‹ Relation du second voyage fait à la recherche d'un passage au nord-ouest [microforme]Chapitre 109 sur 121 · LEE TI · texte numérisé non relu

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encore attachées à la terre, et les emporta vers le sud avec beaucoup de rapidité. Nous vimes beaucoup d'eau libre du côté du nord : un mois plus tôt cette circonstance aurait pu nous être utile, mais alors nous ne pouvions en profiter ; une heure de temps pouvait suflire pour couvrir de glace jusqu'à l’automne tout l'espace qui en était alors dégagé.

Cet ouragan très-extraordinaire dura encore : après avoir paru vouloir se modérer vers midi, il reprit avec plus de force que jamais; et la toile à voiles qui formait le toit de notre maison ne pouvant y résister, la neige tomba jusque dans nos lits, et tout fut gelé autour de nous. Nous eùmes beaucoup de peine à conserver un peu de chaleur en nous rangeant autour du pole; mais nous eùmes la bonne fortune de prendre trois renards dans les trappes, ce qui commençait à être pour nous un sujet de grande réjouissance.

Nous eùmes le même bonheur le lendemain ; mais le temps continua à être le même, et le vent ne se modéra que le 16 à midi. Alors nos hommes purent travailler à couvrir le toit de la maison avec une partie des manœuvres courantes de la F'urie. Le 17, il fit assez beau pour que nos hommes pussent aller avec le commandant Ross, pour chercher les divers objets que nous avions laissés à une distance cle vingtcinq milles.

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Le thermometre tomba à 2° au-dessous de 18 au 21 zéro. Le 18 et les deux jours suivans n'offrent *""" pas de remarque à faire. Le 21, le commandant Ross arriva avec tous les objets qu'il était allé prendre, à l'exception des tentes, qu'il avait laissées à l'endroit où il avait passé la dernière nuit. Notre second poële était au nombre des effets qu'il rapportait, et nous ne tardèmes pas à le disposer pour nous en servir.

Les glaces qui s'étaient éloignées revinrent 22 «1. bloquer la baie, comme nous l’avions prévu, et le thermomètre descendit à 10° au-dessous de zéro. Cependant le second poële maintenait dans notre maison même plus de chaleur que nous ne le désirions, car nous pouvions y élever la température jusqu’à 5 1° au-dessus de zéro. Nous construisimes autour de notre habitation un mur de neige de quatre pieds d'épaisseur, et nous soutinmes le toit par le moyen de cordes et de quelques pièces de bois, afin de le couvrir d'une couche de neige. Un vent impétueux qui dura sur trois jours rendit tout travail impossible. Le temps devint plus doux les deux derniers jours de la semaine, et nous permit de continuer nos

opérations.

Le 28, nous recommencâmes à célébrer le di- 28 vi. manche , suivant la coutume, après une plus longue interruption que nous ne l’aurions voulu sous tous les rapports; mais nous n'avions pu faire mieux. Il serait à désirer que ceux qui né-

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octobre,

gligent le même devoir en Angleterre, eussent d'aussi bonnes excuses à alléguer. On servit ensuite à l'équipage son dernier diner à ration entière , car des réductions devenaient indispensables. Nous trouvâmes qu'un renard rôti était un excellent mets. Je suppose que des hommes affamés n'ont pas legoût difficile , ou que, comme le disent les moralistes, l’appétit fait le mérite des mets. J'ai lieu de douter que, depuis que j'ai renouvelé connaissance avec le bœuf et le mouton d'Angleterre , j’eusse trouvé la même saveur à la chair du renard.

U fit un grand vent le 29 , et ce vent devint un ouragan qui dura jusqu'à la fin du mois. Nous reconnümes alors l'avantage du mur de neige que nous avions construit, car nous n'avions pas à nous plaindre du froid dans la maison , quoique le thermomètre füt descendu à 18° audessous de zéro. Pendant cet ouragan, nous vimes encore beaucoup d’eau libre en pleine mer.

Ce mois surpassa tous lesautres mois d'octobre que nous avions vus, tant par le froid que par la force du vent, quine fut modéré que pendant six jours. Notre voyage de la baie de Batty, que nous avions fait en quatre jours, avait été extrémement pénible ; mais si nous avions été obliés de faire tout le chemin à pied , je ne doute pas que le trajet n’eût été fatal à plusieurs de nous, sinon à tous, puisque nous aurions été exposés à l'ouragan du 9. Nous remerciâmes donc

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le Ciel dont la miséricorde nous avait permis d'atteindre notre domicile actuel, tout misérable et tout désolé qu'il était.

Ce fut aussi une circonstance fort heureuse pour nous d'avoir construit notre maison avant notre départ ; car, toute défectueuse qu'elle était, la saison ne nous aurait pas permis de la bà- Ur aussi bien à notre retour, et nous aurions eu tous beaucoup à souffrir du froid avant qu’elle eüt été terminée ; mais ce qui était le plus heureux et le plus important , c'est qu'il nous restait assez de provisions pour soutenir notre existence jusqu'à la saison suivante ; et quand nous réfléchissons sur les différentes circonstances qui ont concouru à nous conserver la vie, nous devons offrir l’humble tribut de notre reconnaissance au dispensateur souverain des événemens, qui nous protégeait aussi visiblement.

Parmi ces circonstances, je puis compter d’abord le naufrage de la Furie, accident qui nous fournit des provisions , et d’autres objets nécessaires ; puis la mutinerie de l'équipage du John ; car si ce bâtiment nous eût accompagnés, notre intention était de ne pas toucher à la Pointe-dela-Furie; ensuite les chaudières de la machine à vapeur, sans lesquelles nous aurions pu aller si loin, qu'ilnous aurait peut-être été impossible d’en revenir; de plus les barques de /a Furie, qui , après avoir été emportées par les tempêtes

de l'hiver, avaient été jetées sur la côte, presque

à la même place, et sans aucune avarie considérable ; enfin la construction, pendant l'été, d'une habitation dans laquelle le Ciel venait de nous permettre de rentrer.

M. Thom avait dressé un inventaire de toutes les provisions qui nous restaient. Nous avions en abondance de la farine, du sucre, des soupes, des pois , des légumes, du jus de citron , et des fruits confits dans le vinaigre ; maïs nous regrettâmes de voir que nous n'avions de viandes conservées que ce qu'il nous en fallait pour notre voyage dans les barques l’année suivante, et pour une ration d’une demi-livre les dimanches et les jeudis.

Les rations de nos hommes consistaient alors en une soupe qui était alternativement aux pois, ou aux carottes et aux navets, et qui provenait des approvisionnemens de /a Furie. Au lieu de pain, que nous ne pouvions plusfournir en quantité suffisante, on distribuait des dumplings ! faits de farine et d’eau , et nos hommes n'eurent pas lieu d'être mécontens de ce changement auquel les circonstances nous forcaient. Dans le fait, ils étaient suflisamment nourris, et la preuve c'est qu'ils se portaient beaucoup mieux depuis notre retour. Il fut pourtant décidé que les rations seraient réduites à compter du 1‘ novembre,

(1) Espèce de pâte bouillie, dans l'intérieur de laquelle on met ordinai ement des pommes, des prunes, ete,

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