseigne Taylor, avait beaucoup de peine, soit à marcher avec ses béquilles, soit à se tenir sur un des traineaux , qui se renversaient à chaque instant sur une glace raboteuse. Il fallut nous arrèter à sept heures du soir dans un endroit assez peu commode ; la nuit était déjà arrivée, et le thermomètre était à Zéro.

Nous passèmes une misérable nuit, mais heureusement nous échappèmes aux dangers de la gelée. Dans la matinée, un de nos traineaux s'étant rompu , nous fümes obligés de laisser en arriére une partie de ce que nous emportions , etnous ne gardâmes sur les deux autres traineaux

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7 ot.

que nos provisions, nos tentes et les peaux qui nous servaient de lits. Nous fimes ainsi sept milles, en dépit d’un vent froid et piquant, et d’une neige continuelle, et nous plaçèmes l’enseigne Taylor sur un tonneau vide. Chargés comme nous l'étions déjà, c'était une grande fauigue de plus ; maïs ceux qui auraient été enclins à murmurer avaient la satisfaction de réfléchir qu'ils étaient encore plus heureux que lui.

Nous eùmes à combattre le lendemain une difficulté d’une autre espèce. Les grosses glaces étaient tellement accumulées près des rochers le long de la côte, que nous étions souvent obligés de quitter un chemin passable, pour tourner autour de notre mieux; mais la peine même nous réchauffait. Nous arrivèmes à midi à la cascade, à dix-huit milles de la Pointe-de-la-Furie, ce qui donna un nouveau courage à nos hommes. Après avoir fait onze milles, nous nous arrétâmes à huit milles de notre domicile d'hiver, ayant tué quelques renards en chemin.

Enfin, le dimanche, à trois heures après midi, nous arrivâmes à notre maison, à Somersethouse; nos fatigues étaient terminées, et nous nous trouvions encore une fois « chez nous. » Nous avions laissé nos tentes à la dernière station, pour les hommes qui devaient y retourner le plus tôt possible et y chercher divers objets que nous n'avions pu emporter.

Nous trouvâmes notre maison occupée par

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un renard, qui en décampa à l'instant méme.

Comme nous avions aussi faim que froid, notre déjeuner ayant vu la fin de nos provisions de route, on servit à tout l'équipage un bon repas, et quelques-uns de nos hommes se ressentirent le lendemain des suites de leu imprudence.

Deux d’entre eux avaient souffert de la gelée, et moi-même j'avais une jambe attaquée.

Les deux jours suivans, nos hommes s’occu- # et"

octobre.

pérent à réparer les traineaux et à raccommoder leurs souliers, pour entreprendre un autre

voyage. Le 10, un vent impétueux empêécha 10 «x.

tout travail à l'extérieur, et mit même notre maison en danger; mais il produisit tant d'effet sur les glaces, qu'il les mit en mouvement; et nous vimes un grand espace d’eau libre s'ouvrir au nord-est.

Cet ouragan continua le jour suivant, ettt «1.

comme notre maison n’était pas encore disposée convenablement pour un hiver si rude et si prématuré, nous souffrimes :aucoup du froid, n'ayant pu élever la température de l'endroit où nous couchions au-dessus de 18°. Les marées montaient trés-haut, et elles avaient emporté beaucoup de grosses glaces que nous avions laissées en cet endroit quand nous en étions

partis.

Le lendemain matin, l'ouragan était dans sa 1° oc: plus grande force; le thermomètre tomba à 8"; la marée entraina le reste des glaces qui étaient

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