CONCLUSION
A mon arrivée à Londres, le 20 octobre 1833, mon premier devoir fut de me rendre au palais de Windsor avec la relation de mon voyage, et de mettre aux pieds de Sa Majesté le pavillon
qui avait été arboré sur le pôle magnétique.
Sa Majesté me fit l'honneur de me recevoir très-gracieusement. Le Roi avait pris un vif intérêt à mon entreprise, et 1] m'accorda sur-lechamp la permission d'inscrire son illustre nom et celui de sa majesté la Reine sur ma carte du Pôle, et il m'ordonna de placer à l’entour les
noms de la famille royale et ceux des têtes couronnées de l’Europe. Le 21, on lut à l’'Amirauté la lettre que je lui avais écrite pour lui rendre un compte abrégé de mon voyage, et cette lettre fut ensuite imprimée par ordre de sir James Graham, alors premier lord de l’Amirauté , avec lequel j'eus une entrevue aussitôt après son arrivée dans la capitale.
Le gouvernement s’empressa de récompenser libéralement les officiers et les hommes qui avaient été employés sous mes ordres; mais quant à moi, je fus invité à attendre que mon «affaire » eût été soumise au cabinet ; et ce ne fut que vers la fin de février qu’il me fut intimé « que le gouvernement de Sa Majesté, considérant que la promotion de mon neveu du grade de commandant à celui de capitaine; la nomination de M. Thom à la placede munitionnairedu Canopus,cellede M. Mac Diarmid au rang de chirurgien dans la marine , et le paiement des gages de mon équipage, étaient une récompense suffisante pour moi, il ne me serait rien accordé de plus. » Comptant sur la libéralité du gouvernement, J'avais refusé de recevoir aucune des souscriptions qui avaient été proposées pour m'indemniser de mes pertes, et la petite somme qui avait étérecueillie à Plymouth fut fidèlement répartie entre les veuves et les familles des hommes qui étaient morts pendant le voyage, et un de mes hommes qui avait perdu la vue.
Je n'avais d'autre alternative que de m'adresser au parlement ; et l'affaire ayant été soumise à la chambre des communes par M. R. C. Fergusson , la discussion qui y eut lieu, le 17 mars 1834, m'apprit pour la première fois qu'on supposait que j'avais catrepris cette expédition pour rétablir ma réputation. Heureusement l'examen
de cette question fut renvoyé à un comité spé-
cial de la chambre, et j’eus ainsi l’occasion de pouvoir réfuter devant le tribunal ces calomnies qu on avait fait circuler contre moi, et de produire des preuves de l'approbation donnée par l’'Amirauté à ma conduite lors de mon premier voyage. Ce comité, composé de vingt-six membres de la chambre, fit son rapport en ces termes le mois d'avril suivant :
Rapport fait à la chambre des communes.
Votre comité pense qu'il n'entre ni dans ses attributions , ni dans sa compétence de donner une opinion sur le mérite précis et sur l'étendue des découvertes qui ont été faites pendant l'expédition commandée par le capitaine John Ross, sous le rapport de la science. Il s’est done borné à l’examen général des faits, ce qui peut suflire pour décider la principale question qui lui a été soumise, c’est-à-dire, s’il devait être accordé pour ce voyage une récompense dont le montant serait pris sur les deniers publics, et à qui cette récompense était due.
Dans le cours de cette enquête, votre comité a reconnu qu en 1827 le capitaine Ross, stimulé par le désir d'assurer à son pays l’honneur de décider ja question si long-temps agitée d'un passage au nord-ouest, proposa d'abord au gouvernement , et, après en avoir éprouvé un refus, à son ami M. Felix Booth, d'équiper une expé-
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dition à cet effet ; que l’année suivante M. Booth, apprenant que l’actedu parlement qui promettait une récompense pour la découverte de ce passage , avait été rapporté, et que cette entreprise ne pouvait désormaisdonner lieu à aucun soupcon de motifs intéressés, n'ayant d'autre objet en vue que l'honneur de son pays, l'intérèt des sciences et la satisfaction d’obliger un ami, consentit surle-champ à la proposition du capitaine Ross, à condition que la part qu'il prenait à cette entreprise ne serait pas connue; qu'en conséquence , à l'exception d'environ deux mille livres sterling dépensées par le capitaine Ross, M. Booth fit tous les frais de l'expédition, qui montèrent de dix-sept à dix-huit mille livres sterling: que M. Booth ayant laissé au capitaine Ross la liberté de choisir qui bon lui semblerait pour l'accompagner, celui-ci recut de deux officiers distingués, les capitaines Back et Hoppner, des offres de service gratuit, en quelque qualité que ce fût, offres aussi honorables pour le capitaine Ross que pour ceux qui les avaient faites ; que cependant le capitaine Ross choisit pour commander en second, son neveu, le commandant James Clark Ross, jeune officier distingué par ses connaissances scientifiques, qui avait été employé dans toutes les expéditions qui avaient eu lieu antérieurement dans les mers Arctiques: qu'ayantengagécommemunitionnaireM. Thom,
qui, de même que le commandant Ross, avait
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consenti à servir Sans aucune paie ; ayant choisi pour chirurgien M. Mac Diarmid , et s'étant formé un équipage de dix-neuf hommes, il partit d'Angleterre en mai 1829; qu'en dépit de la mutinerie d'un bâtiment baleinier qui devait l'accompagner pour transporter des provisions, le capitaine Ross persista dans son entreprise, dans l'espoir de trouver à la Pointe-de-la-Furie les approvisionnemens qui y avaient été laissés lors du naufrage de ce navire ; enfin qu’alors commença une série de découvertes, de dangers et de souffrances, dont la Chambre trouvera unc relation abrégée dans une lettre écrite par le capitaine Ross au secrétaire du bureau de l'Amirauté, et dont copie sera jointe au présent rapport. Tous les faits contenus dans cette lettre ont été confirmés par les preuves qui en ont été soumises à votre comité. À l’appui sont venues se joindre les opinions du capitaine Beaufort, bydrographe de l’Amirauté, de M. Children, un des secrétaires de la Société Royale, et du professeur Barlow, qui a fait son étude particulière des variations magnétiques; et votre comité ne voit aucune raison pour douter que le capitaine Ross n'ait approché de tres - près du pôle Magnétique, et que le commandant Ross ne l'ait positivement atteint.
L'importance de cette découverte, surtout pour une nation maritime , et des observations qui se rattachent à Ja science magnétique , et
qui en sont le résultat, est appréciée très-haut par les savans que votre comité a interrogés , el elle est attestée en outre par le zèle avec lequel cette branche des sciences a été cultivée depuis peu par des hommes distingués de tous les pays, et par les dépenses que divers gouvernemens étrangers ont faites depuis quelques années pour le même objet.
Dans ces circonstances, votre comité ne peut hésiter à déclarer qu’un grand service public a été rendu. Indépendamment de la preuve acquise qu'il n'existe pas de passage conduisant de la mer Atlantique à l’océan Pacifique, dans l'endroit où les navigateurs précédens avaient cru le plus probable qu'il s'en trouverait un , ce qui rétrécit le cercle des expéditions futures, si jamais on en entreprend quelque autre ; indépendamment de l'addition de six à sept cents milles de côtes, à nos connaissances géographiques, et des résultats précieux de cette expédition pour la science magnétique et pour la météorologie, votre comité ne peut fermer les yeux sur le service public rendu à une nation maritime, particulièrement en temps de paix, par des actes d'entreprise audacieuse, accompagnés d’une patience inépuisable au milieu des souffrances et des privations ; actes qui excitent l'intérèt public et qui décident l'opinion générale en faveur des entreprises maritimes. On trouve une forte preuve de ce résultat dans la
souscription nationale qui a fourni les fonds pour l'expédition du capitaine Back à la recherche du capitaine Ross et de son brave équipage, fonds auxquels le gouvernement a contribué pour 2,000 livres sterling.
Votre comité s'applaudit d'avoir à vous annoncer que le gouvernement de Sa Majesté n’a pas été insensible à l'importance de ces considérations. Quoique l'expédition du capitaine Ross fût entièrement une entreprise privée, et que le bureau de FAmirauté ne püt être rendu responsable d'aucune dette encourue , ni rigoureusement tenu de récompenser les services de ceux qui y avaient pris part; cependant, et autant que la chose était au pouvoir de l’'Amirauté, aucun de ces services n'est resté sans récompense. D'après une note remise à votre comité par l’Amirauté , on voit que tous les hommes de l'équipage ont recu double paie jusqu’au moment où ils ont définitivement abandonné leur navire , el paie entière depuis ce temps jusqu’à leur arrivée en Angleterre, le tout montant à une somme de 4,580 livres sterling; qu'ils ont été en outre placés avantageusement dans les chantiers, ou nommés à des places qui faciliteront leur avancement; que M. Abernethy a été nommé maître canonnier du Seringapatnam , et M. Thom , munitionnaire du Canopus, vaisseau de 84 canons ; que M. Mac Diarmid , chirurgien de l'expédition, à été nommé aide-chirurgien
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de la marine, et sera élevé au rang de chirurgien quand il aura passé son examen; que le commandant Ross, à qui il parait qu’on est redevable de la plus grande partie des résultats scientifiques de l'expédition, a été mis à solde entière, et nommé commandant de la l’ictoire pour douze mois, afin que ce temps de service lui donne droit au grade de capitaine , qui lui a été assuré par l’Amirauté à l'expiration de ce terme ; enfin que le capitaine John Humphreys, commandant /’Zsabelle, à l'humanité duquel, après la protection de la providence, le capitaine Ross et son équipage doivent probablement la vie, a recu de l’Amirauté une somme qui a paru à votre comité suffisante pour l'indemniser des dépenses qu’il a faites pour les ramener en Angleterre. Le capitaine Ross, commandant l’expédition, qui, pendant plus de quatre ans, a été chargé de tout le poids de la responsabilité de maintenir parmi son équipage la discipline et la santé, qui a eu le mérite d'y réussir dans des circonstances d’une difficulté sans égale, puisqu'un seul homme sur vingt-trois est mort par suite de l'expédition, est le seul qui, attendu le grade qu'il a atteint, ne puisse être récompensé par une promotion. À yant encouru des dépenses et des pertes pour près de trois mille livres sterling, il n'a recu que les arrérages de sa demipaie qui s'étaient accumulés pendant son voyage, el il reste avec le même rang quil avait en par-
tant. Dans ces circonstances, et prenant en considération l'avantage pour les sciences, et l'honneur pour le pays, qui sont les résultats de l'expédition qui a eu lieu sous ses ordres, les frais que le pays a été disposé à faire en d'autres occasions pour des expéditions semblables, et les récompenses qui ont été accordées pour des objets moins importans et moins honorables, votre comité ne croit pas outrepasser les bornes que doit imposer un système d'économie bien entendu, en vous proposant de voter une somme de cinq mille livres sterling pour le capitaine Ross.
Votre comité regrette qu'il ne soit pas en son pouvoir de proposer quelque marque convenable de reconnaissance publique envers M. Félix Booth , au patriotisme modeste, et à la rare munificence duquel cette expédition est entièrement due; mais il ne peut s'empêcher de lui offrir le tribut de son admiration et de son respect.
Un membre de la chambre a soumis à votre comité la position d’un pauvre marin qui a perdu la vue pendant cette expédition; votre comité propose de le recommander au gouvernement de Sa Majesté, pour y avoir tel égard que de raison.
Lorp vicomTe SANDON,
Président du Comité.
Avril 4851.